‹ La naissance de la république en février 1848Chapitre 33 sur 38 · HT · texte numérisé non relu

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Grandpaesnil demanda ensuite l'avis d$ ceux dont |es poms se trouvaient sur sa liste. Toqs acceptèrent avec empressement l'honneur qui leur était offert. JJn seul refusa.

a Quels sont tes motifs? demanda Pornin?

— Je s^tis à peine lire et très-peu écrire, répondit Joseph Ledoux. Je sujs savetier de jpon état, et je m'entends beaucoup mieux $ mettre une empeigne qu ! ^ fajjre un discours.

— Ju mp passeras la parole, reprit Pornin ; je lepr ep ferai des discours, et des chiqués ! je veux q^ils en soient épatés.

— D'ailleurs, dit Grandmesnil, il y aura assez <|e bavards sans nous ; il s'agira seulement de voter avec ensemble, d applaudir nos orateurs...

— Et d'aplatir les réacs, ajouta Pornin.

— Je donnerai le signal, dit Grandmesnil, qui tenait k avoir un cqmiqandement quelconque.

— Tiens, repartit Joseph, ça sera comme k la gljtqpe de l'Ambigu, vous serez le chef de cabale. »

Grandmesnil fit une légère grimace et trouva peut-être (^ comparaison assez juste.

Les chefs de clubs promirent d'appuyer la liste des candidats qu'on venait de leur soumettre (il y avait alors environ trois cents clubs dans Paris). Us devaient bjen ce service à leurs amis ; on daigpaH à la Préfecture fermer les yeux sur les petits bénéfices qu'il? prélevaient chaque soir à l'entrée dis leurs salles. Ils savaient parfaitement mettre en

pratique la maxime nouvelle qui affirme « qu'avec le sou du prolétaire on pourrait cautionner tout V univers. » Telle salle, louée par eux 4 5 ou 20 francs, leur rapportait jusqu'à 200 francs par soirée. Ces messieurs se donnaient en public des dehors austères, mais le matin les principaux orateurs se réunissaient chez le président, où on déjeunait aux huîtres et au Champagne.

Ce qu'il y a de plus triste dans tout cela, c'est que la plupart de ces nouveaux Macaires étaient de jeunes étudiants et des viveurs repoussés par leurs familles à cause de leurs débauches. Ils avaient l'effronterie, eux perdus de vices, de se poser, devant de pauvres ouvriers fascinés par un langag patriotique, en régénérateurs de la société.

Quelques-uns, voyant leur truc devenu impos sible par suite de la nouvelle loi sur les clubs, s ^«c sont vendus au gouvernement, qui a eu la simpli — citéie les prendre au sérieux.

Quoi qu'il en soit, la liste de Grandmesnil fc=rt soutenue par eux aux élections ; Pornin et ses am eurent des milliers de voix. Pauvres électeurs!

Le célèbre gouverneur est aujourd'hui bien d< chu de sa grandeur passée. On peut voir chaqt->*e jour cette illustration politique traînant de cabar^ en cabaret son affreuse débine. Trop heureux l'ixi-

fortuné lorsqu'il peut attraper quelques misérables rogatons que lui jettent avec dédain ceux qui ont le plus profité de ses prodigalités.

C'est que Pornin a compromis sa réputation aux yeux des Montagnards. Dans un moment d'oubli, lorsqu'il fut acquitté après les affaires de juin \ 848, il commit l'imprudence de s'écrier : Vive le conseil de guerre ! Depuis ce temps, les plus farouches du parti lui jettent ces paroles avec mépris : « Tu as crié : Vive le conseil de guerre! devant ceux qui ont condamné tes frères ; honte et anathème sur toi, Pornin * I

1 Pour ceux qui désireraient faire connaissance avec cet intéressant personnage, j'indique ici l'endroit où il a élu son domicile politique. On peut le voir, chaque jour, de neuf heures du matin à onze heures du soir, à l'Association des marchands de vin, rue Jean-Robert. On le reconnaîtra sans peine au portrait fidèle que j'en ai donné dans un précédent chapitre, et plus encore à son langage excentrique.

