‹ La Nation et le Droit des GensChapitre 30 sur 42 · FN AT ETES PR PTT À TRE ET AE MONTE PTT · texte numérisé non relu

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Nous avons donc longtemps erré à travers les incohérences d’un système qui n’en est pas et n’en fut jamais un. C’est qu’il faut une discipline à toute vie et qu’il n’est rien de plus médiocre et de plus absurde que d'attendre cette discipline de la vie même. De ses leçons, oui, si l’on est capable de les apercevoir, mais non de sa mystérieuse et inintelligente activité. S’en remettre à la Nature du soin d'établir l’ordre politique et raisonnable, c’est méconnaître toute raison et laisser un bel espace d’enivrement aux appétits, aux folies, aux cupidités. Les dupes, ce sont ces nationalités royales. Mais nous préférons cependant les théoriciens de l'anarchie qui disent aux peuples : « Allez par l’univers et faites ce que vous voudrez », à ceux qui les veulent contraindre à des lois « naturelles » que rien ne démontre.

« Il n’y a point de principe des nationalités, disent MM. Funck-Brentano et Sorel, en dehors des conditions dans lesquelles se sont formées les nations dont nous connaissons l’histoire; en dehors de ces faits réels le principe des nationalités n’est qu’une abstraction. Il n’en saurait ressortir un droit d’après lequel se devraient régler les rapports des nations et des États. » Livrées à ce principe, les nations ne sont en effet que des masses inertes, quelque conscience qu’elles aient de leur existence et de leur originalité. Qu’elles manifestent cette vie, et qu’elles s’organisent à nos yeux, qu'elles prennent corps, enfin, politiquement! Les seules personnes que le droit considère sont

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celles qui vivent dans le droit, et par le droit : les États. La formation étatique est nécessaire, et suffisante. « À peine un État est-il formé qu’il est quelque chose de bien différent d’une simple agglomération numérique des individus (1). » Par cette formation, les nations cessent d’être isolées, entrent en relations, et le droit international existe. Sans elle, il ne saurait être question de ce droit. Fondé ou non sur la nationalité — car ceci regarde la vie intime de chacun — l’État seul est la personne du droit des gens.

Incapable de permettre une construction logique de politique ou de droit, nous devons donc abandonner le principe des nationalités, lequel ne serait acceptable que si les hommes avaient linstinct des bêtes ou la docilité des simples, des fleurs, des herbes, aux directions de la Nature.

(1) Panezerni, loc. cit., p. 489.

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