Québec
rités dissidentes. La première remonte à 1841, mais elle a plusieurs fois été remaniée depuis, et celle qui régit aujourd’Eui la province de Québec fut votée en 1867, après l'organisation des provinces en union fédérale.
Il serait difficile d'imaginer quelque chose de plus
ingénieux et de plus libéral, et l’on peut dire que la :
loi scolaire de Québec résout le difficile problème de contenter, comme dit le fabuliste, « tout le monde «et son père » ; chose difficile en toute circonstance, mais tout particulièrement ardue quand il s’agit de mettre d'accord sur des questions d'instruction, et de réunir sous une législation commune des populations catholiques et des populations protestantes.
Au point de vue scolaire, la commune canadienne — qui à tout autre point de vue jouit déjà d’une très large autonomie — est absolument omnipotente. C'est elle seule qui nomme et révoque les maitres, les paye, leur fournit et le logement et le local de l'école, entretient ses bâtiments, et qui, pour subvenir à ces dépenses, vote des taxes spéciales et les perçoit.
Ces fonctions et ces droits n'appartiennent pas, toutefois, aux conseils municipaux. Elles sont dévolues, dans chaque commune, à un conseil de commissaires d'écoles spécialement nommés à cet effet par les électeurs communaux.
Le seul contrôle exercé par le surintendant de l'instruction publique, et le Conseil de l'instruction publique, siégeant à Québec, consiste dans l’admis-
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sion des livres employés à l'instruction et la constatation de la capacité des maitres.
Tels sont les droits assurés aux majorités dans chaque commune. Les minorités elles-mêmes n'y sont pas moins favorisées, et je tiens à citer ici le texte même de la loi : « Dans les municipalités où « les règlements des commissaires d'écoles ne con- « viennent pas à un nombre quelconque de proprié- «taires ou contribuables professant une croyance « religieuse différente de celle de la majorité des « habtants, ces propriétaires ou contribuables peuvent « signifier par écrit, au président des commissaires « d'écoles, leurintention d’avoir des écoles séparées. »
Cette simple déclaration les dispense du payement des taxes imposées par les commissaires d'écoles, mais les met en même temps dans l'obligation d'ouvrir eux-mêmes une école, et de nommer des syndics, qui rempliront envers eux les fonctions que les commissaires d'écoles exercent envers les représentants de la majorité.
Une loi fort peu différente de celle-ci est en vigueur dans la province anglaise d'Ontario, et là, les dispositions qu'elle contient en faveur des minorités protègent des Canadiens-Français et des catholiques, tandis que dans la province de Québec elles protègent les Anglais protestants. :
Sous une loi identique, les résultats pratiques sont bien différents dans chacune des deux provinces; car, si, malgré la large tolérance, on pourrait presque dire les encouragements qui leur sont accordés, les écoles
anglaises ne se multiplient pas dans Québec, mais f restent stationnaires ou diminuent, en revanche les écoles françaises deviennent de plus en plus nom- Aile breuses dans Ontario, en dépit des entraves qu’on AR s'efforce d'apporter à la juste application de la loi, et
des protestations des plus fanatiques ennemis des Ca- | fat | nadiens, contre ce «système d'écoles qui tend à rendre 1 ‘fl «une partie d'Ontario aussi française que Québec » . aie |! D'après un tableau publié par M. de Laveleye en A 1 1872 (1), les résultats du système scolaire canadien, LL
au point de vue de l'instruction, seraient merveilleux. Les écoles primaires du Haut-Canada auraient | compris alors un élève par quatre habitants, celles du Bas-Canada, un élève par six habitants, tandis î qu'elles n'auraient eu qu’un élève par neuf habi- 4 tants en France (1864), par treize habitants en An- I gleterre (1870), par dix-neuf en Italie, et par cent seize en Russie.
L'instruction secondaire, donnée en français, est | largement répandue dans la province de Québec. Î
S écoles Instruction publique au Canada.)
est en Elle possède un grand nombre de collèges et d'écoles il t là, les supérieures, presque tous dirigés par des ecclésias- 4h | inorités tiques et subventionnés par l'État, à condition de se î É 1 liques, conformer à certaines prescriptions de la loi. Ne | otègent Pour l'instruction supérieure, les Canadiens ont | if | NH une Université, comprenant les quatre facultés : de . la F 1es sont théologie, de droit, de médecine et des arts (lettres oe *eS ; Car, LE l: | Li dire (4) E. ne Laveueye, l'Instruction du peuple. (Cité par Cuauveav, 4 |
néoéntnérrs
et sciences), c’est l'Université Laval, fondée en 1852, institution privée, mais subventionnée pourtant par la province de Québec et qui, lors de sa fondation, a reçu une charte d'approbation de la reine Victoria.
L'Université Laval, qui a pris le nom d’un illustre prélat du Canada au dix-septième siècle, Mgr de Montmorency-Laval, est une institution toute française ; tous les cours s’y font en français et tous les professeurs sont Français. Elle possède une bibliothèque de plus de 100,000 volumes, une des plus belles de l'Amérique, et l’on peut dire que l’Université Laval est le flambeau de l'instruction supérieure pour tous les Canadiens-Français, non s :ulement de la province de Québec, mais du continent entier.
