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L'ASSOCIATION IMPOSÉE

Tous les conflits ne recevront donc pas la même solution.

Tantôt il faudra faire prévaloir le principe de liberté et laisser l'individu qui refuse d'accomplir ce que d’autres regardent comme son devoir $ocial : c’est ce que font nos sociétés actuelles d’une façon assez générale à l’égard de celui qui néglige de faire œuvre personnelle d'assistance à l'égard des deshérités du sort, à l'égard de celui qui fait à son voisin une concurrence excessive, à l'égard, parfois, de celui qui refuse de subvenir aux besoins de ceux qu’il a mis au monde.

Nous citons là des cas qui donnent lieu à des controverses plus ou moins vives.

Tantôt, au contraire il faudra faire opter le principe

Ed

de solidarité et contraindre les récalcitrants : c'est ce que font nos lois en obligeant tout citoyen valide à prendre les armes pour la défense nationale, en exigeant de tous des contributions en faveur d'établissements d'instruction ou de services publics qui ne-profitent qu’à quelques-uns, — ici encore, nous abordons des points controversés.

Le triomphe du principe deliberté se traduira par l'absence de toute mesure; la victoire du principe de solidarité entraînera, pour ceux à l'égard desquels on en fera l'application, coopération forcée.

Celle-ciestmoralement moins bonne que la coopération libre et volontaire; elle est moinsfavorable au progrès général et il est à désirer que peu à peu, partout où elle existe, elle devienne volontaire; à la contrainte doit succéder la liberté, l'accord des volontés n’en étant que mieux assuré; mais en attendant cette transformation, là où elle ne s’est pas encore

produite, peut exister la coopération forcée.

La coopération volontaire a sa formule dans l'association volontaire et libre.

Comment se manifestera la coopération forcée? Par l’association aussi, mais par une association d’une nature parti- culière, par l’association imposée. | ne

Il y aura des associations auxquelles leurs membres, au lieu d'y entrer et d’en sortir librement, seront attachés par: le fait de leur naissance, ou par tel autre fait postérieur, et: dont ils ne pourront se séparer, — sinon dans certaines conditions déterminées.

Quel sera le rôle de ces associations ?

Nous ne pouvons le préciser maintenant.

En théorie, ce sera de faire tout ce qui, étant nécessaire !

pour le développement intégral de l'humanité, n’est pas accompli par les hommes eux-mêmes ou par l'association volontaire.

En fait, nous l’avons dit plus haut, le champ est libre pour l'appréciation subjective. Cesontles associations elles-mêmes qui, sous la pression des nécessités pratiques, auront à déterminer le champ et les limites de leur activité; elles le feront selon les avis des sociologues — si elles savent les écouter. En tous cas, le frein sera pour elles aussi cette force inéluctable des choses, dont nous parlions plus haut, qui ne permet pas que l'on s’écarte trop, ni pour trop longtemps, des lois latentes ce l’évolution sociale.

Quoi qu'il en soit, pour les membres de chacune de ces associations, les ordres du pouvoir social auront force obligatoire; par l'autorité qui sera constituée dans leur sein, elles pourront obliger leurs membres même contre leur gré à telle ou telle action ou abstention qui sera jugée profitable à la communauté; en un mot, elles édicteront des lois et les feront observer.

Pour résumer donc les pages qui précèdent, en revenant à notre formule première, nous dirons : Le milieu social idéal, le plus favorable au développement de tous, ce serait celui qui résulterait de la libre coopération universelle, dans l’association volontaire de tous les humains; mais on ne saurait songer à voir ce rêve se réaliser; Cependant, si en certaines matières on peut laisser l'individu libre d'agir à sa guise, il est au contraire d’autres points où la loi de solidarité exige impérieusement pour la vie même de l’humanité qu'il soit contraint si cela est nécessaire, à faire sa part du travail commun.

Alors interviendra l'association imposée et c’est celle-ci

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