CHAPITRE VIL
J'ai raconté le drame, passons à la farce. Le National, vers midi, commençait à prendre ses mesures. Tout le cénacle était réuni : MM. Marrast , Recurt, Dornès, Thomas, Garnier Pages, Vaulabelle, Marie, y compris MM. Louis Blanc et Etienne Arago, hommes de la Réforme , bien aises d'avoir un pied partout. On se battait au Palais-Royal ; les Tuileries étaient occupées qu'ils ne s'en doutaient pas ; mais la tournure des choses leur laissait tout espérer, et ils taillaient d'avance leur lopin dans la proie que le hasard leur livrait. On mettait en avant les noms du gouvernement révolutionnaire. Tout-à-coup on vient annoncer que le peuple est aux Tuileries. Vite la liste est bâclée, copiée et expédiée à la Réforme, à la Chambre et dans la multitude. Elle portait en tète : MM. Marrast , Garnier Pages , Bethmont , Marie , quatre hommes de la coterie ! Et puis, MM. Fran-
çois Àrago , Ledru-Rollin , Louis Blanc çt Odilon Barrot, ce dernier pour la part qu'il avait prise à la révolution. L'honorable membre dut voir une sanglante ironie dans cet honneur qu'il n'avait que trop mérité et qu'il expie si cruellement. Cette besogne faite, et leur priorité ainsi établie, tous s'en allèrent, qui à la Chambre, qui à l'Hôtel de Ville» pour soutenir et enlever leur investiture.
M. Flocon n'avait pas quitté la Réforme^ non plus que H. Baune ; comme des généraux en chef, ils se garaient du danger pour conserver leur précieuse personne au parti ; il y a cette différence que les troupes républicaines ne leur obéissaient aucunement, et que le tohu-bohu révolutionnaire roulait tout à fait en dehors de leur influence. M. Caussidière et ses compagnons avaient regagné leur bureau après la grillade humaine du Palais-Royal , ne se doutant pas de l'invasion des Tuileries et de l'état réel des choses. On vint dire qu'une attaque générale se préparait contre le château ; tout le monde prit les armes et partit pour le théâtre de l'action. Ils marchaient à grands pas et pleins d'ardeur, quand je fis leur rencontre rue Montesquieu. Avec M. Flocon, il y avait MM. Gaussidière, Albert, Tisserandot, Fayolle et deux ou trois autres. Je revenais des Tuileries, l'œil morne, et me rendais moimême à la Réforme.
c Où allez-vous ? » lui dis-je.
c Prendre les % Tuileries , » répondit fièrement M. Flocon.
«C'est fait; vous arrivez trop tard. Je viens de vbir un chiffonnier roulé dans les coussins du trône. >
Quelle nouvelle ! Chacun s'embrassa de joie. Désormais la dissimulation était inutile , le danger passé ; on couvrit la rue d'un vaste cri de : Vive la République ! Au Carrousel, quelques clameurs pareilles avaient déjà retenti, mais sans produire l'effet attendu. Des gardes nationaux qui les avaient entendues étaient partis, l'oreille basse, en murmurant : Qu'avons-nous fait ?
Sans perdre «ne minute, on retourna à la Réforme, où se trouvèrent bientôt réunis une trentaine de patriotes , armés de toutes pièces et faisant grand tapage. 11. Louis Blanc arriva en uniforme ; il s'était déguisé ainsi depuis un instant afin de se faire voir en tenue militaire. M. Thoré n'avait que son patriotisme pour tout bagage. Voici la liste exacte de ces individus qui allaient se transformer en grands électeurs de l'Empire :
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BAUNE.
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