km
Recettes
Dépenses
Excédent
Etats-Unis
Allemagne
Angleterre
Russie
France
Autriche-Hongrie
Le commerce maritime de l'Autriche-Hongrie est encore beaucoup plus faible. En 1910, le jaugeage total des navires marchands du monde entier, vapeurs et voiliers, (la tonne d'un voilier comptée pour le 1/3 de tonne d'un vapeur) se montait environ à 25.000.000 tonnes, dont 480.000 seulement pour l'Autriche, pas même 2°/». L'Autriche- Hongrie occupait la treizième place parmi les Etats maritimes, le classement des puissances maritimes étant établi comme suit (les chiffres indiquant la proportion par rapport au jaugeage total mondial des navires marchands) :
Grande-Bretagne 43,20/0; Allemagne 10 1/4 °/o ; Etats- Unis 7,2°/o; Colonies anglaises 4,90/0; Norvège 4,4°/o; France 4, l°/o; Japon 3,3o/o; Italie 3, 2o/o; Russie et Finlande 2, 9"/o; Suède 2,60/0; Pays-Bas, Espagne, chacun 2o/o ; Autriche-Hongrie 1,9 0/0; autres pays, ensemble 8o/o-
La faiblesse économique relative de la monarchie austrohongroise est surtout sensible dans le commerce extérieur. La valeur du transit hors frontières, importation et expor-
tation, a été — approximativement et annuellement 1891 à 1913, la suivante :
de
De 1891 à KOO De 1901 à 1910 De 1911 à 1913
Angleterre et Irlande 15.8 (100)* 21.5 (136) 29. (184)
Allemagne 10. (100) 16.2(162) 24. (240)
États-Unis 9.1(100) 14.2(156) 16.5(181)
Pays-Bas 6.1 (100) 9.8 (161) 13.6 (223)
Belgique 3.4(100) 5.6(165) 8.8(259)
Indes anglaises 3. (100) 4.9(163) 6.8(227)
Russie 3.2(100) 4.7(147) 7.6(237)
Autriche-Hongrie 4. (100) 4.7(118) 7.3(157)
On voit que le commerce extérieur est très réduit, relativement à celui des autres pays. L'Autriche-IIongrie qui, de 1891 à 1900, étailencoresensiblementaudessusdela Belgique, des Indesanglaiseset de la Russie, s'est laissé distancer par tous ces pays pendant les dernières années. De petites puissances, comme les Pays-Bas et la Belgique, ont un commerce extérieur bien plus développé que celui de la grande monarchie austro-hongroise, y compris la Bosnie- Herzégovine, en dépit de frontières longues et découpées. Il est vrai que la Russie n'a pas non plus un commerce extérieur très étendu ; mais tandis que celle ci a fermé volontairement ses frontières dans l'intention de se sudire à elle-même, l'Autriche-Hongrie, au contraire, s'est toujours efforcée de développer son commerce extérieur, sans y parvenir, comme on le voit.
L'Autriche est sensiblement plus riche que la Hongrie. Cependant la Hongrie l'emporte sur l'Autriche par ses récoltes de céréales; elle en produit presque 50 "/o de plus, et elle fournit à l'Autriche une assez grande quantité de son excédent pour nourrir ses habitants. En retour, elle reçoit quantité de marchandises industrielles de toutes espèces, et elle est de ce fait considérablement endettée envers i'Autriche. En 19(X), pour 3 millions 1/3 de personnes employées dans l'industrie en Autriche, il n'y en avait en Hongrie que 1 million 1/6.
La Hongrie, dont l'industrie est presqu'exclusivenient agricole, tire de l'Autriche presque tous les produits industriels qu'elle ne peut produire elle-même. Le développement considérable de l'industrie autrichienne relativement à l'industrie hongroise est mis en lumière par la consommation des deux' principales matières premières industrielles: le fer et le charbon. De 1901 à 1910, la consommation relative par habitant a été :
Houille noire et houille brune
Autriche. 12 q. 1/2
Hongrie . 4 q. 1/2
For
'- Entre parenttièse : cliillre de la progression relative.
