‹ La Naissance de la Vision: Chez une Aveugle-née Opérée Avec SuccèsChapitre 18 sur 24 · NÉ 1 DEL · texte numérisé non relu

NÉ 1 DEL

pour nommer le signe qu'elle examine et se tromper souvent, les lettres reconnues le plus aisément étant : 0, à, d, m,n, et celles le plus souvent confondues : /, 9, y, r,s.

Deux jours sont employés à ce travail; lire des mots écrits en lettres minuscules est une œuvre pénible, les déliés qui unissent deux lettres embrouillent toujours la jeune Marthe qui maugrée contre les difficultés rencontrées à chaque instant. Elle préfère de beaucoup lire les phrases que nous inserivons en caractères majuscules et pour lesquelles nous abandonnons par moments les leçons de débrouillage parmi les minuscules.

Nous avons aussi essayé de lui apprendre à écrire, plus exâctement à dessiner au tableau une lettre. Marthe est parvenue à dessiner des O, à les fermer complètement, à faire des cercles présentables; mais pour les autres lettres, ce fut trop difficile; la craie à la main, elle regardait d’abord la lettre à - reproduire, puis, comme autrefois pour tracer des traits, les yeux fermés, elle se lançait sur le chantier, se fiant davantage au souvenir musculaire de la forme gardé par ses doigts, et qui était pour elle d'une plus grande sécurité que la mauvaise association existant entre une image visuelle nette et des doigts non habitués à obéir à ces images.

Les caractères tracés les yeux fermés étaient d'ailleurs aussi bien ou aussi mal dessinés que ceux faits l'œil ouvert. Après quelques essais, nous renonçons momentanément à ces tentatives d'écriture pour en revenir à la lecture.

Après que nous eûmes, le 5 juillet, fini de lui apprendre son alphabet, nous plaçons devant Marthe, bien éclairés sur une table, un cube noir de 8 centimètres de côté et une sphère également noire de 5 centimètres de rayon. C’est au problème de Molyneux que nous lui demandons de répondre. |

Nous le rappelons rapidement.

« Supposez un aveugle-né, présentement homme fait, qui sache distinguer au toucher un cube d'un globe. Supposez que le cube et le globe étant posés sur une table, l’aveugle recouvre la vue. On demande si, les voyant sans les toucher, il pourra dire quel est le cube et quel est le globe. »

La réponse de Molyneux est la suivante : « Bien que l'aveugle ait appris de quelle façon le cube et le globe affectent son toucher, il ignore que ce qui affecte son toucher de telle ou telle manière doive frapper ses yeux de telle ou telle façon. II ne reconnaitra donc pas le cube du globe. »

Écoutons notre malade devant le cube et le globe ; elle les regarde l'un et l’autre avec la plus grande attention, s'attarde en premier lieu sur le cube.

— C'est noir, c'est rond, je ne sais pas ce que ça peut bien être, ça me parait épais, c'est sombre.

Elle ne pourra découvrir autre chose.

Elle examine la sphère.

— Cela aussi, c’est rond et c'est épais, c'est assez haut, c'est noir, ce doit être un cylindre.

Malgré tous nos efforts pour lui faire trouver par elle-même quels sont les objets examinés, pour l’aiguiller sur les figures géométriques « rondes » qu'elle peut connaître, nous ne pouvons lui faire dire que c’est une « boule » qui se trouve devant elle à côté d'une « boîte ». Kt pourtant, elle se sert de son œil depuis plusieurs jours, elle a vu des boites, mais pas encore de sphères. Quand, après cet examen infructueux, Marthe est autorisée à prendre dans ses doigts les deux objets, bien entendu, elle les reconnait immédiatement et est furieuse contre ellemême de s'être ainsi trompée.

L'opinion de Molyneux et de Logke se trouve une fois de plus confirmée.

Le 6 juillet, nous constatons des progrès dans la reconnaissance et la lecture des lettres minuscules: seule elle a pu lire le titre d’un journal, elle à lu : Petite Gironde sur une feuille qui se trouvait dans la salle. De plus, dans les pages d'annonces de ce journal, elle a épelé différents noms.

Notre malade lit parfaitement bien maintenant en majuscules romaines; en minuscules, si elle confond moins ses lettres, certaines lui causent sans cesse des difficultés; le e l’arrête presque

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