CHAPITRE I Quelques mots d historique
Les opinions des anciens relatives à l'intelligence des bêtes n'ont guère d'intérêt, car elles ne sont que fort peu basées sur l'observation des faits. Flourens lui-même, tout traditionnaliste qu'il est, ne rapporte que celles d'Aristote et de Plutarque.
Ces auteurs envisagent la question beaucoup plus en moralistes qu'en naturalistes. Si Plutarque exalte les bêtes, c'est, comme il le dit lui-même, pour faire honte aux hommes ; dans son petit traité : Que les testes usent de la raison, il fait dire à Gryllus, changé en pourceau par Circé, que « l'âme des animaux est mieux disposée et plus parfaite que celle de l'homme pour produire la
b LA NAISSANCE DE L INTELLIGENCE
verlu... » Pour Aristote, « il se trouve, dans la plupart des bêtes, des traces de ces affections de l'âme qui se montrent dans l'homme d'une manière plus marquée ; on y distingue un caractère docile ou sauvage, la douceur, la férocité, la générosité, la bassesse, la timidité, la confiance, la colère, la malice. . . ; on aperçoit même dans plusieurs quelque chose qui ressemble à la prudence réfléchie de l'homme ». Mais si l'homme, relativement à quelques-unes de ces qualités, a plus que les bêtes, parfois c'est la bête qui a plus que l'homme ; Aristote n'établit aucune barrière entre l'homme et l'animal ; comme dans d'autres domaines, il voit ici des analogies, des degrés, des nuances; dans son Histoire des animaux, il déclare que : « Ce n'est point aller contre la raison de dire qu'il y a entre l'homme et les animaux des facultés communes, des facultés voisines et des facultés analogues ». Aristote, d'ailleurs, n'avait pas été sans observer les mœurs des bêtes ; l'Histoire des animaux renferme des faits curieux, relatifs même à des classes encore aussi peu étudiées que celles des poissons et des cétacés ; les remarques les plus nombreuses concernent les mammifères : ainsi « la brebis est le plus imbécile des quadrupèdes, » et « de tous les animaux sauvages, le plus doux et le plus facile à apprivjiser est l'éléphant ; il a de l'intelligence et on lui apprend beaucoup de choses... ; ses sens sont exquis, et il surpasse les autres animaux en compréhension »
Montaigne, dans ses Essais, ne fait que reprendre