L'extraction du charbon, a été en moyenne annuellement, de 1901 à 1910:
Charbon noir Charbon brun
Autriche. 12 millions 2/3 de tonnes Hongrie . 1 million 1/4 »
24 millions de tonnes 6 1/4 »
On a extrait en moyenne et annuellement en Autriche : 1.220.000 tonnes de fer brut; en Hongrie, 460.000 tonnes.
Au commencement de ce siècle l'ensemble de l'industrie employait en force motrice : en Autriche, à peu près l.SOO.Oœ H. P.; en Hongrie, à peine 1/3 de million; soit près de cinq fois moins que l'Autriche.
La Hongrie importeannuellement d'Autriche pour 70 millions net de machines diverses. Mais elle est surtout dépendante de l'Autriche pour les matières textiles : en cinq ans, de 1908 à 1912, la Hongrie a importé annuellement d'Autriche 1 million 2/3 de quintaux de produits et marchandises textiles, pour une valeur de 684 millions de couronnes. L'état comparé de l'industrie du coton dans les deux pays de la monarchie est le suivant pour 1909 :
Balles flecolon F^cheveaux Mi'lieis Ouvriers iravaillrt
Autriche 4 millions 2/3 130.000 105.000 360. COO Hongrie 1/4 million 4.500 10.000 50.000
La consommation individuelle des habitants démontre également la supériorité économique de l'Autriche sur la Hongrie. On comptait annuellement, en 1910, pour chaque habitant :
Autriche Hongrie
Sucre
16 kg.
Bière 71 1.
Papiers 10 kg.
Envois postaux
Télégrammes
pour 100 habitants
L'infériorité de la Hongrie sur l'Autriche ne se manifeste pas seulement dans l'industrie et le commerce, mais dans la principale source de richesse des pays autrichiens: l'agriculture. La supériorité quantitative des récoltes hongroises de céréales n'est pas due à des moyens de culture plus perfectionnés; elle tient seulement à la plus grande étendue de terrain cultivable et à une fertilité en général supérieure. Mais, le rendement de la terre est moins élevé en Hongrie qu'en Autriche. En effet, pour l'hectare de terrain ensemencé, la récolte nette de céréales est en moyenne et annuellement, comme nous l'avons dit plus haut :
Del901-lil05 De 190G-190J Del'JI0-l'JI4
Autriche.
Hongrie.
En Hongrie, le rendement est médiocre et ne progresse pas, tandis qu'en Autriche, dans un sol plus maigre, et naturellement moins productif, le rendement, d'abord inférieur, a rapidement dépassé celui des terres hongroises. La proportion des récoltes de céréales peut être présentée par les chiffres suivants :
l'joi-iwo iy{)i>-i'j09 imo-191'i
Autriche.
Hongrie.
Il y a progrès sensible en Aulriche, et stagnation en Hongrie ; par conséquent recul de la Hongrie par rapport à l'Autriche.
La supériorité économique de l'Autriche se traduit également dans la participation des deux Etats de la monarchie dans les budgets communs : armée, affaires étrangères, et dans les conventions touchant l'annexion de la Bosnie et de l'Herzégovine. De ces charges communes, l'Autriche supporte 65,6»/o, presque les 2/3; la Hongrie, à peine 34,4%, un peu plus du i/3, alors que la proportion du nombre des habitants, 57 8 % et 42, 2 «/o, devrait faire supposer une toute autre répartition.
BIBLIOGRAPHIE
BoHE.MiA UNDER Hapsburg MisnuLE. — A Study of the Ideals and Aspirations of the Bohemian and Slovak Peoples as Relaled to and Aiïected by the European War. Ediled by Thomas Capek ( Fleming H. Réveil Company, New- York ).
