LES LOIS DES PHÉNOMÈNES ASSOCIATIFS
coup de faits à l'appui, que les divers stimulus n'ont pas la même valeur comme stimulus ecphorique.
Semon insiste beaucoup sur recphorie,ou dégagement des tendances latentes. D'une façon générale, tel stimulus isolé qui serait trop faible pour provoquer une excitation originelle peut être plus que suffisant, en tant que stimulus ecphorique, pour la «dégager» comme mnémique.
On peut encore exprimer ceci d'une autre façon : les réactions d'un être vivant, à un moment donné, ne dépendent pas seulement des conditions présentes, mais de toutes les conditions de la. vie passée, aussi bien de la vie de l'individu considéré que de la vie des ancêtres. Le passé détermine, dans l'être, des .«dispositions d'irritabilité» qui peuvent rester latentes. Mais tout à coup certaines influences, ecphoriques, viennent les « dégager » en quelque sorte : d'où leur manifestation.
Un exemple concret sera peut-être plus explicite. Claypole a fait l'observation suivante : pour que déjeunes autruches qui viennent d'éclore dans des couveuses artificielles becquètent les grains que Ton place devant elles, il est nécessaire de frapper sur le sol avec une pointe quelconque. Chez les ancêtres, l'acte de becqueter la nourriture était déterminé par la vue du grain et par celle des mouvements que faisait la mère pour enseigner, en quelque sorte, aux jeunes la manière de s'y prendre. Maintenant, il faut encore, du moins chez les autruches, réaliser une ébauche de l'association primitive pour arriver au même effet.
260 LA NAISSAJJCE DE l'iNTELLIGKNCH
Encore une remarque : pour moi, pour Semon : les éléments a, 6, ... peuvent entrer dans une association, ou simultanément, ou successivement. Autrement dit, l'association peut se faire dans l'espace ou dans le temps. Sous la dénomination si mauvaise d' « anticipation réflexe )>, on ne fait que désigner les associations de sensations dans le temps.
Le fait que dans un ensemble de sensations : a-\-b-\-c-\-d, une certaine sensation, a, finit par prendre une prédominance, au point d'arriver parfois à déclancher à elle seule la série des mouvements qui étaient provoqués par le complexe des sensations a, b, c et d, entraîne, en quelque sorte, une simpliflcation des phénomènes associatifs complexes.
C'est là une simplification tardive; mais la simplification peut se faire aussi à l'origine. Je suis amené à parler d'une seconde loi, celle des assodations dites par ressemblance.
Les objets qui entourent un être vivant ont des caractères, les uns constants, les autres variables à des degrés divers.
Soit une série d'objets analogues, A, B, G, etc., et leurs caractères respectifs, a, [3, y.
Cf.
OL
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Par ordre de fréquence, les caractères se classent de la façon suivante ;
a et n, 0, e, p, 8, y
Les caractères les plus constants d'un objet vont devenir les caractères essentiels de l'association : ils stimulent constamment les organes des sens, et donnent des impressions qui se gravent de plus en plus dans le système nerveux. Les caractères qui se répètent peu, au contraire, resteront des caractères non essentiels : ils stimuleront rarement les organes des sens; les impressions produites ne tarderont pas à pâlir, remplacées, d'ailleurs, par d'autres. Après une longue série d'expériences, il résultera comme une sorte d' « impression d'ensemble relativement simple de l'objet. »>
J'ai insisté beaucoup, dans mes travaux, sur ces associations par ressemblance, qui font que beaucoup d'animaux réagissent de la même façon visà-vis de toute une classe d'objets analogues. J'ai soutenu qu'il ne pouvait être question, dans ces cas, de phénomènes d'abstraction. Or, un auteur allemand, 0. Zur Strassen, qui vient d'écrire un mémoire d'ensemble fort intéressant sur la nouvelle psychologie animale, voit, dans ces associations par ressemblance, un cas très simple d'abstraction. « Il y a «abstraction», dit-il, mais l'abstraction n'est pas forcément un processus psychique. » Zur Strassen rappelle qu'il y a vingt-cinq ans W. Roux a montré que les abstractions peuvent naître par la voie mécanique, et que récemment
2G2 LA NAISSANCE DE l'iNTELLIGENCE
Semoa a développé cette pensée. Ici, encore, je crois qu'on n'a pas le droit de dénaturer ainsi le sens originel du mot «abstraction».
Zur Strassen montre qu'il y a un avantage considérable pour un animal à réagir de la même façon vis-à-vis de toute une classe d'objets; celui-ci ne se laisse pas dérouter par des détails accessoires en plus ou en moins : il réagit vis-à-vis d'objets qu'il n'a pas encore vus. Un oiseau évite une chenille qui a mauvais goût, quelles que soient l'attitude et la taille de la chenille ; le caractère essentiel est une certaine coloration vive; quand celle-ci manque, par hasard, l'oiseau becqueté la chenille.
Mais s'il y a avantage dans certains cas, j'ai reconnu qu'il peut y avoir désavantage dans d'autres cas. Je rappellerai celui des pagures ou bernards-l'ermite qui se comportent vis-à-vis d'une boule de bois comme vis-à-vis d'une coquille, cette boule de bois présentant le caractère le plus essentiel, le plus fréquent, des coquilles si variées où peuvent loger les crustacés, la courbure des surfaces; or, sur cette boule de bois, les pagures cherchent en vain un orifice qui n'existe pas.
Les associations par ressemblance se présentent à nous comme des associations simplifiées dès Torigine.
Les deux lois que j'ai énoncées dans ce chapitre, et qui paraissent être les lois fondamentales des associations de sensations, indiquent, l'une et l'autre, des processus de simplification, dont nous