‹ La Nation et le Droit des GensChapitre 24 sur 42 · PT EVER · texte numérisé non relu

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tages du dix-huitième siècle. Au début, elle inclinait plutôt les esprits à une conception de sociabilité, indiquant déjà des nations comme des personnes déterminées. Nous en trouvons l'expression dans ces paroles qu’en 1603 Sully adressait à Henri IV : « Votre Majesté doit mettre en considération qu’autant qu’il y a de divers climats, régions et contrées, autant semblet-il que Dieu les aye voulu diversement faire abonder en certaines propriétés, commodités, denrées, matières, arts, métiers spéciaux et particuliers, qui ne sont point communs, ou, pour le moins, de telle bonté aux autres lieux, afin que par le trafic et commerce de ces choses (dont les uns ont abondance et les autres disette), la fréquentation, conversation et société humaine soient entretenues entre les nations, tant éloignées puissent-elles être les unes des autres (1). » Ces sages propos se basent sur les nécessités du commerce, de lindustrie, les relations internationales ; ils donnent moins une raison de division qu'une raison d’union, d’entente. Si la nature n’a pas fait les peuples divers, elle leur a attribué des richesses qu’il leur est bon d’échanger. Les États ne sont pas pris en considération dans ce plan d’un ministre avisé, mais la seule utilité. Moins d’un siècle plus tard, la nationalité apparaît, et Particle 17 du traité de Ryswick, en 1697, permet aux habitants d'opter, de quitter leur pays. En 1713, l’arüucle 14 du traité d’'Uirecht contient la même clause.

(1) Œconomies royales, V.

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Ce sont là des exceptions, mais qui manifestent un premier souci de la vie nationale, et font descendre jusqu’à elle le souffle de l’individualisme.

Ce mouvement ne fut pas suivi dans la pratique. Mais l’idée de nation se dégage, sous les exagérations d’un trop inconstant et brutal équilibre; la littérature du dix-huitième siècle, sans prononcer les mots, aide à « Paffranchissement des nations », par une floraison nouvelle des tendances personnalistes dont le large épanouissement fera 1789.

L’on a remarqué que les écrivains du dix-huitième siècle, qui travaillèrent à précipiter la Révolution française, et qui agirent le plus sur les esprits en les y disposant, avaient reçu leur inspiration de l’Angleterre (1). Voltaire, qui reprochait aux contemporains de Boileau de ne point savoir l'anglais, se chargea de nous l’apprendre. Il procède directement de Locke, de Hobbes, de Bacon. Locke surtout eut en France une fortune prodigieuse. Diderot, Rousseau, les encyclopédistes, le tenaient pour leur maître, et c’est de lui que Condillac prit sa doctrine de l’individualisme. L’engouement britannique amena dans les têtes françaises certaines façons de penser toutes protestantes, les pénétra des principes que nous avons vus à l’origine

(x) Conf. Nys, Études de Droit international et de Droit public, 1896, p- 318 et suiv.

« Le dix-huitième siècle littéraire n’a été ni chrétien ni français. » M. E. Faguet développe cette idée dans l’avant-propos de son Dix-hurtième siècle.

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de la Réforme. Ils allaient reprendre leur force dans un peuple qui ne s'arrête pas à la philosophie mais l’incarne promptement et la réalise dans ses actes. L’inspiration anglaise, individualiste, anime ce siècle et, en peu de temps, y rencontre les armes qui la défendent, comme, autrefois, protestante, elle avait reçu le secours des princes allemands. L’explication de 1789 se trouve tout entière dans l’aménagement de la France intellectuelle par la culture britannique ; les faits entraînaient peut-être à une révolution, mais la doctrine, la métaphysique révolutionnaires n’eurent pas été ce qu’elles furent si les grands écrivains ne s’étaient point mis à l’école anglo-saxonne pour en répéter à la France les leçons.

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