CHAPITRE III Les idées de Lanrtarck en psychologie
L'observation des faits eut cependant une conséquence fâcheuse : elle entraîna un nouvel envahissement de l'anthropomorphisme. C'est alors que surgit Lamarck.
Ce savant de génie eut toutes les intuitions. Il n'a pas seulement imaginé la théorie de l'évolution. C'est à lui que nous devons le mot de biologie; c'est lui qui comprit le premier toute l'importance que devait prendre la science de la vie. Les relations de la biologie et de la psychologie, loin de lui échapper, ont été une de ses préoccupations dominantes ; il avait fait en quelque sorte de la psychologie comparée une des bases de la biologie évolutive ; et, dans la troisième partie de la Philosophie zoologique^ intitulée : « Considérations sur les causes physiques du sentiment, celles qui constituent la force productrice des actions, enfin
4. Lauaf.ck : Philosophie soologique, nouvelle édition par Ch. Martins, 2 volumes. Pai-is, 1873.
celles qui donnent lieu aux actes d'intelligence qui s'observent dans différents animaux », il émet et développe un certain nombre didées qui peuvent être reprises et servir de fondements à la psychologie moderne.
Lamarck commence par protester contre cette affirmation que « les fonctions du cerveau sont Sun autre ordre que celles des autres viscères ». Il relève en particulier ce passage d'un Rapport à V Institut sur un Mémoire de MM. Gall et Spurzheim : « Les fonctions du cerveau sont d'un ordre tout différent : elles consistent à recevoir, par le moyen des nerfs, et à transmettre immédiatement à Yesprit les impressions des sens, à conserver les traces de ces impressions, et à les reproduire avec plus ou moins de promptitude, de netteté et d'abondance, quand l'esprit en a besoin pour ses opérations, ou quand les lois de l'association des idées les ramènent^ enfin, à transmettre aux muscles, toujours par le moyen des nerfs, les ordres de la volonté... » Lamarck se demande ce que c'est que cet être particulier qu'on nomme esprit, être singulier qui est en rapport avec les actes du cerveau, de manière que les fonctions de cet organe sont d'un autre ordre que celles des autres organes de l'individu. Il ne voit, dans cet être factice, dont la nature ne lui offre aucun modèle, qu'un moyen imaginé pour résoudre des difficultés que l'on n'avait pu lever, faute d'avoir étudié suffisamment les lois de la nature.
Souvenons-nous de cette déclaration : nous ren-
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contrerons souvent encore de nos jours des auteurs qui chercheront à dissimuler le défaut d'analyve dans leurs observations et expériences, en se iservant des épithètes : « psychique », « volontaire ».
Pour Lamarck, on ne saurait douter que les actes d'intelligence ne soient uniquement des faits d'organisation, « puisque, dans l'homme même, qui tient de si près aux animaux..., il est reconnu que des dérangements dans les organes qui produisent ces actes, en entraînent dans la production des actes dont il s'agit, et dans la nature même de leurs résultats ».
La psychologie est la Ecience des fonctions du système nerveux ; ce qu'on est convenu d'appeler évolution psychique résulte du perfectionnement progressif du système nerveux. Lamarck retrace celui-ci de la façon suivante (ch. I, p. 210) :
« De même que les organes spéciaux que possèdent les animaux dans leur organisation furent formés successivement, de même aussi chacun de ces organes fut composé, complété et perfectionné progressivement, à mesure que l'organisation animale parvint à se compliquer; en sorte que le système nerveux, considéré dans les différents animaux qui en sont munis, se présente dans les trois principaux états suivants.
« A sa naissance, où il est dans sa plus grande imperfection, ce système paraît ne consister qu'en divers ganglions séparés qui communiquent entre
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eux par des filets, et qui eu envoient d'autres à certaines parties du corps : alors il n'offre point de cerveau, et ne peut donner lieu, ni à la vue, ni à l'ouïe, ni peut-être à aucune sensation véritable; mais il possède déjà la faculté d'exciter le mouvement musculaire. Tel est apparemment le système nerveux des i^adiaires.
« Plus perfectionné, le système nerveux présente une moelle longitudinale noueuse et des filets nerveux qui aboutissent aux nœuds de cette moelle ; dès lors le ganglion qui termine antérieurement ce cordon nerveux peut être regardé comme un petit cerveau déjà ébauché, puisqu'il donne naissance à l'organe de la vue, et ensuite à celui de l'ouïe; mais ce petit cerveau est encore simple et privé de Vhypocéphale^ c'est-à-dire de ces hémisphères plicatiles qui ont des fonctions particulières à exécuter. Tel est le système nerveux des insectes, des arachnides et des crustacés, animaux qui ont des yeux, et dont les derniers cités offrent déjà quelques vestiges de l'ouïe : tel est encore celui des annelides et des cirripèdes, dont les uns possèdent des yeux, tandis que les autres en sont privés.
« Les mollusques, quoique plus avancés dans la composition de leur organisation que les animaux dont je viens de parler, se trouvant dans le passage d'un changement de plan de la part de la nature, n'ont ni moelle longitudinale noueuse, ni moelle épinière; mais ils offrent un cerveau, et plusieurs d'entre eux paraissent posséder le plus