Ses avantages et ses faiblesses
Telle est la théorie de ce qu’on nomme le gouvernement représentatif.
Cesystème qui, toujours identique à lui-même dans ses grandes lignes, présente de nombreuses variétés dans ses détails de son application, est la mise en œuvre pratique du principe démocratique. Il présente d’ailleurs un grand avantage : il pallie ou au moins il peut pallier les inconvénients inhérents à la démocratie.
(4) Ici se placerait l'étude de la question si ardemment discutée souvent de la séparation des pouvoirs : législatif, exécutif, judiciaire.
En fait, nous croyons qu'il est bon que ces pouvoirs soient organisés de telle sorte que : chacun de ceux quiles exercent se sente relativement indépendant et puisse agir en son âme et conscience sans avoir à craindre que ses actes ou ses décisions viennent à avoir des conséquences fâcheuses dans sa propre vie. Mais envisageant ces choses d'un point de vue général, nous ne pouvons que constater que tous les pouvoirs n’ont qu’une source, un fondement: la souveraineté nationale exercée par les délégués de la Nation, que, par suite, la séparation des pouvoirs si habilement organisée qu’elle soit, demeurera toujours quelque chose d’artificiel et de factice, qu'enfin il serait chimérique de prétendre établir l'indépendance complète du pouvoir exécutif ou du pouvoir judiciaire à l'égard du pouvoir législatif.
Ce qu’on reproche à celle-ci quand on la compare au gouvernement aristocratique, c’est sa mobilité, ce sont ses caprices soudain qui bouleversent le cours mesuréet paisible de la vie des peuples, qui jettent dans la Nation le trouble et l'inquiétude et qui amènent parfois les pires catastrophes. On objecte aussi l’inintelligence de la plupart des hommes en face des questions générales, les dangers que font courir à la Société l’étroitesse de vues et la mesquinerie de conceptions du plus grand nombre de ses membres.
Il faut bien reconnaître, en effet, quelqu’opposé que cela soit aux tendances égalitaires aujourd’hui si répandues, qu’il y a entre les hommes de grandes différences de valeur. L’éducation, l’hérédité et certaines fatalités naturelles ont fait que, parmi les humains, un certain nombres’élèvent au-dessus du niveau moyen par leur intelligence, par leur aptitude à envisager dans leur complexité et dans leur unité les grands problèmes sociaux, par leur finesse, par leur pénétration, par leur habileté à résoudre Les questions les plus délicates, par leur moralité et leur respect du droit d'autrui, par leur grandeur d'âme et leur dévouement à la chose publique, par leur résolution enfin et leur volonté qui les mettent à même d'utiliser toutes leurs qualités et de les employer pour le bien général.
Il y a, en un mot, des hommes intellectuellement et moralement supérieurs; cela est indéniable; c’est un fait, et un
fait heureux, car c’est en ces hommes que réside la puissance de développement de l’humanité; ce sont eux qui la font
progresser et qui lui ouvrent des voies nouvelles vers le mieux et vers le bonheur (1).
(1) I doit être bien entendu que nous ne rangeons point dans cette élite les individus qui sont supérieurs par l'intelligence seule; cette supériorité, si elle n’est point accompagnée de la supériorité morale et d’une ferme volonté, fait des êtres plutôt dangereux pour l’ordre social, soit qu'ils emploient leur intelligence pour faire du mal et non du bien, soit que, se retirant dans la spéculation improductive, ils restent des oisifs et des dilettante et contribuent ainsi à la désagrégation des sociétés.
Nous ne dirons pas avec Renan qu'à eux doivent appartenir tous les droits à l'exclusion du vulgaire, mais nous verrons dans le régime représentatif le moyen de mettre leurs talents au service de tous. Ces hommes supérieurs sont tout ‘désignés pour devenir les représentants des citoyens et les directeurs effectifs de la Nation.
Nous ne revenons point par là, qu’on le remarque bieñ, au régime aristocratique, car dans notre système les plus sages et les meilleurs, au lieu de tenir leur pouvoir d'eux-mêmes, le tiennent d’une délégation expresse de tous les nationaux ‘devant qui ils sont responsables de l'emploi qu’ils en font. Loin de devenir une easte privilégiée qui se perpétue dans sa place alors même que ses qualités ont disparu, ils restent en communion intime et constante avec les masses profondes de la Nation qui leur ont confié l'autorité dont ils sont dépositaires; ils n’oublient pas que, s'ils détiennent celle-ci, ce n'est pas aunom d’un droit imprescriptible, mais à la condition d'en user pour le plus grand bien de tous leurs mandants qui pourraient toujours la leur retirer en ne renouvelant point Jeur mandat.
