‹ La nation contre la raceChapitre 7 sur 13 · FORCE LIBRE ET FORCE QUI ORGANISE · texte numérisé non relu

FORCE LIBRE ET FORCE QUI ORGANISE

RACE et empire, ils n'ont vécu que pour la guerre. Et ils n'ont pas réussi à vaincre.

Ils ont fait de l'armée la plus terrible machine à conquête que le monde ait jamais vue. Ils ont mis cent ans à la former, à monter toutes les pièces, et à muer les hommes en rouages d'ins'^asion. Et ils ont manqué la conquête.

En cent jours, les peuples libres surpris ont eu le temps de lancer la digue contre la machine à tuer, à conquérir et à faire des esclaves. Cent semaines, ou deux cents, peut-être plus, peut-être moins, le temps prescrit doit venir; il faudra bien que les peuples libres pèsent tous ensemble sur la machine, et qu'ils la brisent.

Pourquoi donc, pour quelle raison l'Assur de la science n'est- il pas venu à bout d'Athènes insoucieuse et de Sion désarmée? Parce que la volonté de l'Occident est de ne pas être conquis, et que c'est la volonté d'une àme libre.

Rien ne dompte les peuples libres et qui veulent rester libres. La puissance navale est leur emblème, avec la comédie. Ils

ont la mer et restent maîtres de la mer. Ils ont l'ironie. La puissance navale ne va qu'avec les peuples libres. La République est la puissance navale clans l'ordre social et politique. La France, qui néglige si souvent la mer, est toute sur la mer par le climat et par l'esprit, par les mœurs et par le mouvement.

Partout, l'homme libre vaut mille hommes asservis. Le marin vaut dix mille ressorts ou rouages de machine. Le Français ou le marin, c'est l'homme qui se débrouille, le contraire de l'automate.

Dans la victoire de l'homme libre, il y a bien plus encore : la victoire de l'esprit.

L'esprit doit toujours l'emporter sur l'au-

tomale et la machine. L'esprit est inépuisable et il est invincible. La machine est de la matière : l'esprit la crée, et elle se prend pour l'esprit. Mais l'esprit vainc, tant qu'il veut vaincre. Le jour où les machines menaceront de l'asservir, il détruira les machines. 11 garde la force, même quand il n'en a pas l'usage.

Enfin, l'esprit doit vaincre, à quelque prix que ce soit. Il crée la force. Et il n'y aurait pas de genre humain, s'il n'en était pas ainsi.

Le génie allemand est matériel à l'excès. Le rêve allemand est une mystique de la matière.

La France fait esprit de tout, et perd l'intérêt même dans le plaisir des idées.

Elle abîme la politique dans les jeux de mots et la géométrie de la raison passionnée.

L'Allemand fait corps de tout, de son âme et de sa musique même. Il prie Dieu en déchirant une proie. Dans l'église de Fart, il écoute une symphonie en se chargeant de nourriture. Il nourrit son âme en même tems que sa guenille. Il mêle le lard à la musique, et il avale tout d'une fois. Son plaisir est celui d'un ange, mais l'ange de l'appétit.

Aristote, le Grand Observateur, savait déjà que les monstres se perdent par

s l'excès de leur force. Les géants sont des monstres. Le principe qui fait la condition d'une existence, s'il est outré, en fait la perte. Dans notre idée moderne, la vie est une victoire; mais l'arme qui assure la victoire à un être vivant, lui donne la mort, quand elle n'est plus seulement un moyen de vaincre et qu'elle remplace toutes ses fins. Les empires démesurés sont les monstres de l'histoire : ïh doivent périr par la tyrannie d'où ils sont nés. et par la force militaire qui procure d'abord leur croissance et leur triomphe.

Plus purement grec même que Platon, l'immense esprit d'Aristote parcourt toute la politique, sans marquer de préférences. Il étudie les cités comme on peut étudier les plantes et les espèces. Les différentes

cités sont les ruches d'insectes différents. Chaque espèce a sa ruche, qui lui convient plus ou moins. Cependant, pour x\ristote, il est une excellence entre toutes les solutions que Tintérèt dicte à Tespèce.