M. Thomas Capek, qui déploie en Amérique la plus louable activité en faveur de notre cause, vient de publier à New-York un volume intitulé i^o/ie/nm under Hapabourg Misrule (La Bohème sous le joug des Habsbourg), destiné à mieux faire connaître au public de langue anglaise notre peupleetsesaspirations. Danscette pensée, après avoir exposé lui-même très clairement et avec beaucoup de verve la condition de la Bohème sous la férule autrichienne, NL Capek fait appel au témoignage de plusieurs professeurs des Universités américaines, qui, chacun suivant sa spécialité, exposent aux lecteurs les raisons de leur ef-time pour le peuple tchèque.
Le professeur B. Si.mek de l'Université de l'Etat d'iowa, explique Pourquoi la Bohème est digne de la liberté en énumérant ses droits à l'indépendance: droits historiques, progrès politique , qualités intellectuelles , morales et éthiques.
Le professeur de sociologie Adolphe Miller, analysant notre caractère national, insiste sur notre amour de notre langue, notre attachement à la cause slave, et ne voit guère à nous reprocher qu'une suspicion un peu exagérée envers ceux de nos concitoyens que leurs mérites mettent en évidence.
Le professeur Will. S. Monroe, l'auteur d'un ouvrage remarquable Bohemia and the Cechs, démontre que notre civilisation est plus ancienne que celle des Germains et a toujours suivi sa route distincte et nationale.
Le professeur Leo Wiener, de l'Université d'Harward, précise le rôle essentiel que la Bohème a joué comme laborieux intermédiaire entre la civilisation latine et les autres peuples slaves. Nous nous permettrons cependant de ne pas croire, comme lui, « qu'il n'y a aucune rai- « son pour des antipathies de race entre Germains et Slaves « dans des pays où ils ont vécu côte à côte pendant tant « de siècles. )>
Enfin, pour terminer, le professeur E. G- Balch fait
l'éloge des émigrants tchèques aux Etats-Unis, où ils se distinguent entre tous par leur instruction et leur moralité.
Ces témoignages autorisés appuient heureusement l'ardent et brillant plaidoyer de M. Capek pour que les Tchèques et les Slovaques « aient enfin leur place au soleil »; et nous espérons que l'ensemble du livre convaincra le public américain de la justice des revendications tchèques.
La lecture des publications récentes sur lo guerre actuelle et sur les conditions de la paix future est vraiment réconfortante pour nous. Toutes les éludes quelque peu sérieuses indiquent toujours la nécessité impérieuse pour la France et pour l'Europe de se débarrasser de l'Etat qui a déchniné la guerre actuelle et qui, par la complication de son organisation intérieure et par son insatiable ambition à l'extérieur, constituerait un danger continuel pourla paix de l'Europe.
C'est également l'avis de M. Paul Louis dans son intéressante brochure-L'jE'wrope iVoftre//e, (Paris, Alcan) cù il a réuni quelques articles sur la future Europe publiés dans la Reçue Bleue et dans le Mercure de France. H y trace, avec une clarté remarquable, le rôle des petites nations dans la guerre d'aujourd'hui, critique avec véhémence la conduite des socialistes allemands , analyse l'évolution italienne, roumaine et grecque. Ce qui nous intéresse le plus c'est son opinion sur le sort de l'Autriche.
M Paul Louis apprécie très sainement la situation. H montre que l'heure est venue de constituer les États démocratiques modernes et l'Europe future d'après le principe des nationalités, et il réclame le démembrement de l'Autriche suivant les grandes lignes suivantes: La Roumanie, la Serbie, l'Italie et la Pologne recevraient les parties de l'ancienne Autriche-Hongrie habitées par leurs nationaux. Pour le reste, il envisage les deux hypothèses bien connues : ou bien constituer trois petits Etats indépendants tchèque, austro-allemand et magyar, ou bien établir un État trialiste, dont les trois nations jouiraient de droits égaux. La Bohème, la plus riche des trois, la plus laborieuse, la plus ouverte à la civilisation moderne, paralyserait complètement l'influence allemande et magyare.
