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ciateurs aient, d’une certaine manière, atteint, par trop de séduction, l'esprit des juristes de qui nous attendions de calmes clartés.
Des premiers révolutionnaires, des Volney, des abbé Grégoire, aux Mancini, aux Palma, aux Novicow, il est une suite de noms célèbres dans la défense des nations, puis du principe des nationalités. Tous les corps scientifiques se sont mêlés à cette lutte, et le domaine que nous abordons est battu des mille routes qu'ont diversement suivies les psychologues, les historiens, les sociologues, les géographes, les ethnographes, et jusqu'aux zoologistes. Chacun, de son point de vue, s’inquiéta de ces nations pour qui l’on prêchait et querroyait ainsi que pour des divinités. Les querres du dernier siècle apparaissent comme les croisades des nations.
Il faut convenir qu'il règne dans ce mouvement extraordinaire une grande imprécision de pensée. Aux plus légitimes aspirations des peuples et à des générosités quelquefois imprudentes, se joignent des mobiles où l'intérêt, l’ambition, la passion, se déguisent mal. Rien ne montre mieux que ces contradictions, l'allure politique, éphémère, de ce qu’on appela le principe des nationalités. Élever ainsi à la dignité de principe, et, comme l’ont fait les Italiens,
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de fondement du droit des gens, un sentiment bien net de révolte contre l'autorité — et nous devons reconnaître cette origine — était déjà assez curieux, et en tous cas fort dangereux, car cette panacée possédait de telles réserves que chacun s’en pou-
vait réclamer dans les sens les plus opposés.
Pour étayer ce nouveau dogme, les divers savants que nous avons dits durent rechercher — scientifiquement — de quoi se compose une nation. Comme l’on réagissait contre l’idée de l’État telle que nous l’a livrée l’ancien régime — car il est un ancien régime du droit international — il ne faut pas s'étonner du concours de sciences qui ne touchent pas au droit bien directement. L’on parlait autrefois de l’État, de la société des États, et le juriste décrivait, avec assez de précision, ce qu'était cette personne internationale, ses droits, son rôle, sa place. La Révolution ne fit pas que modifier les mots, elle présentait d’autres conceptions, une sorte de renversement des choses. A la définition de Louis XIV : « l'État c’est moi », elle opposait — si l’on nous permet ce raccourci un peu prompt — « l'État c’est le peuple, la masse ». Ainsi la Nation — hors de toute organisation étatique — pénétrait dans la « Société des nations », pour y prendre la place de l'État.
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La littérature de l’ancien régime explique l'État par le sommet, fait descendre l’autorité de Dieu sur le roi. La littérature que, pour abréger, nous appellerons révolutionnaire, cherchant la puissance en bas, doit expliquer la Nation par des éléments d’abord physiques ou statiques, comme dit Auguste Comte. L'État de l’ancien régime semble suspendu au ciel; la Nation moderne, plus simplement, se fonde sur la terre, et, lorsqu'on la veut définir, 1l importe de lui
donner une assise terrestre.
Il n’était peut-être pas inutile de placer ici ces images qui rendent en quelque sorte sensible la nécessité où se trouvèrent les théoriciens de la nation de se livrer à des études où le droit les guide moins que l'anthropologie ou que la linguistique. Ceux-là même qui veulent conclure en juristes doivent tout d’abord se demander : « Qu'est-ce qu’une nation », et, comme les dictionnaires se contredisent là-dessus, qu'ils négligent le sens que donne à ce mot le système des nationalités et ne distinguent pas suffisamment la nation non étatisée de celle qui l’est, ces auteurs commencent par la description des « éléments consütuüfs de la nationalité », matériels et spirituels. Prendre directement la Nation orga-
nisée en Etat est cependant le devoir du juriste, mais