DÉLIRE DE LA RACE
Qui: les Allemands croient être une race, et qu'ils se vantent d'être k seule race pure en Europe, tout le monde le sait. Et tout le monde a pu rire de ces théories infatuées. Mais quoi ? tout le monde ? Il s'en faut bien. Ceux qui ont ri sont infiniment plus rares que les autres ; et pour beaucoup, ces théories n'ont que le tort d'être allemandes. La plus terrible des guerres en est sortie. Le
temps n'est plus de rire. Un océan de larmes et de douleurs nous sépare de la paix et de loute ironie. Même absurde, un dogme mène les hommes sûrement, s'il les dirige où ils veulent aller, et s'il est le système de leurs forces.
Le crâne long ou la tête en dôme, le poil blond, les yeux bleus donnent droit ôe vie et de mort sur le crâne large, le poil noir, les yeux bruns et la tête ronde. Parce qu'ils ont le crâne long, les Allemands sont la race des dieux. Et ils sont le peuple des maîtres, parce qu'ils n'ont [)as la peau brune. Pour la raison contraire, les autres hommes, les Latins, les Slaves et les Celtes, comme les nègres, leur doivent être soumis.
Mais tiœlhe avait les yeux noirs et le
teint brun. Il le dit Ini-même, et cent témoins l'affirmenî;, qui ne sont point de la légende : nos grands-pères auraient pu voir Gœthe dans sa maison. Or, pour la plupart des Allemands, Gœlhe est Dieu le Père lui-même, conçu et né à Francfort, mort dans la joie à Weimar, et descendu sur la terre en Allemagne, pour manifester la divinité de la race allemande.
Qu'importe ? Si Gœthe avait les yeux noirs, il aurait dû les avoir bleus : il les aura dans cent ans, et s'il était brun, c'est blond qu'il aurait dû être. Voilà tout. Ou bien, sa sublime ironie ne le poussait-elle pas à prendre la peau d'un esclave, lui, le roi des rois ?Qui sait même s'il n'a pas voulu naître brun, comme Jésus-Christ parmi les Juifs, pour souffrir
mort el passion dès l'origine ? Gn-the élait si humble ! Tout est possible à un dieu allemand.
En veiUi ilu ciàiio large et des cheveux noirs, les Celles et les Latins sojit nés serfs et doivent (Hre asservis. Dura Ir.r, sed Icx.
D'ailleurs, s'il n'y a pas un .Mlemand sur six ou sept qui satisfasse à la définition de l'homme élu, si rmino, la tAte de Luther et de sa femme est pareille à ce qu'on voit de plus carré en Auvergne, qui s'en soucie? L'.VUemand est présumé répondre au type sacré des docteurs, et il ne faut rien de plus. Le monde est ma représentation, dit avec vérité le philosophe allemand. .Selon Uslwald, dans riiisloirc de l;i chimie, Pasteur no compte
pas, et Lavoisier a peine. Que la chimie s'en arrange avec la représentation du chimiste allemand. Point de faiblesse, et pas de sentiment surtout ! La force allemande est-elle au-dessus de tout, oui ou non ? La chimie est donc allemande; et les poings du (îhimiste allemand sont là pour en fournir la preuve : en outre, grâce au ciel, il est roux.
La race ne se soucie pas de vérité, mais de système. Elle tourne les faits à sa façon, qui est celle de l'intérêt. Elle ne sert pas plus lu science que la morale : elle veut s'en servir et en tirer des avantages. Les Allemands ont assurément intérêt à être des dieu.Ksurla terre. Il faut donc qu'ils en aient les caractères. La science
des Allemands ressemble à la critique de M. Taine: il ne voyage pas en Italie pour connaître Florena% Ravenne et Venise: il va voir à Venise et à Rome si Tltalie est pareille au livre qu'il a écrit sur l'Italie, dans son cabinet de la rue Madame, à Paris. Si, d'aventure, elle ne l'est pas, qu'elle s'y conforme.
