‹ La naissance de la république en février 1848Chapitre 35 sur 38 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Ctintati âxié 1k Fotèt-Nofté.— Là Suisse- Refont & Strasbourg.

J'étais convenu avec ma femme qdé je la tiendrais au ccrtirant des lied* où je ifce trouverais, afin tjii'elle pût m'àvertir de la chute probable de rilofl êfibetni. J'aurais pu descendre dès Viiibefmes et me cacher dans Paris, mais je préférai continuer mon voyagé. J'en avais assez de l'atmosphère de Parte; j'étais aise d'en finir avec leg conéplrations. Enfin je respirais un àir jiar ; j'allais voir Héà pàjs qni m'étaient inconnus. Je reprenais un peu de galté à mesure que je m'éloignais de cette tillé où j'avatè tant souffert depuis quelque temps f

J'arrivai sans accident à Strasbourg, où je devais séjourner quelques jtfùrè; car j'avais défasse de beaucoap là côfbtinè polonaise dont je fôïsàis partie. Elle iiiarbhsiit à petites journées, retardée

chaque jour par ks letes que loi préparaient les populations qu elle traversait.

La rie monotone que je menais à Strasbourg me pesait déjà, lorsque j'appris qu'une légion de volontaires allemands allait partir la rait suivante pour envahir le duché de Bade. Moa esprit aventureox mc me permit pas de réfléchir que j'étais à peine guéri pour supporter les fatigues d'une expédition dont j'ignorais jusqu'au but. On m'enrôla sans difficulté. On me donna un assez mauvais fusil, et nous partîmes par le chemin de fer de Mulhouse. Nous quittâmes les wagons avant d'arriver à cette ville, et nous passâmes le Rhin, à la faveur de la nuit, dans de petites barques. Deux d'entre elles, trop chargées, chavirèrent, et onze hommes manquèrent à l'appel lorsque nous nous comptâmes sur l'autre bord. Ce fut notre premier désastre.

Ainsi qu'à Risquons-Tout, les troupes nous attendaient, car à peine avions-nous marché pendant deux heures, que notre avant-garde fut attaquée par un fort détachement de Hessois. Elle se replia précipitamment sur la colonne. Nous nous préparâmes au combat, et alors je reconnus que nos chefs avaient bien choisi le terrain, qui, boisé et montagneux, était favorable pour combattre en partisans. La fusillade s engagea et dura jusqu'à six heures du soir. Nous battîmes en retraite en bon ordre. Pendant la nuit nous fîmes halte. Nos chefs tinrent conseil, résolurent d'éviter le combat et de

rejoindre Hecker, qui se trouvait aux environs de la Forêt-Noire, maître d'une petite ville frontière où lui arrivaient chaque jour des renforts des pays environnants.

Le lendemain, au point du jour, nous nous aperçûmes que les troupes auxquelles nous avions eu affaire la veille nous avaient devancés, et nous attendaient sur la lisière du bois. Suivant notre plan d'éviter tout engagement, nous voulûmes les tourner pour entrer dans la forêt ; mais elles nous]devinèrent, et nous attaquèrent avec impétuosité; nous éprouvâmes des pertes sensibles. Plus de cent cinquante des nôtres restèrent sur le terrain, et nous fûmes forcés d abandonner nos blessés, qui furent fusillés impitoyablement. Un jeune homme ayant été tué k côté de moi, je jetai le mauvais fusil qu'on m'avait donné, pour prendre sa carabine. La nuit vint et mit fin au carnage.

Nous finîmes par gagner la forêt, et marchâmes pendant deux jours de suite par des sentiers presque impraticables. Un bûcheron nous servait de guide. Les vivres commençaient h manquer, mais nous avions toujours des munitions de guerre en abondance, malgré l'énorme consommation que nous en avions faite. Le troisième jour de celte marche pénible, nous arrivâmes à l'entrée de la nuit dans un petit hameau où nous devions rester quelques heures. Je montai dans un grenier pour m'y reposer, et je m'y endormis d'un si profond sommeil,

que je n'entendis pas la fusillade qui s'était engagée très-vivement entre les nôtres et les soldats hessois. Enfin, je me réveillai, je voulus me lever et marcher ; mais je ressentis une douleur si atroei à la jambe, qu'il me fut impossible de rester plus longtemps debout. Je fis tous mes efforts, et je m traînai jusqu'à une lucarne. De là je ris deux maisons qui brûlaient et éclairaient cette scène de désolation.

