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tout en sueur et à demi-enroués, nous nous asseyions dans le misérable restaurant de la rue Charvatova, nous tressaillions, longtemps encore, d'émotion, car notre oreille avait saisi, dans les acclamations adressées aux Polonais, les accents d'un véritable, d'un sincère enthousiasme. Ce « Na zdar! », toujours répété, c'était un orage qui grondait, c'était une mer qui déferlait, c'était l'âme libérée de la nation! Qu'est-ce qu'on s'est dit alors? Que, malgré la politique de nos diplomates et des vôtres, si étrangement froids et circonspects dans les relations tchéco-polonaises, malgré tout, il y a, au fond de l'âme du peuple tchèque, de l'amour pour les Polonais, purement et simplement, la compréhension des liens fraternels.
— Dis donc, te rappelles-tu l'excursion des Tchèques à Varsovie? Alors, c'est moi qui te regardais avec une joie fière, car, à ce moment, on voyait clairement que c'est une calomnie de prétendre que notre peuple manque d'instinct slave. Le peuple polonais fêtait les Tchèques comme des frères et ce n'est pas une preuve, si nos intellectuels, ni les vôtres, n'en ont pas su tirer parti. De quelle origine sont-ils, d'ailleurs, ces intellectuels? Quels sont leurs titres?
— En a-t-on fait déjà, des manifestations, hein?
— En automne 1908, il y avait à Prague des troubles contre les étudiants allemands. Moi, je fus passé à tabac par les agents dans la rue Ferdinand. Est-ce que tu te rappelles les manifestations pour les Sokols bulgares lors de la fête fédérale? Te rappelles-tu l'île Zofin, cette musique, ces feux d'artifice qui se reflétaient dans la Vltava, ce public endimanché, cette nuit, triste et tiède, ces figures fanatiques des vieux comitadjis bulgares avec leurs bonnets blancs aux fonds rouges?
— Et les gymnastes français sur la place Saint-Venceslas pavoisée de grands drapeaux qui descendaient jusqu'à terre. Maintenant, le silence règne à Prague. Plus de manifestations.
— A Prague! En effet, pas de manifestations! Mais regarde ici! As-tu jamais soupçonné qu'un jour, nous suivrions, dans les rues de Kiev, des troupes tchèques? Cela ne te suffit donc pas, ce miracle, ce romantisme de l'Histoire?
A ce moment, un remous se fit. Une compagnie passa à droite de la rue, les autres, accompagnées de musique, défilaient devant elle.
— Qu'est-ce que cela veut dire?
— Ceux qui restent prennent congé de ceux qui partent.
L'air retentissait de cris : « Na zdar ! » « Au revoir à Prague ! » « Au revoir au front! »
Les mains hâlées agitent les képis, les figures rayonnent.
— Na zdar! — criai-je de toutes mes forces. — Na zdar!
Mon camarade, lui aussi, clamait: Na zdar!
Et moi, je me mis à vociférer, comme si j'avais retrouvé mes vingt ans, et des larmes jaillirent de mes yeux.
Et la rue grondait:
— Na zdar! Na zdar! Na zdar!
FAITS ET INFORMATIONS
Les Serbes de Lusace.
Les Serbes de Lusace croient fermement que la Conférence de la Paix leur accordera l'indépendance. Il suffit de lire n'importe quel numéro de leurs journaux. Ainsi, par exemple, le Messager catholique (Katolski Post), dans un article adressé au ministre saxon lui-même, d'accord avec le parlement saxon, examinant les revendications des Serbes, déclare : « Ce gouvernement n'est qu'une partie, de même que les Serbes. Dans la vie publique, c'est à un troisième, à un impartial, de décider; devant le tribunal, c'est le juge, jamais l'accusé ni la partie plaignante. Dans ce procès politique du peuple serbe et du gouvernement allemand, c'est la Conférence de la Paix. »
Et la Gazette Serbe (Serbske noviny) déclare dans le n° 9 : « L'Empire allemand ne veut pas s'apaiser... Seuls, nous autres Serbes, nous pouvons former un rocher inébranlable au milieu de la mer houleuse du germanisme qui s'agite et se disloque... Tous les bras à l'œuvre, tous les yeux vers le ciel!... Nos aspirations sont tellement nouvelles qu'elles paraissent être une rêverie.
