‹ La nation contre la race (volume 2)Chapitre 4 sur 14 · IG · texte numérisé non relu

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l'esprit jusqu'il le forcer de la servir. Elle est la matière de l'ordre humain.

Pour la race, il n'y a jamais de charité ni de droit : il n'v a pas de prochain. La race ne connaît ni égaux, ni frères. Elle lie prétend même pas à être la première entre des pairs : elle n'aspire qu'à être la seule. Son orgueil n'est pas humain. Elle ne connaît dans les autres hommes ([ue des maîtres ou des esclaves, ceux qu'elle hait vainqueurs ou ceux qu'elle a vaincus.

On admire chez les Allemands une profonde duplicité, une double façon d'être qu'on surprend dans toutes leurs façons de vivre et d'agir comme dans leur pensée. Eux-mêmes se vantent de cette duplicité ; s'ils la trouvaient chez le voisin, il y verraient une hypocrisie ou

une obscurité redoutable. Ru eux, elle ne leur semble plus être que le signe de leur excellence : à les entendre, eux seuls sont capables d'unir toutes les oppositions et toutes les contrariétés.

Ils ont le génie de la pratique et le génie du rêve. Ils sont les dieux de la boutique et les héros de la pensée abstraite. Ils sont les ascètes perdus dans l'entretien <le l'Ktre avec lui-même, et les gros bourgeois qui ne rougissent point de mêler à rid^^le amoureuse trente paires de saucisses, et quinze litres de bière à la symphonie.

On les voit les plus réalistes des hommes, et on les croit les plus mystiques. On les en loue, on s'émerveille. Tout le mystère en eux est de la race, et même le gré infini

qu'ils se savent, d'être comme ils sont. La race est toujours mystérieuse. Elle est un mystère d'horreur pour l'homme libre. La loi de la race est comme celle de l'espèce : un énorme et continuel appétit, qui s'impose à l'individu, qui le meut, qui l'entraîne, qui le tourne à des fins qui ne sont pas seulement les siennes, mais qu'il sert en esclave, juslement parce qu'elles sont infiniment plus longues et plus fortes que lui.

Voilà comment chaque Allemand fait le bon apôtre devant son pot de bière, en ronflant aux sons de la musique; et le même homme, deux jours après, laisse sortir de sa cage une bète féroce qui tue, qui mutile des enfants, nui viole les petites filles, qui brûle les vieillards, qui

ruine les cathédrales : bien pis, qui se rue à tous les crimes avec une espèce de bonne foi, avec la certitude d'en avoir le droit. Il a sa bonne conscience de brute. Et l'habit de son roi est la peau de la forêt primitive, qu'il revrt sur un ordre reçu. La forêt primitive, c'est la race.

Entre nations, la raison peut intervenir. Elle le doit; et Tunique espoir de l'Occident est de faire en sorte que la raison soit une loi entre lés peuples comme entre les hommes, et qu'enfin elle intervienne souveraineinent comme la sattesse d'Athéna pour apaiser les Euménides. Une telle raison commune à tous, et qui tire les hommes de la Itrntalité, c'est le droit.

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-Mais l'appétit est le lait même de la bête. Le droit est ce que l'appétit ignore toujours : c'est le dieu que ce Caliban déteste. Caliban est mystique, parce que toutes ses raisons plongent dans la nature et dans l'espèce, parce que la pensée dans son cerveau n'est encore que la sève de la terre et de la nuit.

Dans la race, il n'y a que des Calibans. Le meilleur des hommes, quand il appartient à la race, nourrit à son insu un Caliban qui sommeille. Oui, la race est toujours mystérieuse ; et le mystère de Tinstincl trempe dans le sang.

Or, l'Allemagne est le monde de la race. Kt c'est le destin, comme le privilège de la France, d'être })ar excellence la nation.

DRAM.VnS PERSON E

ET d'abord, la France est une personne. Elle est Celle que nous avons connue dès la naissance, qu'on aime sans la voir, parce qu'on ne vit point sinon par elle et dans sa présence. Pour tous les fils de France, elle est vraiment la Mère. Tous se sentent nés d'elle. On pense à elle comme à Dieu. C'est une vie mystique et parfaite, plus réelle que les autres. Le sentiment de la France en nous me fait

toucbei' à la racine des dieux. D'ailleurs, il est plus d'une place dans l'Olympe : les terres classiques, l 'Italie, l'Espagne, avec la légende idéale qui est leur histoire, ces belles pairies sont les dieux de TOcci- <ienf.

