‹ La Nation tchèque (volume 2)Chapitre 38 sur 47 · VIVE LA FRANCE! NA ZDAR · texte numérisé non relu

VIVE LA FRANCE! NA ZDAR

M. Léon Netter, président de l'Association Générale des Étudiants de l'Université de Paris, au nom de ses camarades, répondit à cette

adresse par quelques paroles émues. Après avoir rappelé les circonstances qui ont déjà rapproché les étudiants tchécoslovaques et les étudiants français, il émettait l'espoir que les liens d'amitié qui les unissent se resserrent encore davantage.

M. Ernest Denis, dans une conférence nourrie d'idées, a retracé enfin l'histoire de l'Université de Prague. Nul n'était plus compétent pour montrer le grand rôle de cette institution que l'éminent professeur de la Sorbonne, que les Tchécoslovaques vénèrent comme un de leurs plus savants historiens et honorent comme un de leurs littérateurs.

M. Bogea Cumiroff a, d'une voix chaude, interprété pendant la cérémonie, les principaux chants nationaux des Tchèques et des Slovaques. La solennité s'est terminée aux accents de la Marseillaise exécutée par la Garde républicaine.

Document caractéristique.

ï e bruit fait par quelques meneurs allemands de Bohême n'a pas trouvé d'écho dans les cœurs de tous leurs compatriotes. Nous en voulons pour preuve les nombreux prisonniers allemands originaires de Bohême qui, spontanément, ont demandé à être incorporés dans les régiments tchécoslovaques formés en Italie. Ces volontaires ont adressé, le 21 mars dernier, un appel à leurs congénères de la République tchécoslovaque. Nous en avons le texte sous les yeux.

«< I es soldats de la 3e compagnie du 12e bataillon de réserve tchécoslovaque, dit ce document, après avoir librement délibéré, en dehors de toute influence, ont voté à l'unanimité l'appel suivant:

« Au peuple allemand de la République Tchécoslovaque,

« Nous avons appris que des éléments irresponsables s'efforcent, dans notre jeune État libre, de compromettre l'établissement de la nouvelle République; de troubler notre brave population fatiguée de la guerre et de pousser notre peuple vers des voies où nous n'aimerions pas à le voir s'engager. N'écoutez pas de tels discours ou de tels écrits, chassez les propagateurs de ces fausses doctrines. Cette longue guerre a causé des maux si incommensurables sur la terre, que nous voulons enfin mener une vie vraiment tranquille.

« Il y a peu de temps encore, la plupart d'entre nous étaient considérés comme prisonniers de guerre de l'Italie... Le jour où, comme citoyens de la nouvelle République, nous avons été tirés de l'éternelle vie du camp et remis en liberté, reste pour nous inoubliable. Chacun de nous était libre de se déclarer citoyen de cet État et d'entrer dans les rangs de son armée. C'est avec une

joyeuse conviction que nous avons pris ce parti, car les derniers jours de la guerre seulement nous avaient ouvert les yeux et un État démocratique, républicain, était devenu notre idéal. »

Après avoir dit les excellentes conditions morales et matérielles de leur corps, les volontaires allemands ajoutent:

« Souvenez-vous des paroles que M. Masaryk, notre Président, adressait au Théâtre allemand de Prague, le 21 décembre 1918, aux Allemands de la République. « Dr. 3 la République « Tchécoslovaque, les Allemands jouiront des mêmes droits que a les Tchèques. » Maintenez donc l'ordre dans l'État; réjouissezvous du monde nouveau qui se crée autour de nous; collaborez avec nous à faire prospérer notre jeune République, à laquelle sa situation promet un avenir brillant, non seulement pour le salut de tous, mais aussi pour l'honneur et le bien-être de chaque citoyen.

« Nous promettons nous-mêmes de travailler de toutes nos forces à l'édification de notre nouvel État; nous souhaitons que l'ordre et la tranquillité régnent chez nous et espérons que toutes les classes de la population comprendront le monde nouveau, et nous envoyons à notre chère Patrie notre fraternel salut.))

