PÉNALITÉS
Art. 13.
Toute infraction à la présente loi entraînera la condamnation par les autorités politiques de première instance ou l'inspection des mines à une amende pouvant s'élever à 2.000 couronnes ou à 3 mois de contrainte par corps. En cas de récidive, l'amende pourra être portée à 5.000 couronnes et la contrainte par corps à 6 mois de prison.
Art. 15.
1. La présente loi est applicable 15 jours après sa promulgation.
2. Dans le cas de nécessités techniques, ou par suite du défaut de main-d'œuvre, le ministre de la prévoyance sociale, après accord avec les ministres intéressés, peut accorder à certains établissements obligés à un travail ininterrompu, ou à certains de leurs ateliers, un ajournement dans l'application de la présente loi.
Art. 16.
Le ministre de la prévoyance sociale est chargé, après entente avec les ministres intéressés, de l'application de la présente loi.
Signe: T. G. Masaryk,
Président de la République.
Dr Karel Kramâr, Dr Winter,
Président du Conseil, Ministre de la Prévoyance sociale.
Une adresse des étudiants tchécoslovaques à leurs camarades français.
Le 10 avril dernier, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, avait lieu la remise solennelle d'une adresse des étudiants tchécoslovaques à leurs camarades français. La cérémonie était présidée par M. Lucien Poincaré, recteur de l'Université de Paris, aux côtés duquel avaient pris place M. Charles Kramâf, président du Conseil de la République tchécoslovaque, et son ministre des Affaires étrangères, M. Edouard Benes. On remarquait dans l'assistance de nombreuses personnalités du monde universitaire français et tchécoslovaque ainsi que des représentants de la politique et des lettres.
Après l'exécution, par la musique de la Garde républicaine, de l'hymne national tchécoslovaque Kde Domov mûj, écouté debout par les assistants, M. Kramâf prit la parole et prononça l'allocution suivante, plusieurs fois interrompue par des applaudissements :
Monsieur le Recteur, Mesdames, Messieurs,
« Permettez-moi, avant tout, d'exprimer la joie sincère que j'éprouve de pouvoir ajouter quelques mots au salut qu'apporte notre jeunesse aux étudiants français.
Il est inutile de vous dire que nos jeunes gens ont toujours été fidèlement dévoués à la France. Ils l'aimaient comme l'aimait toute la nation tchèque, d'un amour inaltérable, et, du fond de l'existence grise d'un peuple opprimé, ils aspiraient vers la Lumière, vers la Liberté, et ils n'ont jamais oublié que c'est de la France que sont venus les mots magiques de Liberté, d'Égalité, de Fraternité, qui ont donné à notre peuple, qu'on pensait déjà mourant, un nouveau souffle de vie et d'énergie.
Je vous en citerai un seul exemple :
En 1889 déjà la Grande Association Générale de nos étudiants fondée en 1848, fut dissoute parce qu'elle avait osé saluer les étudiants français à l'occasion de l'inauguration de la Sorbonne.
Nos étudiants avaient alors adressé à leurs camarades français un autre salut, dont je me permettrai de citer le passage final :
« Jamais nous ne nous départirons de notre idéal, de notre devoir patriotique, et quand le temps viendra où nous serons les représentants, les conseillers, les guides de notre nation tchèque, jamais nous ne cesserons de vous aimer, et rien au monde, pas même la force la plus brutale, ne parviendra à arracher de nos cœurs les sentiments d'amitié et d'affection pour la grande nation, qui marche et marchera toujours à la tête de la civilisation. »
Les étudiants d'alors ont tenu leur parole. Quelques-uns de leurs chefs étaient aussi les chefs de notre révolution, qui a si fortement contribué à la décomposition du front autrichien et, par là, à la victoire d'une cause juste. Et l'un d'eux, le ministre des finances Ra§fn, a été, aver moi, condamné à mort. Nous avons vécu des jours bien durs. Mais pourquoi parler de nos souffrances? Comment d'ailleurs poxrrais-ie en parler devant vous, qui avez le plus souffert de tous îe^ alliés. L'horrible chiffre de vos morts, vos provinces dévastées disent avec une triste gloire tout ce que vous avez sacrifié à la victoire.
