‹ La Nation tchèque (volume 2)Chapitre 37 sur 47 · AUX ÉTUDIANTS FRANÇAIS · texte numérisé non relu

AUX ÉTUDIANTS FRANÇAIS

Aux premiers moments de notre jeune liberté, nous vous adressons, chers camarades français, nos plus sincères et plus cordiales salutations. Nous avons toujours été unis à vous par les travaux et les études qui nous conduisent vers l'idéal humain. Cet idéal nous vient de nos grands hommes, grands de cœur et d'esprit; c'est pour lui qu'ils ont su vivre et mourir. Au xme siècle, les doctrines du pauvre Lyonnais, Pierre de Vaux, apportées de Provence en Bohême, se sont répandues dans notre pays et ont pénétré l'âme de notre peuple. Un siècle plus tard, elles ont guidé Jean Hus, qui est l'expression la plus belle et le symbole le plus pur du caractère tchèque. Cette expression, ce symbole, il l'est et par son âme fraternelle et humaine et par ses doctrines qu'on retrouve dans la Révolution française. Il l'est aussi par sa mort humble et soumise devant laquelle Victor Hugo lui-même s'incline dans sa Légende des Siècles.

Dans la guerre actuelle, non loin du lieu mémorable où, en 1346, le roi aveugle Jean de Bohême donna sa vie pour la France, le sang tchèque et slovaque s'est mêlé au noble sang français. Ce sang n'a pas été versé en vain. Il a assuré la liberté du monde. La victoire finale a brisé les forces sournoises du germaniste oppresseur, qui s'efforçait de séparer notre Patrie de l'Europe occidentale et qui, pendant trois siècles, la tint étouffée comme il étouffait l'Alsace et la Lorraine, ces deux belles provinces si chères à la France. Le monde entier et notre nation en particulier garderont à la France une reconnaissance éternelle pour les innombrables sacrifices qu'elle a faits depuis la Marne où tant des vôtres sont tombés pour entrer dans l'immortalité, cette Marne restera dans nos mémoires comme le lieu où s'est, pour la première fois, affirmée la victoire de la France et où naquit pour nous l'espoir de la libération.

Du cœur de l'Europe, les yeux agrandis d'enthousiasme, nous suivions par delà les Alpes, l'héroïsme de votre belle Patrie, qui est pour nous la douce France qu'elle était pour les preux de Charlemagne.

Aujourd'hui, de Prague, notre métropole libérée, nous vous tendons la main pour collaborer à l'œuvre commune des étudiants de la grande nation française et des étudiants de la nation tchécoslovaque si longtemps opprimée mais toujours animée d'un esprit de liberté.

Nous formons le vœu sincère et nous sommes convaincus que vous ne le repousserez pas, de pouvoir vous saluer bientôt parmi les cents tours de notre Capitale.

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