CHAPITRE III
La Senété des Saisons. — Insurrection èa f S mai 1858*
— Barbes et ftlangni.
Le 29 février 1 838 je rejoignis mon régiment qui tenait garnison à Lille. Àprç^ diverses aventures ordinaires à la vie de soldat, et par suite d'une altercation avec mon capitaine, je désertai et revins à P^ris. *
Dès mon retour je me mis à travailler ; je ne me cachai pas : seulement le moindre bruit matinal me mettait sur le qui vive. Mais je nie rassurai bientôt, et comme distraction j'allai quelquefois visiter une société lyrique. Copréaux, qui était le président et avec lequel j avais déjà eu occasion de parler politique, me proposa c(e faire partie d'une société secrète dont il était, disait-il, l'jin des chefs.
1 Voir à la fin de mes Mémoires ma lettre en réponse a l'accusation portée contre moi par Cauçsidière.
Après bien des refus et malgré ma répugnance, je finis par accepter. Je me rendis chez lui à l'heure indiquée, et voici avec quelle cérémonie mystérieuse je fus proclamé membre de la société des Saisons.
En entrant je vis réunis dans sa chambre deux frères et amis qui m'attendaient, et une jeune fille qui faisait griller des côtelettes. Copréaux , en sa qualité de parrain, me banda les yeux, et on me lut un formulaire ainsi conçu :
« D. Es-tu républicain?
R. Je le suis.
D. Jures-tu haine à la royauté?
R. Je le jure.
D. Si tu as la prétention de faire partie de notre association secrète, sache donc qu'il faut obéir au premier ordre de tes chefs. Jure obéissance absolue.
R. Je le jure.
— Je te proclame alors membre de la société des Saisons. Au revoir donc, citoyen, et à, bientôt. »
Il descendit l'escalier et remonta tout doucement. Copréaux me débanda les yeux, et je vis les deux mêmes hommes assis à mes côtés. Je me réservai de découvrir celui qui m'avait proclamé membre des Saisons. Quant à la jeune fille, pendant la cérémonie elle avait laissé brûler les côtelettes.
« Eh bien I me dit Copréaux, te voilà des nôtres I Allons prendre un verre de vin pour fêter ta bienvenue, »
En route, mes deux acolytes furent muets pom-
me des tombeaux ; mais, en entrant chez le marchand de vin, l'un d'eux s'écria : « Garçon I un litre à seize I » Je reconnus la voix du grand-prêtre qui m'avait initié. Je les quittai, après avoir payé la dépense.
Quelques jours après, je fus convoqué à une réunion chez un marchand de vindelaruePastourel. Nous étions une vingtaine; là j'appris le nom du chef de groupe, il se nommait Goujard ; Copréaux était son second. Un autre chef plus influent entra an instant après.
* « Bonjour, citoyen Couturat, » lui disait-on; et chacun se disputait l'honneur insigne de lui presser la main. Ce chef, qui prenait le titre pompeux d'agent révolutionnaire, reçut leurs félicitations avec dignité, puis, prenant place, il lut un ordre du jour fulminant, et nous prévint qu'avant peu il fallait s'attendre à descendre dans la rue. Après la séance, chacun mit 50 centimes pour la cotisation mensuelle, puis pour les détenus politiques, puis pour le matériel de l'imprimerie des ordres du jour, puis pour achat d'armes et munitions de guerre Ça n'en finissait plus. Je vis combien était dispendieux l'honneur de faire partie d'une société secrète; Mais j'étais loin alors dépenser que cet argent était destiné à engraisser des bavards et des fainéants qui exploitaient tout bonnement notre patriotisme.
Après deux ou trois réunions de ce genre, qui se renouvelaient mensuellement, un nommé Sainte-
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Crois, qui avait remplacé Couturat, vint me trouver lia dimanche vers six heures du matin s
—-Lève-toi, me dit-il, tout rayonnant de joie. C'est aujourd'hui le grand jour l
— Bon, lui dis-je.
Je m'habillai à la hâte, et le suivis dans une opn taine d'endroits où il allait convoquer ses hommes.
—Remarque bien leur demeure, car si je suis tué, tu me remplaceras ; tu seras chef de groupe.
Nous marchâmes ainsi jusqu'à une heure de l'aprèsmidi, et, au lieu de cent hommes sur lesquels il comptait, nous nous trouvâmes une quinzaine.
— - Si c'est avec cette armée que tu espères renverser le gouvernement, je puip l'assurer que nous allons être joliment étrillés.
— Tu verras, h deux heures, me répondit-il, rue Saint-Martin, où est < le rendez-vous général , nous serons plus de dix mille.
Arrivés dans cette rue, nous entrons chez un marchand devin , et Sainte-Croix nous dit t « Attendezmoi ici, que personne ne sorte, vous êtes en permanence. »
Au bout d une heure il revient : « Aux armes! t s'écria-t-il, « suivez-moi. »
Nous le suivons jusqu'à la rue Bourg-1' Abbé, nous envahissons la boutique d'un armurier et nous nous armons de fusils de chasse. On nous distribue à chacun quelques paquets de cartouches. Mais le comité n'avait pas songé que nos fusils de chasse
allaient nous être inutiles, les cartouches n'y pouvaient pas entrer; Nous fûmes obligés de couper les halles en quatre, ee qui nous demanda du temps.