Je vis là Grandmesnil, Tiphaine, Monier, Bocquet, Pilhes, Lechallier , Bergeron . Caillaud, Albert, Mercier, Delahode et Sobrier.

Caussidière fit cesser les conversations particulières, et, prenant la parole :

« Citoyens , dit-il , nous devions être plus nombreux ; mais Louis Blanc et Ledru sont retenus à l'Hôtel-de-Ville; Raspail et Barbes sont à leurs clubs; quant à Flocon, il m'écrit qu'il est indisposé. »

Je jugeai qu'il allait se passer quelque chose de grave, puisque le prudent Flocon avait trouvé un prétexte pour s'abstenir.

« Il y a un traître parmi nous, continua Caussidière, nous allons nous constituer en tribunal secret pour le juger. » Grandmesnil, en sa qualité de doyen, fut nommé président, et Tiphaine, secrétaire.

a Maintenant , citoyens , » ajouta Caussidière , qui remplissait les fonctions d'accusateur public, « pendant longtemps nous avons accusé trop légèrement d'honnêtes patriotes, nous étions loin de soupçonner le serpent qui s'était glissé parmi nous ; aujourd'hui j'ai découvert le véritable traître; c'est Lucien Delahode ! »

Celui-ci, qui jusqu'alors avait paru indifférent, bondit à cette accusation si directe. Au mouvement qu'il fit , Caussidière s'empressa de fermer la porte, et, tirant un pistolet de sa poche : a Si tu bouges, je te casse la tête. »

Delahode alors se mit k protester énergiquement de son innocence.

« Bien I dit Caussidière. Voici un dossier qui contient dix-huit cents rapports adressés au Préfet de Police : je vais vous le soumettre : » 11 remit alors k chacun de nous les rapports qui le concernaient.

Il y en avait une vingtaine sur mon compte: j'en pris connaissance. Delahode ne me ménageait pas. 11 me présentait comme un des plus dangereux conspirateurs, et disait, entre autres choses, qu'Userait facile de m'exalter jusqu'au régicide.

Delahode niait toujours que ces rapports , signés Pierre, fussent de lui, lorsque Caussidière nous lut la lettre qu'il a publiée dans ses Mémoires , lettre dans laquelle il offrait ses services au Préfet de Police, et qu'il avait signée de son véritable nom. Alors il fallut avouer ; il prononça quelques mots pour dire qu'une terrible fatalité l'avait jeté dans les bras de la poliee.

Caussidière lui présenta le pistolet en lui disant qu'il n'avait plus que celte seule ressource.

Delahode répondit qu'il ne se tuerait pas, mais qu'on pouvait faire de lui ce qu'on voudrait.

Bocquet, impatienté, saisit le pistolet, et le lui présenta par trois fois :

« Allons, lui disait-il, brûle toi la cervelle! lâche I lâche I ou je têtue moi-même. »

Je frémis alors en songeant au signal que j'avais

indiqué à mes hommes, et, m'approchant vivement d'Albert :

—Est-ce que toi, membre* du Gouvernement provisoire, tu permettrais qu'il se commit un assassinat dans ta chambre même! tout l'odieux de ce crime retomberait sur toi.

— C'est vrai, dit-il.

Et comme Bocquet, au comble de l'exaspération, armait le pistolet et allait exécuter sa menace, Albert le lui arracha des mains en lui disant :

— Mais y songes tu ! Un coup de pistolet donnerait l'alarme.

— C'est ma foi vrai, s'écria Bocquet, il nous faudrait du poison.

— Du poison? dit Caussidière, j'en ai apporté, et de toutes qualités.

Il prit un des verres qui se trouvaient sur le secrétaire, le remplit d'eau qu'il sucra, y versa ensuite une poudre blanche, puis le présenta à Delàhode, qui recula avec indignation : *

— Vous voulez donc m'assassiner?

— Oui, dit Bocquet, qui, conspirateur subalterne, voulait faire du zèle et se faire remarquer de ses chefs. Bois I

Delahode était fort pâle et la suçur çpuhit sur sorç visage. 11 répondit d'un air sppabrç : « Jç ne « me tuerai pas » . Puis il ^1U s'asseoir sijr le canapé et y resta, la tfye eutre ses maiqs.

