ARS
montrer, en écartant les mains, quelle en était la grandeur. Pour chacun d'eux, “elle indiqua des dimensions sensiblement doubles des longueurs exactes.
De même, il y a presque toujours erreur sur la distance à laquelle se trouvent les objets présentés. D'une façon générale, ils lui paraissent beaucoup plus éloignés qu’ils ne le sont en réalité; seul le grand carton blanc de 20 X 12 centimètres, placé à 3 mètres, est vu plus rapproché.
Nous montrons ensuite à notre malade deux cartons blanes, de forme analogue, mais de dimensions différentes, et placés de telle sorte que l'angle souslequel elle les aperçoit estsensiblement égal pour l'un et l'autre objet. Cette expérience classique, que nous avons renouvelée plusieurs fois dans-les jours qui suivirent, soit avec les mêmes cartons, soit avec d’autres d'aspect différent, nous a donné des résultats très variables. Parfois Marthe voyait les deux objets à la même distance et leur trouvait des dimensions pareilles, mais, le plus souvent, elle ne se trompait pas et indiquait correctement quel était le plus grand ou le plus éloigné.
Avant de terminer cette séance, que nous limitons à une heure de durée pour ne pas fatiguer l'attention de notre jeune fille, nous procédons à des essais de verres, dans Le but d'améliorer sa vision. Un verre de 8 dioptries semble nous donner les meilleurs résullats; avec lui, elle voit plus nettement. Tous les examens à venir se feront avec des lunettes à verres de 8 dioptries, et comme nous décidons de supprimer dorénavant tout bandeau, d'elle-même notre malade se inet à les porter constamment.
Le 27 juin, nous reprenons les mêmes expériences ; Marthe ne commet aucune erreur sur la forme et la couleur des objets qui lui sont présentés à une distance de 50 centimètres, mais elle se trompe toujours sur la grandeur et la position de ces objets.
Nous disposons alors sur le sol, devant elle, les différents cartons que nous lui avons déjà fait reconnaitre, et lui deman-
dons d'aller les ramasser dans l’ordre que nous lui indiquerons. Elle ramasse en premier lieu, et correctement, le plus grand, puis le plus petit; quand nous lui demandons de nous donner le carton roud, elle saisit le triangulaire, s'aperçoit vite de son erreur et se met en quête pour nous donner ensuite le carton réclamé. Le carton rouge est bien trouvé, après une recherche un peu plus longue, mais Le bleu n'est pas aperçu, elle ne le voit pas sur un plancher un peu sombre.
Ce jour-là, nous lui faisons compter les doigts; elle les compte fort mal, reconnait la main ouverte ou fermée à 50 centimètres, mais ne compte correctement les doigts qu'à une distance bien inférieure, à 30 centimètres environ. « Ce n'est pas aussi facile, nous dit-elle, que de reconnaître les cartons, la forme est moins nette. »
Pourra-t-elle reconnaitre par la seule vue des objets usuels? Nous disposons sur une table une boîte de bois blanc, un verre et La cuvette que nous lui avions déjà présentée 1l y a deux mois. Nous la prions de bien regarder et de nous dire ce qu'elle voit. Très rapidement, elle indique la cuvette, mais paraît excessivement embarrassée devant les deux autres objets. Les mains derrière le dos pour éviter la tentation trop pressante parfois de recourir au toucher, elle promène son œil à une quinzaine de centimètres de la boîte, son visage est plissé par l'effort qu'elle fait pour analyser les impressions visuelles reçues: entre ses dents, nous l’entendons répéter : « Qu'est-ce que c’est encore que ça? »; mais elle ne trouve pas. La boîte est quelque chose de blanc carré, épais, le verre est fort mal perçu; elle ne se rend compte de sa présence qu'après un temps assez long, c'est aussi quelque chose de blanc, mais très clair et sans forme précise.
Avant de la quitter, nous lui faisons faire le tour de la salle et la prions de nous dire ce qu'elle aperçoit. Ce sera bien peu de chose : elle nous parlera de la couleur des murs; une armoire estune grande masse marron; l'échelle de Snellen, affichée à hauteur de sa tête, une tache blanche. Nous appelons sonattentionsur ce blanc, et Marthe finit par y voir des ronds noirs; ce sont les
FIRE Lee
lettres correspondant à une acuité visuelle d'un vingtième. Des affiches lui paraissent grises, sans forme précisable. Nous lui ferons également examiner un lavabo, la grande table de faïence est blänc très clair; une chose l'intrigue, ce sont les points brillants des robinets de nickel, mais elle ne reconnait encore rien. Enfin, arrivant au niveau de tabourets, elle regarde à ses pieds et. nous dit : « Il y a là un escabeau rond, et à côté en voici un carré. » Elle les avait déjà vus et s’en est souvenue.