Son âme est trop sereine, sa pensée trop vaste pour qu'il ne tende pas à l'harmonie. La destruction n'est pas son rêve, la tyrannie encore moins. Partout il mesure les l'ormes à la règle secrète de l'harmonie, qui est l'équilibre.

Autant Aristote est de Paris, autant il est étranger aux Allemagnes et à tous les Allemands. L'équilibre est ce qu'ils haïssent et qui leur manque le plus. Ils ne se croient pas assez vainqueurs, si tous les autres peuples neleur sont des vaincus. On leur prend leur part, en gardant la

sienne. On les alîame, si on ne se laisse manger par eux. Et si on maintient le respect de soi, on les outrage. Ils n'ont point de frontières sûres, s'ils ne détruisent les nations. Leur Allemagne ne connaît la liberté, que si elle en prive les autres; et il lui faut l'asservissement universel, pour se sentir maîtresse de son destin. Ils n'ont donc aucune mesure : non parce qu'ils n'ont point la nôtre, mais parce qu'ils n'ont pas la mesure humaine, et ne veulent point l'avoir. Ils veulent, en effet, être « au-dessus de tous ^ les hommes, et ne s'en cachent même pas : s'ils avaient conscience de soi et des autres, un tel dessein leur eût paru ridicule; ils en eussent vu le danger : qui se met au-dessus de tous, on a le droit de le mettre au-dessous.

Mais quoi? la conscience fait la mesure, encore un coup, et elle seule.

Leur loi est l'ordre par la force, qu'ils nomment organisation.

Ils appellent organisation ce que les hommes libres appellent politique. Ils veulent qu'on organise, parce qu'ils ne connaissent pas l'homme, mais l'État seulement.

L'homme leur est en horreur, s'il est libre : ils n'ont aucune idée de la liberté, n'en ayant aucune de la conscience. Un homme n'est pour eux qu'un ressort dans la machine, un élément du tissu, une fibre de l'organe, dans le corps unique de

l'État. Organiser est bien la politique de la fourmilière.

L'organisation à l'allemande semble aux hommes libres une machine à tuer l'individu. La morale d'État est au nombre des engins les plus funestes. Ainsi, de l'amour l'État qui organise ose faire un haras.

Sur quoi juger l'organe, sinon sur la fonction? Organiser, c'est d'abord jouer de l'orgue : il faut voir un peu quelle musique on joue. Des orgues énormes, inouïes en puissance, en étendue, en jeux, en tous registres, qui ne serviraient qu'à emplir tout l'univers d'un seul refrain, on devrait les démolir au profit d'un seul violon qui, passant de main en main, ferait entendre, sous l'archet des beaux

musiciens, l'ardente, salutaire et libre mélodie.

Organiser, pour nous qui avons le cerveau et les mœurs politiques, c'est donner le moyen aux hommes libres de concourir ensemble à la perfection de l'État : et l'Etat sera d'autant plus parfait que les hommes seront plus libres, chacun de soi, sans es faire tort les uns aux autres et sans nuire à la République.

L'organisation pour Athènes et pour l'Occident n'est qu'un moyen de la politique. Pour les Allemands, elle est une jQn : parce que l'État est une machine, et que la machine prétend à la perfection. Si le rendement est de cent pour cent, la machine est ridiculement parfaite : le dieu de l'automate enfin est incarné. La

fourmilière entend devenir une machine parfaite.

Athènes et Paris font des essais sans nombre. L'harmonie est leur fin : car la justice et le bonheur entre les hommes ne sont que les cas moyens de l'harmonie. Que ces nobles nations s'épuisent dans les essais qu'elles tentent, c'est aux Allemands d'en médire. Et, d'ailleurs, oiî est l'épuisement? En musique, le développement de l'harmonie est infini. Et il se bornerait à trois ou quatre formes de l'accord en politique? Gomme on voit, depuis les Grecs, que la politique est ravalée au métier, et qu'elle échappe à l'art des musiciens!

