POS CARRE
n’envisagent pas les choses exactement comme ceux de race blanche... : « Les premiers nègres convertis au christianisme attribuaient à Dieu la couleur noire et au diable la couleur blanche... On voit par là que l’on peut avec raison placer la race parmi les caractères distincüifs des divers peuples... (1) » Des points de vue si différents et qui font que, pour un Chinois, il n’est pas de chose plus laide qu’un Anglais(2), ne semblent-ils pas abolir toute idée de rapprochement, de parenté ?.….
Mais le professeur de Catane, pour individualiser un groupe social, l’oppose à de trop lointains exemples. Dans l'intérieur même de l’Europe, on a découvert plusieurs types : lJomo Europæus, dolichocéphale blond, l’Æomo Alpinus, brachycéphale brun, et lHomo Mediterranæus, dolichocéphale brun (3). Toute une école, suivant la parole de Renan, est allée par le monde « tâter le crâne des gens (4) » ; mais si Renan pense qu’une telle étude puisse être capitale pour le savant qui s'occupe de l’histoire de l'humanité, 1l en blâme l'application en politique. L’ethnographie, selon lui, ne peut être la seule base du principe des nationalités. Cependant Mancini, qui est aussi un homme d’État,
(1) Traité de Droit international, 1, p. 235.
(2) Zbid.
(3) Fouizrée, Esqusse psychologique des peuples européens, p. x. M. Fouillée définit la race : « l’ensemble des individus qui possèdent en commun un certain type héréditaire ».
(4) RENAN, Qu'est-ce qu'une nation? p. 14.
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écoute attentivement Virgile et Claudien décrire les « blonds Gaulois », Ammien Marcellin les « rutilanti chiome » des Allemands; mais la race, selon lui, ne se manifeste pas qu’à la chevelure, et il trouve de précieuses indications dans César qui relève « la valeur guerrière des Gaulois et l’inconstance de leurs femmes ».
Les anthropologistes ont si fortement insisté sur cette sorte de caractère que nous ne pouvons les négliger. Ils disent les Anglais dolichoïdes blonds à haute taille, les Espagnols dolichoïdes bruns à petite taille, etc... Ces subtilités nous éclairent-elles? Ces accidents physiologiques nous permettent peut-être, à la rigueur, de dire : voici un Anglais, voici un Espagnol. Mais qu’en tirerons-nous pour la nation anglaise, espagnole ? Ne serait-il pas un peu ridicule de dire : « La nation espagnole est une réunion de dolichocéphales bruns ? » Que les Espagnols aient ces quahtés, qu'ils les aient même fatalement, il est vain de penser qu’elles les contraignent à la nationalité espagnole ou qu’elles fassent cette nationalité. |
Il en va de même de tous les autres aspects que l’on prête à la race (1). — Il importe de signaler ces excès où glissent certains analystes de la Nationalité, car, à les en croire, c’est la race qui déterminerait le développement d’un peuple et tout le secret de ce peuple serait dans son origine. Écartons cet autre fata-
(1) L’on a surtout étudié, faute de mieux, les chevelures. Hæckel et Frédéric Muller partagent l’espèce humaine en douze races d’après la nature des cheveux.
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lisme, celui du sang. Si la chair que nous tenons de nos parents, de nos ancêtres, est un lien plus solide qui nous discipline que celui du sol où nous vivons (1), il autorise tout au plus des conjectures sur le conditionnement de notre destinée.
À mesure que les peuples ont avancé en âge et en civilisation, 1l semble que la race ait perdu de son influence. Dans les cités antiques, tous les citoyens étaient parents, presque de même famille. L’empire romain et le christianisme, par leur universalité, et, le premier, par la violence de ses conquêtes, écartent l’idée de race. Égal mépris chez les Barbares. Et quelle méconnaissance de la raison ethnographique dans le traité de Verdun, dont les auteurs, « en traçant imperturbablement leurs deux grandes lignes du nord au sud, n’eurent pas le moindre souci de la race des gens qui se trouvaient à droite ou à gauche (2) ».
Les plus grands politiques ignorent cette nécessité. Dans le discours fameux où il prit à part les nationalités, Thiers évoqua l’œuvre de Charlemagne : « Si Charlemagne, cet esprit si simple et si grand, avait eu le goût des nationalités... il pouvait rejeter tous les Vandales en Afrique, ne mettre en Espagne que des Goths, en France que des Francs, ne mettre en Allemagne que des Germains. Mais... il respecta l’œuvre
(1) Renan, qui ne redoute pas de se contredire, écrit : « Ce qui reste ferme et fixe, c’est la race des populations. »
(2) Renan, loc., cit., p. 15.
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du temps... Le temps a fait son œuvre, il a mêlé toutes les populations. (1) »
Voilà la vérité : il n’est plus de race pure, et chacune des nations que décrivent les cartes se compose d’un obscur emmêlement de races. L’anthropologiste a peine à s’y reconnaître, le sociologue n’en sait tirer nul parti, le politique et l’internationaliste ne peuvent décider là où les siècles et la nature ont mis le vague et limprécis. |
L'Italie, qui proclama la dignité des races, se trouve être, selon Renan, « le pays où l’ethnographie est la plus embarrassée. Gaulois, Étrusques, Pélasges, Grecs, sans parler de bien d’autres éléments, s’y croisent dans un indéchiffrable mélange. »
En France se rencontrent des Celtes, des Germains, des Ibères; en Allemagne, des Celtes, des Germains, des Slaves.
La Suisse est plus embrouillée encore, car les Français, les Allemands, les Italiens apportent dans leur union étrange leurs propres confusions.
L’on voit donc des nations faites de plusieurs races et une même race partagée en nations diverses. Au point de vue de la race, les Polonais, par exemple, sont Slaves, et l’on sait leur haine des Russes. Mais l’on ne peut voir, dans ce désaccord, la lutte pour la vie dont parle M. Fouillée, « entre les blonds et les bruns, entre les crânes longs et les crânes larges, entre les
(1) Discours au Corps législatif, 14 mars 1867.
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