Nous avions été surpris, et plus de cinquante dm nôtres étaient étendus sur la route ; quelques-uns respiraient encore et se débattaient dans les dernières convulsions de l'agonie. Je me blottis alon de mon mieux sous la fougère et dans la paille. Bien m'en prit, car on vint fouiller dans le grenier, mais sans pouvoir me trouver.

N'entendant plus aucun bruit, j'en augurai que les Hessois s'étaient mis à la poursuite de ce qui restait de mes compagnons.

Je demeurai caché pendant tout le jour, et ne sortis qu'à la nuit. En passant auprès de la vieille église du village, je vis une fosse énorme que loi avait creusée pour y déposer nos morts, qui étaient près de là sous un tas de paille, et commençaient déjà à exhaler une odeur fétide.

Je me traînai péniblement environ pendant deux heures; mais il fallut m 'arrêter* 11 était grand jour lorsque je me remis en marche. Pendant cette journée-là, je ne rencontrai qu'une femme qui portait

un enfant dans ses bras. Je lui demandai par signes si elle n'avait pas vu mes amis, que j'avais hâte de rejoindre ; je n'en pus rien tirer, elle s'enfuit tout effrayée. Épuisé de fatigue et de douleur, je me jetai à terre et me pris à maudire mon existence ; je regrettais de n'avoir pas été tué dans le village si fatal aux miens. Enfin, après bien des efforts, j'arrivai à un petit ruisseau dont l'eau était glacée.

J'en bus avidement, j'y baignai mon pied; j'aperçus avec terreur que (es vers et la gangrène avaient envahi la plaie, qui se creusait sous la cheville. Je la grattai avec mon couteau, et je laissai mon pied dans l'eau pendant plus de deux heures. J'en ressentis un bien-être inexprimable, et j'étais si heureux que je fus sur le point de m'endormir ç mais je songeai que je n'avais pas mangé depuis deux jours, et je me disposais à partir, m'orientant de mon mieux pour gagner la Suisse, lorsqu'une balle vint briser une branche à côté de moi. D'au très détonations suivirent , et je compris que je servais de point de mire ï Messieurs les Hessois.

Je reconnus qu'ils tiraient, abrités par un taillis épais; je me jetai aussi à couvert, et, les voyant descendre le long de la berge pour trouver un çué, je déchargeai mes deux pistolets ; puis, saisissant ma carabine, je fis feu. Mais, m'étant aperçu qu'ils allaient faire un pont k l'aide des arbres qu'ils abattaient, je me retirai rapidement par un sentier

qui s enfonçait dans la partie la plus sombre de la forêt.

Bientôt, pendant la nuit, je crus voir le feu d'un bivouac. Étaient-ce des amis ou des ennemis? Je m'approchai avec précaution et je reconnus que c'était un feu de charbonnier. A ma vue, cet homme se sauva. Je découvris un sac renfermant des vivres, et je me mis en devoir de le visiter.

Je mangeais tranquillement le dîner de ce brave homme, lorsqu'il revint avec deux jeunes gens armés de haches. Voyant que je ne manifestais aucune émotion à leur approche, le charbonnier m'adressa la parole en allemand. Je ne compris qu'une chose à son discours, c'est que nous étions des Français et que nous venions apporter le trouble parmi eux. Afin de calmer son irritation , je lui montrai une pièce de cinq francs pour son souper que j'avais dévoré, et je lui demandai par signes si mes camarades étaient passés par là, et s'ils étaient bien loin. Il me fit comprendre qu'ils étaient passés déjà depuis deux jours.

L'offre d'une première pièce de cinq francs ayant produit son effet, je lui en proposai une seconde pour me mettre sur la route suivie par la colonne. Il me comprit, car, se mettant aussitôt en marche, il m'invita à le suivre.

Il me conduisit par une multitude de sentiers enchevêtrés les uns dans les autres; puis, arrivé à un chemin un peu plus large, il m'indiqua que

c'était la route prise par mes amis. Je lui donnai la récompense promise et le quittai.

Je reconnus, au jour, que j'étais dans le vrai chemin. En effet, je trouvais des fragments de journaux français à moitié brûlés et qui avaient sans doute servi à allumer des pipes; ce 'fat pour moi une piste précieuse. Le second jour, je fis une rencontre qui m'affecta vivement : je m'étais enfoncé dans un fourré pour m'y reposer un instant, j'y trouvai un cadavre vêtu d'une blouse grise qui me le fit reconnaître pour un des nôtres. Il avait un côté de la figure et une main entièrement rongées par quelque bête fauve. Ce triste spectacle m'ôta toute envie de dormir, et je continuai ma route. Quelques heures après, je parvins à un bourg à lentrée duquel je trouvai deux de nos sentinelles. Nous n'étions qu'à deux journées de la Suisse.

