‹ La Naissance de la Vision: Chez une Aveugle-née Opérée Avec SuccèsChapitre 7 sur 24 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Il nous a été donné de rencontrer, pendant notre séjour à la Clinique Ophtalmologique du professeur Teulières, cette rareté, une aveugle-née, pouvant par une intervention chirurgicale appropriée, récupérer le sens de la vision.

Nos souvenirs de philosophie nous attachèrent immédiatement à ce cas. [l n’est pas un bachelier qui n'ait, lorsqu'il bataillait avec ardeur parmi les théories nativistes ou empiristes, spiritualistes ou sensualistes, et discutait Condillac, jeté dans la bagarre le nom de Cheselden et l'observation de son aveugle-né.

Bien des observations d'aveugles-nés guéris ont été faites depuis 1728, époque où Cheselden opéra un garçon de 12 ans. Il en existe plus d'une trentaine dans la littérature médicale. Nous pouvons citer celles de Ware en 1801, de Home en 1807,

de Wardrop, qui en 1827 opéra une femme de 46 ans ; de Frantz, de Trichinetti en 1847, de Hirschberg en 1874, de von Hippel, de Dufour en 1875, de Vurpas et Eggli en 1876, de Fialla {de Bucharest) en 1878, de Dor en 1879 et 1880, de Gayet, de Albertotti en 1884. Beaucoup plus récentes sont celle de Moreau, publiée en 1912, et celle de Ferrer en 1924. Il en existe encore bien d'autres.

Mais toutes ces observations ne sont pas d'un intérêt égal. D'aucunes sont désespérément brèves ; d’autres n'apportent que des renseignements imprécis et confus sur les expériences faites, les conditions d'expérimentation, et sur les résullats obtenus. Dans certains cas même, nous ignorons si la cécité des malades opérés était bien congénitale, ou n'était pas survenue dans les premières années de la vie.

De plus, beaucoup des aveugles-nés qui ont été opérés et observés étaient soit des enfants très jeunes, soit des êtres inintelligents. IL était alors excessivement difficile aux expérimentateurs d'obtenir, à la suite des interventions pratiquées, un résultat intéressant et des observations précises. C'est pour cela que nous percevons dans leurs comptes rendus la déception éprouvée si souvent devant de tels malades. Sans nul doute, ces opérateurs pensaient que l'opération une fois faite, et levé l'obstacle empêchant les rayons lumineux de pénétrer jusqu'à la rétine, très vite l'œil serait apte à fonctionner, les centres visuels à remplir leur rôle d'emmagasinement d'images. Il n’en est rien et l'apparition d'une vision acceptable nécessite une très grande patience.

La malade qu'il nous à été permis d'observer était âgée de 20 ans; son intelligence assez vive avait été cultivée à l'Institution des Jeunes aveugles où elle se trouvait depuis l'âge de 13 ans. Ceci devait faciliter les conditions de notre observation.

Nous n'avons pu cependant connaitre assez tôt celte jeune fille pour la pouvoir préparer longtemps avant son opération aux nombreuses observations dont elle allait devenir le sujet. « Préparer et interroger un aveugle-né n'eût point été une

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