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I. — Ethnographie. — Instruction publique

Les Slaves. — Des trois grandes races qui se partagent le monde, la race Slave est la plus nombreuse. D'après les savants qui ont, ces derniers temps, étudié la question avec le plus de soin, MM. Elorinsky et Niederlé, elle compte environ 200 millions d'iiommes.

Elle se divise en trois groupes : Russes, — Slaves méridionaux (Bulgares, Serbo-Croates et Slovènes), — Slaves occidentaux (Polonais et Tchéco-Slovaques). Leur séjour primitif parait avoir été la région comprise entre l'Oder et le Dniester. De là, les Slaves partirent pour coloniser d'une part, vers l'Est la Russie actuelle et la Sibérie, vers le Sud la péninsule des Balkans, vers l'Ouest le bassin de l'Elbe et la région des Carpathes jusqu'au Danube. Depuis le moment où, après s'être séparés des autres Aryens, ils ont commencé à vivre d'une vie indépendante, la nature et l'histoire ont créé entre les diverses nations slaves des différences profondes et, suivant l'expression de M. Niederlé, l'unité slave n'est plus qu'une conception purement théorique. A ce point de vue, le fantôme du panslavisme, qu'ont si longtemps exploité les Allemands, ne répond à aucune réalité concrète. II n'en est pas moins vrai que, en dépit de leurs divergences et même des haines qui les divisent, les Slaves sont encore beaucoup plus ressemblants entre eux que les divers groupes néo latins. Ils se distinguent très nettement des Allemands, dont tout les sépare : la langue, les traditions, le caractère, le tempérament, les conceptions intellectuelles et morales. Ils ont d'ailleurs un sentiment intermittent, mais invincible, de leur opposition irréconciliable avec leurs voisins de l'Ouest et, si la Russie n'a pas toujours su mériter et conserver les sympathies des autres groupes slaves, c'est parce qu'elle a trop docilement accepté la direction et subi l'empreinte de la Germanie.

L'idée de la solidarité slave s'est conservée particulièrement vivante dans les tribus les plus exposées à la pénétration étrangère, les Croates, les Slovènes, et surtout les Tchèques et les Slovaques.

Les Tchéco-Slovaques. — Statistique. — Suivant les statistiques officielles, les Tchèques et les Slovaques seraient au nombre de 8.000.000 :

Bohême 4.000.000

Moravie 2.000.000

Slovaquie 2.200.000

sans compter les Tchèques de Silésie, de Lusace et d'Autriche Méridionale, qui représentent, d'après les recensements administratifs, un demi-million d'hommes.

On sait assez la valeur qu'il convient d'ajouter aux statistiques austro-allemandes, dont l'objet principal était de réduire, par tous les moyens, le chiffre des Slaves de la monarchie. Elles ne comptent ainsi à "Vienne que moins de 150.000 Tchèques, alors qu'ils sont au moins 400.000. Il n'y a donc aucune exagération à affirmer que le chiffre des Tchèques et des Slovaques dans l'Europe centrale atteint et probablement dépasse sensiblement 10 millions.

Par un phénomène que l'on constate chez tous les peuples, la natalité qui était autrefois très élevée parmi eux, a diminué en môme temps que la richesse se développait. Elle demeure du moins égale à celle des Allemands et très supérieure à celle des Magyars.

Il n'est guère contesté que les Tchèques et les Slovaques ne formaient au début qu'une unité ethnique et linguistique. Jusque vers le milieu du XIX» siècle, les liens qui rattachaient les deux pays étaient très étroits, et, de la Slovaquie, sont venus quelques-uns des plus illustres ouvriers de la Renaissance tchèque contemporaine. Vers le milieu du siècle dernier, quelques patriotes slovaques pensèrent que, pour intéresser plus directement la masse du peuple à la lutte contre les Magyars, il y aurait avantage à abandonner la langue littéraire tchèque pour adopter le dialecte local slovaque. Ce mouvement séparatiste s'est accentué depuis qu'après le compromis de 1867, les Slovaques ont été rattachés à la Hongrie, tandis que les Tchèques faisaient partie de l'Autriche. Malgré tout, les différences demeurent très superficielles. Les Tchèques et les Slovaques se comprennent plus facilement que les Provençaux ne comprennent les Languedociens. Pour les

uns comme pour les autres, Prague demeure la capitale et le centre national. Les Slovaques comme les Tchèques ont le même programme politique, et confondent leurs désirs dans la même volonté d'indépendance et d'union.

