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ET LES ÉVÉNEMENTS HISTORIQUES

Un ordre aux Armées tchécoslovaques.

Une inébranlable foi dans la liberté, l'égalité et la justice, que nous ont rendues chères les plus nobles traditions de nos ancêtres, a conduit la Nation tchécoslovaque au moment décisif de sa longue lutte: l'Autriche-Hongrie, depuis longtemps asservie par l'Allemagne, est aujourd'hui abattue et elle n'appartient plus maintenant qu'à l'histoire la moins glorieuse de l'humanité; l'Allemagne impériale, fondée sur la violence, va subir le châtiment qu'elle a si bien mérité. L'effort commun et solidaire de la plus grande majorité des nations a défait l'agression pangermanique. La nation tchécoslovaque est fière d'avoir saisi la signification de la lutte et de s'être rangée immédiatement du côté des Alliés. La part que nous avons prise à la victoire de la démocratie, encore que n'étant pas des plus grandes, a eu une influence efficace sur les résultats, car nos généreux Alliés nous ont admis à porter à l'Autriche-Hongrie le coup de grâce. Sans nous l'Autriche-Hongrie ne peut exister. Nous étions prêts à tous les sacrifices et nous étions persuadés que les prophétiques paroles de Comenius allaient se réaliser. Nous n'avons pas de temps à perdre sur la question de savoir à qui appartient la plus grande part de crédit. Il est clair pour tous que c'est par les efforts communs de toute la nation que nous avons pu obtenir la victoire: le volontaire en risquant sa vie aussi bien que la mère affamée avec son enfant ont fait leur devoir. Aujourd'hui l'État tchécoslovaque n'est plus une belle vision, c'est un fait. Ce fait nous apporte une tâche nouvelle et peut-être plus rude: nous devons établir une administration démocratique modèle dans notre État ressuscité. La liberté impose de grandes responsabilités, responsabilités d'un labeur altruiste pour la nation entière et pour l'humanité.

Vous, frères, volontaires de l'armée tchécoslovaque, avez fourni la preuve que votre nation peut se battre sans peur et qu'elle peut se livrer à la création d'un organisme même dans les circonstances les plus contraires. Votre œuvre est une garantie que la liberté si chèrement acquise ne doit pas périr, mais être plutôt renforcée et que, dans le Conseil des nations libres, démocratiques et amies du progrès, notre nation prendra une place d'honneur.

Vous, qui avez combattu sur le front français et sur le front italien, vous allez bientôt vous trouver en face de nouvelles tâches dans la patrie. Vous, frères, volontaires de Russie et de Sibérie, avez une tâche plus rude encore, car vous ne pouvez revenir dans la patrie aussi tôt que vous le désireriez, mais, par ce sacrifice, vous renforcerez la situation de notre nation à la Conférence de la Paix. Vous ne devez pas oublier que nous pensons à vous et que nous travaillons po*r vous. Assurés que les Alliés vous apporteront leur aide ainsr^u'à la Russie, nous tiendrons jusqu'au bout.

Na zdar !

T. G. Masaryk.

Félicitations de l'Armée tchécoslovaque en France.

Le colonel Philippe, commandant de la lre brigade de chasseurs tchécoslovaques, a adressé à M. Ed. Benes, la lettre suivante:

21 octobre 1918.

Monsieur le^Ministre,

C'est en pleine bataille que nous apprenons la constitution en Gouvernement du Conseil National des Pays tchécoslovaques.

Permettez-moi de vous adresser de suite mes respectueuses félicitations en mon nom, et en celui de votre première brigade.

J'ai communiqué en cours de bataille cette grande nouvelle aux deux régiments et tous nos officiers et chasseurs sont dans la joie.

Le bataillon Husâk vient de se couvrir de gloire en s' emparant aujourd'hui du village de Terron-sur- Aisne qui était très fortement défendu par des troupes d'élite. Nos hommes ont été merveilleux, et je suis heureux que vous soyez le premier à l'apprendre.

Quand nous serons retirés de la bataille, je vous enverrai un% compte-rendu détaillé des opérations auxquelles nous aurons pris part.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l'hommage de mon profond respect et de mon entier dévouement.

Philippe, Colonel commandant la lre brigade de chasseurs tchécoslovaques.

