CHAPITRE X
La Nuit du 24 Février a la Préfecture de Police.
Je me rendis à la Préfecture en tonte hâte, et je la trouvai gardée par des gardes nationaux. L'adju- *lant-major Caron s'avança vers moi, et me dit :
« Vous pouvez vous retirer, mon ami, on n'a pas lesoin de vous ici, la garde nationale est assez nombreuse pour faire le service. » Je regardai avec "jlus d'attention cette prétendue garde nationale. TMais ce sont tous mouchards et sergents de ville déguisés! Caussidière n'est pas en sûreté avec ces gens-là; et repoussant Caron, j'entrai dans la Préfecture malgré lui.
Je rangeai mes hommes dans la cour, et je montai chez Caussidière. Je le trouvai dans le cabinet du secrétaire-général, assis dans un fauteuil et causant avecSobrier et plusieurs employés de la Préfecture,
victoire assurée et je courus à la Réforme pour an* noncer au comité cet heureux succès.
Je ne trouvai là que quelques hahitués : je demandai où était Flocon. On me dit qu'il était au café. En descendant je le trouvai en uniforme de la garde nationale, causant avec Baune ; tous deux fumaient tranquillement leur pipe, leur fusil vierge sous le bras.
« L'Hôtel-de-Yille est à nous, leur dis-je, nous avons des canons, les troupes battent en retraite de tous côtés, les casernes sont brûlées ou occupées par le peuple, la garde nationale est avec nous, tout Pi ris est hérissé de barricades.
— Avez-vous vu Caussidiëre ? me dit Flocon.
— Non, je n'ai pas même vu Albert, mais je su* certain qu'ils se battent comme des lions.
— Voilà qui change terriblement les affaires, ajouta Flocon : il faut nommer un gouvernemeat provisoire. » Puis se tournant vers ceux qui me suivaient :
« Vous paraissez échauffés, mes braves, vous devez avoir soif , entrez au café. » Et il me donna de l'argent pour leur payer de la bière.
« Hâtez-vous, me dit-il, vous monterez à la Réforme, jai des ordres à vous donner. »
Un instant après je fus le retrouver ; il y avait avec lui Cahaigne, le frère de Bocquet, Baune et quelques autres.
On vint annoncer alors qu'un combat terrible se
titrait sur la place du Palais-Royal, et que la troupe, retranchée dans le poste du Château-d'Eau, opposait une résistance désespérée.
« Qu'on les mitraille, dit quelqu'un, » et Ton me donna Tordre d'y conduire les deux pièces de canon de THôtel-de-Ville. Cet ordre, rédigé par Bocqnet, était ainsi conçu : « Citoyens, on massacre « nos frères sur la Place du Palais-Royal. Nous auto- * irisons le citoyen Chenu, porteur de cette lettre, à « y faire conduire les deux canons qui sont en votre t pouvoir, afin d en finir promptement avec les « derniers défenseurs du tyran Louis-Philippe.» Signé Bocquet. Au-dessous, le cachetde la Réforme. On m'adjoignit Cahaigne pour porter cet ordre, et on nous donna, en outre, quelques proclamations pour les distribuer au peuple.
Arrivés à THôtel-de-Ville , nous trouvâmes une foule compacte, ivre de joie et de vin. Des hommes, des femmes étaient montés sur les deux pièces de canon et jusque sur les chevaux. Ils se faisaient traîner ainsi autour de la place.
Nous ne pûmes leur faire entendre raison. J'eus beau leur montrer Tordre dont j "étais porteur, leur expliquer que quelques coups de canon épargneraient le sang de leurs frères , rien ne put les engager à descendre et k nous suivre.
« Viens, dis-je à Cahaigne, cette scène me dégoûte ; il n'y a plus là un seul des combattants de ce matin ; il n'y a plus qu'une tourbe insensée
« J'ai à te parler , lui dis-je, mais y Nous passâmes dans un cabinet f de mes remarques sur les grenad"confiee la carde de la Préfet monde , ajoutai-je, et danp imprévue je ne serais pa? c
pousser. *£
— Tu vas, me dit-il l *
les chefs de groupe f iemm^'
lesquels nous pou*
temps à perdre. Jr , politique; c'est un
ce sera mon prr * tout.
Nousrentr? 4 autre dossier et lut : «Mon-'
et écrivit : .selle M..., artiste du Gymnase,
« former ' lU e du Helder, a pour entreteneur un « de po' a eur de l'Académie royale de musique, * tero fient la voir très-assidûment. Un grand et eta ' j£*beau jeune homme épie le moment de sa Vtie pour aller le remplacer. Mademoiselle M... r ^ène un grand train, et ses parents sont voisins delà misère.» Signé . Jules.
Puis Caussidièrc passa en revue les dossiers de tes dames, et nous fit faire connaissance avec les coulisses de l'Opéra. Toutes ces lettres étaient signées par ce coquin de Jules, qui se faisait un plaisir de raconter tous les matins au préfet de police la vie intime de ces charmantes pécheresses.
« Qu'est-ce que ça me f..., s écria Caussidière,