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Pourquoi réclamons-nous pour l'individu cette liberté ? Il y a là un postulat moral que l'expérience a confirmé de la façon la plus éclatante.
Un acte quelconque n’a de valeur que s’il est accompli volontairement et librement; le progrès véritable ne se produit que dans et par la liberté. É
La contrainte extérieure peut bien ne pas empêcher un certain développement, et même, au début de ce développement, elle peut être nécessaire ; mais au-delà d’un certain point elle devient funeste. Comme l’arbuste qui a besoin d'être dirigé d'abord par un tuteur et soutenu par des cercles de fer, mais qui pour devenir un arbre vigoureux et sain doit en être débarrassé, ainsi l’homme, dont les premiers pas doivent être surveillés et guidés, resterait un perpétuel mineur si peu à peu on ne lui laissait la liberté, même de se tromper et de souffrir par sa faute. ë
Libre, l’homme aura à faire lui-même son bonheur ; il ne pourra pas compter sur autrui pour le mener sans qu'il en prenne souci. Il devra donc étudier par lui-même les conditions de la vie, il lui faudra soigner son corps pour lutter contre les obstacles, cultiver son intelligence pour être à même de les surmonter, fortifier sa volonté afin de ne pas défailliret dene pass’abandonner. Indépendant au point de vue politique, il devra apprendre à se gouverner lui-même et à prendre part au gouvernement commun. Délivré enfin de toute autorité philosophique extérieure, il lui faudra aborder pour son compte les grands problèmes scientifiques ou religieux et développer sa force morale, afin de réaliser autant qu'il sera en lui l'idéal de vie qu’il se sera forgé lui-même, |
Tous ces efforts concourront directement à son développement.
Autant l'être conscient et volontaire est supérieur à la machine ou à la brute inconsciente, autant l’homme vraiment libre est au dessus de celui sur qui pèse une autorité qu'il n'a pas librement acceptée, mais qu'il subit sans qu'il puisse ou qu'il ose la discuter ou la secouer.
L'examen attentif de l’histoire et des faits politiques de chaque jour nous montre du reste que les peuples où la liberté individuelle est le mieux assurée et où chacun respecte celle d'autrui ont toujours été les pays les plus prospères. À moins de circonstances exceptionnelles, ils ont vu toujours leur richesse augmenter, leur crédit et leur influence s’accroître ; enfin, ce qui est plus important, l’état intellectuel et moral de ces peuples a toujours été s’améliorant, préparant pour l'avenir des générations d'hommes plus forts, plus énergiques, plus consciencieux et plus libres, promesses assurées d’une prospérité et d’une élévation morale plus grandes encore.
Ce sont aussi les peuples libres qui ont su toujours supporter le mieux les catastrophes fortuites quand ils n'ont pas pu les prévenir; ce sont eux qui ont su, au milieu des plus dures tribulations espérer et se relever plus vigoureux
et plus sains qu'avant la tempête (1).
Qu'on ne nous objecte pas le sort d'Athènes et des républiques italiennes et de Rome où la liberté a été dit-on, écrasée par le despotisme. Rien n’est plus différent de la vraie liberté que la licence. Athènes n’était pas libre quand quelques milliers de citoyens turbulents, ivres d’orgueil et de puissance dominaient sur 500,(00 sujets ; Rome n'était pas libre quand une aristocratie dépravée et féroce se ruait à la curée du monde; la France, enfin, n’était pas libre, chaque fois que les démagogues parisiens ou les politiciens de la province prétendaient diriger ses destinées au gré des appélits d’une minorité d’énergumènes ou des intérêts d'une classe sociale,