ALBERT
PB LA BODDB.
TI98ERANDOT.
pont, rédacteur do Haro de Caen.
garbtaux, caissier du journal.
petit, employé aux abonnements.
jeanty sarre, copiste de M. Etienne Arago.
augier, coupeur du journal.
vallier, capitaine en retraite.
gras, commis voyageur.
bocqlet, instituteur. /
boivin, tourneur en cuivre.
joseph ledolx, carreleur de souliers.
ZAMM ARETTl, fumiste.
gaulier, vidangeur.
boileal, mécanicien.
gervais, maçon.
dupuis, corroyeur.
delpech, fondeur.
tissot, charpentier.
'Il y avait , en outre , plusieurs rédacteurs subalternes, un commis aux écritures et les garçons de bureau.
A l'instant même on entra en séance, car le temps pressait, et il ne fallait pas , comme fit observer un brave homme, laisser escamoter la révolution... par d'autres. Les trente palatins se tenaient rangés, debout, le fusil au poing, autour du tapis vert. Il fut convenu qu'on représentait parfaitement le peuple français , et qu'on allait lui faire cadeau d'un gouvernement. M. Flocon lut la liste du National qu'on venait de lui remettre, et en donna lecture.
c Bon ! > s'écria le capitaine en retraite, c les intrigants du National sont déjà en mouvement. >
Intrigants pour intrigants, ceux dé la Réforme nvaient tout l'air de marcher de pair avec leurs ri-
U n'y eut pas de manifestation dans te oour, lès phalanges n'y ont jamais existé et cette fameuse cour où on entendait des milliers de Voix enthousiastes , n'a pas plus de soixante pieds de long sur quarante pieds de large; c'est-à-dire que trois cents personnes n'y tiendraient pas.
La liste, expurgée de quelques noms, augmentée de quelques autres , se trouva définitivement composée de la manière suivante : MM. Fr, Aragô, Louis Blanc, Ledru-Rollin, Flocon , Albert, de Lamartine, Marie, Recurt et Marrast. On voit que la Réformé, sans s'arrêter à l'affront du National, faisait à M. Marrast la galanterie de le comprendre dans son gouvernement.
Lecture ayant été donnée des noms de ces divers personnages , on tomba d'accord que lé gouvernement de la France leur revenait de droit ; on les proclama donc solennellement en présence des électeurs souverains, y compris les commis et garçons de bureaux du journal. On n'oublia qu'une chose : de dresser procès-verbal de cette majestueuse opération.
L'assemblée s'occupa ensuite du service des principales administrations. Elle nommait le pouvoir suprême, c'était bien le moins qu'elle pût nommer des agents inférieurs ; on convint de fabriquer à l'instant même un préfet de police et un directeur des postes. Pour le premier emploi on proposa M. Caussidière, qui se faisait remarquer dans le groupe par ses grosses épaules et son grand sabre de 93. Comme il ètalt]pûrvenu à nourrir h Réforme par une série
d'expédients de diverses natures, on le tenait pour un homme très expert, et très apte à remplir une mission délicate. Il se fit bien prier un peu, alléguant que la police n'était pas un métier de son goût, mais cette considération ne l'arrêta pas longtemps. On connaît la sincérité de ses scrupules : pour garder cet emploi dont il semblait faire fi, il se retranchait le jour même à la préfecture, avec un corps de janissaires dont les exploits sont connus. Afin d'alléger le fardeau, il fut question de lui donner un aide; M. Sobrier s'avança bruyamment, bouscula la foule, et déclara qu'il se proposait. Le premier venu est le premier pris en révolution ; M. Sobrier fut proclamé préfet de police en second.
Quant à la direction des postes , l'idée de l'offrir à M. Etienne Arago ne souleva aucune objection ; surtout de la part de ce dernier qui se sentit très-» capable de signer des arrêtés administratifs avec sa plume de vaudevilliste. Un patriote agréable fut très* applaudi en disant que la place d'un homme de lettres était à la poste.
La cérémonie était terminée. On poussa un cri de: vive la République, et les nouveaux dignitaires cou-» rurent au plus vite à leurs emplois.
Mais ce n'est pas tout, il y eut le 24 une troisième plaisanterie de ce genre.
Les deux premiers jours de la lutte, M. Ledru* Rollin , on s'en souvient, se comporta d'une façon médiocrement héroïque ; on ne l'aperçut nulle part dans la rue; il se glissa deux ou trois fois à (*
Réforme pour avoir des nouvelles, mais n'y fit guère sentir son autorité de chef de parti. Rien ne se dessinait, ce qui empêchait le tribun de se dessiner lui-môme. Le soir du 23, après le drame sanglant du boulevart , il commença à se reconnaître ; évidemment cette affaire changeait la condition des choses. Toutefois, il ne sortit pas encore de sa prudente réserve.