Le Gouvernement tchécoslovaque à l'Armée tchécoslovaque en France.

Colonel Philippe, commandant la brigade tchécoslovaque,

Aux Armées (S. P. 217).

En ces heures qui resteront à jamais inoubliables dans l'histoire de notre nation, au moment de la constitution de notre gouvernement national nous apprenons que nos braves soldats tchèques et slovaques prennent part à la lutte victorieuse contre nos ennemis communs. Nous sommes fiers que nos soldats ont pu confirmer d'une manière aussi éclatante sur les champs de bataille la communauté de nos buts et de nos désirs avec ceux des alliés au moment même où nos grands alliés ont donné par la

reconnaissance solennelle de notre indépendance la consécration définitive à notre lutte pour la liberté. Nos soldats peuvent être fiers du résultat que leurs sacrifices nous ont apporté. Ils peuvent être contents de voir que tous les Pays tchécoslovaques suivent avec émotion toute la lutte de nos armées à côté des alliés. Veuillez leur exprimer, mon colonel, de la part du Gouvernement national, nos sentiments de gratitude et d'admiration pour leur bravoure et pour leur esprit de sacrifice.

• Au nom du Gouvernement des Pays tchécoslovaques,

Edouard Benes.

Félicitation de l'Armée tchécoslovaque

d'Italie.

Le général Graziani, commandant l'Armée tchécoslovaque en Italie, adresse à M. Ed. Benes.. le télégramme suivant :

«J'ai fait connaître à V Armée la proclamation et la constitution du Gouvernement de l'État tchécoslovaque. Pleine de joie, V Armée renouvelle son serment de fidélité au Gouvernement tchécoslovaque, cimenté sur les champs de bataille. Na Zdar au Gouvernement de l'État tchécoslovaque indépendant, libre et uni!

« Général Graziani. »

Distinction honorifique du générai Janin.

M. Vesnitch, ministre de Serbie à Paris, adresse à M. Ed. Benes, ministre des Affaires étrangères des Pays tchécoslovaques, la lettre suivante:

Paris, le 17 octobre 1918.

Monsieur le Ministre,

Désirant donner une visible expression de la sympathie fraternelle de l'Armée Serbe pour ses frères d'armes de l'Armée Tchécoslovaque, Son Altesse Royale le Prince Régent de Serbie vient de décerner, sur la proposition du Gouvernement Royal, la Grand'Croix de l'Aigle Blanc aux glaives à M. le Général Janin (Maurice), commandant en chef des Armées tchécoslovaques.

Le Commandant en chef de l'Armée serbe a voulu, en même temps, par cette distinction donner une preuve de sa haute estime au soldat de la glorieuse armée française, qui s'est voué à sa tâche en vue de l'organisation de vos brillantes troupes avec tant de zèle, et dont les sympathies slaves sont notoires.

Je me considère tout particulièrement heureux d'avoir été chargé de vous remettre les insignes de cet ordre national, en vous priant de vouloir bien le faire parvenir à son destinataire, avec mes sincères félicitations.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l'assurance de ma très haute considération.

Vesnitch.

Très heureux de la distinction méritée dont le général Janin vient d'être l'objet, nous nous permettons de lui en adresser nos bien vives félicitations.

MÉMOIRES ET DOCUMENTS

La Nation tchécoslovaque à ses soldats et à leurs chefs.

A M. Ed. BENES, ministre des Affaires étrangères des Pays Tchécoslovaques, à PARIS.

Après que pendant quatre ans notre nation a été complètement séparée du monde civilisé, une délégation du Comité National tchécoslovaque de Prague est entrée sur le territoire de la libre Suisse et a serré la main aux représentants du Gouvernement provisoire de l'État tchécoslovaque de Paris.

Il est difficile, sinon impossible, d'exposer par de brèves paroles les souffrances et la misère de la nation tchécoslovaque pendant ces quatre années. Il n'est pas possible, même approximativement, de dénombrer les sacrifices en existences et en biens que la nation a dû consentir pour assurer sa liberté future. Mais aussi grandes qu'aient été ses souffrances, aussi rudes qu'aient été les coups qu'on lui portait, la nation a su les supporter avec l'héroïque confiance que cette guerre réaliserait le rêve de liberté de la nation.