L'immigration allemande. — Les Bohèmes et les Slovaques étaient à l'origine en contact immédiat, sur le Danube et en Pannonie, avec les Slovènes et les Croates. En 892, Arnulf de Germanie, appela contre le grand prince de Moravie, Svatopluk, les Magyars d'Arpad, qui s'établirent dans le bassin de la Tisza et du moyen Danube. En même temps, les colons allemands s'avançaient de l'Ouest, peuplaient la marche de l'Est (Oest reich, Autriche), et menaçaient vers le Sud les Tchèques, que les Bavarois et les Saxons pressaient à l'Ouest et au Nord. Le danger ne devint grave cependant qu'au XIII" siècle, quand les Otakars appelèrent dans le royaume, des colons allemands qui occupèrent le versant extérieur des montagnes et bloquèrent les Slaves dans l'intérieur du pays. Le clergé et les nobles imitèrent l'exemple des souverains, et les villes devinrent autant de foyers de germanisation. La réaction slave qui, au XV' siècle, accompagne les guerres hussites, brise l'hégémonie germanique sans arrêter l'arrivée de nouveaux colons, qui s'établissent dans les districts désolés par la guerre. Puis, la domination des Habsbourgs favorise encore les progrès de la Germanie. Depuis le XIX« siècle, les Slaves ont organisé la défense et reconquis la plupart des villes qui se trouvent dans le territoire tchèque. Mais les frontières ethnographiques des deux peuples n'ont pas très sensiblement varié.

En Bohême, les Slaves sont entourés vers le Sud, l'Ouest et le Nord par des populations allemandes qui les encerclent ainsi de tous les côtés, sauf vers l'Est, où ils donnent la main aux Moraves. Les colonies allemandes forment un territoire particulièrement compact vers le Nord-Ouest, du côté de la Saxe. La frontière ethnique part de Domazlice (Taus), passe à l'Ouest de Plzen (Pilsen), se relève vers le Nord jusqu'à l'Ohre (Eger), qu'elle coupe à l'Ouest de Louny (Laun), atteint vers Litomerice (LeitmeritzJ l'Elbe qu'elle suit jusqu'en aval de Melnik, se relève ensuite vers le Nord jusqu'à lestèd, où elle tourne à l'Est pour atteindre à Tannwald, la frontière du royaume. A cette région allemande, se joint la zone des Krkonose, ou Monts des Géants, dont la limite passe vers Vrchiabi, Trutnov et finit à Broumov.

Vers Domazlice, au principal territoire allemand se rattache le territoire allemand de la Sumava ou forêt de Bohême. De ce côté, la limite linguistique passe par Vimperk, Prachatice, Krumlov et Kaplice.

La Moravie est occupée tout entière par les Slaves, sauf une bande étroite qui s'étend, au sud, le long de la frontière de la Basse-Autriche, atteint sa plus grande largeur à la hauteur de Brno (Brunn) et finit à Breclav — et un territoire plus considérable qui forme comme une baie profonde entre les populations tchèques qui l'enserrent vers l'Ouest et l'Est. Il s'avance jusque vers Olomouce (Olmûtz), et occupe le district de Fulnek et une partie des districts de Pribor (Freiburk), de Hranice (Weisskirchen) et de Novy Jicin.

Aux territoires tchèques de la Moravie se relient les

régions tchèques de la Silésie, dans les districts de Tésin et d'Opava (Troppau) en Autriche et de Ratibor (Prusse).

En dehors de ces territoires allemands compacts, les Allemands occupent quelques îlots dont le plus important est celui qui s'étend sur les confins de la Moravie et de la Bohême entre Lanskroun, Litomysl, Policka, Jevicko et Zabreh. Quelques villes perdues au milieu de territoires tchèques ont cependant conservé un caractère allemand Budéjovice (Budweis) en Bohême, Brno (Brûnn), Olomouc (en Moravie), Opava (Tropau en Silésie).

Les Allemands sont en Bohême environ 2.400.000 (37 "/o de la population totale) ;

En Moravie, 700.000 (27 »/o) ;

En Silésie, 300.000(44 0/0), en face de 180.000 Tchèques et de 230.000 Polonais.

