‹ La Nation tchèque (volume 2)Chapitre 5 sur 47 · TRAJAN VUIA · texte numérisé non relu

TRAJAN VUIA

Président du Comité National des Roumains de Transylvanie, docteur en droit de la Faculté de Budapest.

BIBLIOGRAPHIE

La Guerre Libératrice, par A. Millerand. — Librairie Armand Colin, Paris.

Voici un livre plein du plus pur patriotisme. L'auteur ne s'est pas contenté d'être un homme d'Etat actif aux moments les plus difficiles; il a voulu encore exposer au peuple les problèmes actuels. Il a parcouru la France, il a parlé à la nation des situations les plus délicates de la guerre. Il s'est fait l'apôtre ardent de la juste cause des Alliés. En rassemblant ses conférences en volume, il savait qu'il y a des vérités qu'il ne faut pas se lasser de répéter au risque même de fatiguer le lecteur : culpabilité de l'Allemagne, moyens de défendre victorieusement le pays natal, garanties, après la guerre, dans la société des Nations libres d'une vie nouvelle et meilleure.

L'attaque manquée par Bismarsk en 1875, la démonstration de Tanger, l'incident de Casablanca, l'affaire d'Agadir, tout cela ne laissait aucun doute sur les véritables sentiments de l'Allemagne qui ne cherchait que l'occasion de réaliser ses grandioses plans de conquête. L'attaque s'est produite. Et c'est ici que commence la grande épopée de France, l'effort gigantesque qui, d'un coup, renverse toutes les doctrines allemandes sur la décadence française et rend à la nation la foi en elle-même. Quel admirable réveil des forces latentes que cette industrialisation de toutes les énergies nationalees, cette union de tous les efforts vers l'unique but! M. Millerand nous trace un tableau rapide, mais saisissant de ce renouveau de la vie du grand peuple. Il remarque avec justesse quel énorme profit l'avenir en retirera. De nouvelles industries ont été créées en France, le sens d'une meilleure utilisation des capitaux s'est réveillée chez les industriels. Cependant les résultats moraux seront probablement plus importants et plus précieux encore.

Ce faisant, la France ne pense pas seulement à elle-même. Fidèle à son passé, qui a promulgué les Droits de l'Homme, elle se bat, — c'est le mot — pour les Droits des Peuples. Pour elle

et pour ses Alliés, la guerre actuelle est la guerre libératrice de l'humanité entière. La France se bat pour toutes les Alsace-Lorraine et réserve un accueil des plus empressés à tous les peuples opprimés.

M. Millerand, en homme politique avisé, se préoccupe aussi de l'avenir. Il effleure les questions de l'alcoolisme et de la dépopuvail; il insiste sur l'exploitation rationnelle du sol. Le lendemain de la guerre sera dur et pour faire face à ses besoins, il faut que le pays pratique non seulement une bonne politique fiscale, mais encore une meilleure politique économique. Dans cette terrible lutte économique qui caractérisera l'après-guerre, la voix des nationalités libérées sera d'une importance capitale. M. Millerand, qui suit avec une attention toute particulière le mouvement national tchécoslovaque, consacre à la Bohême des paroles d'ardente sympathie. Son passé et surtout son présent, sa conduite pendant la guerre, ses sacrifices qu'on n'apprécie pas toujours suffisamment, lui assurent une place d'honneur dans la Société des Nations libres. En lui rendant la liberté, en créant la Pologne au nord et la Yougoslavie au sud, les Alliés resteront non seulenient fidèles aux grands principes de la Justice et du Droit, tant de fois proclamés depuis le commencement de cette guerre, mais encore établiront une barrière solide contre l'expansion des puissances centrales et leur marche vers l'Orient.

Austria Delenda est pour faire place aux nations jeunes et libres. Les derniers événements l'ont péremptoirement démontré.

Sky.

ÉCHOS ET NOUVELLES

L'homage serbe aux soldats Tchécoslovaques.

Par ordre du ministre de la Guerre n° 9048, nos frères Tchèques nous quittent pour entrer dans leur armée nationale en formation en France.

Le devoir patriotique y appelle chaque Tchèque ou Slovaque.

Les vaillants fils du grand peuple tchèque, premiers propagateurs de l'idée slave et de l'unité intellectuelle de toutes les nations slaves se séparent donc de nous.

Nos amis, nos frères d'armes de Dobroudja, les héros qui avec leur sang ont confirmé ce que leurs pères ont propagé par écrit et parole... nous quittent.

La nation serbo-croate-slovène n'oubliera jamais que les officiers tchèques étaient les premiers qui se sont hâtés d'entrer dans nos rangs au moment où nous avons pris les armes contre les oppresseurs de notre liberté.

L'insuffisance de leur connaissance de notre langue, et de nos règlements au début ne les a pas empêchés d'être, dans le service, un modèle pour tout le monde.

Sur les champs de bataille, nos héros tchèques, par leur conduite ont prouvé d'une manière éclatante le grand patriotisme du peuple tchèque et au combat ils occupèrent les premières places.