Cette confiance inébranlable et profonde dans la victoire de sa juste cause était renforcée dans notre nation par l'idée qu'elle n'était pas abandonnée au milieu de ses souffrances et qu'une partie d'entre elle, heureuse et libre, luttait par la force de l'esprit et des armes pour sa libération. Dans les vastes plaines de la Russie, dans les vallées dévastées du nord de la France et sur les monts de l'Italie, le drapeau tchécoslovaque flotte audessus de la tête de héros qui, méprisant la mort, offrent chaque jour leur vie pour la liberté de leur nation, se couvrent d'une gloire immortelle et gagnent l'éternelle reconnaissance de la nation entière. Haletants, des milliers de gens suivent dans notre patrie le sort de leur armée; avec fierté, des familles se font gloire de leurs enfants qui combattent sous les plis des drapeaux tchécoslovaques et le jour où rentreront nos victorieuses

légions sera un jour de fête nationale dont, à travers les siècles, on parlera de génération en génération.

La nation tout entière n'a pas contracté une dette de reconnaissance moins grande à l'égard de ceux de ses fils qui, par les armes de l'esprit, ont conquis pour une petite nation une place dans l'histoire du monde; qui, ayant volontairement quitté leur patrie et leur famille, sans craindre les privations personnelles et l'abnégation ont, après avoir lutté contre l'incompréhension et l'ignorance, convaincu le monde que son devoir moral est de rendre sa liberté à une nation qui, aux meilleures époques de son existence, a su verser son sang pour la liberté religieuse, pour la liberté de conscience.

Les noms de Thomas G. MASARYK, de Milan STEFÂNIK et d'Edouard BENES, ainsi que ceux de leurs compagnons et collaborateurs, qu'il n'est pas possible d'énumérer ici» seront gravés dans le cœur de la nation reconnaissante et l'histoire les enregistrera en lettres d'or dans les pages les plus glorieuses des annales de la nation.

Accomplissant, au nom de toute la nation, un devoir sacré et heureux, la délégation soussignée du Comité national tchécoslovaque et de l'Union des députés tchèques, exprime son admiration pour la vaillante Armée tchécoslovaque, pour ces vrais enfants de nos grands ancêtres hussites, et ses remerciements à tous les hommes qui, hors des frontières, ont dirigé l'essort de la nation. Elle vous prie, monsieur le Ministre, de vouloir bien vous faire l'interprète de ses sentiments.

Nous vous prions d'agréer les assurances de notre haute considération.

Genève, le 31 octobre 1918.

Pour le Conseil national tchécoslovaque : Signe : Karel KRAMÂft, président;

Vaclav KLOFÂC, vice-président.

Pour l'Union parlementaire tchèque :

Signé : Frant. STANËK, président;

Gustav HABRMAN, vice-président;

Ant. KALINA, vice-président adjoint;

Dr Pfemysl èÂMAL.

Appel du Conseil National tchécoslovaque de Prague. Peuple tchécoslovaque,

Ton vieux rêve est réalisé. Aujourd'hui, l'État tchécoslovaque est entré dans les rangs des États indépendants du monde civilisé. Le Conseil National, soutenu par la confiance du peuple tchécoslovaque tout entier, a pris en main, comme étant le seul facteur autorisé et responsable, l'administration de ton État.

Peuple tchécoslovaque, tout ce que tu vas entreprendre, tu l'entreprendras désormais en tant que membre nouveau et libre de la grande famille des nations libres et indépendantes.

De nouveaux chapitres de ton histoire commencent en ces heures, veuille le sort qu'ils soient glorieux.

Ne cause pas de déception au monde civilisé tout entier qui, la bénédiction aux lèvres, se rappelle les pages glorieuses de ton histoire auxquelles se sont ajoutés les immortels exploits des légions tchécoslovaques sur le front occidental et en Sibérie. Le monde entier suit tes pas dans cette existence nouvelle, vers cette terre promise. Veille sur ta réputation comme l'a fait ton armée nationale, les légions tchécoslovaques. N'oublie pas la discipline nationale. Sois toujours conscient que si, comme citoyen du nouvel État, tu as des droits, tu as aussi des devoirs.

