‹ La naissance de la république en février 1848Chapitre 29 sur 38 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Traité de paix entre les Montagnards et les Sergent* ville. — Un dîner a la Préfecture de Police* Caussidière et les cuisiniers clubistes.

Étant sorti deux jours après, je fus effrayé de 1 multitude de filous de toute espèce qui inondaien les rues, les boulevards et jusqu'aux quais voisin de la préfecture : les jeux de birlibibù les petite roulettes, enfin lousles jeux de hasard encombraient^ les passages. Je compris la cause de tous ces désordres : les anciens sergents de ville et les agents chargés spécialement du service de sûreté n'osaient reparaître; ils ne venaient plus à la Préfecture dans la crainte que leur causaient les Montagnards, qui les rossaient vigoureusement lorsqu'ils s'aventuraient à venir faire un rapport verbal à leurs chefs.

Malheur à l'homme porteur de moustaches et dont la taille excédait cinq pieds deux pouces, si ses affaires l'appelaient à la Préfecture, soit pour un

passe-pûrt, soit pour toute autre cause. — C'est un mouchard) s'écriaient les Montagnards! Et sans vouloir entendre aucune explication ils tombaient dessus et le rouaient de coups. Si l'individu était grêlé, c'était une circonstance aggravante : on l'assommait puis on le portait au dépôt.

En revenant à la Préfecture je Fus surpris du changement extraordinaire qui s'était opéré dans les habitudes des Montagnards à l'égard des sergents de ville. Je les vis avec plaisir fraternisant ensemble chez les marchands de vin du quartier.

Voici comment s'était fait ce rapprochement inattendu. Les sergents de ville cherchaient par tous les moyens imaginables à se concilier leurs terribles ennemis. Nécessité est mère de l'industrie : L'un d'eux s'aperçut, 'ce qui n'était pas bien difficile, que tous les Montagnards avaient un goût très-prononcé pour la bouteille. Il fit part de sa remarque à un de ses collègues, et tous deux résolurent de tenter un rapprochement avec eux à l'aide de quelques brocs de vin , liqueur qu'eux-

mêmesncdédaignaientpas.Ladifficultéétaitd'aborder sans danger un Montagnard. Le hasard vint à leur secours et les servit au delà de leurs souhaits. Depuis deux jours toutes leurs tentatives avaient échoué et ne leur avaient rapporté que force gourmades : des hommes ordinaires auraient renoncé à une entreprise aussi périlleuse; mais il s'agissait de l'existence, et puis le sergent de ville est patient.

Page 1