Enfin tout est prêt. Nous demandons les chefs , le comité :
« Le comité? c'est moi, s'écrie un homme en s'élançant sur une borne : Je suis Bàrbèà I mes collègues sont Blanqui et Martin-Bernard. Que ceux qui veulent renverser le gouvernement de Louis- Philippe me suivent. Nous sommes peu nombreux peur commencer uûe aussi grande entreprise ; mais tout Paris frémit sous le joug de cet infime tyran, lux armes I Les républicains ne doivent pas compter avec leurs ennemis. »
Je fus saisi d'admiration, non du discours, mais de la chaleur avec laquelle il avait été prononcé: En voilà un du moins qui marche hardiment à la tête de son parti. Je me plaçai près de lui et nous partîmes au pas de course jusqu'à l'Hôtel-de-Vil le, que nous primes sans coup férir.
A peine y étions-nous installés que la garde municipale à cheval y arriva au galop. Nous réunir, Mus précipiter à sa rencontre fut l'affaire d'un moment. Nous les repoussâmes vigoureusement.
Hors Barbes, ivre de joie :
• — Mes amis, la journée est à nous! la Préfecture doit être prise par Blanqui : Nous allons organiser un gouvernement provisoire.
— Mais non, la Préfecture n'est pas prise, dit un
individu qui arrivait tout essoufflé. Blanqui ne veut pas marcher; il dit que nous sommes des fous, que nous allons nous faire exterminer, et qu'il ne veut pas exposer ses hommes.
— C'est impossible» dit Barbes, tout était convenu ce matin. Citoyens, en avant 1 à la Préfecture de Police I Qu'une centaine d'hommes me suivent.
Arrivés au quai aux Fleurs, nous entendîmes des coups de fusil. Les gardes municipaux du poste de la place du Châtelet se défendaient avec acharnement. On nous assura que plusieurs des nôtres avaient été tués. Nous avançâmes cependant sur le poste du Palais-de-Juslice.
— Rendez vos armes, dit Barbes à l'officier du poste.
—Non I répond celui-ci.
Aussitôt un coup de fusil partit et le lieutenant Drouinot tomba mort.
La garde municipale, embusquée sur la place Dauphine et dans la cour de la Préfecture, arriva sur nous au pas de charge ; nous fîmes feu sur elle tout en battant en retraite. Rue Saint-Martin, nous essuyâmes quelques décharges , auxquelles nous ripostâmes vigoureusement. Des barricades avaient été élevées ; nous fûmes contraints de les abandonner après une défense opiniâtre. Enfin le soir , Barbes avoua lui-même que c'était une affaire înanquée. 11 était furieux contre Blanqui et ne savait comment qualifier sa conduite.
Je passai avec Barbes et une dizaine d'autres devant cette fatale maison de la rue des Ménétriers ; il me sembla encore voir le malheureux épicier et sa femme étendus à mes pieds ; Je frissonnai à ce souvenir. À quelque pas de là, nous fûmes assaillis par la troupe. Barbes, blessé, se mit à courir comme un fou. Je brûlai jusqu'à ma dernière cartouche, puis après je fis comme les autres, je me sauvai chez moi. C'est la seule affaire dans laquelle je ne fus pas blessé.
Le lendemain, je sortis pour avoir des nouvelles. Je rencontrai un nommé Dugrospré, qui me dit que le combat recommençait vers le quartier du Marais, et qu'il allait k une réunion rue des Blancs-Manteaux.
Je partis avec lui; nous trouvâmes chez un marchand de vin de cette rue une quarantaine d'individus, pour la plupart armés, qui délibéraient sous la présidence du citoyen Louis Guéret. A notre invitation d'aller rejoindre nos camarades qui recommençaient la lutte, il nous fut répondu par un refus formel. Ce n'était pas leur société qui combattait ; ils étaient disciples de Cabet.
Alors, comme toujours, les dissentiments des chefs firent échouer une insurrection qui fut peutêtre la plus formidable de toutes celles qui avaient eu lieu sous le gouvernement de Louis-Philippe, non pas par le nombre des combattants, mais par l'impétuosité de l'attaque.
Cs mois après, je fus de nffsreas convoqué, et je rô les hommes da groupe dsst je Usais partie; quelques-uns iraient été arrêtés, pois rettdkés. 8sistB-Cn>ix. ayant appris qoe d'injustes soupçons plassicst sur ses compte, se retira, et jamais ofe s'estendit plus parier de lu.
Quelque temps après, la mère àt h jeune fite im laquelle Copréau rivait es concubinage k it mi é ki comme déserteur. G os ja riL qui n'avait pas pars à l'affaire ds 12 mai, fat déclaré Jsjp c tt et iscapaUe pssr cela àt diriger le groupe. Us sommé Leprestreds Bocage mes ttdassrr \m dkeetios as som d'as sosTeas comité.
Dès ce jour, je fos mis di r o cleaws t es rapport avec les personnages les pins importasts Au parti.