Le lendemain , vers deux heures, la bataille du Palais-Royal était gagnée, et les Tuileries s'étaient rendues. La révolution était faite. Pour le coup, le moment de se montrer était venu. Le tribun arriva fièrement à la Chambre. Mais en face de H me la duchesse d'Orléans et du comte de Paris , que saluaient de vives acclamations , il ne sût que faire. M e Marie avait déjà proposé la nomination du Gouvernement provisoire; M e Crémieux avait fait un plaidoyer contre la famille , dont il escortait la voiture un instant auparavant, que le chef des patriotes n'avait pas encore desserré les dents; ce fût seulement à l'apparition d'une bande d'hommes armés, que son grand cœur se réveilla ; en voyant la révolution dans la Chambre, il jugea qu'il n'y avait plus à hésiter. Il se leva, fit ronfler quelques phrases contre le projet de régence et s'occupa tout de bon à mettre la main sur le pouvoir abandonné. La scène qui se passa alors est du comique le plus lamentable.
L'idée d'aller à la Chambre provenait d'un Monsieur Bussy et de quelques gardes nationaux de la Yillette ; ils firent appel à une bande de routiers qui
passait et partirent avec l'intention de jeter les députés par les fenêtres. On sait comment ils s'introduisirent de force et firent un bivouac de la représentation nationale; ils étaient cent cinquante à deux cents. Tous les députés avaient disparu à l'exception de ceux qui étaient républicains auparavant, ou qui Fêtaient devenus tout-à-coup au glorieux tableau de la populace souveraine ; donc, les deux cents insurgés, parmi lesquels il s'en trouvait peut-être qui avaient grillé les soldats du Palais-Royal, allaient à leur tour disposer des destinées de la France.
M. Ledru-Rollin est au milieu de cette bande sinistre ; il la constitue en arbitre de la situation et l'invite à nommer un gouvernement. Des noms ont été proposés un instant auparavant par M. de Lamartine, pauvre papillon empêtré dans cette vase ; mais il y a eu des réclamations et M. Ledru-Rollin, homme de palais, veut que les choses se fassent en règle.
c Citoyens, dit-il, vous comprenez que vous faites
> ici un acte grave en nommant un gouvernement » provisoire. Ce que tous les citoyens doivent faire, r c'est d'accorder silence et de prêter attention aux
> hommes qui veulent se constituer ses représentants; » en conséquence, écoutez-moi. Nous allons faire
> quelque chose de grave. Il y a eu des réclamations » tout à l'heure. Un gouvernement provisoire ne » peut pas se nommer d'une façon légère. Permettez-
> moi de vous dire les noms qui semblent proclamés
> par la majorité. A mesure que» je les lirai, suivant » qu'ils vous conviendront, ou ne vous conviendront
> pas, vous crierez oui ou non. (Très-bien I écout tez !) et pour faire quelque chose d'officiel, je prie i MM. les sténographes du Moniteur de prendre note
> des notas à mesure que je les prononcerai , parce
> que nous ne pouvons pas présenter à la France des » noms qui n'auraient pas été approuvés par vous. >
Gela semble tiré d'une pièce d'Odry; mais c'est authentique et littéral ; le Moniteur est là pour l'attester.
M. Ledru-Rollin, homme politique fort grave, n'entend pas qu'on nomme un gouvernement à la légère. Il est en présence dé quelques douzaines d'aventuriers qui représentent très-fidèlement le peuple français, c'est au mieux ; mais il faut que ces mandataires procèdent régulièrement ; sans quoi le pays aurait droit de se plaindre. Pour que l'opinion de la France soit bien exprimée, il y a un moyen : que les deux cents insurgés crient : oui ou non y lorsque M. Ledru-Rollin appellera les noms; de cette manière tout sera légal et la nation trop heureuse de ratifier des choix aussi solennels. Elle le fera avec d'autant plus -de plaisir que le Moniteur, averti de prendre note, proclamera le lendemain cette décision souveraine. M. Ledru-Rollin réclame l'intervention du Moniteur > parce qu'elle donne aux nominations un cachet officiel, et que ce caractère appartiendra, comme il le dit très-bien, aux choix approuvés par la poignée d'individus qui ont envahi la Chambre.
Donc, la question étant posée de cette grave manière, M. Ledru-Rolln procède dans Tordre suivant à l'appel des noms :
Dupont, de l'Eure. (Oui ! oui !)
Arago. (Oui! oui!)
Lamartine. (Oui ! oui !)
Ledru-Rollin. (Oui! oui!)
Garnier Pages. (Oui ! oui ! — Non !)
Marie. (Oui! oui! — Non!)
Crémieux. (Oui ! oui !)
Une voix dans la foule. — Crémieux! mais pas Garnier Pages. — Si ! si ! — Non ! — Il est mort le bon !
M. Ledru-Rollin. — Que ceux qui ne veulent pas lèvent la main. (Non! non! — Si! si!)
Il se fait un tumulte; les si et les non s'entre-croisent. Les destinées de la France sont fort ballottées. Mais sans s'arrêter à ce léger désaccord, M. Ledru- Rollin reprend la parole en ces termes : (toujours textuel )•
c Messieurs, le Gouvernement provisoire, qui vient
> tfêtre nommé, a de grands , d'immenses devoirs à
> remplir. On va Être obligé de lever la séance pour
> se rendre au sein du Gouvernement, et prendre
> toutes les mesures nécessaires pour que les droits
> du peuple soient consacrés. >
La séance est levée effectivement et le tribun part en triomphe pour l'Hôtel de Ville.
Certes ! la nomination des Empereurs d'Allemagne était mesquine auprès de ces scrutins à coups de crosses de fusils et de votes avinés; en fait d'élection aussi extraordinaire, on ne trouve guères que celle du roi des Ribauds,