La liberté est le seul excès que puisse

se permettre l'homme, et le seul qui ne le perde pas : parce qu'elle est le propre de l'esprit, elle est le propre de l'homme. Le rire même en est le signe. Lui seul est libre et le veut être. Lui seul conçoit la liberté de la nature, et la réalise. L'homme est enfin la rébellion de l'esprit contre la nature : elle ne l'a formé que pour être vaincue, délivrée et niée par lui. C'est l'histoire de tous les dieux : ils se mettent dans une créature de leur esprit, pour qui ils ont toute complaisance : et ce fils ne sort de leurs mains que pour les vaincre et prendre la place du dieu qui l'a produit.

La liberté n'est pas seulement le nom de la France, qui s'appelle la libre : elle est sa force, en chacun de ses enfants, sa

trouvaille, son invention toujours nouvelle, son génie et son excès. Car la France est la terre de l'esprit. Mais la servitude est le propre de la matière.

L'organisation est un ordre de la servitude, une loi supérieure de la ruche et de l'instinct.

En tout, l'excès perd l'animal, l'homme ou la Cité. La liberté seule n\i rien à craindre de l'excès même : l'ordriî se lait toujours dans les esprits et les peuples libres. L'esprit s'encrasse et s'enviande dans la cité des ruches et des fourmis. Il s'organise ,et la matière réglée rétouffe. L'ordre, au contraire, ressuscite toujours dans l'esprit libre, et même de l'anarchie. C'est en quoi la révolte est parfois si sainte sous les apparences du

chaos et de la folie. La conscience est rebelle, en son fond : la conscience est la nalure spirituelle en révolte contre l'aveugle nature. La justice, l'amour, toutes les vertus humaines, — qui sont des illusions, — sont rébellion contre la tyrannie de la matière et de l'espèce. Ces vertus humaines sont les vertus de la France.

Et tout l'Univers le sait, qui n'a pas honte parfois de l'oublier.

Jamais l'Allemagne n'est rebelle. Jamais les Allemands ne se révoltent. Les greniers et les celliers de la fourmilière sont la prison des Allemands : là, ils sont toujours dociles; là, on les tient, et ils acceptent tout de leurs maîtres; ils sont les seuls hommes qui s'engraissent de la captivité; là, ils pullulent et se réunissent; là, ils

sont la matière organisée, asservie de plein gré, pourvu qu'elle soit nourrie, avec l'espoir d'être gorgée.

Les Allemands ne r^^ntreront en grâce et dans la société de l'Europe que par la révolution.

De quoi l'Europe sera-t-elle faite? De nations diverses, ayant à la vie le droit égal que la vie donne, ou d'une seule espèce de fourmilière? Y aura-t-il des hommes libres, ou tâchant à l'être, dans des États libres? ou des fourmis d'État, dans un État modèle de tout ordre et de toute tyrannie? Voilà le problème de la guerre. Il implique fatalement tous les autres; et d'abord, si la conscience de l'homme est une denrée vile que l'on jette au fumier ou qu'on engrange, selon les

besoins. Car les traités, les lois, l'honneur, le respect de soi et des autres, tout est fondé sur la conscience de l'individu et la fidélité de l'homme envers lui-même. La morale des États est-elle, oui ou non, celle de l'homme qui a une conscience?

ou n'est-elle que le combat éternel des appétits les uns contre les autres, la lutte des espèces qui ont un ventre?

Au point où ils en sont, il leur faut vaincre ou faire pénitence. Entre l'Europe et eux, ils ont mis une haine d'espèce. Il faut que les Allemands se purgent de la race, et du système qui organise la race, pour devenir des hommes parmi les hommes : car il n'y a pas moyen pour les hommes de consentir à être allemands.

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