M. Paul Louis ne cherche pas à déterminer les avantages et les inconvénients de chacune de ces deux solutions et il ne se prononce en faveur ni de l'une ni de l'autre. Mais la sincérité de ^:on étude, la connaissance qu'il montre de la question, sa conviction qu'il faud:a opérer hardiment et non par demi-mesures, sont une preuve que la nécessité du démembrement de l'Autriche s'impose de plus en plus fortement aux meilleurs esprits. Nous sommes do.ic heureux de rendre un juste hommage au beau travail de M. Paul Louis.
Nous aurons bientôt l'occasion de revenir sur le problème des deux hypothèses envisagées dans cette brochure, — problème qui, du reste, est considéré sous le môme jour par plusieurs autres auteurs, — et nous tâcherons de montrer quels seraient les inconvénients pour la France et pour l'Europe de la future Autriche, même reconstituée sur ces nouvelles bases.
ÉCHOS ET NOUVELLES
Situation Politique
Les progrès du pangermanisme en Autriche. — Une
question d'une importance capitale est le sujet des préoccupations générales en Autriche, comme d'ailleurs dans les milieux politiques des nations alliées. Pas à pas et jour par jour, l'Allemagne met de plus en plus la main sur l'ancien empire austro hongrois, de sorte que l'on ne voit plus aujourd'hui où le pouvoir de l'Allemagne finit et où celui de l'Autriche commence.
Il est intéressant de connaître les opinions qui ont cours à ce sujet dans le pays le plus intéressé, l'Autriche. On peut se demander, en effet, comment une dynastie aussi ancienne que celle des Habsbourg et une cour aussi orgueilleuse que celle do Vienne, toutes deux toujours si jalouses de leur prestige, consentent à une telle atteinte à leurs prérogatives.
Là-dessus nous pouvons donner désinformations puisées à une source très compétente et absolument sûre :
Les populations slaves supportent avec une placidité forcée et dédaigneuse ce changement inattendu dans la direction des affaires intérieures de la monarchie. Elles ne peuvent ni protester ni exprimer leur mécontentement d'une pareille évolution de la situation politique interne, et elles doivent se contenter de commentaires ironiques.
Parmi les Allemands-Autrichiens nous pouvons constater deux courants d'opinion. Les classes populaires et en particulier la population de Vi(mne, qui, catholique et même cléricale, détestait auparavant les Prussiens protestants et les i^Ioheiizollern, sont aujourd'hui entichées de la Prusse et de Guillaume II. Après la retraite des Russes de la Galicie, Guillaume II a pris dans leur affection la place du vieux monarque, le légendaire François Josei)h. Les Viennois n'appellent plus Guillaume que Noire Willy, familiarité qui caractérise à la fois le sans-façon jovial des Viennois et dénote une sympathie quelque peu inquiétante pour l'avenir de la dynastie des Habsbourg, qui pourrait bien pâtir de la popularité des HohenzoUern.
Vi\ autre courant d'opinion. — qui du reste a la même signification, mais qui est plutôt le résultat de réflexions raisonnées que d'uneexaltation inconsciente, — se manifeste d'une façon quelque peu brutale à l'égard des Ilabsbourgs et des anciennes traditions autrichiennes. On n'espère plus rien de l'Autriche-Hongrie seule. Elle a été battue partout où elle a agi isolément. A l'intérieur régnaient le désordre, la nonchalance, la négligence et la stupidité de bureaucrates incapables d'idées justes et de décisions énergiques. Les différents services militaires, les services de santé et de ravitaillement ont fonctionné déplorablement. Les officiers et les généraux ont montré une telle incapacité qu'il a fallu les remplacer tous par des officiers allemands. En un mot, il faut à l'Autriche de nouveaux guides qui la régénèrent, les HohenzoUern. On attend impatiemment la mort du vieil empereur, qui, naturellement est intraitable en cette matière. Le jeune prince héritier est un homme
très médiocre, qui songe surtout à ses plaisirs, et il est prêt à suivre les injonctions de Guillaume. Avec l'aide de Berlin, on réussira à remettre un peu d'ordre dans les affaires intérieures de l'Autriche, on la prussiannisera, et on reconstituera l'ancienne monarchie des Habsbourgs sur un plan plus favorable aux ambitions allemandes.