Pourtant vous étiez plus heureux que nous. Vos héroïques combattants pouvaient aller à la mort avec le sentiment profond qu'ils se sacnfa'ent pour la liberté et la grandeur de leur patrie. Nos pauvres soldats allaient à la mort la haine au cœur contre ceux qui les y contraignaient; ils y alalient en martyrs avec le désir unique de voir succomber la cause pour laquelle on les envoyait au feu meurtrier.
Il leur fallait néanmoins marcher; i! leur fallait se faire tuer par la halle de ccix qu'ils aimaient, de ce»'-' dont ils désiraient la victoire, O'i plutôt même tomber sous les ballet, ces mitrailleuses magyares et a^emandes. placées derrière eux pour les forcer à l'attaque.
C'est pourquoi nos soldats se sont rendus en masse, non par lâcheté, mais parce qu'ils voulaient combattre et mourir pour leur pa'rîe, pour leur liberté. Et ils ont montré dans les vastes plaines de Rnssh, en Sibérie, en France et en Italie, comment ils savent mourir.
Dès le premier jour de la guerre, notre jeunesse, comme tout le peuple, n'avait qu'un seul désir : secouer le joug allemand et pouvoir vivre avec les peuples libérateurs dans une union sacrée, cimentée aussi par notre sang.
Pas un seul instant nous n'avons cessé de croire à la victoire ni aux jours de terribles déceptions, ni même sous les menaces d'un régime de soldats cruels et insensés.
Nous avions peut-être alors plus de confiance dans la victoire que maintenant nous n'en avons, par moments, dans une paix victorieuse et durable.
Mais nous ne voulons pas perdre l'espoir que nous sommes pourtant au- seuil d'une vie nouvelle et meilleure. Nous oroyons que la France, qui a si terriblement souffert, que la Belgique martyre, et que nous autres peuples libérés d'une oppression séculaire trouverons dans des frontières fortes et sûres la possibilité de goûter une paix sûre et durable.
Et nous\ croyons aussi que notre alliance ne se bornera pas aux espérances et aux souffrances dans la lutte commune pour la libération de l'humanité du joug d'une force brutale.
Nous croyons et espérons que nous ne saurons pas seulement vaincre, mais aussi vivre ensemble et collaborer à la réalisation du grand idéal de liberté et de justice.
Je voudrais que nous nous connaissions mieux. Nous verrons alors qu'il n'y a pas d'affinité plus grande que celle qui rapproche les Français et les Slaves; nous ferons de notre mieux pour que nos jeunes gens viennent chez vous dans la Ville-Lumière s'imprégner du pur esprit français, de sa clarté, de sa logique et pour qu'ils renforcent encore leur amour pour la France. Peut-être vous aussi, trouverezvous que cela ne peut nuire même à des Français, de connaître notre vie d'amis sincères de la France, de voir notre merveilleuse cité de Prague et la vie d'un peuple petit, mais plein de la généreuse ambition de n'être pas parmi les derniers dans sa vie intellectuelle et sociale, tout comme il ne l'a pas été sur les champs de bataille.
Et nous serons heureux si vous nous montrez que vous n'estimez pas une nation selon les chiffres de ses enfants, mais selon l'intensité et la générosité de sa vie intellectuelle et aussi selon l'art avec lequel elle saura accomplir chez elle sa tâche gigantesque d'humanité après ces cinq années d'enfer; selon la façon dont elle tentera par un progrès organique, mais incessant et hardi d'atteindre l'idéal de justice sociale sans bouleverser tous ceux qu'une civilisation séculaire a créé de beau et d'utile.