Mercallo (Italie), le 21 mars 1919.

Suivent les signatures.

La question de Teschen.

Pour illustrer les thèses de notre éminent ministre des Affaires étrangères, nous apportons une carte de la Silésie de Teschen. Elle donne une idée claire et nette de l'application du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes dans la contrée contestée. Les communes qui se sont prononcées, par leurs représentants ou par le vote de leur population, pour l'indivisibilité de la région de Teschen et contre leur dépendance de l'État polonais, sont marquées en noir; dans les autres, les partis qui désirent s'unir aux autres pays tchécoslovaques ne forment pas la majorité des habitants.

Voir la carte page suivante.

Si les principes fondamentaux du droit de libre décision, proclamés par le Président Wilson pour la grande œuvre de la paix universelle, s'appliquaient à l'organisation politique de la Silésie de Teschen, il n'y aurait aucune incertitude pour l'avenir du pays. Tous les Tchèques, s'appuyant sur des droits historiques comme sur des raisons d'économie politique, exigent que toute la Silésie de l'Est reste incorporée à l'État tchèque.

Quant aux Polonais, ils diffèrent les uns des autres dans leurs opinions à l'égard de l'avenir du pays. Le parti national et le parti socialiste demandent que le territoire soit départagé suivant les limites ethnographiques et que les parties habitées en majorité par des Polonais, soient incorporées à la Pologne. Cependant le parti populaire de Silésie, qui a beaucoup d'adhérents non seulement parmi les citadins, mais aussi parmi les paysans, ne consent pas du tout à cette solution. Il s'y oppose même fortement et demande que la Silésie de Teschen reste indivise et que, si elle ne peut être constituée en État neutre, elle soit unie aux autres pays tchèques. Ce parti représente les sentiments traditionnels et indigènes des habitants polonais, tandis que les

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partis nationalistes polonais sont inspirés par l'étranger. Déjà au temps où l'empire d'Autriche-Hongrie existait encore, le parti populaire de Silésie, comprenant à peu près un tiers de la population polonaise, s'opposait vivement à tous les efforts tendant à une fusion politique de la Silésie orientale avec la Galicie.

D'après les rapports des hommes de confiance du parti populaire, plus d'un tiers de la population polonaise, soit 82.950 personnes, est organisée dans ce parti. Parmi la population slave de la Silésie de Teschen, 200.000 habitants (115.604 Tchèques et 82.950 Polonais) se sont prononcés en faveur de l'unité du pays, de son rattachement à la République tchécoslovaque et contre sa dépendance de la Pologne. Il reste seulement 150.900 habitants slaves qui ne se sont pas prononcés dans le même sens.

Quant aux Allemands de la région, leurs partis attachent la plus grande importance à la cohérence et à l'indivisibilité de ce territoire et se prononcent énergiquement contre son rattachement à la Pologne, demandant qu'on le rende international. Si donc l'on compte aussi les Allemands, près des deux tiers de la population de la Silésie de Teschen (275.470 habitants, c'est-àdire 63 1/2 %) ont voté contre la division du pays et contre l'incorporation d'une partie à la Pologne. Dans le district de Bilsko, le plus oriental, les trois cinquièmes de la population (42.000 sur 70.000 habitants) se sont prononcés contre le rattachement à l'État polonais.

Ant. Bohâc.

L'Union des Grandes Associations Françaises contre la propagande ennemie.

L'Union des Grandes Associations françaises contre la Propagande Ennemie a invité M. Kramâf, Président du Conseil de la République Tchécoslovaque, et M. Benes, ministre des Affaires étrangères, à faire, à la séance du 1er avril, un exposé des revendications tchécoslovaques. Après avoir salué, en termes très chaleureux, les deux hommes d'Etat, ainsi que les nombreux membres présents de la mission tchécoslovaque, M. Edmond Chaix a donné la parole au Président du Conseil. M. Kramâr traça devant l'auditoire, un tableau très précis du développement historique de la Bohême où il fit ressortir que jamais, malgré toutes les vicissitudes de l'histoire, le droit d'Etat historique n'a cessé d'exister au point de vue juridique. .« L'Etat de Bohême, dit-il, a gardé malgré la défaite, son indépendance législative et administrative, ce que nous avons appelé le droit historique de notre pays. Et quoique la théorie allemande professât toujours que nous avons été battus à la bataife de la Montagne Blanche et que c'est là que nous avons perdu notre liberté et notre indépendance, c'est absolument faux. Not^e indépendance 'd'Etat a été gardée jusqu'en 1749, où Marie-Thérèse a tout simplement aboli d'un trait de plume la liberté législative et administrative... Elle