Les Slovaques occupent la Hongrie montagneuse. La frontière méridionale part de l'embouchure de la Morava près de Presbourg, court dans la direction générale de l'Est jusqu'à Sklabina, puis vers le Nord-Est jusqu'à Roznava et au comitat de Spis (Zipser Komitat), sur les rives de la Tisza, aux pieds de la Haute Tatra. C'est le point où les Slovaques ont subi la plus forte pression étrangère et ils ne représentent plus ici qu'un isthme assez étroit entre les Magyars ou les Allemands au Sud et les Ruthènes au Nord. De là, cette limite forme vers le Sud une sorte de demi-cercle irrégulier jusqu'à Uzhorod, le point le plus oriental habité par les Slovaques. La ligne de démarcation entre les Slovaques et les Ruthènes à l'Est et au Nord est très mal définie ; elle coïncide à peu près avec la frontière politique de la Transleithanie.

Le territoire compact slovaque est coupé d'îlots étrangers assez nombreux, allemands et magyars. Dans les derniers temps, les villes, à la suite des efforts de l'administration, ont été pénétrées par des influences magyares, surtout vers l'Est. Mais la masse de la population n'est pas atteinte et il suffira d'abolir les lois de répression et de despotisme pour que leur caractère slave reparaisse aussitôt.

D'autre part, les ilôts slovaques sont très nombreux dans toute la Hongrie, sauf en Transylvanie. Us sont particulièrement importants dans toute la région comprise entre le coude du Danube et la Tisza supérieure : les environs de Budapest sont à demi slovaques. De ce côté les colonies tchèques donnent la main aux avant-postes Slovènes et croates qui s'étalent entre la Leitha et le lac Balaton.

Il est désormais certain que les Allemands ne seront jamais en état d'assimiler les Tchèques, et les efforts des Magyars pour dénaturaliser les Slovaques ne peuvent être regardés que comme une simple aberration. Il est certain au contraire que la proportion des Slaves dans ces pays ne peut aller qu'en s'améliorant. D'abord, une partie encore importante de la population qui se déclare allemande pour mériter les faveurs de l'administration, passera aux Tchèques dès qu'ils seront affranchis. Les Juifs par exemple, qui sont assez nombreux dans le pays (85.000 en Bohême, 42.000 en Moravie), sont tout prêts à accepter la langue tchèque. De plus, le progrès des éléments démocratiques assurera, dans un temps assez court, le triomphe des Slaves dans les villes qui sont jusqu'à présent restées fidèles à une tradition germanique, mais qui sont perdues dans l'océan

slave ; Plzen, Budéjovice ont déjà des conseils municipaux tchèques ; Brno et Olomouc seront rapidement conquis.

Il ne paraît même pas impossible que dans les districts industriels, qui sont aujourd'hui encore presque exclusivement allemands, l'arrivée d'ouvriers slaves ne modifie assez sensiblement l'aspect du pays. Il n'y a pas moins de 300.000 Tchèques dans la Bohême septentrionale c'est-àdire dans la zone allemande. Libérée (Reichenberg), la capitale des Allemands de Bohême a 2.000 Tchèques sur 30.000 habitants ; Most (Brûnn) en a 3.000 sur 12.000 habitants etc., etc. Il est évident que les Tchèques ne peuvent admettre que dans un royaume qui, par son histoire, son caractère général et la volonté formelle de la majorité de sa population appartient au groupe slave, des minorités slaves considérables soient abandonnées sans défense à la germanisation violente. Que l'on se figure les Allemands avant 1870, exigeant que la France interdise l'usage du français en Alsace !

Le seul droit que possèdent les Allemands, c'est d'obtenir des garanties formelles pour la défense et le maintien do leur nationalité. Ces droits, les Tchèques ne les ont jamais contestés. Dès le premier jour ils ont résumé leur programme dans un mot: Rovnopravnost,Gleichberechtigung, Egalité. Ce programme ils ne l'ont jamais abandonné depuis, ils le maintiennent encore aujourd'hui. Mais pour les Allemands, l'égalité parait un outrage et ils se regardent comme asservis dès qu'ils n'oppriment pas les autres.

Religions. — Les Tchèques sont en grande majorité catholiques (96 "/o); 2 "/o seulement sont protestants. En Slovaquie, la majorité catholique est moins forte (70 "/•>) ! 23 "/" des Slovaques sont protestants, et 5 "la uniates.