Ce ne sont pas les anciens pangermanistes, les fougueux apôtres de la plus grande Allemagne, les caudataires des Wolf et des Schonerer qui soutiennent ces théories, mais l'entourage même des ministres. Cette nouvelle conception du patriotisme autrichien : (( Pour sauver l'Autriche et Vienne, mettons les entre les mains de Guillaume II et de Berlin», ne manque pas d'originalité.
Reste la Cour de Vienne, le vieil empereur et quelques bureaucrates de l'ancien style autrichien, enfin, la noblesse de la Cour et les généraux. Ceux-là — en dépit des services ou probablement à cause desservicesquel'armée prussienne a rendus à l'Autriche — ne peuvent souffrir les dirigeants de Berlin. Ils sont furieux de l'infériorité de l'armée autrichienne, de l'incapacité évidente de ses généraux, et ils ne supporlentqu'en rongeant leur freinla direction prussienne. L'empereur surtout en souffre terriblement. A de certains moments, cette tension entre Allemands et Autrichienss'est manifestée par des discussions violentes entre officiers des deux nations; parfois aussi, on s'est réjoui à Vienne des échecs infligés par les Russes aux Allemands, et souvent on ne cachait qu'à peine le désir de voir leurs défaites s'accentuer.
C'est là le troisième courant d'opinion. Mais comme la situation reste très difficile, on hésite à manifester trop ouvertement ces sentiments. On discute seulement à perte de vue sur l'avenir de l'Autriche. Les éventualités sur'ce point ne sont pourtant pas nombreuses, il n'y en a qu'une : l'effondrement de l'Autriche. Le mode et les bénéficiaires seuls peuvent varier ; par l'absorbtion et au profit de l'Allemagne, ou par la désagrégation et la libération des nationalités asservies.
Et l''raneois Joseph n'a même pas le choix.
La censure autrichienne en Bohême. — Les autorités ont ordonné la confiscation et interdit la vente d'un « Recueil de chansons des Sokols n qui, publié il y a bien longtemps, en était déjà à sa neuvième édition. Le gouvernement vient de découvrir que ces chansons patriotiques encouragent la haute trahison, poussent à la haine des Habsbourgs et préconisent encore d'autres crimes contre la sùrete de l'Etat. Actuellement, ce sont surtout les publications consacrées à la mémoire de Jean Hus qui attirent l'attention des autorités, et lu confiscation est prononcée aussi bien contre les anciennes que contre les récentes. La liste des journaux supprimés dans les Pays-Tchèques s'allonge do jour en jour. Sur 34 journaux qui paraissaient dans l'Est do la Bohème, il n'en reste que 13.
Au secours des Serbes. — La décision prise par les gouvernements anglais et français d'envoyer des troupes
au secours des Serbes ne pouvait être accueillie par les Slaves qu'avec la plus complète satisfaction. Le débarquement des troupes françaises et anglaises à Salonique marque le début d'une nouvelle période de la guerre et elle doit avoir une influence profonde sur les événements.
Il s'agit avant tout d'arrêter les Bulgares dans leur folle poussée vers l'Allemagne et de les rappeler à leurs véritables devoirs nationaux, de sauver les Serbes de l'écrasement complet et de s'opposer aux plans germaniques d'une conquête définitive de l'Ofient. Mais il s'agit de beaucoup plus encore.
A ce moment, rien n'affaiblirait plus l'Allemagne que la destruction de l'empire austro-hongrois et sa mise hors de combat définitive . Aujourd'hui encore , malgré sa ruine financière et économique, exsangue, minée par la révolte latente de la majorité de ses populations, l' Autriche- Hongrie apporte toujours une force importante et un appui précieux à l'Allemagne. Elle réussit à lever de nouveaux contingents d'hommes, et, à son propre détriment, elle partage avec son allié ses ressources alimentaires et les armes que fabriquent ses usines. Ses régiments, sans cesse b .ttus, retiennent cependant devant eux un nombre important de corps d'armée qui seraient ailleurs d'une utilité incontestable.