Telles sont, depuis la modeste école jusqu’à la savante université, les institutions qui contribuent au maintien et à la propagation de notre langue ; voyons quels résultats ont été obtenus et quel est actuellement l’état de la langue française au Canada.
Disons d’abord que dans la province française, pas un des descendants des 70,000 Français demeurés en 1763 n'a abandonné sa langue maternelle pour adopter celle du vainqueur. Le contraire s’est produit quelquefois, et l’on a vu, paraît-il, des descendants d’'Écossais, placés au milieu des Canadiens, oubliant, après plusieurs générations, et leur langue et leur filiation, se croire, de très bonne foi, de pure race française (1).
(1) Voir sir Charles Dicke, Problems of greater Britain.
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ILest vrai, et des touristes français ont pu s’en affliger, que méme à Québec, ville la plus française de toute l'Amérique, on n'est pas sans trouver un certain nombre d'affiches anglaises et de noms anglais. Pour nous rassurer, levons les yeux dans Paris. Les affiches et les noms anglais ne s’étalent-ils pas sur les devantures même des magasins de notre capitale? les Parisiens sont-ils pour cela devenus des Anglais?
Si les détracteurs des Canadiens les accusent à tort d'abandonner la langue française, des admirateurs trop enthousiastes ont, par contre, proclamé qu'ils avaient conservé la langue du dix-septième siècle, qu'ils parlent aujourd’hui la langue de Bossuet et de Pascal!
La langue de Bossuet, c’est bien ambitieux! Bossuet seul la parla de son temps; on ne l’entendait guère, même alors, dans les campagnes. La vérité est que la langue populaire canadienne diffère fort peu de la langue populaire en France, et que l’une et l’autre ne sont pas sensiblement différentes de la languc populaire du dix-septième siècle; ce qui a changé d'epuis deux siècles, c'est la langue littéraire et scienüfique, non la langue courante et celle du peuple.
La distance et le temps ont bien amené, entre le langage des Français et celui des Canadiens, quelques petites différences de prononciation ou d'expressions, mais elles ne vont pas au delà de celles que nous pouvons constater, en F ance même, entre nos différentes provinces.
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Veuus pour la plupart des contrées riveraines de l'Océan, les Canadiens ont conservé un certain nombre de termes de marine auxquels ils ont appliqué une signification générale; ce n’est pas un des traits les moins piquants de leur langage. On vous montrera par exemple, dans les rues de Québec, un cocher qui amarre son cheval, ou fait virer sa voiture. Il grée son attelage au lieu de le harnacher, et se grée lui-même le dimanche de son plus beau butin!
Toutes ces expressions locales — je pourrais en citer cent — rappellent l’origine normande, bretonne ou saintongeaise des Canadiens, et réjouissent les oreilles françaises bien plus qu’elles ne les choquent. Elles sont assez nombreuses pour donner à la langue un cachet tout spécial, sans jamais l'être assez pour la rendre absolument incompréhensible, comme elle le devient quelquefois en certains coins de France dans la bouche du paysan français.
D'une façon générale, on peut dire que la langue populaire des Canadiens est infiniment meilleure et plus correcte que la langue populaire en France. Je visitais un jour un village canadien, éloigné et de création nouvelle. La population, assez mélangée, comprenait, avec une grande majorité de Canadiens, quelques Anglais, deux ou trois Indiens demeurés là, je ne sais trop pourquoi, et un petit nombre d’émigrants français venus de France. L'école du village comprenait des enfants de chacune de ces nationalités. L'une des élèves, fille de l’aubergiste canadien chez qui j'étais logé, me disait avec une
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sorte de fierté : « Dans notre école, on parle quatre « langues : le français, l'anglais, le sauvage, et le fran- « çais des petites filles françaises!» Et je puis affirmer que le français des Français venus de France, un patois de je ne sais quelle province, ne valait pas le français des Canadiens.
Si du langage du peuple nous passons à la langue littéraire ou savante, parlée ou écrite, l'appréciation ne peut plus étre la même. Si l’une a conservé intact le pur cachet de son origine, l’autre s’est un peu laissé pénétrer et envahir par quelques tournures et quelques expressions anglaises. Rien d'étonnant ni de bien blâmable à cela.
Pas plus au Canada qu’en France, le langage populaire n’a eu à s'enrichir de termes nouveaux. Le cercle dans lequel se meut l’activité du paysan n’a guère changé : la terre est toujours la même, fournit toujours les mêmes récoltes, obtenues dans les mêmes saisons, par des procédés peu différents de ce qu'ils étaient autrefois. Pour exprimer les mêmes choses, la langue est restée identique.
Mais quelle différence, quand, du domaine de la vie matérielle, on passe dans celui de la science! que de changements, que de progrès, que de bouleversements d'idées depuis deux siècles! Pour exprimer tant d'idées nouvelles inconnues de nos pères, un vocabulaire nouveau a dû se former, le génie de la langue littéraire et savante s’est modifié de fond en comble; sous la plume de nos écrivains contemporains, elle est devenue un instrument nouveau, entièrement diffé-
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