a aboli complètement les droits de la couronne de Bohême à l'indépendance administrative et législative, quoique trois ou quatre ans auparavant elle eût jiuré de les respecter éternellement. C'était déjà à Vienne l'habitude de tenir ainsi les serments et les promesses. » L'orateur décrit ensuite la résurrection intellectueffe et politique de la nation tchèque, les sacrifices consentis pour la construction du Théâtre National et de nos écoles, pour parer à la germanisation, et il passe à la question des Allemands de Bohême, introduits dans le pays que nous avons formé et défendu pendant des siècles» Nous n'agirons pas vis-à-vis des Allemands de la façon dont ils agissaient vis-à-vis de nous. « Nous ferons autre chose, — déclare M. Kramâf, — et je suis tout à fait autorisé à le dire, parce que nous l'avons déclaré publiquement dans notre Assemblée Nationale. Nous donnerons aux Allemands tous les droits nationaux, toutes les libertés civiques, le droit de parler leur langue, les droits nécessaires pour les écoles, de sorte qu'ils ne pourront jamais se plaindre. » Au point de vue matériel, la situation des Allemands chez nous sera beaucoup meilleure que celle des Allemands d'Allemagne.

Passant à la question de Teschen, M. Kramâf rappelle le mouvement néoslave qu'il avait inauguré en faveur des Polonais, il rappelle les belles journées d'accord de mai dernier, lors de la visite des Polonais à Prague. « Nous regrettons, dit-il, après avoir exposé les origines du conflit, de tout notre cœur; que le conflit se soit produit; vous ne pouvez vous représenter l'état d'âme du peuple tchèque quand il l'a appris. Il tient à l'unité de son pays, qu'il a défendue contre Vienne pendant des siècles. Il a tant souffert pour cela qu'il ne peut pas se représenter que maintenant, avec la guerre victorieuse, on lui prendrait quelque chose de ce pays. Cela n'est pas juste. » L'orateur expose ensuite la situation ethnographique et économique dans la région contestée et il exprime l'espoir, que la' question finira par s'arranger à l'amiable, dans l'intérêt commun des deux nations. H proteste contre le reproche d'impérialisme qu'on nous a fait, remercie les Français de l'appui moral qu'ils nous ont donné. M. Kramâf termine son discours par un bref exposé des intérêts communs de la France et de la République tchécoslovaque, et il réclame, pour l'avenir, non seulement une union diplomatique et politique, mais une union étroite de cœur et d'esprit entre les deux nations qui ont souffert et combattu pour le Droit et la Justice.

« Notre histoire, dit-il, les cloches de nos églises l'ont vraiment révélée pendant la guerre. On a enlevé toutes ces cloches pour en faire des canons, des cloches qui étaient là depuis des centaines d'années, des merveilles d'art, et l'on a pu voir que presque toutes les cloches de ces villages, aujourd'hui allemands, i portaient des inscriptions tchèques, tristes témoins de notre his-

toire. Ainsi, au point de vue historique, il est absolument impossible de toucher à ce qui tient au plus profond de notre cœur et de céder une partie quelconque du territoire de la Bohême, de la Moravie ou de la Silésie aux Allemands ou à une autre nation.-» M. Kramâf parle des minorités tchèques considérables dans le territoire habité par les Allemands, des ruses dont on se servait pour le recensement. « Nous ne pouvons pas accepter ces statistiques, déclare-t-il. Elles seront à rectifier quand nous aurons fait notre recensement, mais je peux vous dire, en toute conscience, que nous ne forcerons pas un seul Allemand à se déclarer Tchèque, pas un! Nous en aurons assez, nous n'aurons pas besoin d'en fabriquer de faux. » L'orateur passe ensuite à la question de la défense stratégique de notre République qui a des frontières d'une longueur démesurée. La sécurité même de la France exige que nous ayons une frontière défendable pour former une digue sûre contre la poussée germanique — et c'est la frontière historique. Au point de vue économique, il est également impossible de diviser le pays tchèque, où d'ailleurs, les Allemands n'ont rien à craindre.