On nous objectera que, si notre systéme est fort beau en théorie, ses résultats pratiques sont souvent loin d'être excellents. Nous en convenons très facilement; mais ayant démontré — nous le croyons au moins — qu'aucun des autres systèmes n’est bon ni juste en son principe, nous en conclurons simplement qu'il faut s'attacher à améliorer celui-ci, et -à empêcher ses erreurs et ses déviations.
Le grand danger du système représentatif — et ce danger n’est que trop réel, — c’est que, profitant de la faiblesse de développement des masses, des intrigants et des ambitieux
arrivent à se faire choisir comme représentants du peuple à la place d'hommes de valeur.
Il y a toujours au fond des âmes humaines une certaine envie contre celui que l’on sent supérieur. Livré à lui-même, l'homme reconnaît bien ceux qui, à un sérieux développement intellectuel, joignent une grande valeur morale et il sait‘très bien remettre dans l'intérêt de tous le soin de ses destinées à ceux qui sont capables de les diriger. Mais viennent des individus sans conscience qui excitent les bas instincts de la foule, qui, sous le couvert des mots de liberté, d'égalité, lui enlèvent toute confiance à l'égard deceux qu’elle avait choisis comme les plus dignes de la gouverner, et, la calomnie, l’injure, le chantage aidant, la politique devient une arène où la tâche principale des combattants est de salir leurs adversaires. Au lieu qu'on voie les meilleurs citoyens s'offrir pour remplir cette fonction de représentants du peuple, qu'ils regardent comme uh honneur parce qu’elle leur permet de rendre à la Nation les plus grands des services, ce sont des ambitieux et des intrigants qui luttent pour se disputer le pouvoir avec les privilèges, les avantages et les prérogatives qu'il entraîne. Loin de servir la Nation, ces gens veulent s’en servir pour accroître la somme de leurs jouissances égoïstes et au lieu que le gouvernement soit aux mains des plus dignes, ce sont souvent des personnages qui n’ont pas eu la force de volonté et la valeur nécessaires pour se faire ailleurs une position honorable qui réussissent le mieux dans le domaine politique, parce que, mieux que d’autres, ils savent manier les armes les plus déloyales et étouffer la voix de leurs adversaires.
Heureusement ce tableau que nous venons de tracer, s’il
montre quels dangers menaçent les démocraties, n’est pas souvent réalisé dans toute sa laideur. Il est encore de bons citoyens qui, forts de leur honnêteté, de ieur bonne foi, de leur amour de l'humanité, acceptent le combat sur le terrain où nos mœurs politiques l’ont placé; leur valeur personnelle leur assure un sérieux avantage sur leurs concurrents ; souvent, très souvent même peut-être, la Vérité et la Justice triomphent avec eux du mensonge et de l’égoïsme.
Parfois aussi un trait de lumière se répand sur le monde de la politique; quand un homme courageux accomplit son devoir et dévoile hardiment un de ces grands scandales politiques comme nous en avons connus, une épuration se fait, au cours de laquelle quelques-uns disparaissent parmi les malfaiteurs et les forbans qui n’ont vu dans la plus sainte des fonctions qu'une occasion de jouissances et de satisfactions personnelles.
Ily a d’ailleurs au fond de l’homme et dans les masses humaines un sûr instinct qui leur fait distinguer peu à peu parmi ceux qui briguent leurs faveurs ceux qui sont sincères de ceux qui cherchent à les tromper. Si, de nos jours, c’est un mécanisme savant et redoutable que celui de la calomnie et de la corruption politiques mises au service de l’égoïsme, le temps vient toujours cependant où la Nation voit clair et où justice est faite. Aucun pouvoir n’est stable que celui qui a pour bases l'équité, le désintéressement et la volonté du bien; aucun nom ne reste vénéré et aimé des peuples que ceux des hommes qui les ont servis avec loyauté et qui se sont donnés tout entiers à leur noble tâche.
