CHAPITRE I
Insurrection de Juin 1852.
Ce fat le 5 juin 4832 que, poussé par je ne sais quelle funeste inspiration, je vins me mêler aux rangs les plus serrés de la foule immense qui suivait le convoi du général Lamarque.
Avant même que le cortège se fût mis en marche, je remarquai des individus parmi lesquels se trouvaient quelques artilleurs de la garde nationale; ils se donnaient beaucoup de mouvement ; on allait et venait, on demandait des ordres : d'où je conclus que je voyais des hommes politiques.
Grande fut mon admiration en présence de ces héros que mon imagination me faisait hauts de six coudées. (J'avais quinze ans! ) Je les voyais marcher et agir comme le reste des mortels, eux que j'entendais appeler les amis du peuple !
Tout à coup uue voix s'écria que le comité de* vait se mettre à la tête du cortège; je les suivis. Ces Messieurs ne se gênaient plus. — « La journée est à nous , disaient-ils, le peuple , la garde nationale, les écoles, les sociétés populaires sont avec nous. Il faut prQfiter dç l'occasion. Pourquoi hésiter I » — Puis, avec ce manque d'appréciation qui a toujours fait échouer les conspirations républicaines , ils marchaient fiers de la foule qui les suivait, et qu'ils croyaient à eux.
J'ai toujours remarqué, en effet, que les républicains n'ont jamais calculé leur nombre : ils voient cent mille hommes, ils sont cent mille. Au premier coup de fusil les curieux se dispersent, et ils ne se trouvent plus que quelques centaines, Ils combattent avec courage, mais ils succombent sqjjs des forces supérieures ; les soldais gopt pris, cm^ damnés, déportés. Quant aux chefs, ils ont disparu : c'est là l'histoire du Cinq-Juin.
Arrivé à la place de la Bastille, le cortège fut chargé par un escadron de dragons. Je reçus un coup de sabre ; et le trompette qui me le dpppa mordit la poussière. Nous désarmâmes m) poste auprès du Grenier d'Abondance, et fîmes une barricade avec cinq ou six charrettes à bois. Up chef d'escadron de dragons pressé par nous fi}t 4égftg6 au moment où il allait se rendre. Mais avec six de mes camarades je fus acculé contre ]$ maison de l'éctusier, ofi nous eûmes à soutenir qne attaque
tellement tire, que les dràgohs, ne pouvant nous atteindre, ëôus lançaient leurs sabrés au visage. Le liéutéhant-colofcel et plusieurs de ses soldats forent ttiés ou blessés grièvement. Une bande sortant dû faubourg Saint-Antoine nous délivra.
ftéùnis à nod libérateurs nous allâmes piller la pèttdrièré du boulevard de l'Hôpital; puis ayant appris que les Vétérans de la caserne du fcfdin- 3es-Plfcnteâ avaient arrêté quelques-uns des ilôtfei* Ht)us résolûmes de les délivrer. Ceci exécuté* MHiS eûmes à lutter contre une compagnie de milflïtiipâù* , maid là plupart d'entré nous lâchèrent pied; Pttis, parle Panthéon et la rue Saint-Jâeques, bous descendîmes au posté du Petit -Pont, que noité primes et reprîmes deux fois, et qui enfin bous resta. On nous dit alors que plus de mille insurgés étaient prisonniers à là Préfecture. Délivrons-les! Alt le cri général.
Nous espérions qu'ils allaient grossir nos rangs ; maté arrivés en face de la cour de là 8âiàtë-Chapëllë* dont Pentréè était défendue par une barrié&âe élevée par des agents dé policé, nous fûmes Accueillis à coups de fusil par des gardes municipaux et des sergents dé ville déguisés en gardes fifttionaiix. J'eus la simplicité de franchir là barricade pouf entraîner mes compagnons par mon exemple* mais je fus pris et terrassé par deux individus qui avaient suivi mes pas, et qui à l'aide des gtrdéd Municipaux me traînèrent au poste. En che-
Enfin, les conseils de guerre commencèrent I fonctionner. Le premier qui fat appelé fat uM perruquier : il fut acquitté. Cela parât d'un bon augure . Le lendemain, Geoffroy, l'homme an drapeau rouge, fat condamné à mort. Vint ensuite lé tour de Pépin, l'épicier, qui fot plvs tard exécuté peur l'affaire Fîeschi; Vidal, marchand de crépine de la me de Bretagne, et Tilmann, qui se faisait appeler la eolonnel Tilmann. Ces deux derniers (tarent condamnés à vingt ans de travaux forcés. Quant I Pépie, il fot acquitté. En rentrant I la chambrée i « Comment treutex-vous l'épicier Pépin, s'écf ia T\U mann? H a osé faire entendre le cri infime de Vire le roi! dans la salle même du conseil de guerre i il s'est déshonoré à jamais ! • Tilmann était sùpérbé d'indignation et de fureur.
A l'instant même, Collet, dit la Jambe de Bois, s'empressa d'organiser un charivari monstre. A peine le malheureux Pépin fut-il descendu dans la cour, que de toutes parts s'éleva le cri ironique dé Vive le Roi! Puis on le porta en triomphe autour de la cour; on dansa eh rond autour dé lui, on l'invèctivas cAht tu cries vive le Roi! épicier! aristo! (Le nom n'est pas nouveau.) Sans doute tu postules après une place de sergent de ville? * Puis on l'accabla de renfoncements: il lui fot impossible dé s'expliquer* Tels furent les adieux des Républicains à cet homme qui plus tard devait porter sa tête sur l'échafetid pour avoir tenté pair le crime le plut
affreux d'assurer le triomphe de son parti. J'ai toujours pensé que la scène de Sainte-Pélagie n'avait pas été étrangère à la résolution extrême de Pépin, bon homme au fond, mais l'esprit affaibli par les obsessions continuelles de ceux qui exploitaient sa grapde simplicité. Loin d'être dégoûté pour toujours des hommes du parti républicain par ce traitement aussi ignoble que stupide, il voulut se réhabiliter à leurs yeux, et le cri qu'il poussa devant le conseil de guerre lui coûta la vie.
L'état de siège ayant été levé, comme chacun sait, sur la plaidoirie de M. Odilon Barrot devant la Cour de cassation, je fus enfin transféré à la Conciergerie; je passai quelques jours après en ÇQqr d'assise*, o^ g r â ce ± m grandç jeunesse,
je fp$ acquitté, ainsi que mes eq 3 censés. Depuis* je P>i revu qu'im seul d'entre eux, Bidet, et çel$ ep prisop, doqas ftn§ plus tard-