Au moment où débute une grande œuvre, le Conseil National, ton gouvernemnt désormais, demande que ta conduite et ta joie soient dignes des grandes heures actuelles. Nos libérateurs, Masaryk et Wilson, ne doivent pas être déçus pour avoir pensé qu'ils ont conquis la liberté pour un peuple capable de se gouverner lui-même. Les grands instants que nous vivons ne doivent être troublés par aucun acte répréhensible ; aucun d'entre vous ne doit se permettre quoi que soit qui puisse porter atteinte au bon renom de la nation. Chacun d'entre vous doit sans réserve respecter ce

qui est sacré pour les autres. Il ne faut porter atteinte ni à la liberté individuelle ni à la propriété privée.

Obéissez sans réserve aux instructions du Conseil National.

Prague, le 28 octobre 1918.

Pour le Conseil National Tchécoslovaque:

Signé: Dr Fr. Soukup, Ant. Svehla,

Jirî Stri'brny, Dr Alois Rasîn,

Dr V. Srobâr.

Déclaration des Slovaques.

Les délégués de tous les partis politiques slovaques réunis le 30 octobre 1918 à Saint-Martin-de-Turiec, et organisés en Conseil National slovaque comme membres de la grande nation tchécoslovaque, affirment le droit des nations à disposer d'elles-mêmes, droit admis par le monde entier. Le Conseil National déclare qu'il est le seul autorisé à parler et à agir au nom de la nation tchécoslovaque vivant dans les limites de la Hongrie.

Nous dénions cette autorité au gouvernement hongrois qui, pendant de nombreuses décades, ne connaissait pas de tâche plus sérieuse que celle d'opprimer tout ce qui était slovaque, qui n'a ni créé ni permis de créer aucune école pour notre peuple, qui n'a jamais permis que le peuple slovaque soit admis aux fonctions publiques, qui a anéanti la propriété de notre peuple, et qui, par sa constitution et sa politique d'un féodalisme médiéval, nous a dépouillés.

Nous dénions également le droit de parler au nom du peuple slovaque aux assemblées dites représentatives constituées par voie d'un suffrage restreint qui ne permettait pas à la volonté nationale de s'affirmer, et composées de gens qui, malgré les garanties de la loi, ne permettaient pas au conseil de comitats purement slovaques l'emploi d'un seul mot slovaque.

Nous dénions encore ce droit aux assemblées populaires dont les ordres du jour sont votés sous une pression étrangère.

Seul le Conseil National Slovaque est donc en Slovaquie autorisé à parler au nom du peuple slovaque.

Le Conseil National de la nation tchécoslovaque habitant en Hongrie déclare:

1° Les Slovaques font linguistiquement et historiquement partie de la nation tchécoslovaque une. Les Slovaques ont pris part à toutes les luttes intellectuelles livrées par la nation tchèque, et qui l'ont fait connaître à travers le monde.

2° Nous demandons aussi pour cette nation tchécoslovaque le droit de disposer d'elle-même en pleine indépendance. En vertu de ce principe, nous approuvons la nouvelle situation juridique internationale formulée le 18 octobre 1918 par le président Wilson et reconnue le 27 octobre par le ministre des Affaires étrangères d'Autriche-Hongrie.

3° Nous demandons la conclusion immédiate de la paix conformément aux principes humains et chrétiens, de façon à ce que cette paix, grâce à des garanties juridiques internationales, empêche toute guerre nouvelle et tout nouvel armement.

Nous sommes convaincus que notre peuple slovaque, zélé et bien doué, qui, malgré une oppression inouïe, a pu atteindre un tel degré de culture nationale, ne sera pas exclu du bonheur de la paix et de la société des nations, mais qu'au contraire il lui sera permis de collaborer selon ses forces et ses moyens au progrès général de l'humanité.

Saint-Martin-de-Turiec, le 30 octobre 1918.

Pour l'Assemblée du Conseil National Slovaque: Signé: Karol A. Medvecky, Matûs Dula,

secrétaire président

du Conseil National slovaque-

Le Gouvernement Tchécoslovaque et la Russie.

Voici la lettre que M. Maklakoff, ambassadeur de Russie, a •envoyée à M. Edouard Benes:

Paris, le 18 octobre 1918.

Monsieur le Ministre,

J'ai l'honneur d'accuser la réception de la note en date du 15 courant par laquelle Votre Excellence a bien voulu m'annoncer que le Conseil National Tchécoslovaque s'est constitué en Gouvernement tchécoslovaque provisoire.

