MOULE
sagesse et suite des affaires publiques perdent leur temps en vaines discussions; entraînés par leur intérêt personnel ou par des querelles de part, ils oublient les besognes urgentes qui les réclament, ils laissent inaccomplies les réformes importantes et impatiemment attendues, ils ont plus de souci des désirs des plus influents parmi leurs électeurs que des besoins de la Nation et celle-ci se lasse d'attendre vainement que ses représentants fassent œuvre utile. 3
Il arrive alors des jours où l’on se prend à souhaiter qu'un homme vienne et, chassant cette foule d’incapables, prenne en main pour les tenir d’une main sûre les rênes du gouvernement.
Mais on oublie les dangers du pouvoir personnel tels que nous les avons indiqués ; on oublie aussi que bien grande est la tentation, pour celui qui détient l’autorité, d'en user non pas pour le bien de tous, mais pour soi et les siens; or si plusieurs centaines d'hommes qui, cependant, peuvent se contrôler et se modérer les uns les autres ne savent pas toujours y résister, combien celui-là risquera plus facilement
: d'y succomber, qui ne connaît ni frein ni surveillance.
Enfin, réussit-on à trouver cet individu extraordinaire, ce bon tyran dont on parle parfois, juste, sage, désintéressé, incorruptible, doué de toute l'intelligence et de toute la moralité désirables, habile et fort, doux et redoutable, que le jour viendrait où il disparaîtrait et où il faudrait le remplacer. Or, depuis le temps où après Marc-Aurèle vint Commode, où les Sévères furent remplacés par les Trente tyrans, on n’a jamais trouvé le secret d'assurer aux meilleurs des souverains de dignes successeurs.