Elle est Celle que nous chérissons le plus, et qui nous est la plus chère en lout ce que nous aimons. Chacun trouve en elle ce que son amour cherche et qu'il préfère. Pour nous, les hommes, elle esl toutes les femmes en une seule; une mère et une amante chérie. (Quelquefois aussi, une lille divine : car celle joie est donnée à l'homme de France, qu'il ne peine pas <'n vain ; et s'il meurt, qu'il fait semence (»u parure de son sang à cette belle ini- FHOiielle.

Tant la France est une personne, qu'elle a toujours une fi- Lire. Comme Athènes, si visible dans la jeune fille du Parthénon, la France est vraiment Notre Dame. Elle n'a pas été donnée sans raison à la Vierge par ses rois. La profonde blessure de Reimsa louché le cœur de toute la France : dans cette cathédrale, tous les Français sont aux pieds ou au chevet de Notre Dame, même ceux qui necroient point et ceux qui ne prient pas.

Une personne sublime incarne toujours la personne immortelle de la France. Ou un saint roi, ou un héros, ou un bon prince, le plus pur ou le plus vrai des hommes, et justement le plus humain :

saint Louis, ou Bayard, ou Henri Quatre. Mais plus souvent encore, une forme de

femme, quelque figure d'une douceur miraculeuse et d'une adorable énergie, Jeanne d'Arc ou elle-même la Vierge. Et dans les mauvais temps, une folle femme aussi, quelque reine méchante, ou une favorite, celle-ci vaine et rieuse, celle-là très altière. La Révolution enfin, si ce n'est la Marseillaise de Uude, prend de plus en plus les traits d'une terrible Guerrière, telle que la Raison peut l'être, quand elle s'arme de Tépée et qu'elle est la Liberté, cette vierge aux yeux pleins d'éclair e! qui manie la foudre.

La nulioii est un peuple arrivé à l'ûge (le la personne. Une personne en nom,

en figure, en forme, avec tout son passé d'œuvres, toute sa beauté d'amour et de passions, voilà une nation. Et plus personne elle est, plus elle est nation. Son histoire est la dignité de la personne. lis le savent, ceux qui meurent là haut, à trois pas de nos maisons douloureuses et tranquilles, en sortant des tranchées

Vivre n'est pas tout pour la nation. Des peuples vivent et ont vécu, qui ne sont pas des nations. La vie n'est rien sans la beauté de vivre. Les victoires ne sont pas la beauté d'une nation ; mais elles la manifestent : elles sont le droit de primer, aux yeux du monde. Et d'ailleurs, il 3^ a peut-être des défaites plus belles que toutes les victoires.

Une personne comme la France, toutes

ses victoires sont des degrés (juc la conscience humaine monte avec elle : dans toutes les victoires de la France, la bonne volonté triomphe, et même l'amour. Ces lauriers ne sont pas ceux de la haine.

Avoir beaucoup vécu, c'est avoir beaucoup aimé et beaucoup combattu, i/n'iivre est un acte d'amour et un combat. La conscience en juge ainsi : toute puissance est vaine, (jui ne satisfait point celle-là.

lue nation est une [jersonne qui a grandement triomphé de la vie; qui s'est mesurée avec elle ; qui n'a jamais reculé devant ses destins, et qui les a résolument affrontés plutôt (jue subis. Pour niérilor de vivi-e. il laul d'abord trioiuplicr de la vie. Car la vie, dans sa l'orme la plus simple, est un esclavage, une

servitude sans grandeur et sans noblesse.

Par là se justifie la guerre, et par là seulement. Elle n'a de sens que par le devoir où elle met la vie d'avoir à triompher d'elle-même. La guerre compte parmi les actes souverains de la personne. Et c'est après tout dans la guerre que la ])ersonne de la nation se montre tout entière, faisant voir à nu de quoi elle est capable, comment elle est faite en son fond, son squelette, la qualité du sang, sa masse, ses nerfs et l'écorché de tous ses muscles. Mais la guerre de justice, non la guerre de lucre et d'appétit. La guerre d'appétit est le fait de la bète. Cette aiîreuse nécessité ne marque pas le triomphe, mais l'humiliation de l'homme.

Le servage <le la «guerre est dans les vcciix (le la race : il est au contraire en horreur à la nation.

Tout mène toujours la conscience au saint et au héros, l'.n <'IVet. la nation est nu héros parmi les peuples. L'enfant croit à sa victoire sur les autres, et la bète en jouit. LTionrinie ne connaît de vraie victoire que sur soi. II faut être capable de vaincre à la guerre, et avoir horreur de la faire. La Lrance en est la.

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