Je tiens en cette occurrence à lui dire, comme je l'ai déjà fait précédemment à l'occasion de la reconnaissance du Comité National Tchèque par le Gouvernement français, toute la satisfaction que me cause l'établissement des bases de l'indépendance nationale de Son Pays.

Je suis sûre d'être l'interprète des sentiments de mes compatriotes en exprimant les vœux les plus chaleureux pour l'heureux achèvement de l'œuvre d'organisation nationale et pour l'avenir de la Nation tchèque.

Veuillez me permettre de joindre à ces vœux les félicitations les plus cordiales à l'occasion de la nomination de Votre Excellence au poste de Ministre des Affaires étrangères. J'éprouve un réel plaisir à l'idée de continuer à entretenir avec Elle dans de nouvelles conditions nos relations précédentes et de collaborer avec Votre Excellence au maintien des rapports d'amitié fraternelle qui unissent nos deux nations.

Agréez, Monsieur le Ministre, les assurances de ma très haute considération.

B. Maklakoff.

Le Comité National Polonais an Gouvernement tchécoslovaque.

Paris, le 23 octobre 1918.

Le Comité National Polonais adresse un cordial salut au premier gouvernement national de la fraternelle nation tchécoslovaque libérée d'un joug séculaire.

Dans le cœur de toute l'humanité civilisée unie, au nom de la liberté et du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, contre les Allemands spoliateurs, la constitution du Gouvernement tchécoslovaque a éveillé la joie d'une nouvelle victoire sur la tyrannie. La nation polonaise éprouve cette joie beaucoup plus fortement qu'aucune autre. La lutte pour l'indépendance que depuis plus de quatre ans mènent nos nations sur les champs de bataille de cette guerre universelle contre l'ennemi commun, a ranimé dans la conscience polonaise le souvenir du passé commun de la Bohême et de la Pologne, de même que le sentiment de la tâche commune de nos deux nations dans l'avenir.

La Bohême et la Pologne, par leur langue et leur culture, les .deux sœurs slaves les plus proches, se sont soulevées en même temps et en même temps ont constitué leur existence d'États dans la lutte contre les tentatives allemandes d'hégémonie universelle, contre l'Empire romain germanique. La Pologne et la Bohême se sont montrées grandes et glorieuses dans leurs luttes contre les Allemands.

Le Champ des Chiens, Plowec, Grunwald ont fai,t la forcé de la Pologne. Les troupes de Zizka ont affirmé la gloire de la Bohême. Tout lien avec les Allemands, union dynastique de la Bohême et des Habsbourgs, alliance de Conrad de Mazovie avec les Chevaliers de la Croix, aussi bien que l'assistance prêtée à Sigmund par les Hohenzollern prussiens, apportait avec lui la décadence et le malheur de nos nations.

Ce qui s'est produit il y a des siècles, continuera à se reproduire, car l'esprit de spoliation de la race germanique n'a pas changé, non plus que ses ambitions d'hégémonie universelle. De même n'a pas changé la situation de la Bohême et de la Pologne aux confins du monde slave et du monde germanique, aux confins

du monde de la liberté et de la paix et du monde de la suprématie et de l'agression, du monde des défenseurs de la liberté de conscience, des conventions assurant à tous la liberté religieuse, du monde en lutte pour « votre liberté et la nôtre » et du monde où les rois régnent sur la conscience des sujets, où la philosophie enseigne l'art de subjuguer et de dépouiller les faibles.

De même qu'il y a des siècles, la tâche de la Bohême et de la Pologne sera aujourd'hui et demain de défendre leur indépendance, qui est la défense de tout le monde slave, contre la poussée allemande vers l'Orient, persuadées que la cause slave est la cause de la liberté générale.

Nous savons, Messieurs, que si vous vous êtes résolus, par la volonté de votre nation, à vous proclamer Gouvernement des Pays tchécoslovaques indépendants, c'est la véritable voie par laquelle vous conduirez votre peuple à consolider la liberté de l'État tchécoslovaque ressuscité.

Aussi, en dehors de l'expression de sa joie de voir arriver le jour de la libération de la fraternelle nation tchécoslovaque, le Comité National polonais vous envoie l'assurance que la voie que vous suivez est aussi la nôtre.