Or, l'Autriche-Hongrie est plus vulnérable du côté de la Serbie qu'en Galicie ou dans le Trentin, et c'est de ce côté là que pourrait lui venir le coup mortel. Une défaite éclatante des Austro-Allemands sur le Danube inférieur aurait un retentissement immédiat parmi les Yougoslaves, les Slovènes et les Tchèques, qui attendent avec une impatience croissante le moment de s'affranchir d'un joug détesté.
Ce serait le début d'une ère nouvelle de l'histoire du monde. L'Autriche écrasée, il serait facile de former dans l'Europe centrale une barrière de peuples qui arrêteraient à jamais la poussée germanique. Les 'l'chèques formeraient le noyau d'un groupe d'États slaves qui s'étendraient de la Baltique avec les Polonais à l'Adriatique avec les Yougoslaves. Ils sont habitués à combattre les barbares. Du xiV siècle au xvin«, ils ont défendu la civilisation chrétienne contre les invasions turques ; ils seraient encore les meilleurs soldats et les plus sûrs de la liberté de l'Europe contre la folie tudesque.
Situation Economique
La famine menace l'Autriche-Hongrie. Au printemps dernier, les milieux financiers de "Vienne prévoyaient une catastrophe économique. Les autorités chargées des approvisionnements ne s'étaient pas montrées à la hauteur de leur tûche et n'avaient pas assuré convenablement l'alimentation de la population qui commençait déjà à se révolter.
La nouvelle récolte et certaines modifications heureuses apportées d'après l'exemple de l'Allemagne aux services d'approvisionnement ont amélioré la situation.
D'après les statistiques officielles publiées par le ministère de l'agriculture de Vienne, les récoltes de 1914 en blé (seigle, froment, orge, avoine), en maïs et en légumes s'élevait à 03.915.343 q. La moyenne des dernières dix années était 58 . 524.372 q.
Si l'on évalue la récolte de 1915 à 70 "/o de la récolte de l'année précédente, ce qui est l'estimation la plus favorable, on arrive au chiffre de 45 mil. q., sensiblement au dessous delà moyenne. Mais, il nefautpasoublierqu'un certain nombredeterresdesrégionsatteintes par la guerreont étéinsufBsamment cultivés et quelques-unes pasdu tout. En Hongrie, la situation n'est pas plus favorable, et la mauvaise volonté que met le gouvernement hongrois à approvisionner la Cisleithanie comme avant la guerre démontre clairement que les seules ressources de l'Aulriche-Hongrie ne lui permettront pas d'assurer la subsistance du peuple jusqu'au printemps.
Le traité de juin 1915, par lequel le gouvernement autrichien s'engage à céder à l'Allemagne 20"/u de la récolte de 1915, vient encore aggraver la situation.
Dans ces conditions, on comprend les graves inquiétudes qui se manifestent à Vienne et l'àpreté avec laquelle on procède aux réquisitions, surtout en Bohême et en Moravie, les pays les plus fertiles de la Cisleithanie. Le gouvernement cherche également à réduire la consommation au minimum et, depuis le 22 avril, la vente du pain se fait par tickets, même dans les campagnes.
On admet généralement que, lors du recensement, les paysans ont dissimulé une certaine quantité de blé et de farine; mais cela ne rend pas la situation plus favorable.
A Piagiie, on voit quotidiennement devant les boulangeries des foules affamées qui, après une attente de cinq ou six heures, doivent se retirer sans avoir rien pu acheter,
A Vienne, la situation est plus grave encore. Pour se débarrasser du public qui insiste pour obtenir des marchandises, les épiciers et les boulangers affichent des pancartes: «Epuisé» ou indiquent des heures de vente. D'après les journaux viennois, dans beaucoup de rues on voit tous les jours des inscriptions suivantes: Plus de pain, plus de beurre, plus d'oeufs, etc., ce qui impressiorlne le public qui ne peut s'expliquer ce manque de vivres aussi peu de temps après la moisson et qui attribue celte pénurie de produits alimentaires aux manœuvres des accapareurs et aux exportations que l'Autriche se voit obligée de faire en Allemagne en échange de son appui militaire.