De même, il arrive qu'on soit forcé de convenir, à Berlin ou à Vienne, qu'en dehors de l'Allemagne, quelques hommes ont eu du génie. Qu'à cela ne tienne : les docteurs prussiens ont des preuves infaillibles que Dante, Shakspeare, Cervantes, Molière, Montaigne, saint François, Pascal, Racine, Titien, Michel Ange et Vélasquez sont des Allemands. Tout s'explique. Il fallait seulement y penser.
La mère de Montaigne est juive, pourtant ? Sottise ! la mère ne compte pour rien dans l'enfant, selon le vieil Eschyle, bon prussien d'Egine. Et d'ailleurs, quoique l'Israélite soit au-dessous du Celte même, la grâce du sang allemand opère tons les miracles : elle est si forte qu'elle efface jusqu'à une tache maudite.
Voilà qui va bien. Et Spinosa? — Si Spinosa est vraiment Israélite, l'Ethique a peu de prix : une conspiration juive a seule pu faire croire au monde que Spinosa est un philosophe. Cependant Spinosa est un grand esprit, puisque tel est Tavisde Goethe : il est donc sûr sans qu'on le sache, que Spinosa est Bavarois: il a de bon sang arien, qu'on finira par lui
découvrir : son malhfHir est qu'il no sVn doutait pas.
Enlin, il n'en' va pas autrement de Jésus-Christ. A léna, pour les médecins de la bonne école, il n'y a plus le moindre doute, hélas: Jésus est un fou, le pire des fous : on ne lo voit que trop aux ravages (ju'il a faits et qu'il fait encore. Il a toutes les lolies on une, et la manie mystique n'est pas le plus honteux de ses égarements. Jésus-Christ est un fou très dangereux, et les Évangiles un recueil de folies (1) épouvantable : il est donc Juif pour Haeckel de Potsdam, et sa docte séquelle. Tous ceux d'iéna sont
^1) l'sijciioses, ce mol dit loul. Chaque Béatitude, chaque promesse, chaque geste, chaque mot de .I6sus-("-hrist a un nom en pathologie, voire deux.
fils de Gœlhe. Il y a une vieille querelle entre Goethe et Jésus-Christ.
Mais pour les pasteurs qui continuent de le prier et de prêcher l'Évangile, Jésus est le fils de Dieu : il est donc arien: il ne peut pas ne pas l'être : car Jés = ger, et us = MAN. Jésus = German, l'homme allemand (1). G. Q. F. D. Voilà comme un maître à penser enseigne la race à M. Jourdain. Quelle science des langues. Quelles rares étymologies. Quelle mesure, quelle finesse et quelle sûreté. Que la raison allemande est donc sage, prudente, austère et vraie. Qu'elle est désintéressée, et comme on y reconnaît bien cette vertu et cette bonhomie tant vantées I Non, le génie critique ne peut aller plus loin : il
(4) Sic.
est parti de Bayreulh : il y a pris des ailes (1), et il a touché le ciel en droiture. Depuis trente ans, la science et la politique allemandes sont une maladie de l'esprit. Et proprement le délire de la race.
(1) Wolzogcn, Gobineau et les autres. Us Feuilles df Bayreulh sont à l'origine de ce mouvement.
ALLEMANDS ET MOIVGOLS
JE parle de la race dans un sens absolu, pour faire comme eux et parce qu'ils veulent en être une. Avant de se donner eux-mêmes pour la race élue, ils en ont chanté les louanges dans une tribu très sainte, qu'ils ont mise à la racine de toute l'excellence humaine. Les Ariens sont le peuple de Dieu, et les Allemands en sont les seuls rejetons légitimes. D'où viennent ces fameux Ariens ? Ils sont tombés du
ciel, sans aucun doute: mais sur quel canton de la terre? Nul ne le sait. Tantôt ils descendent du Thibet et de l'Himalaya; tantôt de l'Iran, tantôt de la Suède.
Toujours plus blancs que la neige, en tous les cas, et plus purs que le feu. Ils sont maintenant à Munich, à léna et à Vienne. Les docteurs ont retrouvé leurs litres; et la théologie de ITnvasion part de là.
