‹ La nation contre la race (volume 2)Chapitre 12 sur 14 · SAINT PAUL ET LES BARBARES · texte numérisé non relu

SAINT PAUL ET LES BARBARES

EN cessant d'être catholiquo, FAllemagne a perdu sa seule chance d'entrer dans la société de l'Occident.

Pour la sauver d'elle-même, elle n'avait pas assez de sang gaulois ni de bonté celte dans les veines. L'esprit catholique épure seul les Barbares. Seul, iî les purge de la barbarie. La catholicité allemande, aujourd'hui, n'est en tout qu'allemande : une des Allemagnes, et rien de plus. Le

génie luthérien est moins éloigné, peutêtre, de la charité chrétienne que cette Allemagne romaine, armée sans scrupule ni pénitence, avec ses généraux évoques, et ses cardinaux chefs d'état-major, barons de l'Empire, qui n'ont pas un mot de regret pour le martyre de la Belgique, et même pas l'hypocrisie de la contrition. Sans doute, ils fuient le regard du cardinal Mercier, clair, doux, sévère et triste. D'ailleurs, le vieux génie luthérien, (el qu'on l'entend dans Sébastien Bach, respire l'âme de l'Évangile avec une ferveur sublime. Il n'avait pas encore déserté la cathédrale. Il en est une des voix les plus profondes ; et certes, bien {)lus près de Vlmilaiion que des Usarjes de la (guerre .selon saint Glausewitz. Il est icssuscité

dans Parsifal, pour quitter la terre allemande et monter au ciel le quatrième jour.

L'esprit catholique incarne aux mœurs et aux sentiments tout ce que le barbare peut recevoir à la fois d'esprit chrétien et d'esprit antique. Dans les Italiens et les Romains même, sine chaiitate, sine affeclione Romani, l'esprit catholique a fait passer le droit romain de la loi écrite aux sentiments.

Ce qui n'est pas senti reste sans effet sur là vie des hommes. Il faut que la loi devienne une coutume des mœurs, et les mœurs une habitude.

Selon la raison des Allemands, les lois de la guerre sont l'abus de la force à

rintini : et plus on abuse, plus on est juste, l'our les Français, les crimes de la k)Tce sont justement le manquement à toutes les lois de la guerre. Dans Tun et l'autre camp, on se croit juste. Mais la conscience du juste trempe dans le sentiment de la charité humaine, chez les Fran(;ais ; et chez les Allemands, la loi est sans mœurs : elle n'est pas sortie de l'intérêt barbare : au contraire, elle le justilie. La raison se plie à tout ce que le sentiment exige, hors la géométrie. C'est en ce sens que le diable est logicien. Kégulièrement en l'orme, tous les syllogismes sont bons ; mais humainement parlant, il faut que le cœur ne soit pas absent des définitions. 1^ science est étrangère à cette nécessité ; non pas, l'art

de mener les affaires humaines, que ce soit la justice on la politique, Summun jus, summa injuria : adage de l'équité pour brider la logique du droit. Qu'importe à Ja raison le bien d'autrui et la liberté, tant qu'on n'a point fait sentir à l'homme l'horreur de la violence égoïste et le besoin d'être libre ? tant qu'on ne lui a point donné une aversion vitale pour l'écrasement des faibles? tant qu'on ne lui a point fait de la liberté un appétit irrésistible?

Quand ils ont cessé d'être catholiques, les Allemands ont fait retour à l'instinct barbare. La Réforme a d'abord été le fait des princes. Lulher s'est longtemps estimé le meilleur des catholiques. Les

princes ont corrompu la Réforme. Et les princes du temps lurent les maîtres en tout brigandage et toute rapine.