Par leur sang versé dans nos rangs, les Tchèques ont pour toujours scellé leur alliance avec les Yougoslaves.

Le cœur plein de tristesse je me sépare de mes officiers et soldats tchèques. Il ne m'est pas possible de leur serrer la main à tous, en les embrassant fraternellement et en leur souhaitant bonne chance dans leurs efforts.

Au nom de tous mes soldats, je les remercie de leurs sacrifices et de leur travail pour notre cause commune.

Je leur souhaite bonne chance, aussi sincèrement qu'ils nous ont aidé loyalement, nous faibles et petits, dans notre glorieuse

et dure besogne, en souffrant avec nous, en combattant avec nous, en nous restant fidèles jusqu'au bout.

Frères, que la bonne chance vous accompagne.

Colonel Pierre Radivoyevitch.

Cet ordre du jour a été publié à la suite du renvoi des soldats tchécoslovaques de l'armée serbe dans l'armée tchécoslovaque de France.

Les tchécoslovaques, les yougoslaves et les irrédentistes italiens.

A la suite de la Conférence de Versailles, la Democrazia Sociale Irredenta a fait publier la déclaration suivante :

« La D. S. I., qui groupe la plus grande partie des Italiens irredenti réfugiés du Trentin et de la région Julienne, tient à affirmer encore une fois, dans cette période de grandes décisions, sa vive sympathie pour les aspirations des populations jugo-slaves et tchéco-slovaques à atteindre leur pleine indépendance de l'Autriche-Hongrie et à constituer chacune un Etat unifié indépendant.

« Les irredenti italiens sont décidés à donner toute leur force afin que ces aspirations puissent se réaliser avec cette guerre. »

Le Délégué du Comité Central de la D. S. /., Edoardo Schott Desico.

Les représentants à Paris de la D. S. I. Mario Duliani, Umberto Peroni.

« Les Tchèques sont calmes, mais attendent.»

L'organe du comte Karolyi, le Magyarorszag, commente en ces termes le Congrès de Prague :

« Pendant deux jours la ville de Prague jubila, et avec elle tous les Tchèques, du premier au dernier. Durant ces fêtes, les Tchèques ont oublié qu'ils mangent un pain de maïs, qu'ils n'ont ni viande ni lait; qu'ils manquent absolument de beurre (ou s'ils en ont, le kilo coûte 70 couronnes) ; qu'au lieu de graisse, ils n'ont que de la margarine (80 couronnes le kilo); qu'au lieu de froment, on leur donne de l'orge.

« Durant ces deux jours, ils ont oublié tout cela. Les Tchèques sont calmes (c'était les 15 et 16 mai). Mais, ils auraient détruit toute la ville que leur démonstration muette n'en aurait pas été plus éloquente.

« Les Tchèques sont calmes, très calmes. Mais... ils attendent. »

Pas de journaux tchèques en Hongrie !

Parmi les journaux tchèques dont l'entrée est interdite en Hongrie se trouvent les Lidovê Noviny de Brno. Ce fait caractérise bien les Magyars. Aucune défense ouverte n'est publiée, mais dès que ces journaux arrivent à la frontière ils sont saisis sans plus de façon. C'est bien magyar!

La < Gazette Populaire de Leipzig » contre le partage de la Bohême.

La Gazette Populaire de Leipzig, organe des social-démocrates minoritaires allemands, écrit dans son dernier numéro:

« Les nationalistes allemands jugent le moment favorable pour la réalisation de leurs plans. Eux, qui constituaient la fidèle garde de l'absolutiste Stiirgkh, recommencent maintenant à appeler les chartes octroyées à leur secours.

L'exigence de voir introduire l'allemand comme langue officielle en Autriche, où les Allemands forment à peine un tiers de la population, est inconcevable à l'époque de la révolution russe. Mais cela leur importe peu. Ils exigent partout des impossibilités.

Ils préconisent la division administrative et nationale en Bohême, mais ils la repoussent avec indignation en Styrie, en Carinthie et en Tirol, parce que là elle serait à l'avantage des Yougoslaves et des Italiens.

Pour satisfaire leurs électeurs mécontents, ils ont imaginé un nouveau programme, tendant à la création d'un nouveau pays de la couronne « la Bohême allemande ». Ce plan fantastique est destiné à faire oublier la famine au peuple allemand. »

Mais le peuple exige autre chose:

« Il veut des vivres. »

L'organe socialiste traite le plan allemand « d'inconcevable » et de « fantastique ». Il l'est en effet.

Pourtant, le gouvernement Seidler a déjà commencé à réaliser ce plan fantastique et inconcevable.

Les chrétiens -sociaux d'Autriche.

Le chef du parti chrétien-social Hauser, à une réunion des délégués du parti chrétien-social de la Haute-Autriche, a prononcé à Linz, le 17 mai, un discours, à la suite duquel fut votée une résolution disant :

« Le parti salue le renouvellement et l'approfondissement de l'alliance avec l'empire allemand et exige que tous les partis

allemands défendent unanimement les intérêts du peuple allemand d'Autriche. » (Voir la Frankfurter Zeitung du 19 mai 1918).