On doit aux docteurs allemands toutes les théories de la race : toutes faites, encore un coup, pour fonder le droit de la seule race pure qui soit au monde, la leur : seule noble, seule vertueuse, seule sage, seule digne du règne. Et le reste des hommes n'a plus (pi'à servir cette race unique, ou à vider la scène de la vie.
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Au nom de ces Ariens merveilleux, les docteurs allemands ont commencé par noyer dans le dernier mépris les Juifs, tant honorés jusque-là, et tous ceux qu'ils appellent les Sémites. L'applaudissement fut universel.
L'habitude du mépris est fort dangereuse. On ne sait jamais, quand on mesure sa propre excellence au mépris qu'on a des autres, jusqu'où l'on va, ni si l'on s'arrête. Après les Juifs, le> Celtes ; puis les Slaves, et tous les Latins. Le tour des Anglais est venu, aujourd'hui.
Tant que les Anglais ont été les ennemis de la France, TAllemagne a chéri en eux de fort bons Ariens. Depuis que l'avenir des Allemands est sur l'eau, les Anglais
ne valent plus grand'chose ^1). Quelques Allemands hésitent encore à changer d'avis ; et ils en souffrent. Je veux leur donner le moyen de jeter ces faux cousins germains à la mer, dans la géhenne des sous-marins.
Deux tribus d'Israël se sont perdues dès le v*^ siècle. Plusieurs Anglais, moins hypocrites ou plus insolents que les autres, ont trahi le secret redoutable de la nation : les deux tribus égarées ont peuplé l'Angleterre, dans le dessein de voler la liberté des mers à ces pauvres entants ingénus, les Ariens de Foméranie. il ne fallait pas moins que le perfide Israël et
(1) Ils ne sont plus hom à rien, dit rVIlemand qui a loujours tant «.l'esprit. Ils aiment siirloul les jeux de mol, ot y réussissent singulièrement. Môme Wagner.
la perfide Albion pour ouvrir à l'innocence un tel abîme de perfidie.
Qui peut en douter, prenant garde aux façons des Anglais et à leur caractère ? La nuque roide, le pied plat, et ce don si connu pour la banque et le commerce, tout j est : sauf le nez, peut-être : mais le nez viendra. La manie des noms bibliques, cet usage incongru qui fait préférer Marie à Cunégonde et Suzanne à Hermengarde, suffirait à prouver l'origine juive des Anglais. Les Écossais se nomment Ben Johnson, Ben Omer et Ben Nevis, comme des Bédouins.
L'Angleterre est donc juive, comme tant d'esprits fins le soupçonnent. Et la divine Allemagne en fait l'épreuve, à présent. La race des Ariens est en proie \\ h\
race maudite, une fois de plus : ces maîtres de toute éternité sont toujours conquis; et toujours corrompus, ces anges de pureté. .N'est-ce pas sir Goschen qui a déclaré la guerre (1)? N'est-ce pas lui qui a jeté les troupes belges contre les Prussiens désarmés? N'est-ce pas la tradition de Beaconsiield, ministre de Pharaon, et n'en est-il pas l'élève? On a lieu de croire aussi que la moitié de la tribu dite de Neftali ou Niptali s'est fixée au Japon, il y a deux mille cinq cents ans; et là encore, la sainte race arienne est victime des Sémites : les Nippons ont pris traîtreusement les armes contre les Allemands.
(1) CoscliPTi OU Gexsi'H, pays dans la \alléc du Ml, livré par- Joseph à ses frères. Comme ils se liennenl entre eux 1 La rapine anglaise en Egypte n'est pas d'hier.
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Tout ce qui vit par tas ou par masse, tout ce qui pense par unions est de la race, quel que soit le sens du mot et la réalité qu'il désigne.
La race dans l'histoire est sans doute le reste plus ou moins intact d'une race dans la nature. Ce qui n'est plus dans les formes ni dans le sang, persiste dans l'esprit. L'éducation en fait un instinct (juelle cultive. Les Cimbres et les Teutons se ruent à l'invasion, parce que les beaux pays du soleil excitent leur convoitise. Les Allemands du xx^ siècle veulent l'invasion, persuadés qu'ils sont seuls dignes de posséder la terre qu'ils envient
et les biens qui les atlirenl. La race ignore le sourire et la pensée sceptique ; elle est rebelle à tout détachement.
