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finit avec lui, elle a trait seulement aux droits privés et à quelques droits civiques; l'incapacité générale dont nous parlons s'applique au contraire à toute femme, quels que soient d’ailleurs son rang social ou son état-civil. Quant à sa portée, elle varie suivant les législations; en France elle a pour effet de priver la femme de tout droit politique, de lui fermer l'accès d’un très grand nombre de fonctions parmi celles dont les titulaires participent à l'administration du groupe social, et de lui interdire toute charge civique, en dehors de certains cas déterminés.
Pour généralement admis qu’il soit, cet état de choses ne nous semble reposer en principe sur aucune base rationnelle.
On nous objectera peut-être que nous avons admis la restriction de la capacité des mineurs, des aliénés, des faibles d'esprit, et que, sans vouloir assimiler les femmes à ces classes de personnes, on peut cependant, au nom de certaines considérations pratiques, les écarter également du maniement d’une partie des affaires sociales.
A cela nous répondrons qu’il y a confusion : L'homme, l'individu du sexe masculin, en principe, est capable; toutes les incapacités qui peuvent l’atteindre sont, nous le répétons, des dérogations au droit commun; si nombreuses, si étendues qu'on suppose ces dérogations, la pleine capacité n’en restera pas moins la règle, règle soumise à des exceptions qui ne se justifient que par des causes accidentelles, règle qui, si ces causes viennent à disparaître, reprendra tout son empire. Pour la femme au contraire, la règle absolue, — sans exceptions d’ailleurs — serait l'incapacité partielle.
Admettre cette théorie, c’est donc presque déclarer que les fous, les enfants, les criminels font partie de la Société, puisque le jour a été ou bien il viendra ou peut venir, où ils ont
joui ou jouiront de la pleine capacité, au lieu que les femmes n’en font pas partie ou n’y sontrattachées que comme des êtres d'une essence inférieure, tels que les populations non civilisées dont nous allons parler plus loin.
Ya-t-il des causes sérieuses à cette mise hors du droit commun générale et systématique de la femme? La femme est-elle tellement inférieure à l’homme qu’elle doive abandonner à celui-ci l’action prépondérante dans la direction et la vie des sociétés, se résignant à jouer un rôle effacé, à obéir toujours, à n'avoir sur la marche de l'humanité qu'une influence indirecte?
On dit parfois, il est vrai, que cette influence indirecte de la femme est si grande qu’elle vaut — et au-delà — les droits qu'on lui conférerait. Ce n’est pas là raisonner sérieusement ; si on reconnaît que cette influence s'exerce, on admet par là même que la femme possède les qualités nécessaires pour l'exercice de tous les droits; il faut donc lui accorder ces droits. :
En fait, cette prétendue infériorité de la femme ne provient, à notre avis, que d'idées fausses qu’il convient de combattre. Qu'il y ait chez les femmes de véritables incapables, qu'un grand nombre d’entre elles éprouvent, par suite de leur constitution mentale ou plutôt de l'éducation qu’elles reçoivent et de l’atavisme, une grande difficulté à s'élever jusqu’à ces conceptions générales que réclame l'exercice raisonné des droits du citoyen, ceci nous ne le nions pas; mais qu’une femme, si instruite qu’elle soit, si intelligente, si cultivée, si supérieure qu'on la suppose, doive être privée de droits dont jouira l'homme le plus arriéré, et ceci par cela seul qu’elle | est femme et que lui n’est atteint par aucune cause spéciale d'incapacité, nous ne saurions l’'admettre.
ya là un de ces préjugés depuis longtemps enracinés, qu'une tradition de plusieurs milliers d'années paraît rendre respectables (1). -:
L'éducation féminine est d’ailleurs trop souvent dirigée de telle façon que la plupart des femmes ne désirent pas les droits qu’on leur refuse ; elles sentent qu’elles n'ont point été préparées à les exercer et celles qui le voudraient essayer se heurtent contre le ridicule ou contre la force.
Cette injustice devrait être réparée. L'homme et la femme ont dans la vie sociale des rôles différents, il est bon qu'en général chacun d'eux se spécialise dans les genres d'activité
auxquels sa nature physique ét morale semble l'avoir préparé plus particulièrement, mais le rôle de chacun est aussi noble que celui de l’autre et, ce qui importe le plus ici, s’il n’y a point entre eux identité, il y a entre leurs tâches respectives équivalence; il doit donc entre eux y avoir, quant à Ja personnalité juridique, égalité. Nous ne pouvons ici développer cette proposition; nous nous contenterons de dire qu'il nous paraît que rien, dans les caractères propres de la femme, ne nous semble justifier l’infériorité sociale et légale qui est ordinairement son lot. Pourellecomme pour l’homme, la capacité devrait être la règle, incapacité l'exception.
Il va de soi d’ailleurs que les incapacités particulières qui restreignent les droits de certains hommes limiteront aussi ceux des femmes. On devra exiger d'elles, pour leur accorder l'exercice de tous les droits, les mêmes garanties de capacité que l’on demande aux hommes, et ces conditions pourront opposer à leur entrée dans certaines carrières des obstacles presque infranchissables; elles pourront même dans certains
- 4) Et qui ne se perpétuent, ajoutent quelques-uns, que parceque ce sont les hommes qui font les lois et parcequ'ils possèdent la force physique pour les faire respecter,
cas se trouver entièrement exclues (1), mais ces incapacités
ne les atteindront pas en tant que femmes, elles les frapperont comme elles frapperaient des hommes qui se trouveraient dans des conditions identiques ou analogues.