C’est en nous appuyant sur ces constatations de faits que nous pouvons dire que la plaie du régime démocratique n’est
point incurable et que ce système qui nous est apparucomme : le meilleur en théorie peut aussi le devenir en pratique.
Sous le régime aristocratique, les bons citoyens, quand — ce qui arrivait trop souvent —ils ne constituaient pas euxmêmes l'aristocratie, ne trouvaient pour amener un état de choses meilleur aucun autre moyen qu’un changement de régime, éventualité toujours dangereuse. Avec le système démocratique au contraire l'accès du gouvernement est ouvert à tous : les honnêtes gens, au lieu de se retirer devant les intrigants et les ambitieux, doivent les combattre. Trop souvent, effrayés des luttes politiques, ils reculent devant le tumulte qui monte de l’arène et les spectacles odieux qui se présentent à eux. Ce mouvement derépulsion est compréhensible, mais il constitue en somme une lâcheté dont les conséquences retomberont sous forme de hontes, de désastres et de souffrances sur la Nation entière, y compris ces hommes qui se sont retirés dans leur tour d'ivoire pour se complaire loin du bruit en leur propre honnêteté.
Les bons citoyens doivent au contraire, dans l'intérêt de tous, accepter la lutte contre les pirates de la politique et la poursuivre hardiïñent, mais sans employer, cela va de soi, les armes de leurs adversaires. Ils doivent se présenter aux masses forts de leur loyauté et de leur valeur morale, et montrer par leur caractère et leurs actes qu'ils sont les plus dignes de commander.
Assurément le triomphe sera souvent difficile; mais ils trouveront des alliés dans le cœur même des masses qu'il s'agit de conquérir; car, nous le répétons : la Nation entend que ceux qui la gouvernent travaillent pour elle et non pour eux-mêmes; si elle nomme pour la représenter des ambitieux et des charlatans, ce n’est point parce qu'elle les veut
tels, c’est parce qu'aveuglée par leur hypocrisie elle les croit sincères, parce que, séduite par leurs sophismes, elle croit justes les buts qu'ils lui présentent. Il faut donc à tout prix confondre le mensonge et la calomnie, faire la lumière partout, écraser sous le poids de leur propre infamie ceux qui sciemment et volontairement vont semant la défiance et la haine; contre de tels êtres aucune pitié n’est de mise, et la tiédeur que l’on montre à leur égard est une faute grave.
Il faut surtout enfin éclairer la Nation, lui démontrer l’inanité des théories par lesquelles on essaie de la tromper, lui indiquer nettement quel est en toutes choses son véritable intérêt; il faut l’instruire afin qu’elle ne cède pas à des entraînements irréfléchis, il faut en un mot faire son éducation, son éducation morale avant tout.
Bien des discours ont été prononcés déjà sur l’éducation morale de la démocratie; bien des efforts généreux ont été faits dans ce but. Mais si beaucoup a été fait, il reste encore beaucoup plus à faire pour enseigner aux hommes à distinguer le vrai sens de leur vie, pour leur inspirer l’amour de l'idéal qui doit les animer, pour leur apprendre ce qu'ils doivent réclamer de ceux qui aspirent à les représenter et à les diriger et pour leur montrer à la lumière de quels principes et d'après quelles règles ils doivent choisir leurs délégués.
Telle est la tâche de l'élite intellectuelle et morale des peuples ; à ceux qui la composent revient l'honneur — disons plutôt le devoir, la charge de diriger leurs semblables dans la voie du développement intégral; mais il ne leur est pas permis d’attendre qu’on vienne les solliciter d'accepter cette mission ; ils doivent s’en rendre dignes en élevant l'humanité
pour l'exercice de la liberté. |
Mais une difficulté secondaire s'élève, qui vient ajouter à l'inextricable chaos dont nous parlions plus haut.