Éducation nationale. — Les Tchèques ont montré leur attachement pour leur nationalité par les admirables efforts qu'ils ont toujours faits pour développer leurs écoles.

Aucun peuple n'est plus avide d'éducation. Non seulement le développement chez eux de l'instruction primaire les place au premier rang parmi les slaves, mais ils sont supérieurs aux Allemands d'Autriche.

D'après les statistiques officielles, on compte en Bohême :

94 "/o d'habitants sachant lire et écrire.

2 o/o ne sachant que lire.

4 "/o d'illettrés.

Chez les Allemands d'Autriche, la proportion est de 92 °/o, 1 "/o et 7 "/u ; pour les Magyars, de 40»/», 4"/o et SG»/,,. ^f En Slovaquie, le nombre des illettrés est plus considérable qu'en Bohême et en Moravie, ce qui s'explique tout naturellement par les procédés bien connus d'éducation magyars. Comment espérer apprendre à lire à un enfant dans une langue dont il ne connaît pas le premier mot V

Parmi les immigrants en Amérique, au-dessus de dix ans, 19 Tchèques seulement sur 10.000 sont illettrés, tandis que sur 10.000 Allemands, 68 ne savent ni lire ni écrire.

Ce n'est certes pas que le gouvernement autrichien favorise les écoles slaves !

Alors que la population tchèque est en Bohême presque

le double de la population allemande, la proportion pour les écoles officielles est la suivante :

Tclièques .\lleiiuin(lt'S

Enseignement primaire 3200 2300

Ecoles moyennes 374 234

— supérieures 39 34

— — industrielles 3 2

— normales 9 9

— professionnelles. 29 44

Dans l'enseignement primaire, les Tchèques, sans avoir le nombre d'écoles auxquelles ils auraient droit, sont moins outrageusement maltraités que pour l'enseignement secondaire ou supérieur. C'est que les écoles primaires relèvent davantage des autorités locales qui, à force d'insistance et de revendications, finissent par arracher à l'administration centrale une partie des créations qui devraient être considérées comme leur droit strict.

Les écoles primaires commerciales allemandes et tchèques sont en nombre égal (5). Des 9 collèges de commerce situés en Bohême, 5 sont allemands et 4 seulement tchèques, quoiqu'il y ait plus de 900 élèves tchèques et moins de 800 allemands. Jusqu'à présent, et malgré des réclamations pressantes, la Bohême, la région la plus riche de l'Autriche au point de vue industriel et commercial ne possède pas d'institut supérieur de commerce.

En Moravie et en Silésie, les statistiques font ressortir les mêmes injustices et les mômes traitements de faveur pour les Allemands.

Chez les Slovaques qui, comme on le sait, ne font pas partie de l'Autriche, mais sont soumis à l'implacable et absurde tyrannie des Magyars, le tableau est singulièrement plus poignant.

Tandis que le gouvernement entretient plus de 600 écoles primaires Magyares, les Slovaques ne possèdent que 325 écoles qui sont exclusivement entretenues par les cotisations des habitants ; encore sont elles soumises à une persécution incessante et constamment menacées de suppression.

La loi scolaire de 1907, connue sous le nom de loi Apponyi, stipule que dans toute école où 20 enfants désirent apprendre le magyar, l'enseignement doit se faire entièrement en magyar. La police magyare a des procédés irrésistibles pour trouver 20 enfants, môme dans les paroisses où personne ne sait un mot de magyar.

Le ministre a le droit de fixer à son gré le nombre d'heures qui doivent être consacrés à l'étude du magyar, même dans les écoles où le magyar n'est pas la langue usuelle, et il le fixe avec une telle générosité qu'il ne reste plus de temps pour l'étude de la langue nationale. 75.250 Slovaques fréquentent des écoles de continuation. Nulle part leur langue maternelle n'y est employée comme langue d'enseignement. Par contre, les Magyars ont 4 écoles supérieures, 36 écoles secondaires et 15 écoles normales dans les régions occupées par les Slovaques.

Nulle part les procédés du gouvernement autrichien n'apparaissent aussi scandaleux que dans la question des Universités. Ils ont exaspéré les Tchèques et donné lieu à des débats retentissants dont l'Europe entière s'est occupée.