J'avais le plus grand besoin de repos, mais je ne voulais plus me séparer de la colonne, et l'ordre de se mettre en marche ayant été donné, je partis avec les autres. Nous fûmes rejoints par quelques hommes de Hecker, qui nous annoncèrent que ce chef venait d'être complètement défait.

Après deux jours de marche par des chemins affreux, nous arrivâmes sur les bords du Rhin, que nous fûmes obligés de côtoyer en remontant pour le passer à un bac près de Rhinfeld. C'était là que nous attendaient les troupes hessoises. Elles nous

attaquèrent vigoureusement avec deux pièces de canon et de la cavalerie,

Le combat se prolongea depuis sept heures da matin jusqu'au soir. Le canon faisait de terribles ravages dans nos rangs, et ce ne fut qu'à la faveur de la nuit et beaucoup plus loin que nous pûmes traverser le fleuve dans des barques envoyées par les habitants de Rhinfeld. Sur plus de cinq cents hommes dont se composait la colonne, cinquantequatre seulement échappèrent au massacre et purent gagner la Suisse. Mais nous eûmes du moins l'honneur de sauver notre drapeau, qui flotta sur la grange où Ton nous donna provisoirement l'hospitalité.

Le lendemain un médecin vint nous visiter et pansa les blessés, qui étaient nombreux. Les plus malades furent transportés chez les habitants, qui leur prodiguèrent les soins les plus empressés. J'eus le bonheur d'être logé chez de braves gens, qui ne traitèrent comme leur propre enfant. Le médecin cautérisa ma plaie, et deu* jours après je me sentis AMQz ft)rt pour accompagner mon hôte jusqu'à l'église*, c'était le dimanche des Rameaux, et je vis avec surprise ohaque habitait portant k la main une petite branche de sapin en guise de buis, comme c'est l'habitude k Paris.

Kon hôle me conduisit ensuite au tir fédéral , eu je pus admirer l'adresse des oarabiniers suisses.

Le lendemain, en prenant congé de monhftte, je

le priai d'accepter ma carabins, qu'il avait essayée la veille et qu il avait trouvée très-belle. Elle venait en effet des chasseurs de Vincennes.

De Rhinfeld à Bâte, où je devais prendre le chemin de fer de Strasbourg, je contemplai k mon aine cette magnifique chatne des Alpes, dont les sommets argentés éblouissent la vue : les riants paysages qui ae déroulaient alors devant mes yeux ne me faisaient point regretter cette sombre Forêt-Noire où fa*ai£ passé de si tristes journées.

De retour à Strasbourg, j'y trouvai une autre code volontaires allemands et la première copolonaise. On leur avait fait une brillante réeeption, digne du patriotisme des habitants de cette arâfoe capitale de l'Alsace.

Le jour même de mon arrivée, je me présentai an eelenel Bogenski, chef de la première légion, et ■efcinscrire parmi les volontaires qui allaient eompour l'indépendance de la Pologne, puisque «ce en France portait ombrage au puissant IMfst de Police, et pouvait troubler la tranquillité ieTBtat.

fe retournant à mon hôtel je rencontrai Herveed, ml de la colonne allemande, et que j'avais à Paris, où Caussidière m'avait chargé de lui lesvolontaires.il médit qu'il passait leRhin huit, et me demanda si je voulais être des

«Tarife d'Allemagne, lui dis-je, je sors d'en

prendre ; » et je le quittai pour ne pas céder à ses sollicitations. J'aimais mienx les Polonais : avec eux au moins je marchais vers l'incertain, tandis qu'avec les Allemands je savais ce qui m attendait par une expérience trop récente encore.

Us passèrent le Rhin, et le lendemain on entendait la canonnade dans la direction de Kehl, et du haut de la flèche de Strabourg on voyait la fumée d'un village qui brûlait. Sur sept cents volontaires qui partirent cette fois encore de Strasbourg, une vingtaine à peu près y revinrent.

Tel fut le résultat de ces folles expéditions, dans lesquelles périrent une foule de braves gens qui n'eurent d'autres torts que celui de s'attacher à des aventuriers jaloux les uns des autres, et qui euxmêmes suivaient, sans s'en douter, l'impulsion funeste de quelques ambitieux que le flot révolutionnaire avait portés un instant au pouvoir, et qui savaient ne devoir s'y maintenir qu'au prix du bouleversement de toute l'Europe.

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