Comment! après huit siècles d'esclavage, les Serbes devraient être libres, indépendants? Impossible! Et cependant, c'est une réalité... »
Le journal allemand de Budysin (Bautzener Nachrichten) a publié, le 5 février, une proclamation anonyme intitulée : « La dernière heure » (In letzter Stunde), où l'on dit que les conseils de soldats et d'ouvriers empêcheront, de force, l'établissement d'un État serbe; que le peuple serbe court à sa perte s'il n'abdique pas bientôt son Comité national; et que, si, dans un délai très court, on commence à piller dans la Lusace, il faudra en rejeter la faute sur quelques fanatiques. « Donc, une menace directe par pillage bolchéviste. » Le président du Comité national, M. Ernest Bart répondit à ces menaces le 22 février lors d'une grande manifestation organisée à Budysfn. Les Serbes de Lusace ne veulent rien savoir du bolchévisme. Ils veulent conserver leur petite patrie à leurs enfants. Ils veulent que leurs enfants puissent y vivre comme fils d'une nation libre. Les Serbes de Lusace n'auront pas recours à la violence, et si on les attaque, ils seront protégés par les Alliés. »
L'ordre du jour, voté avec enthousiasme à ce meeting par des milliers d'hommes et de femmes serbes, est rempli du même esprit de confiance :
« Nous autres Serbes de Lusace, assemblés le 22 février à Budysin, exprimons au Conseil national des Serbes de Lusace notre pleine
confiance; nous ne fléchirons pas et nous tiendrons bon. Nous demandons à Icù Conférence de la Paix de nous protéger, de garantir notre indépendance et notre liberté nationale et de créer notre État serbo-lusacien de façon à ce qu'il puisse à l'avenir exister comme un État indépendant. Nous adressons à la Conférence de la Paix nos remerciements d'avoir embrassé notre cause et de la considérer comme la cause d'une nation slave à part; ce que nous sommes en réalité. »
La même confiance apparaît enfin dans la dernière proclamation du Conseil National.
« 1.) Les Serbes de Lusace étaient dans le passé une nation indépendante qui formait une partie de la grande et libre race des Slaves de l'Elbe et dont le pays dépassait de beaucoup ses frontières actuelles. Après des siècles d'indépendance, le peuple serbo-lusacien fut subjugué par les Allemands, opprimé et germanisé.
2.) Aujourd'hui, tout le peuple serbe de la Haute et de la Basse Lusaces est rempli d'esprit national; il est conscient de son unité nationale, et unanimement il réclame la formation d'un État indépendant.
3.) Il la réclame, se référant aux quatorze points du président Wilson, et, en pleine confiance, il s'adresse à la Conférence de la Paix, qui avait promis de juger et de réorganiser d'après les principes du droit et de la justice.
4.) Notre cause est de celles qui montreront le mieux si le monde est vraiment décidé de porter un jugement équitable sur ceux qui ont provoqué cette terrible guerre, et s'il veut que la justice soit faite non seulement pour les grands, mais aussi pour les petits et les faibles.
5.) Nous avons non seulement l'espoir, mais la conviction que la Conférence de la Paix s'occupera de nos affaires et qu'elle ne nous oubliera pas.
Nous avons la foi que, conformément aux principes du droit et de la justice, une entière indépendance sera accordée à notre nation, sortie encore vivante d'une lutte millénaire. »
Tels sont les sentiments des Serbes de Lusace au moment décisif où il s'agit de vie ou de mort.
C'est le dernier moment dans l'histoire où la Nation des Serbes de Lusace puisse encore être sauvée. Si les Lusaciens n'obtiennent pas une liberté suffisante pour pouvoir diriger eux-mêmes leur développement national, ils seront irrévocablement perdus.
Bien plus : ce moment historique qui donne, aux autres nations, l'indépendance et une vie nouvelle, ensevelira à jamais les Lusaciens. Les Allemands feront tout pour germaniser rapidement les Lusaciens.
Ainsi le sort du dernier reste des Slaves de la vallée de l'Elbe se trouve entre les mains de la Conférence de la Paix.
Comme eux, nous avons foi que leur confiance ne sera pas déçue.
La Loi sur la journée de huit heures dans la République Tchécoslovaque.
La journée de 8 heures est à l'ordre du jour dans tous les États. Ce qui paraissait avant la guerre un idéal éloigné devient aujourd'hui une réalité. L'idée de la journée de 8 heures s'inscrit dans les lois comme un principe du socialisme et de l'humanité moderne qui défendent les droits et les devoirs. Parmi les premiers États qui ont appliqué cette idée dans leur législation, se trouve la République tchécoslovaque.
Elle naquit le 28 octobre 1918 sur les décombres de l'ancien État autrichien dans lequel les Allemands et les Magyars gouvernaient férocement en s' appuyant sur l'impérialisme allemand. Le 19 décembre de la même année, la loi sur la journée de 8 heures était déjà votée à l'unanimité par l'Assemblée Nationale Tchécoslovaque comme première preuve de la façon dont la République Tchécoslovaque comprend le socialisme. Le secrétaire du Comité directeur de l'Union syndicale, M. Rodolphe Tayerle, membre du parti socialiste-démoctate ouvrier tchécoslovaque, exposa le projet à la Chambre. Pour apprécier le progrès marqué par cette résolution, il faut se rappeler que dans l'ancienne Autriche, la loi de 1885 était en vigueur jusqu'à cette époque. Cette loi prescrivait une journée de 11 heures pour les entreprises industrielles. Les petites entreprises et les entreprises agricoles ne tombaient pas sous le coup de cette loi. Ce n'est qu'en 1901 qu'un certain progrès avait été réalisé dans ce sens par la loi de la journée de 9 heures pour les mineurs. Ensuite, on adopta certaines améliorations pour les femmes et les enfants dans le travail industriel, et cela en se basant sur la convention internationale de 1912.