Le principe posé, il faut reconnaître que son application présente dans nombre de cas de grandes difficultés. Dans notre milieu social par exemple, il est bien vraique certaines revendications féministes ont été présentées d’une façon malheureuse et ont compromis la cause que leurs auteurs prétendaient servir (2). |
Il faut dire aussi que la femme est fort peu préparée à exercer certains des droits que nous voudrions lui conférer. S'il y a des femmes qui sont, à tous points de vue, supérieures à bien des hommes, il faut avouer que les femmes en général portent l’empfeinte profonde de l’infériorité légalequi, depuis des milliers d'années a pesé sur elles et sur leurs ancêtres. Leur accession brusque à tous les droits risquerait de produire des troubles sociaux plus considérables encore que ceux qui ont marqué en certains lieu l'émancipation subite des peuplades sauvages ou des esclaves, ou l'établissement sans préparation du suffrage universel. Le principe cependant n’en subsiste pas moins, mais peut-être son application doitelle se faire d’une façon lente et progressive.
En résumé, nous pensons que nos sociétés devraient, en donnant à la femme une éducation appropriée à son rôle, et
(4) Par exemple, il semble que la constitution physique empêchera toujours la femme de faire partie de la force publique. On pourrait citer encore bien d’autres exemples.
(1) I est évident que le congrès féministe d’avril 4896 ne paraît pas avoir dû aider beaucoup à la solution que nous désirons. Il faut remarquer pourtant que bien des choses fort justes y ont été dites et que, parmi les résolutions prises il y en à eu de sages, sensées et supérieurement équitables.
D'ailleurs parmi les apôtres du féminisme il y en a qui agissent de tout autre façon ct font plus de besogne utile que de bruit. Citons parmi ces derniers en France la Société l’Avant-courrière et la Ligue de la moralité publique . |
en édictant une série de mesures préparatoires, s’acheminer d'une façon sérieuse vers le moment où l’homme et la femme, accomplissant de concert des fonctions sociales différentes mais équivalentes, seront égaux en droit.
2, Les nationaux d'ordre inférieur.
in dehors de cette situation particulière faite aux femmes, les législations actuelles n’établissent plus en général de distinctions perpétuelles et ineffaçables parmi ceux des membres d’une nation qui appartiennent à la même race et forment un groupe homogène.
Il n’en a pas toujours été ainsi, et bien peu d'années nous séparent du temps où la nation française par exemple était divisée en trois ordres, où il y avait des catégories de citoyens qui, sans qu'il y eût à cela aucune cause vraiment sérieuse, telle que celles que nous énoncions dans les sections précédentes, étaient privées à jamais de certains privilèges appartenant à d’autres classes de nationaux (1).
Ces distinctions sociales n’ont d’ailleurs pas partout disparu puisque plusieurs nations voisines possèdent encore des castes nobiliaires qui jouissent de certaines prérogatives ho- ; norifiques, de quelques avantages matériels ou même de certaine prépondérance politique (2). | Autant nous reconnaissons qu'il peut être juste d'établir des incapacités basées sur le défaut de certaines qualités
(1) Notons toutefois que l’on pouvait passer du tiers-état à la noblesse par l'anoblissement, et que le clergé se recrutait dans les deux autres ordres; mais les roturiers qui entraient ainsi dans les rangs des privilégiés étaient toujours, relativement à la masse ou- __ vrière ou rurale, des exceptions,
(2) Ainsi en est-il par exemple en Angleterre et en Prusse où les lordset les seigneurs forment la Chambre haute, l’un des pouveirs de l'Etat.
propres à l'individu, autant nous repoussons ces inégalités perpétuelles et transmissibles qui atteignent l'homme d'une façon arbitraire et artificielle, quelles que soient d’ailleurs ses capacités naturelles, et alors que, en fait comme en droit, il fait partie du groupe national. |
Il est des époques de l’histoire où ces inégalités peuvent être admises ; nous voulons parler de ce moment où plusieurs peuples de civilisations assez différentes viennent, par suite de circonstances particulières, à s'unir pour former un seul État; il peut être bon alors que le pouvoir reste concentré entre les mains des représentants du plus énergique ou du plus avancé de ces peuples; ils pourront jouir de droits plus étendus que les autres habitants et posséder seuls les droits politiques.
Mais un tel état de choses doit être essentiellement transitoire; s'il est à peu près nécessaire que les choses se passent ainsi pour que, d'un mélange de peuples de cultures, de mœurs et de tendances diverses, sorte une nation solidement constituée, une, homogène, possédant une langue, un esprit et une tradition nationale, à mesure que ce travail de formation de la nation future s'achève, ce régime d'exception doit prendre fin pour céder la place à l'égalité naturelle-entre les . nationaux, Sous peine de devenir odieux et insupportable. A bien plus forte raison doit-il en être ainsi quand la noblesse ne pourra même plus seréclamer de cette origine particulière.