Parmi les hommes qui s'occupent du gouvernement des peuples, des opinions très. différentes se font jour au sujet de maintes questions qui se posent quand il s’agit d'administrer l'association nationale. |
Nous avons dit plus haut que deux grands principes dominent l’activité humaine : celui de liberté, celui de solidarité. Suivant leurs tendances diverses, leur caractère, leur éducation, les circonstances de leur vie, parmi les hommes qui pensent et qui agissent il en est qui sont portés à insister plus particulièrement sur le premier, tandis que d’autres exagèrent l'importance du second. Deux grands partis se forment de la sorte; mais si multiples et si complexes sont les situations qui se présentent que la controverse est loin de garder pareille ampleur. Les traditions antérieures interviennent aussi pour compliquer le débat et les partis s’enchevêtrent et se divisent à l'infini. Souvent la vue des détails et des nécessités pratiques masque le conflit des principes, et l'on arrive à voir les partisans les plus intransigeants de la solidarité se dire les hommes de liberté à tout prix, alors que ceux qui tiennent pour l’autoritarisme le plus absolu en certaines matières se proclamentlibéraux et que d’autres essaient de tenir la balance égale entre les diverses tendances, et ainsi de suite.
C'est là une conséquence inévitable de la faiblesse de l’intelligence humaine mise en présence de la complexité du monde où nous vivons. Aucun régime n’a jamais échappé à ces difficultés, et le système démocratique a l'avantage d’avoir ouvert sur ces questions, la libre discussion.
Le devoir des hommes de bonne volonté est, ici encore,
d'étudier ces questions, de s’éclairer des expériences de l'humanité, d'examiner avec soin les conditions dans lesquelles on se trouveet les circonstances qui peuventindiquerquelle est la solution qui paraît la meilleure.
Ces débats devront être portés devant la Nation; celle-ci, informée des tendances qui animent ceux qui se présentent à elle, choisira ceux qu'elle jugera avoir les idées les plus saines. Le parti qui, de la sorte, sera porté au pouvoir mettra en pratique ses théories; il le fera avecsagesse et conscience, prêt à reconnaître, s’il y a lieu, ses erreurs, mais décidé à faire une expérience loyale et, si elle est favorable, à persévérer dans la voie choisie.
Ceux qui auront vu préférer leurs adversaires devront accepter le verdict de la majorité (1). Gardant leur opinion, ils seront spectateurs de l’expérience faite par leurs rivaux, expérience à laquelle ils devront, comme citoyens, se prêter loyalement en ce que le gouvernement exigera d’eux. Si elle est favorable, ils le reconnaîtront (2); si non, ils s’attacheront à démontrer à la Nation en quoi la théorie de leurs adversaires est fausse; ou même, si celle-ci n’est pas mauvaise, en quoi la leur est meilleure; et quand une nouvelle occasion se présentera pour la Nation de choisir des délégués, ils s’offriront de nouveau pour être désignés et pour tenir à leur tour les rênes du gouvernement.
Ainsi on verra quel est le système le meilleur et tous les hommes de bonne foi pourront s’y rallier; d’autres problèmes d’ailleurs surgiront, sur lesquels de nouveaux conflits s’éleveront, qui se résoudront les uns après les autres de la même
façon.
(4) Voir plus loin ce qui touche à ce devoir imposé à la minorité de se soumettre aux lois faites par la majorité.
(2) C’est là du moins ce qu’il faut souhaiter.
Mais, une fois encore, on nous répondra : c’est là un idéal qui est bien loin d’être réalisé en pratique. Laissons même de côté ces mensonges et ces corruptions dont nous parlions plus haut; mais les conflits d'opinion ne seront pas compris par les masses populaires. Le.plus souvent ils se traduisent par des conflits de personnes; on vote non pour tel système politique, mais pour tel homme; ou bien encore, parmi les idées mises en avant par les rivaux, il y ena une qui frappe les esprits ou plutôt les imaginations ; on s’engoue pour elle, elle devient un étendard eton vote sur cette seule idée sans se préoccuper du reste des principes des concurrents.
Cela est vrai; mais nous ferons à cette objection deux réponses :
En premier lieu, si l’on vote sur les personnes plutôt que sur les idées, cela pourra n'être pas mauvais, si lechoix de la personne se fait sainement. Mieux vaut, en effet, pour la Nation que ses représentants soient des hommes d'élite et de grande valeur morale plutôt que des individus qui suppléent au caractère absent par une grande rectitude d'idées. Du reste cette façon même de répondre indique que presque toujours les deux choses se confondront : en désignant le meilleur et le plus digne des concurrents en présence, la Nation choisira presque infailliblement celui dont les vues politiques seront les plus saines et les plus justes; et si sur certains à points il est dans l'erreur, on peut espérer qu'il viendra à s’en rendre compte.