Maintenant, par la loi du 19 décembre 1918, la. journée de 8 heures a été introduite partout, sur tout le territoire de la République Tchécoslovaque qui compte environ 13 millions d'habitants et qui possède une industrie très riche. Dans le territoire de la République Tchécoslovaque se trouvent de grandes forges et les hauts fourneaux de Kladno et de Vitkovice qui occupent 20.000 ouvriers, sans compter les mineurs qui travaillent aussi dans les environs de ces villes. L'industrie mécanique occupe à Prague au moins 30.000 ouvriers. L'industrie textile est aussi fortement développée à Brno et dans la Bohême orientale. Il y a aussi beaucoup d'entreprises de natures diverses qui occupent des milliers d'ouvriers et qui représentent une concentration de production et de capital. Ainsi les Établissements Skoda, à Pilsen, occupaient pendant la guerre 30.000 personnes; aujourd'hui, après la suppression des fournitures militaires, ils occupent 15.000 personnes. Les hauts fourneaux employaient en temps normal 13.000 personnes. Dans la plupart des industries, grâce aux syndicats ouvriers, on ne travaillait dans les dernières années que 9 heures ou 9 heures 1/2. Dans quelques professions, la journée de S h. 1/2 existait déjà et dans une mesure minime même celle de 8 heures.
La nouvelle loi introduit la journée de 8 heures partout, même dans l'agriculture avec certaines modifications. Pour les domestiques occupés dans les maisons privées ou les personnes dont les fonctions sont faciles, la loi prescrit 12 heures de repos sur 24 avec 8 heures au moins pour le repos de nuit. Il s'agit là surtout des bonnes ou des valets dans les ménages. Dans l'agriculture on peut diviser le travail d'après les besoins, de telle sorte que d<tns un délai de 4 semaines, on ne dépasse pas un travail de 192 heures. Quant aux permissions d'heures supplémentaires, la loi stipule formellement que dans le transport, surtout des personnes, dans l'agriculture et dans les travaux dont la production exige une préparation, la journée de travail peut être prolongée, pour ces travaux supplémentaires , de 2 heures au plus. Il est aussi permis de prolonger la journée de travail jusqu'à 12 heures au plus, si l'ouvrier, bien que devant être présent dans l'établissement, n'a pas à y fournir un travail effectif supérieur à la moitié des heures réglementairement prescrites. Par exemple, on peut citer l'inspection du service dans les usines d'éclairage, le service dans les buffets des gares, chez les coiffeurs, etc. Il faut cependant que les exceptions à ces différents cas soient approuvées par le ministère, il faut de plus une convention entre patrons et ouvriers. Une convention pareille est nécessaire pour les travaux non interrompus, pour le service des machines à vapeur, des chaudières et installations similaires, où la prolongation ne dépasse pas 8 heures par semaine : s'il n'est pas possible d'avoir une main-d'œuvre supplémentaire, ou s'il n'est pas possible dans les petites entreprises d'introduire la 4e équipe. Le travail de nuit de 9 heures du soir à 5 heures du matin est défendu aux femmes et aux jeunes ouvriers. De rares exceptions sont faites dans le cas des femmes âgées de plus de 18 ans. Il faut cependant une approbation du Ministère de la Prévoyance sociale qui doit demander l'avis des organisations intéressées.
Si nous étudions les lois régissant la durée du travail dans les divers États, nous trouvons que la loi tchécoslovaque est la plus étendue. Elle est entrée en vigueur à partir du 13 janvier 1919. Jusqu'à présent, il n'y a pas eu d'objections sérieuses, même de la part des entrepreneurs. Ceux-ci demandent seulement qu'à l'étranger des lois semblables entrent également en vigueur. Ceci est explicable par la position commerciale de la République Tchécoslovaque qui est surtout industrielle. Les ouvriers tchèques y ont le même intérêt que les industriels, mais pour d'autres raisons : ils désirent voir cette loi s'étendre aux États voisins surtout à ceux qui importeront leurs marchandises dans la République Tchécoslovaque; par là se trouvera affaiblie l'opposition que rencontre cette loi dans quelques milieux réactionnaires.
Par suite d'une décision de l'Assemblée Nationale, il a été arrêté ce qui suit :