Il est des affinités entre les peuples. Il est des liens, ou inconnus ou visibles. La terre et le climat suffisent à les créer, peut-être; et ils les corroborent, s'ils ne les créent pas : car ils constituent les habitudes. L'événement les met à nu.
On ne peut pas ne point considérer avec étonnement l'attache que la guerre des nations contre la race a formée entre les Allemands, les Hongrois, les Turcs et les Bulgares : ce sont tous les Mongols d'Europe. Or, les Allemands, qui se tiennent pour Ariens authenlicjues, n'en fùt-il plus au monde, ne .sont peut-être, tout comme les Bulgares, que des Mongols qui se
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croient européens. Ironie achevée, et bien propre à réjouir l'esprit : les seuls Ariens sans mélange sont des Tartares.
Est-ce une idée nouvelle? Je ne ]>rétends pas la prouver ni fonder, d'abord, une religion sur elle. Je ne l'ai pourtant pas eue le premier. Il y a quinze ou seize ans, je m'occupais un peu de la Chine et de l'art chinois. J'avais vuLi Hong.Tchang et quelques mandarins en ambassade ; d'autres encore, à Marseille et à Rome, deux ou trois hommes d'étude et des marchands. On apprend assez tôt à distinguer le vrai Chinois du Mandchou et du Tartare. Malgré moi, je trouvais aux Tartares un air de famille avec d'autres hommes plus voisins de l'Occident : je sentais la parenté, sans arriver à la défi-
nir. Le militaire mandciioii est un otlicier : il n'est pas noble : son grade le porte. Le pur lettré de Chine semble un aristocrate. C'est la diflerence, en Russie, du [»rince et du tcliinovnik.
A loccasion d'un congrès, où je fus comme au spectacle, ji' vis ensemble deux ou trois cents hommes de tous les pays et de toutes les couleurs. Kl je découvris soudain l'étrange ressemblance qui m'avait longtemps préoccupé, sans que j'en eusse lixé les termes. Les uns près des autres, les Turcs et les mandarins militaires de la (-liine font l'efTet de cousins assez proches, et ils ont un commun cousinage avec les Allemands. Le {juil. Ut teint, la peau n'y sont pour rien : mais le gabarit du s(|uelette, les plans de la chair, ces
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petits yeux, ces besicles, ce derme luisant, surtout le réseau précoce et serré des rides, combien d'Allemands au crâne rond, même quand la face est carrée, ont la tête mongole ! Bismarck et Li Hong Tchang sont des vieillards jumeaux.
En ce temps-là, toutes les races de la terre se rencontraient à Paris ; et sur les deux bords de la Seine, on faisait le tour du monde, au milieu d'une foire.
Je me trouvais un soir avec un savant illustre, le premier linguiste de l'époque : il n'a pas eu l'érudition des langues seulement : il en a pénétré le génie ; il ne les séparait pas de ceux qui les parlent, cherchant à les connaître les uns par les autres. On causait de l'Asie et de ces
benoîts Ariens, lorl à la mode dans les partis politiques. Le savant philologue ne croyait pas aux races, sans refuser absolument d'y croire, au moins dans un passé très reculé. D'ailleurs, ce sage ne pensait pas que le ^enre humain fût si vieux qu'on le dit; et il voisinait sans peine avec l'antiquité. Il n'était pas borné aux objets de son étude ; et curieux des caractères, il en avait une assez fine connaissance. Au total, sceptique à conclure, comme l'esprit de la science.
Ce qui est prouvé, est prouvé ; mais la preuve ne vaut que pour l'objet qu'elle prouve. Faire un système absolu avec deux ou trois données même certaines, c'est le fait de la polémique et non de la science. Savoir est presque le contraire de
polémiser. 11 peut donc y avoir eu des races, s'il n'en est plus. Il y en a peutêtre encore. La question est du plus au moins.
