‹ La Nation: Étude ThéoriqueChapitre 69 sur 70 · Conclusion · texte numérisé non relu

Conclusion

Mais « la Patrie qui tue » n’est pas la vraie Patrie. Le vrai patriotisme est un amour et, quoiqu'on en ait dit, l'amour n’a pas comme inséparable compagne la haine; cela pouvait être vrai pour les barbares de l'aurore de l'humanité mais non plus aujourd’hui. Le vrai patriote sait faire des prodiges pour défendre sa patrie quand elle est attaquée; il sait verser pour elle la dernière goutte de son sang, mais il sait aussi respecter les patries des autres hommes.

D'ailleurs dans tous les temps où l’homme s’est dépassé luimême et s’est élevé jusqu’à l’héroïsme, ces sentiments étroits et mesquins que nous combattons avaient disparu.

Et, de nos jours, de plus en plus nombreuses sont les voix qui nous convient à nous élever par le patriotisme à l'amour de l'humanité.

« Apprenez, disaiten substanceun maître contemporain (1) à des étudiants français et étrangers réunis autour de lui, apprenez à respecter toutes les patries. Chaque patrie est et doit rester indépendante et inviolable et chacun de vous se doit à sa patrie; mais apprenez à connaitre les patries des autres; élevez-vous au-dessus des préventions inintelligentes et des préjugés mesquins; pénétrez l'âme des nations étrangères. Vous les trouverez bien différentes de la vôtre, et cela doit être, car chacune s’est formée de son côté et chacune a une tâche différente à remplir dans la grande œuvre humaine, chacune a sa partie dans le grand chœur universel;

mais aussi quand vous aurez rencontré chez chacune de

(1) M. Ernest Lavisse aux fêtes universitaires de Nancy.

nobles dévouements et de grandes actions, quand vous les aurez vues par la pensée évoluer à travers l’histoire, vivre, souffrir et se développer peu à peu, guidant générations après générations sur la voie du progrès, enfantant des grands hommes et fournissant au patrimoine commun de l'humanité leur part de gloire etd'idéal, alors vous comprendrez que chacune est infiniment respectable. »

« Jeunes gens, disait-il encore, que votre génération dont l'effort sera suivi par l'effort de générations successives prépare l’universelle adhésion au dogme de l'inviolabilité des patries et du droit égal de toutes à cetteinviolabilité. Il faut que vous répandiez cette idée que les patries sont égales entre elles, qu'il y a de petits et de grands territoires, mais non point de petites et de grandes patries. » 2

« Ah mes amis, quel progrès si nous arrivions jamais à nous respecter les uns les autres, car l’amour suivra le respect ! Représentez-vous, je vous prie, l’humanité répartie entre ses nations, chacune d’elles gardant sa physionomie propre, son caractère à elle, et, dans cette variété féconde et belle où subsistera l'indépendance des activités nationales individuelles, l'harmonie naissant du respect de chacun pour tous, de tous pour chacun et la paix naissant de la justice. »

« Représentez-vous chacune des patries animée de l’ambition de grandir en dignité intellectuelle, de croître en force morale, mettant sa gloire dans l'esprit, sa grandeur dans le bien, sa magnificence dans la justice, conquérante, mais sur le domaine vaste encore de l'ignorance, sur le domaine immense encore du mal moral et du mal physique. Représentez-vous cêtte émulation universelle à mieux valoir toujours, et l'universelle estime allant, entre les nations, à celles qui font verser le moins de larmes et ne provoquent point la haine parcequ’elles ne font souffrir personne. »

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