Selon qu'il est l'apôtre des nations ou l'apôtre des races, saint Pol est Paul ou Saùl : l'ange brûlant des gentils, le recruleur de la Grâce ou le dur politique du compelle intrare. La motion de la race domine tout dans les Allemands. En saint Paul, ils ont donc pris Tliomme de la race, (ju'il a tant combattu en lui-même et tant anéanti : car, malgré tout, Saiil renaissait toujours. Ils se sont reconnus dans Saùl, si violent et si l'ort. Les Allemands sont la race du compelle intiaie, en Europe.

— l.si —

L'esprit chrétien n'est pas assez puissant pour changer les cœurs : parce que, fors l'amour, rien ne change les cœurs. Il n'a toute puissance que sur les cœurs où le Christ est déjà senti. Le côté de Tépître fait l'ordre humain ; mais le côté de l'évangile fait la vie de l'Église.

Chez les Barbares, comme en tous ceux qui vivent sous le signe de la race, l'esprit chrétien ne donne que la force du martyre: et pour l'infliger aussi souvent que pour le subir. Le martyre n'est pas la justification: à quel Moloch le martyr de Carthage n'oflre-t-il pas son sacrifice ! Sous nos yeux, qui en ont horreur, voici

courii- les martyrs volontaires de N.S. 420 et de l'évangile selon Bernhardi.

Ils ont fait retour à la barbarie, dit-on. Mais pour quoi ? Ils ont suivi la loi de l'instinct : ils se sont pris pour une espèce supérieure. En eux. le besoin d'abonder en soi, et d'être seulement d'acconi avec soi, a été le plus fort. De Lu Hier à Ibsen, c'est toujours le iiir-m»' élan, et la même règle contre la règle.

Qu'on étende cette vue au reste de TKurope, et aux hommes en Occident qui se sont rangés à la Réforme : sans le savoir, et no l'eussent-ils été que par là, ^ il faut en convenir, ils ont été par là plus barbares que les autres : je ne dis pas plus allemands. L'instinct du peuple ne

s'y est pas trompé, et a parlé contre leur instinct.

Le moi s'est pris pour unique mesure.

Souvent, le moi sans cœur. La règle est alors de vivre pour son salut : mais It^ salut chacun pour soi, fût-ce dans la perdition d'aulrui.

Le pharisien peut dire que saint Paul le justifie, en bien des cas. Il va jusquelà, sans honte et sans remords. Il est si sûr d'avoir raison, et seul raison ! il n'est pas sûr d'être sauvé : mais il est sur que tu ne l'es pas. Le pharisien n'oublie jamais, il me semble, que Saùl était pharisien avant d'entrer à Damas.

Là-dessus, un mime couronné qui joue Charlemagne, un Néron piétiste, un infirme de la conscience, un rhéteur de

la force armée, se prend fort bien pour le Christ même; et il confère avec Dieu le Père. Il prépare ses discours et ses crimes pieux avec Jéovah ; et il l'appelle : Mon Vieux, causant familièrement avec lui. Le grand état-major incliné jusqu'à terre (ils portent tant de croix !) murmure avec l'orgueil des coniplices : Ainsi soit-il. Pour s'absoudre et se croire même une mission, rien ne vaut, parmi les hommes avides du règne, la complicité d'un crime énorme qui réussit.

La race renoue la chaîne entre les clans dispersés, (pii n'ont point assez de conscience pour former des nations. On voit

ainsi les Allemands conjurer les Suisses, les Hollandais et les Scandinaves de faire retour à la grande union des Germains.

Ils n'ont seulement pas la pudeur de laisser les flamands souffrir en paix : dans le temps même où ils les écrasent, où ils les brûlent, où ils les pendent et les ruinent, ils s'indignent que leurs cousins des Flandres ne soient pas sensibles au bienfait d'être esclaves, d'avoir faim et de mourir en allemand.