Le 26 mai a eu lieu à Salzbourg une fête populaire (Volkstag) présidée par le gouverneur du pays Winkler et le maire Ott. On y a voté une résolution demandant :

1° Que les aspirations tchèques et yougoslaves soient étouffées sans égard;

2° que l'allemand devienne la langue de l'État;

3° que l'alliance militaire et économique avec l'Allemagne soit approfondie.

Le journal tchèque Venkov, commentant le 2 juin la résolution et les discours prononcés lors de la fête populaire, dit:

« Les discours que l'on y a prononcés sont très caractéristiques pour le meeting entier, et, particulièrement, pour le parti des chrétiens-sociaux qui les accueillent comme une révélation. »

Introduction de la langue polonaise dans les écoles tchèques.

Les Berliner Neueste Nachrichten du 1 1 juin nous apportent une nouvelle venant par voie télégraphique de Prague et confirmant les tendances toujours croissantes des Tchèques à se rapprocher des Polonais. Cette tendance se manifeste par le projet d'introduire dans leurs écoles la langue polonaise comme matière obligatoire. L'Association des professeurs tchèques vient notamment de voter la résolution d'introduire cet enseignement du polonais dans les écoles secondaires de Bohême et de Moravie, et cela malgré la vive opposition allemande qui se fait sentir.

La réforme constitutionnelle, en Autriche, est un bluff.

Les Dernières Nouvelles de Munich écrivent: « Les problèmes qui menaçaient récemment l'existence du Reichsrat autrichien ne sauraient être résolus prochainement. Après une brève et assez timide tentative pour mettre la réforme de la constitution à l'ordre du jour, on a fini par y renoncer. D'ailleurs, ce plan n'a jamais été envisagé sérieusement. Il s'agissait simplement de trouver une plateforme commune, pour que les partis, oubliant leurs luttes nationales, puissent se consacrer exclusivement aux affaires d'ordre économique (c'est-à-dire voter le budget) ».

Après trois ans de guerre, au moment où la lutte des nations opprimées de la monarchie pour l'indépendance est arrivée au tournant décisif, le gouvernement autrichien ne voit dans la réforme de la constitution qu'un moyen d'extorquer au Reichsrat l'approbation du budget. C'est bien autrichien.

L'Autriche-Hongrie a été au service de l'hégmonie allemande depuis sa fondation.

Les Nârodni Listy, organe du grand parti de la Démocratie Nationale tchèque (suspendu le 19 mai, après les récents événements révolutionanires de Prague), commentent avec calme le « resserrement » des liens entre l'Autriche-Hongrie et l'Allemagne.

Il dit :

« Les Allemands d'Autriche jubilent. Leur presse voit dans cet « approfondissement » de l'alliance le début d'une ère nouvelle... On dit que l'Autriche s'est mise au service de l'Allemagne. C'est exact; inexacte par contre est l'opinion qui prétend que la monarchie ne l'avait pas fait jusqu'à présent.

L'Autriche-Hongrie fut au service de l'hégémonie allemande dès sa fondation; parfois ouvertement, le plus souvent en cachette, mais elle l'a toujours été.

Aujourd'hui, elle se réclame ouvertement de ces services.

Il n'y a pas lieu de s'en affliger outre mesure; car pour la nation tchécoslovaque une politique de germanisation déguisée était bien plus dangereuse que la guerre ouverte. »

Les 1 chèques exhortent le comte Huyn, archevêque de Prague, à suivre l'exemple du cardinal Mercier.

L'archevêque-primat de Prague, le comte Huyn, pangermaniste hostile aux revendications tchèques, a visité au début de ce mois le bourg d'Orech, situé près de Prague.

Les maires des communes voisines sont venus à sa rencontre. Au lieu de lui souhaiter la bienvenue, à laquelle s'attendait sans doute le chef de l'Église catholique en Bohême, ils lui tinrent un discours plein de reproches amers. Ils lui rappelèrent que dans tous les pays du monde, surtout en France et en Belgique, l'Église partageait les sentiments du peuple et s'associait à toutes les manifestations patriotiques; ils se plaignirent qu'il n'en était pas de même du haut clergé de la Bohême qui devrait suivre l'exemple du cardinal belge, Mgr Mercier.

Les maires tchèques exprimèrent au comte Huyn leurs regrets de ce que ni lui-même, ni les autres archevêques et évêques catholiques des pays tchèques, n'eussent apporté leur adhésion aux déclarations des représentants tchèques qui demandent l'État tchécoslovaque indépendant.

Le Gérant : l. Mathieu.

Imprimerie Slave, 182, rue du Faubourg St.-Martin, Paris.

Revue bi-mensuelle

4e Année 1er- 15 Août. Nos3-4.

Lettre de M. S. Pichon au Conseil National des Pays Tchèques.

A l'occasion de la remise des drapeaux par le Président de la République à V armée tchécoslovaque. M. Stéphen Pichon, ministre des Affaires étrangères, a adressé, au nom du Gouvernement de la République, la lettre suivante à M. Edouard Benes, secrétaire général du Conseil National Tchécoslovaque:

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