AMOR
Il s’agit de s’entendre sur le bonheur; et les nationalistes en offrent une notion exacte : hors de la nationalité, pas de salut. Puisqu’elle est la loi, tout ce que l’on fait selon cette loi sera bien, juste. Or, le premier commandement est d'installer, par tous les moyens, le règne de la loi, d'intervenir, s’il le faut, pour les nationalités. Le cas s’en présente toutes les fois qu’une nationalité ne constitue pas un État indépendant, soit que plusieurs se la partagent, soit qu’un même joug l’unisse à d’autres nationalités.
Cette besogne de réalisation, est, hélas, la part des hommes. « La nature, dit Mamiani, dispose, prépare et prédestine les Nations en maintenant entre les divers peuples lidentité du sang, de la langue, du génie et d’autres dispositions communes »; mais c’est aux hommes à mettre en œuvre ces matériaux; elle réserve ensuite à l'affection, à la raison et à l'art de l’homme de constituer les liens politiques, de former une seule patrie des diverses patries particulières, et de subordonner au bien et à la gloire de celle-là les biens, les avantages et les affections de celles-ci (1). » Cette fin justifie tous les moyens, et en particulier l'intervention. Mais, comme il a convenablement flétri ce procédé, M. Carnazza-Amari préfère employer ici les mots d’ «aide », « secours ». Il dissocie autant que possible les deux idées, et dit qu’à l’encontre de l'intervention — laquelle est « despotisme, tyrannie, oppression,
(1) Mawrani, Dell’ottima congregazione umana.…., p. 250.
AT
violence, esclavage » — le « secours » est « appui, bienfait, amour (1) ».
Des exemples illustrent la doctrine. Selon notre auteur, lorsqu’en 1859 la France... descendit en Lombardie pour en chasser les Allemands, elle n’intervint pas, au sens propre du mot. C’est l'Autriche, elle, qui était intervenue « en substituant à l’autonomie nationale lombarde, l'autonomie étrangère allemande ». Rendre à la Lombardie son autonomie ne constituait donc pas, pour M. Carnazza-Amari, une intervention, puisque, au contraire, c'était remettre les choses en leur place, faire cesser l'intervention et réaliser ainsi la non-intervention (2)...
Même raisonnement pour Rome, où le pape était protégé par les baïonnettes françaises. En y entrant, les Italiens chassaient les intervenants, réalisaient la non-intervention.
Ces subtilités nous font souvenir de la doctrine de Monroë, avec cette différence que c’est au nom de la nationalité que parlent les Italiens. Elles s'expriment par le jeu facile des mots : ce n’est pas intervenir que d'intervenir pour empêcher d'intervenir (3).
En cette matière, ce sont les textes révolutionnaires français qui composent les livres canoniques. Nous
(1) CarNazza-Amari, loc. cét., p. 588. — Cf. Parma, Principio di nazionalita nella moderna societa Europea, p. 163.
(2) Pierantoni voit dans ce cas particulier une « alliance » légitime de la France et du Piémont.
(3) Conf. Carnazza-Amari, loc. cit., p. 594.