Nous ne sommes pas ingrats, vous ne sauriez vous représenter combien nous vénérons, combien nous aimons votre éminent professeur M. Ernest Denis, pour son grand amour de notre peuple et pour son admirable histoire de notre grandeur et de notre décadence. Nous n'oublierons jamais ce qu'il a fait pendant la guerre pour la victoire de notre cause. Nous n'oublierons pas non plus les sacrifices immenses consentis par la France et ses alliés pour ta libération des petits peuples; nous savons bien que nous avons gagné notre liberté aussi par nos sacrifices, par nos souffrances, par le sang versé pour la cause des alliés, par la mort héroïque de nos suppliciés et par notre fidélité depuis les premiers jours de la guerre terrible. Nous savons bien que nous n'avons pas hésité et cherché s'il nous serait plus utile de nous associer à la cause des Allemands même quand ils étaient vainqueurs. Nous savons ce que nous avons fait pour la victoire des
alliés et cette conscience d'un devoir bien accompli rend notre reconnaissance envers les alliés plus profonde et plus sincère encore; les alliés peuvent toujours compter sur nous, quand il s'agira de la défense contre l'ennemi séculaire. Nous offrons et donnons notre fidélité franchement et simplement; nous la considérons comme un grand devoir de notre peuple. Nous n'avons pas besoin d'ailleurs de jurer de notre fidélité, car nos sentiments ne datent pas des jours de victoire, mais des jours terribles où nos ennemis criaient déjà la victoire définitive, et où, séparés de vous par les murs de la censure ou des prisons, nous n'avions pour nous soutenir que la foi dans le triomphe d'une cause juste et la ferme résolution de vaincre avec vous ou de succomber sous la force brutale de nos ennemis.
La jeunesse de cette nation, fidèle et pleine de reconnaissance, vous ouvre son cœur, heureuse de la victoire commune, elle vous envoie son salut, son amour fraternel, son vœu solennel de fidélité et l'assurance qu'elle défendra de toutes ses forces l'intégrité de nos pays, car c'est un moyen de défendre aussi vos frontières.
Notre jeunesse apprendra à l'ennemi commun qu'il y a au centre de l'Europe un peuple qui voit dans l'intégrité et la grandeur de la France, l'assurance de son propre avenir.
Mais elle vous envoie aussi la promesse de travailler en commun avec vous pour l'idéal sacré, pour lequel vous avez versé tant de sang généreux et sacrifié tant de jeunes vies si chères à votre Patrie.
Espérons que ces sacrifices n'ont pas été faits en vain. Espérons que, comme la lutte terrible, notre travail paisible finira aussi par assurer le triomphe de la justice et de l'humanité. »
Lorsque les applaudissements qui ont salué les dernières paroles de l'orateur se sont apaisées, M. Lucien Poincaré se lève à son tour. Il dit combien anciens sont les solides liens d'amitié qui rattachent l'une à l'autre les deux nations. Il rappelle l'intervention du roi de Bohême Jean de Luxembourg qui, aveugle, trouva la mort dans les rangs de l'armée française sur le champ de bataille de Crécy. Ce geste de générosité a été répété maintes fois dans cette guerre encore. Le recteur fait alors l'éloge du soldat tchécoslovaque qui, par son héroïque conduite sur le front, a mérité l'admiration de nos poilus et s'est consacré poilu lui-même. Lorrain, M. Poincaré rappelle un autre Lorrain, le colonel Chevert, qui défendit Prague contre les Autrichiens et les Bavarois et dont la statue, miraculeusement restée intacte sur une place de Verdun, assiste, dans la guerre qui vient de s'achever, à un nouvel échec des Bavarois et des Autrichiens.
Le recteur montra ensuite la communauté intellectuelle des deux nations. Il parla de la création de la célèbre université de Prague et de son fondateur le roi Charles IV. Il constata que, depuis l'époque où Jean Hus professait les idées de liberté, cette institution a toujours tenu un rang des plus honorables, et souvent le premier. En terminant, M. Lucien Poincaré exprima le ferme espoir que la paix consacrerait une victoire complète et définitive. Il pria enfin M. Benes, ministre dse Affaires étrangères de la République tchécoslovaque, de transmettre à l'Université de Prague une médaille spécialement gravée pour la circonstance et que lui offre l'université de Paris, en commémoration de l'amitié qui unit et unira toujours ces deux institutions.
M. Plechaty, sous-lieutenant au 21' régiment tchécoslovaque, prend ensuite la parole en ces termes :
Monsieur le Recteur, Mesdames, Messieurs, Chers Camarades,
Les étudiants tchécoslovaques de l'Université de Prague me chargent de vous transmettre l'adresse qu'ils ont votée à l'unanimité le 1" décembre dernier, dès la constitution de la République tchécoslovaque. En voici le texte :