Quant aux Allemands, l'illustre linguiste était d'avis qu'ils sont un peuple mongol, qui parle une langue arienne. Il ne fut pas surpris de mon sentiment : il le soutenait au contraire avec malice. Je n'ai jamais su au j us te s'il le disait pour rire de la race élue, ou s'il riait de l'avoir dit.
On ne saurait le nier: les Prussiens, à l'origine, sont plus près des Finnois que des autres Allemands. 11 n'est pourtant pas vrai que les Allemagnes soient victimes de la Prusse, qui les a conquises. Ces illusions naïves ne sont plus de saison. La Prusse a réuni les Allemagnes, et les
a révélées à elles-mêmes comme État. La Prusse seule a fait la grandeur allemande : en faisant l'État allemand. Il était dans les vœux de la race. Si toutes les Allemagnes se sont prussifiées, si l'Autriche même se prussianise, c'est que la Prusse est l'élément fort, le principe actif de la masse : elle est le dur levain (|ui fait lever toute la pâte. Elle rend aux Allemagnes la virulence de la race; et elle la multiplie par l'Empire. Car les Prussiens sont restés près de la raoe bien plus que les autres Allemands.
Ces Mongols se sont mis à parler une langue européenne, voilà cinq on six mille ans. De là, leur force. Il ont réussi à créer un État, et à prendre leur jiart de la science, à quoi les Mongols n'ont pu par-
venir tout à fait, même par les voies de la plus dure tyrannie. Entre eux et les Turcs, les Hongrois, les Bulgares et les autres Mongols, il y a la différence qui sépare la Chine des autres Tartaries.
La langue peut créer la culture. Mais la fine conscience de l'homme est l'esprit créateur de la civilisation. Les Allemands restent en Mongolie, bien qu'ils parlent une langue européenne ; et l'usage qu'ils en font en est le signe : elle n'a pas cessé d'être primitive sur leurs lèvres, et le demeure dans leur sentiment. Elle ne prend ni âge ni réflexion. L'analyse est la conscience du langage. Toute langue, qui répond à la connaissance intérieure de l'homme, doit devenir analytique. Telle est la perfection du français et son avance
sur tous les parler? humains. Telle est aussi la cause de l'étrange impuissance des Allemands à le parler : ceux même qui le savent le mieux, n'arrivent jamais à le bien écrire : ils en ont la science, et non le bon usage : toujours, quelque gaucherie les trahit, l'embarras du tour ou l'impropriété du terme: ils sont aveugles ou myopes aux synonymes; et ils n'ont aucune part au trésor de la langue, qui est la richesse infinie du français en nuances. Leurs espions ont corrigé toutes leurs erreurs, moins celle-là : au moment qu'ils veulent acheter un homme, la syntaxe les vend.
On mesure la perfection d'une langue à l'échelle de la prose. L'allemand est très propre à lu poésie et à la méditation en-
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chevêtrée des Hindous ; mais où est la prose allemande? La langue révèle les secrets les plus noirs et les mieux cachés. La prose est l'instrument de Thomme libre. Les articulations de la prose allemande, les nexes nécessaires et les liens des particules montrent les chaînes de la race, les ceps et la masse fatale du polypier. Prodige et destin unique de la France : elle a fait de la patrie la condition même du genre humain. Une nation libre ne cherchepaslamortdesautres nations, mais à vivre avec toutes ; et le règne de l'esprit est celui où elle prétend. Tant que dure la bête et que l'esprit n'aura point établi son empire sur tous les peuples, on appartient d'abord à sa nation, sous peine de perdre le droit de vivre. Car la guerre est là :
elle ouvre les yeux a ceux qui refusent de voir la vie telle qu'elle est, toute nue aujourd'hui.
On n'est pas homme avant d'Atre Français ou Allemand : mais on peut être homme, tout en étant Français ; et qu'on ne puisse pas l'être, parce qu'on naît Allemand, c'est la terrible énigme qu'explique notre guerre. Il faut que les Allemand soient vaincus, pour qu'ils puissent entrer dans la société humaine.