‹ La Naissance de la Vision: Chez une Aveugle-née Opérée Avec SuccèsChapitre 17 sur 24 · ARE · texte numérisé non relu

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Ce n'est que le 3 juillet que notre opérée revient nous trouver. Si nous avons pu craindre qu'elle ait, pen lant les quatre Jours où elle n'a revu les lettres enseignées, oublié son alphabet, nous sommes immédiatement détrompés, car elle lit presque sans hésiter les phrases écrites au tableau. Elle apprend maintenant à trouver les accents sur les lettres, ce qu'est une apostrophe, une virgule. Un doigt sur le tableau, à côté de la lettre examinée, elle repart par instants à la recherche d'une lettre déjà vue, pour la comparer à celle qu'elle désire reconnaître; et si, désormais, il lui arrive d'hésiter sur un signe, ce n'est plus parce qu’elle ne s'en souvient pas, mais par notre propre faute ; en nous hâtant pour écrire des lettres majuscules qui sont reconnues aussi rapidement que nous les écrivons, nous formons mal nos lettres, et la forme bizarre qu'elles revêtent alors est bien faite pour dérouter la jeune Marthe, peu familiarisée avec une écriture médicale. St

Notre malade nous apprend, ce qui nous élonne et nous fait plaisir, qu'elle a pu lire sur un journal; parmi les annonces, elle à reconnu le mot Phoscao, imprimé en caractères assez gros et assez classiques.

Ses lunettes de 8 dioptries solidement fixées sur le nez, penchée sur le tableau, elle lit avec ardeur; nous notons que son nystagmus a presque entièrement disparu, elle fixe très bien son regard; mais si elle ne met pas ses lunettes, la fixation devient beaucoup plus difficile, et notre malade accuse très vite une sensation de fatigue.

Les lettres que nous traçons sont maintenant moins hautes et moins épaisses, ce sont des traits de 10 centimètres de hauteur sur { centimètre d'épaisseur qui servent de base; elle les voit nettement; elle ne se plaint que d’une chose, elle ne peut voir plus de trois lettres à la fois. Comme elle est obligée de les reconnaître les unes après Les autres, et que, pour revenir d'un mot au mot précédent, elle doit se déplacer le long du tableau,

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sa lecture est, de ce fait, ralentie. Mais aujourd'hui, elle sait lire et est fière de sa science récemment acquise.

La profondeur de son espace visuel n'a cependant pas augmenté, comme nous le montre la reconnaissance éloignée des cartons, et reste sensiblement aux environs de 0"75. Pas defaute dans l'indication des formes géométriques déjà vues, mais la présentation d’un losange que nous avons intercalé parmi les autres figures la laisse perplexe. Devant sa durable hésitation, nous lui demandons si c'est un rond ou un carré, elle répond : « Il n'y a que deux angles... » Priée de les toucher, son doigt se porte sur les deux angles aigus; pour elle, les deux angles obtus ne sont pas des angles, ils ne piquent pas... Nous corrigeons sa faute. ,

Sur une table se trouvent une grande plante verte et une casquette blanche; elle reconnaît la couleur blanche à 3 mètres; le vert, qui fait pourtant une tache plus étendue, n'est vu qu'à 1 mètre.

Depuis que son bandeau lui a été retiré, et que, toute la journée, elle porte sans cesse ses lunettes et observe autour d'elle ce qui se passe, notre malade a appris à voir et à reconnaître quantité d'objets.

Devant nous, elle a pu voir et reconnaître par sa vue seule, sans qu'elle l'ait déjà vue auparavant, une bouteille. Elle regarde de très près cet objet curieux, promène son nez autour

de lui, et le décrit ainsi :

— C’est grand, c'est sombre, c'est rond et haut, c'est cylindrique; tout à fait en haut, je vois une partie plus fine, plus petite, de la même coùleur; je crois que c’est une bouteille.

Mais un verre placé à côté de la bouteille n'a pu être reconnu; ii est trop clair et ne retient que peu son regard.

La veille, en passant dans la cour de l'hôpital, elle a pu voir et reconnaître également par sa seule vue une bicyclette.

— Et qu'est-ce qui vous a permis de reconnaître que c'était une bicyclette.

— Je l'ai très bien vue, j'en ai beaucoup touché, je savais comment elles sont faites, aussi quand j'ai eu vu les roues, le guidon, j'ai su que c'en était une.

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— Mais pouviez-vous la voir distinctement?

— Oh! non, je ne vois pas bien les détails, mais je distingue très bien la forme.

— Est-ce tout ce que vous avez pu voir dans la cour?

— J'ai vu aussi une moto.

— Et vous avez su la reconnaitre en la regardant?

— Non, je ne pouvais pas, je n'en avais Jamais touché avant, mais je savais qu'il y a un moteur, je l'ai senti en touchant, et alors j'ai reconnu une motocyclette.

— Comment est fait un moteur?

— Je ne m'en souviens pas très bien, c'est sombre; il faudrait que je le touche de nouveau pour pouvoir le dire.

— Que pouviez-vous voir encore dans la cour?

— J'ai vu des autos, mais je ne les distinguais pas bien, je voyais surtout la masse et de petites choses, je pouvais voir les garde -boues, le marchepied, les roues, les lanternes ; d’ailleurs, je ne vois guère que des masses; quand je regarde un arbre, je reconnais que c'est un arbre, car il y a une tige noire et au-dessus une masse de feuillage vert, mais je ne vois pas les branches ni les feuilles.

Le 4 juillet, comme elle reconnatt parfaitement bien les lettres majuscules, nous entamons la tâche beaucoup plus ardue de lui apprendre à reconnaitre et à distinguer l’une de l'autre les lettres minuscules écrites en caractères droits au tableau.

C'est, en effet, beaucoup plus difficile que pour les majuscules. Partant des mêmes principes, nous lui enseignonsd'abord, en les lui décrivant, quelques lettres simples, type : Le 0, le a, le i, le /, et nous en faisons dériver toutes les autres, nous multiplions ces comparaisons et cet enseignement différentiel entre lettres semblables en écrivant côte à côte 0, a, c, e — 1, b, À, k, [ — 9, 2, 9, p, etc.

Ce qui rend le travail beaucoup plus pénible, c'est que notre opérée ne voit pas bien la hauteur des lignes, confond les boucles, les jambages, elle est obligée de souvent comparer les lettres entre elles, de multiplier les diagnostics diftérentiels

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