La fraternité de la Pologne et de la Bohême est la meilleure garantie de votre liberté et de la nôtre, de la paix du monde slave tout entier.

Pour M. Roman Dmowski, président du Comité National polonais, absent: M. Zamoyski, Stanislas Grabski, Maryan Seyda. Jean Rozwadowski, Erasme Pilz, Francis E- Fronczak et J. Wiclowieyski.

Cette adresse a été remise au Gouvernement national par une députation polonaise de quatre membres: MM. Zamoyski, Grabski, Pilz et Fronczak.

Salut du Comité Yougoslave.

Au nom du Comité Yougoslave, M. A. Trumbic, salue en ces termes la création du Gouvernement provisoire des Pays tchécoslovaques:

Monsieur Edouard Benes, ministre des Affaires étrangères du Gouvernement tchécoslovaque provisoire, Paris.

Au nom du Comité Yougoslave, je salue avec enthousiasme le Gouvernement provisoire du Peuple libre tchécoslovaque. Dans les moments les plus difficiles, votre Conseil National et notre Comité ont soutenu les plus grands efforts pour obtenir l'appui des Alliés pour notre juste cause et pour développer la résistance du peuple ocntre la tyrannie des Habsbourgs. En Amérique vos compatriotes et les nôtres suivent d'accord la lutte nationale en Russie, vos volontaires et les nôtres ont combattu et combattent les uns à côté des autres pour leur indépendance. Dans la patrie les représentants de nos peuples donnent l'exemple magnifique de la solidarité et de l'intrépidité, dans laquelle les larges masses de la nation les soutiennent énergiquement. En ce moment, nous sommes tous heureux de voir apparaître la victoire de la justice et la liberté de votre patrie et de la nôtre. Le jour de la formation de votre Gouvernement provisoire c'est le commencement d'une renaissance et d'un avenir splendide et un jour de joie pour nous.

Trumbitch,

LES OPÉRATIONS DE L'ARMÉE TCHÉCOSLOVAQUE

Les troupes tchécoslovaques sur le front italien.

Le dernier communiqué officiel des armées alliées qui, avant la conclusion des armistices, ait fait mention de la participation des troupes tchécoslovaques aux victorieux combats, est le com-

muniqué de l'état-major italien en date du 31 octobre 1918. Parlant des succès importants obtenus contre les forces austro-hongroises sur tous les points du front et par toutes les armées, il ajoute : « Des troupes tchécoslovaques prennent part à l'action. »

Un armistice ayant été conclu pour tous les fronts (sauf pour le front de Russie), les soldats tchécoslovaques se préparent fiévreusement pour le moment solennel où, en compagnie des forces alliées d'occupation, ils pourront à nouveau fouler le sol sacré des Pays tchécoslovaques libérés.

La prise de Vladivostok par les troupes tchécoslovaques.

(Extrait du Vëstnik du C. N. T. de Vladivostok en date du 2 juillet 1918.)

Le 20 juin a été conclu à Vladivostok entre le Bureau de la section du Conseil National Tchécoslovaque et le Comité exécutif du Conseil des délégués ouvriers de toute la Russie, un accord selon lequel devait être établi autour de nos troupes, comme autour des troupes russes, un rayon de défense où nos hommes seraient cantonnés et où, particulièrement, seraient abrités les dépôts d'armes, de munitions et de ravitaillement. Il fallait prendre de telles mesures, parce qu'il était à craindre que des armes ne fussent enlevées des dépôts insuffisamment gardés et employées contre nous. Il fallait également empêcher toute tentative criminelle visant à faire sauter les dépôts de matière explosive. Conformément à l'accord du 20 juin, les dépôts ne délivraient d'armes et de matériel de guerre que sur le vu d'une autorisation du soviet local. Dans les derniers temps divers individus se présentaient, munis de l'autorisation du soviet, et emportaient une grande quantité d'armes et de matériel. Il en ressortait clairement que le soviet local non seulement renforçait ses forces par la mobilisation des débardeurs du port, mais qu'encore il expédiait ailleurs des armes destinées à équiper des Magyars et des Allemands pour les opposer à ceux de nos échelons (trains) qui avançaient le long du transsibérien. Comme, d'autre

part, le front de Semenov n'existant plus, de Prvni à Druga Rijeéka on expédiait pourtant vers le nord les trains qu'avaient quitté nos troupes, il était hors de doute que tous ces préparatifs étaient faits contre nous.