Les meilleurs bouffons de la race sont pourtant chez les neutres. En Germanie, en Suisse ou parmi les Scandinaves, ils sont toujours à base de prêtre ou de pasteur. Le Pharisien ressuscite dans ces parages avec la taille et la force de l'ours : en dépit de sa grâce, cet animal est fort

sournois, l.o prêtre a les jeux rouges et le poil blanc: le scribe est plutôt gris. Ibsen, homme libre, i«iit aujourd'hui ce qu'il en coûte de laisser un fils et un gendre : deux scribes qui se vengent d'avoir hérité le nom, moins le génie.

Y a-t-il rien de plus lugubre, daris la farce des âges, que ces prêtres acharnés aux sacrifices humains, qui servent les cultes sanglants de Thor et d'Odin, sous la croix de Jésus-Christ ? Le monde n'a point connu de parade plus sinistre. Le pasteur Bolliger jure ses vrais dieux que si .lésus vivait parmi nous, il se fût enrôlé dans l'armée allemande, etqu" * il ferait son devoir en qualité de mitrailleur (1))>.

I Dans le Journal de Genivc on u pu suivre les exploits de ce saint homme, si bon théologien.

Léo Weber, juge fédéral, excuse l'invasion de la Belgique; il ne veul pas qu'on en fasse reproche aux Allemands : et justement parce qu'il e-t neutre, dit-il.

Harnack, et les Septante de Tubinjj;ue, avec les Soixante de Leipsick et les Nouante d'Iéna, prêchent l'Évangile du Gros Canou, le seul dicté par Jésus- Christ. 11 y a bien un demi-siècle qu'ils ont prouvé que les quatre autres ne sont pas authentiques. Les Scandinaves vont encore plus loin que les diacres de la Prusse sur la voie de la révélation. Leur Jésus n'est pas le Christ de tout le monde, ni leur saint Paul. Ils ont un sauveur de la Germanie, qui veut être la perdition des autres hommes.

Grotesques démons ! Dans l'horreur

même qu'ils excitent, ils nous donneiit à rire. Ministres de l'enfer, ils vont et viennent, la trogne importante : ils consultent gravement ; ils latent le pouls de l'infamie : optime ! et sur la scène de l'atroce tragédie, ils marmottent d'Évangile et do Jésus, comme Purgon de Galien et Diafoirus d'Aristote. Ces bouffons de la mort ont presque le costume des apothicaires : la longue redingote noire, les gants de laine noire, les pantalons noirs, le large chapeau noir, le gilet noir qui serre le col, et là-dessus l'affreuse gueule en tranchant de hacho. Le plus hideux des hypocrites est aussi le plus ridicule: c-elui qui ne se doute même pas de son hypocrisie : il est faux comme une voix est fausse, et niauvais comme l'aconit est

empoisonnant. On entend ces bonnes pièces se vanter de leur propre excellence: la France est vaine ; elle est folle ; elle est coupable ; elle est pourrie. Genève est encore trop près de Lyon ; mais grâce au ciel, Zurich vaut mieux que Genève; Munich vaut mieux que Zurich, Berlin mieux que Vienne ; et la pureté de la race aidant, Stockholm vaut mieux que tout. Le rire alors me prend, et j'écoute lé ravissant Aristophane qui eut plus d'esprit en trois jours, plus humain et plus libre, que toutes les Germanies en trois mille ans : Sage est Sophocle, plus sage Euripide : mais Soci'ate est le plus sage dt tous (1).

(1) Soçpo; XoipoxÀv,;- ff&tpcôxïpoç 5' EûpirlÔT)?, AvSaùiv ôà TîàvTwv Sco)cpâT7]i; «roiptoTatoc.

Ils sont païens, et n'ont jamais cessé (Je l'être : non pas d' Athènes ni même de Béotie, païens comme des Scythes. Ils ont mis Jésus-Christ sur des autels, où le Moloch de la race est resté. De saint Paul, apùlre des nations, ils ont fait leur apôtre, celui des Pharisiens. Rome ou Luther, qu'importe ? C'est toujours le chrétien qui manque. Un protestant de France a l'àme plus catholique qu'un cardinal allemand.

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