Mais Bocqulet, inflexible; lui présentait toujours le verre. « Allons, Bote donc I dit Caussidière d'une voix lente et monotone; tu vas tournée de l'œil tout de suite.

— Eh bien ! non ! non ! je né boirai p&s I »

Et dans 1 égarement de ses idées, il ajouta avec un geste terrible :

« Oh ! je ine vengerai de toutes ces toïttlrës I

^—Àh ! tu te vengeras > s'écria Bocquet ; tibâ; Car th ne sortiras pas d'ici. »

Et, saisissant le pistolet, il allait Itii briâë'r la tête, lorsqû 'Albert s'interposa de nouveau:

« Non, non * dit-il, je ne Souffrirai pas cèlal D'ailleurs* il s'est bien battu en février ; fc'eét une circonstance atténuante. »

Monier, Pilhes et moi, nous nous joignîmes à lui pour demander sa grâce.

« Mais , dit Caussidière , nous ne pouvons le iaisser vivre après ce qui vient de se paslser. Ne l'avez-vous pas entendu dire tout-à-l'heurié qtfil se vengerait? Il peut nous compromettre, car il sait tout ce que nous faisons.

— Il faut le mettre sous clef, ditGràndmesnil.

— Tu as raison, reprit Caussidière ; je vaiàle conduire moi-même à la Conciergerie et le recommander dune manière toute spéciale. Nous n'aurons fiëh h craindre delui tant que je serai préfet. Et j'fciriritehtion* ajouta- t-il enridht, de le garder longtemps. *>

Bocquet courut aussitôt chercher un flacre, mal-

gré l'heure avancée de la nuit. Pendant ce temps, on signa le procès-verbal de la séance, rédigé par Tiphaine.

Caussidière nous expliqua comment il avait été mis sur la trace de la trahison de Delahode,

« On me reproche , dit-il , d'avoir conservé les anciens agents, et pourtant c'est à Élouin et à Âllard que je dois cette découverte. Ils m'avaient conseillé d'envoyer à Londres un de leurs principaux agents qui devait paraître en fuite, afin de surveiller plus facilement Pinel et Delessert. Je l'ai fait, et dès son premier rapport, cet homme m'a fait savoir qu'il tenait de M. Pinel qu'un de ses agents les plus fidèles était auprès de moi. »

— C'est sans doute pour cela, ajouta-t-il, en s'adressant à Delahode que tu vas coucher chez toi tous les soirs. Je vais faire examiner tes papiers.

— Je vais chez moi, dit Delahode, parce que j'y dors mieux.

— C'est ce que nous verrons.

— Enfin, citoyens, je dus rechercher quel était cet agent de Pinel, et grâce toujours à Élouin et à Allard, j'ai découvert les dossiers que voilà, et qui ont failli m'échapper, car on allait les envoyer au pilon.

Bocquet rentra en ce moment , et nous annonça qu'il avait trouvé deux fiacres. Tout le monde sortit. Je causai un instant avec Albert, et, en passant, je vis quelques-uns de mes hommes embusqués der-

rière les caisses d'orangers : « Eh bien? me direntils. — Ce n était rien, répondis- je, vous pouvez partir. »

A la porte du Luxembourg, je retrouvai Caussidière et les autres ; ils forçaient Delahode, qui résistait, à monter dans un fiacre. Caussidière ètTiphaine l'enlevèrent et se placèrent à ses côtés ; trois autres se placèrent en face d'eux. Quant à Bocquet, adjoint du 4 2 e arrondissement, le pistolet au poing, il monta derrière la voiture.

Je pris l'autre fiacre avec Mercier, qui me déposa en passant à la caserne des Petits-Pères.

Une heure après mon arrivée, mes hommes rentrèrent ; je les attendais pour les remercier du dévouement qu'ils avaient mis à veiller ainsi sur moi jusqu'à deux heures du matin.