Mais le vote populaire ne désigne pas toujours le plus digne. Cela nous ramène à ce que nous disions plus haut, et c'est notre seconde réponse : le régime démocratique exige une forte éducation nationale; il faut que les citoyens, par une solide éducation intellectuelle et morale, soient mis à même
de comprendre, d'apprécier et de juger les systèmes politiques en présence comme les personnes des candidats (1).
En résumé, parmi tous les systèmes de gouvernement, le régime démocratique est le seul qui respecte les droits de tous les individus, le seul qui satisfasse également aux deux principes de liberté et de solidarité que neus posions au début de cette étude.
Il présente des dangers; il est d’un maniement délicat et, s’il se trouve faussé par la mauvaise foi, la faiblesse ou l’inintelligence des individus, il peutconduire à desrésultats déplorables. Mais ce trait lui est commun avec tous les autres régimes ; ceux-ci ne sont pas sur ce point plus favorisés que
(1) Il importe ici plus que partout ailleurs de n’être pas dupe des mots et dene pas juger un gouvernement d’après l'étiquette qu'il porte, mais d’après ce qu’il est en réalité.
Dans l’antiquité grecque et latine le mot République désignait le plus souvent un gouvernement aristocratique et anti-libéral, au lieu que l'établissement de la « tyrannie », de la monarchie ou de l'empire marquait en général le retour de la démocratie. De nos jours aussi on a vu des gouvernements soi-disant démocratiques ressembler fort à ces timbres français de 4850 qui portaient ces mots « République française » au-dessus de l'effigie de celui qui devail être Napoléon III. D’autres fois on vit sous le nom de république s'établir la domination d’une minorité de jacobins et de sectaires; au lieu que tel gouvernement monarchique el aristocratique en apparence, comme celui de l’Angleterre, a toujours mis en pratique les règles du plus sain libéralisme.
Nous ne pouvons mieux exprimer notre pensée sur ce point qu’en laissant parler Ed. Scherer : Etudes critiques sur la littérature contemporaine.
« Le plus funeste des préjugés, dit-il, est celui qu'on peut appeler la conception mystique des formes du gouvernement, c’est-à-dire l’idée que chacune de ces formes est en possession de vertus ou de tares spécifiques qui lui sont inhérentes et qui sont sans rapport avec les hommes chargés de l'appliquer.
« Tous les partis en France croient qu’il y a des talismans en politique, ils s’imaginent que les institutions ont une vertu par elles-mêmes, et qu’il ne s’agit que de rétablir ou de rédiger quelques conslitutions pour faire le bonheur d’une nation, Comme si le sort d’un Etat ne dépendait pas avant tout de la valeur morale des populations qui le composent ! Comme si des formes de gouvernement pouvaient, de masses ignorantes ou corrompues, faire des citoyens capables de bien user de leurs libertés ! Chose étrange! Il n’est pas d'erreur plus grossière et il n’en est de plus répandue. Elle serait ridicule si elle n’était tragique, et c’est autour de cette conception enfantine qu'évolue toute notre histoire politique depuis plus de cent ans. »
Et on lit dans un autre endroit :
« La république, pas plus que la, royauté, la démocratie pas plus que le privilège, ne donnent à un peuple, l’ordre, la prospérité, l'honneur, s’il les altend d’autre chose que des vertus sociales. »
lui; rien ne les garantit contre semblables accidents; et, par
sa constitution même,comme un organisme plus sain, le l régime démocratique est mieux armé contre ces dangers;
par l'accession de chacun des citoyens au gouvernement, par
le contrôle que chacun peut exercer, il offre plus que tout
autre des garanties de bon fonctionnement.
Enfin, pour prévenir ses égarements, pour obvier à ses chances d'erreur, un remède se présente : l'éducation intellectuelle et morale des citoyens.
Le régime démocratique existe en fait; il s’est imposé par la force même des choses. Au lieu donc de déplorer ses excès il faut s’efforcer de les faire disparaître en travaillant à l’éducation populaire, en poursuivant énergiquement cette œuvre de salut social. |
EXAMEN DE QUELQUES QUESTIONS SPÉCIALES Avant que nous passions à une autre partie du sujet il reste quelques questions secondaires sur lesquelles il faut dire quelques mots.