Nouvelles de l'Armée
Puissance militaire actuelle des Empires centraux. —
L'Allemagne possède 14.000.000 d'hommes âgés de 18 à 45 ans. Depuis le commencement de la guerre elle en a mobilisé approximativement 60 "/o, ce qui fait à peu près 8.400.000 hommes.
Sur ce chiffre, 1.800.000 combattent sur le front français et 2.000.000 à peu près sur le front russe ; quelques spécialistes russes ne comptent pourtant sur le front russe que 1.800.000 hommes. D'après les indications des milieux gouvernementaux de Vienne, l'Allemagne aurait perdu définitivement près de 2.000.000 de soldats. On compte environ 1.500,000 tués, près de 400.000 prisonniers de guerre^ 110.000 blessés inaptes à reprendre le service (Krûppel). On estime, en outre, à 1.000.000 ou 1.200.000 les blessés, malades et convalescents.
Nous arrivons donc, en somme, aux chiffres suivants :
Front français 1 .800.000 soldats
Front russe 2.000.000 »
Pertes définitives 2. 000. 000 »
Blessés, malades, etc. 1.200.000 »
Total 7.000.000 soldats
Il ne resterait aux Allemands que l.iOO.OOO hommes, à peu près, pour les services intérieurs, les garnisons, les forteresses, loccupation des territoires conquis et le remplissage des vides du front. Il en résulte donc une absence presque totale de réserves, et le gouvernement doit y remédier par de nouvelles levées d'hommes âgés de ib à" 50 ans. On espère pouvoir recruter ainsi près de 1.200.000 hommes, qui seraient divisés en deux catégories: 1» soldats pour le service non armé (travaux de fortifications, bureaux, etc.) ; 2» soldats pour le service armé, qui, en raison de leur âge avancé, ne serviraient qu'à remplacer les troupes dans les territoires occupés, dans les garnisons et dans les services intérieurs.
Ainsi, l'Allemagne pourrait, en fin de compte, disposer, pour les périodes les plus critiques, d'un supplément d'un million d'hommes et les envoyer, le cas échéant, sur le front. Il faut en outre compter un nombre assez grand de blessés et de malades qui, tôt ou tard, reviendront au régiment et retourneront au front. On peut les évaluer à 500.000 au moins. On obtiendrait ainsi un chiffre assez imposant de réserves — 1.500.000 soldats. Néanmoins, ce chiffre ne pourra être atteint que dans un délai assez long. Il faut cependant en tenir compte et agir en conséquence. La situation de 1' Autriche-Hongrie parait être plus favorable que celle de l'Allemagne. Depuis le commencement de la guerre jusqu'au mois de juin dernier, elle a mobilisé environ 3.500.000 hommes. Elle a définitivement perdu près de la moitié de ce contingent. D'après les indi cations qui nous sont parvenues d'une source très sûre on comptait au mois d'août dernier 930.000 prisonniers en Ru.ssie, 70.000 prisonniers en Serbie, 537.000 tués, 90.000 mutilés. Il y a aussi un certain nombre de blessés et de malades qui ont été réformés. Ceux-ci étaient nombreux au commencement, il y en a très peu à présent, car on ne réforme plus que rarement. Il restait donc à l'Autriche- Hongrie pour les fronts russe et italien et pour les services intérieurs, les garnisons, les étapes, etc., à peu près 1.500.000 soldats, car il faut compter qu'il y avait à ce moment, à peu près 500.000 blessés, malades et convalescents.
On a procédé à de nouveaux appels qui eurent lieu comme suit:
1») les jeunes gens âgés de 24-37 ans, seconde révision en mai et juin.
2° ) les jeunes gens ôgés de 18 ans, en juin. 3») les hommes ôgés de 43-50 ans, en juillet et sepfembre.
40) les jeunes gens nés en 1891, 95, 96, en octobre. 5») les hommes ôgés de 37-42 ans, seconde révision en novembre et décembre.
6) une troisième révision de tous les hommes âgés de
18 à 50 ans, en janvier et février 1916 (on en fait actuellement le recensement).