« Il n'y a pas de quoi nous remercier, capitaine ; mais, voyez-vous, si vous aviez donné le signal, vos ennemis, quels qu'ils eussent été, n'auraient eu qu'à se bien tenir, nous les aurions exterminés jusqu'au dernier. »

Leur détermination me fit voir à quel danger venait d'échapper Caussidière et tous ceux qui se trouvaient chez Albert, et je me demande encore aujourd'hui ce qui serait advenu si Bocquet avait tiré sur Delahode: peut-être n'eussions-nous pas vu les sanglantes journées de Juin.

CHAPItRÈ XVIII.

Les EoBDets à poil* — Rlanqui. — Gainètdicre

et rUôtd-de-Ville.

Départ pour la Belgique.

Ce fut vers cette époqtie Qu'eut lied là mâûifestation dite des bonnets à poils. Càttëèidiërè ihe donna Tordre d occuper la tête dil Pcfùt-Neùf avec ma compagnie.

« Si les grenadiers, me dit-il, teuleiit prendre on air trop belliqueux, f... -leur des coups dfe fusil, le vais envoyer mes Montagnards avec des gourdids J)0ilr les assommer s'ils font dû brtïit. »

Je me rendis à mon poste ; les bttbtiets & poil défiltrent devant nous : comme ils étaient Silencieux, je les laissai passer satis obstacle. Plus loin, les Montagnards lès assaillirent; mais ils àfe défendirent bien, et parvinrent k l'Hôtël-dë-Tille.

Je revis Caussidière dans la même journée : il me dit qu'il allait préparer une contre-manifesla-

tion pour le lendemain, qufi tous les chefs des club* etaientprevenus.il merecom manda deprendre la tète du cortège avec ma compagnie et de crier vive Ledru- Rollin, surtout en passant devant h Bourse, où des bruits fâcheux avaient été répandus sur l'état de la fortune de ce membre du Gouvernement provisoire.

La manifestation eut lieu comme il me lavait annoncé; elle fut imposante. Plus de cent mille hommes se rendirent à l'Hôtel-de-Ville, et le Gouvernement provisoire dut se croire fort ce jour-là. Mais les affaires, qui commençaient à reprendre, reçurent un coup fatal à partir de cette manifestation, sur le passage de laquelle toutes les boutiques sp fermèrent. Qu'importait le commerce à Caussidière I l'agitation était son élément; lui et ses amis y trouvaient leur compte. Le soir, quand je le vis, il était radieux et ne voyait plus de borne à sa puissance. « Je puis à mon gré, disait-il, soulever les masses et les précipiter sur la bourgeoisie. »

Fier de son triomphe, il ne pouvait plus souffrir le moindre obstacle à ses projets révolutionnaires ; mais la partie modérée du Gouvernement provisoire, qui le devinait, lui opposait une résistance inattendue ; on ne voulait pas de sa garde, et, pour le forcer à la dissoudre, on lui refusait de l'argent.

Cette résistance irritait Caussidière et il se préparait à la briser, lorsqu'il s'aperçut qu'un danger redoutable le menaçait lui-même. C'étaient les déclamations furibondes de certains chefs de club, aux

quels il avait donne l'élan, mais qui l'avaient prompte ment débordé, sous l'inspiration brûlante de quelques orateurs ardents et passionnés, tels que Villain et Blanqui. Ce dernier même ne se gênait plus, et menaçait de mettre en jeu jusqu'à l'existence politique de Caussidière.

« Ce gros homme, disait-il, n'est que matière ; il manque de l'énergie qui constitue le révolutionnaire et s'habitue trop facilement aux délices du pouvoir. Il est temps de rejeter ces hommes énervés et sensuels, qui ne peuvent qu'entraver la marche de la révolution. » Il frondait avec amertume les abus qui se montraient audacieusement à la Préfecture de Police; reprochait à Caussidière d'entretenir les anciens sergents de ville et les gardes municipaux : « Pourquoi nourrir ainsi tous ces fainéants ennemis du peuple, tandis que ce peuple meurt de faim et de misère? Pourquoi aussi former cette garde préfectorale ? 11 nous répondra sans doute que la sûreté de la ville et de la République nécessite ces mesures; mais les hommes des clubs, les anciens détenus politiques ne sont-ils pas là armés pour défendre la souveraineté du peuple?Ne serait-ce pas plutôt pour servir son ambition personnelle? »

Ces discours, et d'autres plus violents encore, épouvantaient Caussidière, qui n'ignorait pas que cette portion des Montagnards, dont il commençait à vouloir réprimer la licence, se désaffectionnait chaque jour de sa personne pour s'attacher à Blan-

qui, dont ils admiraient l'énergie sauvage, plus conforme à leur propres caractères.

