L'AUTORITÉ DANS LA NATION
Le groupe national étant constitué, ildoit y avoir dans son sein une autorité, une puissance publique, un gouvernement, pour employer le terme employé généralement, dont le rôle sera de déterminer quelles mesures il conviendra de prendre en chaque circonstance, puis d'assurer l'exécution des résolutions arrêtées. à
Comment sera constituée cette autorité? qui doit en être dépositaire?
Diverses théories sont et ont été de toustemps en présence, qui prétendent donner à ce problème la meilleure solution. Nous examinerons seulement les principales d’entre elles.
LE FONDEMENT DE L'AUTORITÉ DU GOUVERNEMENT 1. Le droit divin.
La première théorie gouvernementale est celle du droit divin.
Pour ses partisans, l'autorité n'appartient pas à l’homme
ni à la société, mais à une puissance supérieure, laquelle
exerce effectivement ses droits en déléguant ses pouvoirs à des individus choisis entre les hommes par certains procédés appropriés.
De cette conception découlent des systèmes pratiques assez divers, bien que présentant toujours ces traits fondamentaux que nous venons d'indiquer.
La plus parfaite application en est donnée par la Théocratie, telle par exemple que la représentent les traditions de la très antique Egypte ou de la Judée, à certaines époques : une caste sacerdotale se perpétuant par l’hérédité, ou se recrutant elle-même suivant certains rites, tenait de la divinité la plénitude des pouvoirs et les exerçait suivant les directions que la Providence lui donnait.
De nos jours encore, des tribus de race jaune ou noire ont un tel gouvernement (1) et, dans les temps modernes, il fut près de s'établir d’une façon plus ou moins durable chez les peuples de race blanche ou rouge, avec les prophètes de l'Islam, les papes romains et les jésuites du Paraguay.
Sur les mêmes principes se fonde la monarchie absolue dite de droit divin, telle que la connurent l'Orient antique ou musulman et l'Europe chrétienne.
Le plus souvent, en fait, la domination des rois absolus s’'appuyait sur d’autres fondements encore, force matérielle ou volonté nationale. Mais, en théorie, le pouvoir des pharaons, des grands rois, des émirs, des khalifes, des tsars et des princes européens ne reconnaissait rien ni personne icibas qui pût le discuter ou le limiter, fondé qu'il était sur la volonté de Dieu.
De nos jours encore, ce principe subsiste, atténué, il est
(1) Par exemple le Tibet où les lamas sont presque tout puissants,
vrai, battu en brèche, perdant, ce qui est plus grave, l’assurance de sa propre légimité. Mais le souverain de l'immense empire russe peut encore se dire seul maître de ses sujets, seul chargé de décider pour eux tous ce qui est bon où mauvais et d’ordonner toutes choses ainsi qu’il l'a jugé bon. Le Sultan des Turcs n’est pas moins absolu en ses prétentions. Dans la plupart des pays d'Europe, le pouvoir royal garde encoré par le rang qu'il occupe dans l’ordre social, par le respect et l'éclat dont on entoure ce rouage inutile, quelque chose de son caractère d'autrefois. Enfin pourquoi voyonsnous en France les descendants de l’antique lignée royale se poser sans lassitude en prétendants au trône, en dépit de l'indifférence de la nation, si ce n’est parce que dans quelques -esprits subsiste la tradition du droit divin. |
C’est sur le droit divin encore que reposent le plus souvent les prétentions des aristocraties qui se sont formées un peu partout et qui ont prétendu soit partager le pouvoir avec la monarchie traditionnelle, soit même le posséder à elles seules.
Le plus souvent, comme la royauté, ces aristocraties privilégiées se sont établies par la force ou par l’ascendant de leur richesse, de leur intelligence ou de telle autre qualité, ou plus simplement, par des usurpations; mais une fois en possession de la puissance, ne pouvant plus, au bout de quelques générations, en appeler au fait primitif qui les avait portées au sommet de la hiérarchie sociale, elles ont prétendu établir à leur profit, de par la volonté divine, le droit indiscutable et imprescriptible d'occuper la place qu’elles s'étaient attribuée. Ainsi procédèrent la noblesse française, les aristocraties anglaise, allemande, espagnole, etc., comme l'avaient
fait auparavant les castes supérieures de l'Egypte, de l'Inde ou de l’Assyrie.
On pourrait encore citer d’autres exemples historiques de pouvoirs établis sur lesmêmes bases. Bornons-nous à ceux-ci.
Dans tous ces cas que nous avons cités, nous trouvons ces traits communs :
La caste ou la personne en qui réside l'autorité ne tient pas ses pouvoirs — en théorie — du consentement de ses sujets, ni même d’une supériorité humaine quelconque que la seule nature lui aurait donnée sur eux, mais d'une délégation émanant d’une puissance supérieure — que celle-ci soit appelée du nom de Dieu ou de tout autre,
Elle ne doit compte à personne de l'emploi qu’elle fait de son pouvoir, sinon à sa conscience et à la Divinité.
Enfin la transmission des pouvoirs s'opère sans aucune intervention des gouvernés, mais suivant les indications divines, c’est-à-dire par l’hérédité ou par des choix opérés selon certains rites traditionnels. =