La Race
La Race, dit-on d’abord, — et c’est la croyance la plus commune — est à la base de la nation.
Chaque peuple représente une race; ou parfois plusieurs peuples sont autant de branches sorties d’une même race.
Qu'est-ce que la race ?
Est-ce la parenté? est-ce la famille agrandie? Si l’on admet l'unité d’origine de l'humanité, faut-il penser que chaque race procède d’une souche unique détachée du tronc primordial ? Si l’on penche vers la polygénésie des espèces humaines, faut-il croire que chacune de ces espèces s’est conservée in-
tacte pour former une nation ou un groupe de nations dont chacune a pris de bonne heure ses caractères propres?
Peu de questions sont aussi confuses que celle de l’origine ethnographique des peuples de l’époque historique : témoin les classification multiples qui ont été avancées, dont aucune ne semble devoir être définitive, et dont, à notre avis, aucune ne peut reposer sur des bases assurées.
Depuis que les données de la paléontologie ont reculé jusqu'à une centaine de milliers d'années l'apparition de l’homme sur la terre, depuis que les traditions des peuples antiques se déroulent à nos yeux, on commence à comprendre combien est obscure cette question des origines.
Prenons pour exemples les deux peuples les plus anciens parmi ceux que nous connaissons. Pour l'Egypte, nous savons maintenant que les Retou, loin d’être autochtones, sont venus par petits groupes de l'Asie antérieure ou de l'Afrique du Nord et ont colonisé peu à peu la terre de Mitsraïm, refoulant ou s’assimilant une population qui les avait précédés et qui venait. personne ne sait encore d’o'l.
Quant à la Chaldée, les monuments et les recherches ethnographiques paraissent prouver que, à un mélange déjà formé par des Kouschiteset des Sémites, vint s'ajouter un troisième élément venu du Nord avec une civilisation dejà avancée ; ces immigrants auraient été des Touraniens, grands oncles des Turcs et des Tartares. Qu’étaient-ce que ces Kouschites et ces Touraniens? Quels mélanges de races, quelles combinaisons d'éléments plus primitifs encore se cachent sous ces vocables aujourd’hui admis, comme sous les appellations traditionnelles d’Aryens et de Sémites? Peut-être ne le saurons-nous jamais.
Mais il est une remarque qui s'impose : en quelque lieu que
la science de l’archéologue et la pioche du chercheur portent leurs investigations, un même résultat se reproduit, que ce soit en Grèce ou en Chaldée, en Italie ou en Asie-Mineure : sous les ruines de la civilisation antique que nous connaissons etqui appartient à la période historique, le savant étonné trouve les vestiges d’une autre civilisation antérieure... qui parfois, était plus développée que celle qui l’a remplacée ; et sous celle-là, une autre encore a laissé des souvenirs que l'on recueille pieusement, et chacune de ces couches superposées vient nous apprendre que des races et des peuples se sont succédés, dont la mémoire avait été perdue, ou dont des légendes étranges rappelaient seules l’existence (1).
Si nous essayons de distinguer les lueurs fugitives qui apparaissent dans cette nuit du passé, ce que nous percevons, ce sont de gigantesques migrations, des peuples, des races se succédant les unes aux autres, se fondant, s’'amalgamant en des types nouveaux qui ne permettent pas d'asseoir aucune classification ethnologique. Aussi conclurons-nous avec J. Darmesteter : L’humanité vient de si loin, et l’histoire en essayant de la remonter s'arrête si vite que dans aucune civilisation, dans les civilisations aryo-sémites moins que dans toute autre, elle n’atteint l’œuvre de la race; elle n’atteint que des résultantes d'action de dix races superposées et fondues, et qui ont assez appris les unes des autres et assez oublié pour donner l'apparence d’une unité de pensée irréductible. Là où nous voyons la pensée de la race, il n’y a qu'une tradition transmise et modifiée de race en race (2).
Pour tout observateur non prévenu, notre France, par exemple, se présente comme un pays homogène et bien uni,
(4) Ainsi a-t-on retrouvé en Grèce, à Troie, en Asie-Mineure, les débris de plusieurs
civilisations successives.
(2) J. Darmesteter : Les Prophètes d'Israël, Race et Tradition.