La puissance de Blanqui, qui grandissait chaque jour, ses projets bien connus de renverser le Gouvernement, la haine qu'il paraissait avoir jurée à Caussidière, détermina ce dernier à le prévenir et à hâter l'exécution des plans qu'il avait conçus.

11 me fit donc appeler.

« Garçon, me dit-il, je compte sur toi pour un coup hardi. L'Hôtel-de- Ville m'embête, Ledru-Rollin et Flocon n'élèvent pas assez la voix; ils mettent ce pauvre Albert de côté ; mais heureusement je sais là, et la révolution n'aura atteint son but que lorsque j'aurai renversé cette fraction modérée, qui devient plus réactionnaire que jamais. Tu vas te rendre à l'Hôtel-de- Ville. Examine bien les corridors, les pièces qui avoisinent la salle du Conseil ; choisis la place de tes hommes. Le commandant Rey, que j'ai prévenu, vous introduira. Ce soir je ferai envahir la place par la Garde urbaine, les Montagnards et les clubs qui me sont dévoués. Garde bien toutes les issues, il faut que personne ne sorte.

« Tout ce peuple rassemblé demandera la révocation de Marrast , Lamartine, Ârago, Garnier-Pagès et Pagnerre. Je me rendrai auprès d'eux pour leur exprimer sa volonté ; tu seras là pour les arrêter en plein conseil; s'ils tentent d'échapper... f... tu me comprends 1 1 Voilà qui est décidé, je compte sur toi. »

Je fis remarquer à Caussidtôre que l'état 4e faiblesse et de souffrance dans lequel je me trouva an me permettait pas de remplir une pareille vqàsion avec toute l'énergie nécessaire, et je refusai.

— J'en trouverai dix autres, me dit-il, qui s'empresseront de m'obeir; mais, en attendant, tu déranges tous mes projets pour ce soir ; je l'avais cru un homme décide.

— Mou refus ne peut en rien déranger (es plans : n'es-tu pas entouré d'amis dévoués qui te serviront aussi bien que j'aurais pu le faire? Mais suis mon conseil, renonce à tou projet ; il te perdra. Lamartine et Arago ont yne popularité que tu n'as pas encore pu obtenir, malgré tous tes efforts. Puis, Marrast a une police, et tu n'en as pas* Tu ne pourras pas agir §i secrètement qu'il n'en transpire quelque chose. »

Mou conseil déplut à Caussjdière ; \\ me congédia brusquement, et dès ce moment ma perte fut jurée.

Depuis longtemps je lé} voyais avec peine diriger les complots jps plus insensés çoutre l'tlôtelH)e- Ville. Vnç fois entre autres, il parlait de faire sauter la salle du Conseil avec un baril de poudre. Sa jalousie et plus enepre son ambition insatiable le ppussaient fatalement vers l'abîme, et riep ne pouyaty l'arrêter. Viugt fois déjà j'eus l'idée de le quitter; pçtjs nia vieille amitié me retenait toujours auprès de lui.

#tanl allé Y<>ir un ami à l'Hôtel-de-Ville, je rpfl-

cputrai eu sortant des tyoutagpards qui }e redirent sans doute à Pornin, et celui-ci h Caussidièrp, qui qn tifa (les conséquences f^cuses, car le lendemain je reçus une lettre auunym? ailW couçue : « Vous êtes découvert, dallez plu* à la Préfecture; * le Préfet, justement irrité contre vpup, vpug puu nirait comme vpus le ipéri(ez. »

Je montrai cette lettre ^ Hforis$et, qui me dit ; « Je sais ce que c e? t ; il y ^ mi rappqrt de fait contre toi, et Ut ne fais plus partie de la Gard? républicaine.