Les mouvements de nos échelons dans la Sibérie occidentale se trouvaient menacés, notre devoir était donc de nous efforcer d'y remédier. Pour assurer un remède, il fallait qu'il fût impossible d'expédier de Vladivostok des armes, du matériel de guerre et des wagons destinés aux nouvelles divisions de la garde rouge, composées de Magyars et d'Allemands, et que l'on formait contre nous. Il fallait également, dans le cas où nous nous serions dirigés sur Irkoutsk, que Vladivostok nous assurât une flancgarde. Pour réaliser ces deux conditions, il était nécessaire que les dépôts d'armes et de munitions fussent sous notre absolu contrôle, qu'il fût impossible de renforcer à Vladivostok les rangs de la garde rouge, dont il fallait empêcher toute tentative contre nous, et enfin que le chemin de fer et le télégraphe fussent à nous.

Le commandant de nos forces, d'accord avec la section du Conseil National Tchécoslovaque ordonna donc de désarmer, dans la nuit de vendredi à samedi, tous les corps de garde du soviet, et de s'emparer de tous les dépôts, ainsi que de tous les navires patrouilleurs se trouvant près des dépôts. L'ordre fut, dans la nuit du 28 au 29 juin, exécuté de telle sorte que personne dans la ville n'en eut éveil. Il fut décidé en outre que le samedi 29 juin, au matin, on occuperait toutes les hauteurs qui dominent Vladivostok et qu'à 10 heures on enverrait au soviet un ultimatum dans lequel on demanderait le désarmement de toutes les forces militaires et la remise au commandement des troupes tchécoslovaques de tous les dépôts. Dans le cas où ces conditions seraient acceptées, l'armée tchécoslovaque assurerait la sécurité personnelle de tous les membres du soviet. Dans le cas contraire, les conditions énoncées seraient réalisées par les armes. Un rapport contenant toutes les dispositions fut lu à chaque régiment et une députation comprenant quatre membres, officiers et soldats, accompagnée d'une compagnie, fut envoyée remettre l'ultimatum.

L'action militaire devait commencer à 10 h. 1/2, c'est-à-dire une demi-heure après le délai accordé.

La délégation remit l'ultimatum. Le délai expiré, on lui fit savoir qu'aucune réponse ne pouvait être donnée, par suite de l'absence de Suchanov, président du Soviet. Le commandant des troupes tchécoslovaques donna donc l'ordre de désarmer de force tous les détachements de troupes du soviet.

Le 8e régiment désarma presque sans résistance les marins qui se trouvaient à la caserne de la flotte de Sibérie. Seul un matelot ivre fit feu. De même la milice et la garde rouge du soviet, du Club maritime et d'ailleurs, se rendirent sans résistance. Dans le cours de la matinée, le 7e régiment désarma l'artillerie du soviet, lui enlevant tous ses canons, qui étaient en grande partie des pièces d'un vieux modèle. Le 2e régiment de réserve désarma les gardes rouges cantonnés dans les casernes de Druga Rijecka et occupa les bâtiments. Les deux opérations eurent lieu sans grande difficulté. Le 8e régiment se livra, en outre, à des perquisitions dans toutes les maisons particulières jusqu'à l'état-major de la marine, tandis que le 5e régiment se livrait aux mêmes opérations dans les autres quartiers de la ville. Ce dernier régiment occupa notamment le quartier général du fort et toutes les casernes des gardes rouges situées dans la presqu'île de Sergueld (derrière la gare), où il saisit de nombreuses armes, surtout entre les mains des débardeurs.

Une batterie d'artillerie et un bataillon du génie contribuèrent à l'exécution de toutes ces mesures d'ordre militaire. Avant la remise de l'ultimatum toutes les hauteurs qui dominent Vladivostok, Prvnî et Druga Rjecka, avaient été occupées par des détachements de tous les régiments, et principalement du 2e régiment de réserve.

Les détachements du soviet n'offrirent quelque résistance qu'à l'état-major du fort, où s'étaient enfermés surtout des Magyars, des Allemands et quelques déserteurs tchèques.

Toute l'opération était conduite par le général Diterichs assisté du capitaine Janû.

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