‹ La Naissance de la Vision: Chez une Aveugle-née Opérée Avec SuccèsChapitre 16 sur 24 · LECONS DE LECTURE · texte numérisé non relu

LECONS DE LECTURE

Le lendemain, nous commençons encore par la présentation des cartons, et constatons avec plaisir que notre élève les reconnait bien, en tant que couleur et que forme, à une distance un peu plus grande, à 75 centimètres environ, mais elle leur attribue toujours des dimensions supérieures de moitié au moins aux mesures réelles. L’éloignement des objets est assez bien indiqué, mais les cartons colorés ne sont bien vus qu'à mi-distance.

Nous menons ensuite Marthe au tableau noir pour lui apprendre à voir des traits. Avec la craie blanche, nous traçons de gros traits dans des directions différentes; Marthe indique à merveille si les barres sont droites, ou penchées, ou couchées, elle les compte fort bien et les différencie quand un intervalle de 2 centimètres sépare des traits gros de 2 cent. 1/2 et longs

de 15 centimètres. Si nous lui donnons la craie en la priant de faire elle-même des traits semblables, nous la voyons alors poser le bâton de craie sur le tableau, le regarder avec attention, puis, fermant les yeux avec résolution, tirer sa craie dans un sens ou dans l'autre; les résultats ne sont pas merveilleux,

Devant la facilité avec laquelle elle reconnait la direction des traits que nous traçons, l'idée nous vient de lui apprendre les lettres de l'alphabet. Nous dessinons un cercle, nous le lui faisons voir, nous promenons son doigt sur la trace blanche pour ajouter à l'impression rétinienne une sensation tactile et pour que le mouvement de son doigt dans l’espace aide aussi à son instruction, c'est là le O. À côté de cette première lettre, la plus simple existant, à notre avis, dans l'alphabet, nous dessinons un cercle incomplet, ouvert sur son côté droit; nous recommençons à promener son index suivant le contour de la

ATP

LE TCEE

figure ainsi tracée, nous lui faisons remarquer que cette figure est dissemblable de la précédente, ce qui l'en fait différente, et lui disons, après l'avoir instruite de caractères différentiels, que cette lettre est le C. Par le même procédé, nous lui apprenons les lettres : Z, L, U et À. Quand elle possède un bon signalement de chacune, un portrait parlé, pourrions nous dire, nous lui demandons de les reconnaitre seule, puis de les rechercher et de nous les montrer quand nous les lui désignons; elle le fait très bien. Les lettres tracées ont une hauteur de 12 centimètres et une largeur de 2 centimètres; nous lui avons appris, bien entendu, à reconnaitre des caractères romain majuscule. I] est curieux de la voir apprendre ses lettres ; elle promène son œil le long du tableau, suit du doigt le contour de la lettre, l'examine longuement en se récitant le signalement que nous lui avons donné : « Deux traits qui se touchent en haut, avec une barre au milieu, c’est un 4. »

Avec ces quelques signes, nous composons des mots simples que nous lui faisons lire; elle le fait aisément, en disant à haute voix la lettre lue et la syllabe formée, comme un enfant épelant à l'école primaire.

Le 29 juin, elle n'a oublié aucun des caractères appris la veille; nous dessinons alors tout l'alphabet au tableau et le ui apprenons. Nous espérons, avec raison, que sa connaissance du Braille facilitera son travail; de fait, au bout d'une heure passée à examiner toutes les lettres, à les comparer entre elles, allant du B au Retau P, du S au Z, comptant les jambages du M et du N, notre élève a appris à reconnaître toutes ses lettres. Nous sommes étonné de l'aisance avec laquelle elle est arrivée à bout de cette tâche. A la fin de la séance, la jeune Marthe lit lentement, mais sans se tromper, les mots que nous traçons au tableau. Pour l'embarrasser, nous remplaçons les mots simples par des noms scientifiques, longs et riches en consonnes, cela la gêne un peu en l'obligeant à revenir sur les lettres déjà reconnues pour les assembler, mais elle triomphe très vite de cette difficulté et épelle sans broncher tout ce que nous inscriyons, |

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