Ensuite, M. Benes prend la parole pour parler des Slovaques. Il dit toute la difficulté qu'il y avait, pendant la guerre, à vaincre en France et dans les pays alliés certains préjugés favorables aux Magyars et aux Habsbourg, et à persuader les milieux politiques de la nécessité du démembrement de l'Autriche-Hongrie. L'orateur expose le problème des Slovaques, qui ont toujours formé une partie intégrante de la nation tchèque. Il démontre les raisons politiques qui exigent impérieusement l'union de la Bohême et de la Slovaquie. « Si l'on veut constituer dans l'Europe Centrale un nouveau système politique viable et stable, il faut constituer un bloc suffisamment fort pour qu'il puisse véritablement résister. On ne peut donner la liberté aux Tchèques sans la donner aux Slovaques et sans les unifier..

Il est impossible de tracer la frontière de la Slovaquie sans y englober un certain nombre de Magyars, vu l'enchevêtrement de la population ; mais le nombre des Magyars que nous demandons est égal à celui des Slovaques que nous leur abandonnons dans les autres parties de la Hongrie. Le ministre expose ensuite les raisons d'ordre économique qui nous font réclamer le Danube et il passe à un exposé de sa conception du rôle politique de notre Etat au point de vue international. « Nous ne voulons pas, dit-il, d'éléments morbides dans notre Etat. Nous sommes dans une situation géographique vraiment difficile: nous sommes enoturés, au nord par les Allemands, au sud par les Allemands, au sud-est par les Magyars, au nord-est par les Allemands. Sur. une frontière seulement nous avons un élément qui peut être notre allié: ce sont les Polonais. Le danger allemand subsiste

toujours. Dans ces conditions nous avons intérêt à être réalistes, raisonnables, à nous créer dans le monde une situation qui nous renforcera intérieurement. C'est même notre devoir visà-vis de nos alliés français. Nous voulons vivre en bons termes avec tous nos voisins, même les Allemands d'Autriche et les Magyars. » Nous pratiquerons vis-à-vis d'eux une politique de voisins loyaux, corrects, honnêtes; mais nous avons assez de fermeté d'esprit et un esprit assez réaliste pour pouvoir agir s'ils essayent de marcher contre nous. »

Après avoir brièvement exposé ses vues sur les rapports tchéco-polonais, M. Benes termine : « Il y a intérêt à ce que les Tchèques, les Polonais et les Français travaillent d'un commun accord. C'est de cette façon que je me représente notre politique internationale et je vous assure que vous trouverez chez les Tchèques exactement la même loyauté, la même fermeté, la même décision d'esprit que pendant la guerre pour soutenir avec vous la lutte contre l'ennemi commun. »

Le commandant Chaix remercia le ministre de son exposé. De son côté, M. Ripault remercie les deux hommes d'Etat tchèques et exprime l'espoir que le différend de Teschen finira par s'arranger à l'amiable. M. Georges Bienaimé ajoute quelques réflexions sur les Allemands de Bohême et sur la question de Teschen. Après une courte réplique de M. Kramâf qui accentue, une fois de plus, notre bonne volonté vis-à-vis des Polonais, la séance est levée.

11 faut féliciter l'Union des Grandes Associations françaises de son heureuse initiative qui a contribué à raffermir les sentiments d'amitié entre la France et la République tchécoslovaque.

Lo Gérant : h. MATIIIEU.

Imprimerie Slave, 182, rue du Faubourg-Saint-Martin, Paris.

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