—J'aurai çmc expliçfttipn » , lui dift-jp,

Et sur-le-champ je typptyi daq* 1$$ chambrées, pt je racpnjai au* bommps de ma compagnie ce que m'avait dU Morisset. Ils fièrent de suite trouver Caussidière et lui déclarèrent qu'ils étaient déterminés à partir, si je quittais la Garde républicaine.

« Je ne sais rien dé tout cela, leur répond jt-il. fljtes au capitaine Cbeuu de yenir pe vpir k pinq heures. »

Je me refldi? à spu invitation , awmpagné de tyorisset. Je vis à l'accueil froid et glacial qu pu me fil que Caussidière avait préveuu son état-waJQr- Qn s'attendait évidemment à u$e scèue dans le geurede celle de Dielahode. Caussidière me $t eu* trer dans sa chambre k coucher. Je vis syrun meuble uu carafon d'eau-de-vie k moitié vide? et je me pris à sourire en sougeant ^ ty, Jeau.

Je lui demandai alors des explications nelles et franches :

« As-tu à te plaindre de moi, lui dis-je? je n'ai refusé qu'une seule fois d'obéir à tes ordres, et je crois l'avoir fait dans ton intérêt. Je te quitte à partir d'aujourd'hui; mais avant, je veux connaître le rapport qui t'a été fait contre moi par Élouin et Âllard. Tu ne peux baser une accusation sérieuse sur cette pièce dictée par un ignoble désir de vengeance. As-tu des correspondances, des preuves quelconques pour m'accuser de trahison ? Il en faut pour me mettre ainsi au ban du parti.

— Non, me répondit Caussidière, je n'en ai aucune > mais par prudence je dois te faire quitter la Préfecture. Tu en sais trop: tu vas àl'Hôtel-de- Ville ; peut-être y vois-tu Marrast?

— Je ne l'ai jamais vu , et je ne suis allé à la Ville qu'hier pour la seconde fois depuis Février. »

Caussidière prit alors un ton hypocrite et me plaignit d'être ainsi en butte à la calomnie. «Quelques Montagnards te détestent ; pour éviter des raisons, une lutte peut-être, il vaut mieux te retirer. Si tu le veux, je vais te confier une mission.

« Les patriotes belges qui vont combattre pour l'indépendance de leur pays, se réunissent à Séclin. Je viens d'y envoyer Fou telle et plusieurs autres ; ils sont déjà partis, va te joindre à eux. Quand tu reviendras j'aurai tout arrangé. Cela te va-t-il?

— Oui, répondis-je, puisque je vis que c'était un parti pris de m'éloigner.

— Voici alors ce que tu auras à faire : tu remettras au chef des charretiers qui conduisent des voitures chargées d'armes et de munitions une lettre que je vais te donner. Cet homme est un des nôtres, tu le trouveras à Séclin. II s'agit de s'entendre avec lui sur le lieu convenable pour le pillage des armes. Le conducteur des voitures fera un simulacre de résistance, et, quoi qu'il arrive, nous ne serons pas compromis.

— Allons, je pars; donne-moi ma lellre.

Il me la fit aussitôt, puis une autre pour le directeur du chemin de fer du Nord, ainsi conçue :

« Le citoyen directeur du chemin de fer du Nord « est prié de donner une place dans ses voitures « au citoyen Chenu, envoyé en Belgique en mission.

« S/yn^ Caussidière. »

Et le cachet de la Préfecture de police.

Je quittai alors la Préfecture sans prendre beaucoup de souci de ceux qui y restaient.

Chemin faisant, je dis à Morisset ce que je pensais de cette expédition : « Nous allons tomber dans quelque guêpier; mais j'en reviendrai, j'ai confiance en mon étoile. »

Je dînai pour la dernière fois à la caserne; je dis adieu à mes camarades de la compagnie du 24 Février; je passai aussi chez moi, où j'embrassai mes

enfants el ma femme, à laquelle je ne dis rien de ce qui venait de se passer dans la crainte de lui causer de l'inquiétude; je pris le chemin de fer le soir même, et j'arrivai à Séclin dans la nuit.

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