Les Allemands d'Autriche qui sont moins de dix mil

lions, ont 5 universités. Aux dix millions de Tchèques et de Slovaques, le gouvernement n'accorde qu'une seule université, et pour la lui arracher, il a fallu plus d'un quart de siècle de luttes acharnées. Quand le ministre a dû enfin céder aux réclamations de la majorité tchèque, il semble s'être attaché à empêcher par tous les moyens le succès de l'université tchèque de Prague. Les salles sont d'une telle insuffisance comme nombre et comme dimensions que même des ministres allemands en ont été indignés. Pour 1.850 étudiants, l'université allemande de Prague a un budget de 1.600.000 couronnes. Pour 4.440 étudiants, l'université tchèque n'en reçoit que 1.750.000. La dépense pour un étudiant tchèque est de 600 couronnes, pour un étudiant allemand, de 1.200.

Malgré leurs efforts, les Tchèques de Moravie n'ont pas encore obtenu la création d'une seconde université. C'est à grand'peine que les Slovaques ont pu faire instituer une chaire de langue et littérature slovaque à l'Université de Budapest. Mais le slovaque ne tient naturellement aucune place dans les examens et les étudiants que l'on soupçonne de sentiments slaves, sont aussitôt suspects, dénoncés comme agents de la Russie et soumis aux plus absurdes persécutions.

Ce que les Tchèques ont fait pour l'éducation nationale. — Les Tchèques, en présence de ce déni de justice, n'ont pas reculé pour maintenir et développer leurs établissements d'instruction devant les plus lourds sacrifices. Cette lutte pour l'instruction est une des plus belles pages de l'histoire de la Bohème. Le peuple tout entier y a pris part et il a réussi, à force d'héroïsme continu à tenir en échec une nation aussi puissante que la nation allemande.

Quoique la Bohême fût déjà écrasée par les impôts qui étaient aux yeux de Vienne la rançon de sa prospérité industrielle et commerciale et de sa protestation acharnée contre le germanisme, quoiqu'elle contribuât largement à l'entretien des écoles allemandes dont on inondait le pays, elle n'a pas hésité à prélever sur ses maigres ressources un nouvel impôt volontaire et spontané pour soutenir les écoles tchèques.

La Bohême dépense ainsi plus de 50.000.000 par an pour ses établissements d'instruction publique. Sur un budget total de 106.130.047 couronnes, en 1914, 53.986.852 couronnes étaient destinées à l'instruction publique. De plus, comme, dans les cantons à population mixte, les Tchèques ne peuvent pas espérer obtenir des autorités locales le nombre d'écoles nécessaires pour lutter avec succès contre la germanisation, ils ont fondé en 1880 une ligue scolaire « la Matitsé scolaire centrale » chargée d'entretenir des écoles sur les points les plus menacés. La Matitsé est devenue peu à peu la plus puissante des organisations nationales tchèques. Les dépenses sont couvertes par souscriptions et par quêtes publiques; souvent la Matitsé reçoit des legs considérables. Le budget de la Matitsé s'élève actuellement à 1.150.000 couronnes. Elle entretient 151 écoles tchèques, 80 écoles primaires (56 en Bohème, 21 en Moravie, 8 en Silésie) et 9 écoles secondaires, en Moravie. Le nombre des enfants qui les fréquentent est de 15.000. La Matitsé Tchèque a dépensé depuis sa fondation plus de 16.000.000 de couronnes.

Les Slovaques aussi avaient fondé une ligue analogue, la Matitsé Slovenska, qui entretenait 3 écoles secondaires avant 1867. Après le compromis de 1867, ces écoles secondaires furent fermées et les fonds de la ligue confisqués en 1874. Ils s'élevaient à environ cent mille florins, en dehors des collections, des bibliothèques et d'une maison qui fut transformée en justice de paix. Depuis sa fondation, disait l'arrêté ministériel, cette association n'a rien fait que servir une tendance politique qui est connue dans le monde entier sous le nom de tendance panslaviste.

Cette magnifique leçon d'énergie que nous donnent les Matitsé tchèque et slovaque, n'est qu'un exemple entre mille du souffle puissant de vie qui a toujours animé et anime maintenant encore la Bohême. Opprimés partout, méprisés, bafoués, les Tchèques ne faiblissent pas et ne perdent pas courage. Forts de la gloire antique des Charles IV et des Podiebrad, ils sentent que leur pays se développe d'une manière continue, et progresse malgré tous les efforts des Allemands.

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