Position de la question
Nous ne sommes pas parvenus encore à l’état de choses que nous considérons comme un idéal et les nations sont en général, semble-t-il, bien loin de vouloir s'y ranger.
La coopération à formes multiples qui existe déjà entre elles, ce n’est, pas, au fond, leur volonté qui la créée, c’est la force des choses, ce sont les nécessités pretiques de la vie. Au degré de civilisation où nous sommes parvenus, on ne saurait plus admettre, en effet, qu’il fût impossible par exemple à deux individus habitant deux pays différents de correspondre par lettres, ni que les frontières pussent s'oppo-: ser au commerce, aux voyages d’affaires ou d’excursions, ni enfin que les malfaiteurs trouvassent à l'étranger un refuge inviolable. Mais aussitôt que la nécessité de l'accord ne paraît. plus si évidente, celui-ci fait défaut et on voit à chaque instant un peuple, n’écoutant que les conseils de son intérêt immédiat, de ses désirs ou de sa jalousie, suivre telle ligne de conduite qui lui paraît avantageuse mais qui porte à un ou plusieurs de ses voisins le plus grand préjudice. Parfois même le conflit se fait plus aigu et il peut arriver que, pour un temps, tous les rapports cessent entre deux ou plusieurs nations et font place à la guerre. Celle-ci, déclarée au mépris de la solidarité humaine, se termine généralement par un
traité qui porte les plus cruelles atteintes à la liberté et à la dignité du vaincu.
Une pareille conduite ne peut que porter préjudice à tout le monde, aussi bien au peuple qui méconnaît les principes sociaux qu’à ceux contre lesquels sont dirigésses agissements, car ici encore il y a de ces justes retours de la loi de solidarité qui font retomber sur celui qui l'a méconnue les consé: quences de ses propres actions. (1)
Faut-il adopter ici la même solution que nous avons admise au début de cette étude et dire : entre les nations comme entre les individus devrait exister la coopération forcée dans l’association imposée ?
La question est délicate ; elle a soulevé déjà bien des colères et fait les frais de bien des discussions.
Au lieu de l’aborder directement en la posant sous cette forme : devrait-on établir — au besoin par la force — une confédération de tous les états civilisés, au sommet de laquelle on placerait une autorité commune dont les décisions feraient loi pour tous, nous nous acheminerons vers la solution en examinant ce qui s’est passé autrefois, ce qui se passe encore hors d'Europe.