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de telles théories nées du seul bouleversement d’un ordre et de la politique? Nous nous posons cette question à propos de l’équilibre, car elle s’imposera à nous, cette fois, avec le problème des nationalités. Ces deux doctrines se sont succédé pour diriger la vie européenne, et il est intéressant de savoir quels jugements on a portés sur l’une et sur l’autre.
Des philosophes, Hegel, Kant, prétendent que l’équilibre n’a jamais existé. Hegel l'appelle un « abus de Pimagination productive », et Kant le range, parmi les chimères, à côté de cette maison de Swift « qu’un architecte avait construite d’une façon si parfaitement conforme à toutes les lois de l'équilibre, qu’un moineau étant venu s’y poser, elle s’écroula (1) ». Des historiens et des juristes sont du même sentiment. Blumering, spirituellement, dit que cet équilibre se distingue par une extrême instabilité, et que, d’ailleurs, ce n’est pas un principe du droit, mais une simple règle de conservation, de conduite politique. Et quelle justice peut-il y avoir, quand cette balance n’est jamais qu'aux mains du vainqueur (2) ? Les uns lui reprochent de n’avoir pas de racines profondes dans la vie des peuples, d’autres d'aboutir à la suppression des petits États qui ne feront que passer d’une domination à l’autre. L’internationaliste Klüber écarte du droit cette doc-
(1) Kant, Éléments métaphysiques de la doctrine du droit, p- 380. . (2) Cf. SreGurrz, loc., cit., passim. Le sujet ne changea rien : « Les Etats se firent la querre par calcul et par nécessité, et non en vertu d’un droit nouveau. » (Funcx-BRENTANO Er SoreL) id.. 1bid.
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trine : « C’est une pure idée des diplomates ou politiques, très vague, simplement fondée sur un sentiment de convenance, et à laquelle manque par conséquent le caractère essentiel d’une source du droit des gens (1). » Qu’on le nomme balance des pouvoirs, système des contrepoids, bilanx sive tratina gentium, le système d'équilibre politique n’est pas fondé en droit des gens. Loin d’être un équilibre juridique, c’est un équilibre politique, établi sur la force et la prépondérance, et qui « n’offre jamais qu’un calcul vague et mal assuré (2) ». Cet auteur voudrait que l’on bannît le mot du langage politique et juridique. À suivre exactement la lettre de ce précepte, il faudrait partager les pays selon une lex agraria gentium, les distribuer proportionnellement à leur importance politique... Voilà où, logiquement, mènerait le système; mais ce n’est pas à ces impossibles conséquences que nous devons le juger, rien qu’à sa nature et elle n’est que de calcul et de diplomatie. Ces qualités ne peuvent faire le droit, c’est-à-dire la réalisation de l’ordre et de la justice.
Malgré ces imperfections reconnues des juristes et des philosophes, l'équilibre fut le principe directeur, et fit le droit, des traités de Westphalie à ceux de Vienne. La Réforme avait « laïcisé la société des États », mais c’est une corruption de l’idée qui permit les par-
(x) Kiüser, Droit des gens moderne de l'Europe, S 6. (2) Id., ibid., 42.