On prend dans ces révisions jusqu'à 75 0/0 du nombre des hommes qui se présentent ; ceux qui ont déjà été soldats sont pris dans la proportion de 90 "/o (ce pourcentage est ordonné par les autorités militaires, et est strictement observé, surtout dans les contrées slaves).
On espère recruter de cette manière à peu près 4.000.000 d'hommes. Mais, comme ils sont de qualité physique médiocre, -vu le grand pourcentage des recrutés, -— on les divise en quatre catégories. Suivant la décision du ministère, la 4« catégorie devait être tout d'abord libérée, mais plus tard on est revenu sur cette décision et on l'a gardée sous les drapeaux pour les services auxiliaires et pour les travaux peu pénibles. La 3' catégorie est destinée aux services intérieurs dans les garnisons, aux surveillances, etc. Les deux premières catégories, représentant de 2.000.000 à 2.400.000 soldats, doivent être employées au front. On est persuadé en Autriche que, lorsqu'on aura besoin de troupes pour le front, on y enverra celles dont on disposera pour le moment, sans distinction de catégories.
Sur ce chiffre de 40.00.000 de recrues, les unes — celles âgées de 24 à 29 ans et de 30 à 36 ans ont déjà été convoquées, les premières le 15 juillet, les secondes le 15 aoat — et sont employées sur les fronts serbe et russe. Les jeunes soldats de 18 ans ont été convoqués tout récemment, et on convoquera probablement ce mois ci les hommes ôgés de 43 à 50 ans.
Il est donc assez difficile de fixer d'une manière définitive le chiffre des réserves qui seraient à la disposition de l'Autriche-Hongrie. En comptant ceux des blessés qui pourraient encore revenir sur le front et celles des recrues qui ont déjà été convoquées ou seront convoquées prochainement, nous arrivons aux chifïres approximatifs suivants : Mobilisés au commencement de la guerre 3.50().000 soldats
Mobilisés plus tard 4.000.000 »
Total 7.500.000 soldats
Pertes définitives 1.500.000. soldats
Blessés, malades actuellement 700.000 »
Aux fronts et dans les dilTérents services 2.000.000 »
Total .\CTUEL 4.200.00Q soldats
11 resterait ainsi à l'Autriche, environ une réserve de 3.300.000 soldats qui, évidemment, appartiendraient pour la plus grande partie aux classes les plus ûgées, mais qui pourraient, par le même procédé qu'en Allemagne, remplacer des classes plus jeunes dans les services intérieurs, l'administration et les usines de munitions, de sorte qu'on disposerait encore de 2.000.000 de réserves pour le. front.
Les deux empires centraux possèdent donc des eCecttfs assez puissants pourcontinuer la guerre vigoureusement. Si l'Allemagne commence à s'épuiser, l'Autriche, au contraire, est encore en état de fournir le matériel humain dans une proportion assez élevée. Naturellement, ces soldats seront de qualité plutôt médiocre ; mais les Alliés doivent cependant tenir compte de ces chifïres, et bien peser les moyens de paralyser les efforts des deux empires centraux. Comme la réussite des projets allemands dans les Balkans
leur fournirait un accroissement sensible de leurs effectifs, les Alliés ont le plus grand intérêt à entraver, par tous les moyens possibles, la liaison des forces germano-bulgaroturques.
Les Slaves du Sud
Certains changements politiques et administratifs qui se sont produits dernièrement à Riéka (Fiume) méritent d'attirer l'attention des Alliés. Rappelons d'abord que Riéka jouit d'une situation toute spéciale dans l'État hongrois.
En 1868, les Magyars et les Croates ne pouvant se mettre d'accord sur l'attribution de Riéka à l'un ou l'autre État, inscrivirent dans leur traité que la question resterait en suspens. Mais, sur l'exemplaire du traité qui fut présenté à la signature de l'empereur François-Joseph, les Magyars collèrent sur cette clause une bande de papier portant, au contraire, que Fiume constituerait une province autonome sous la suzeraineté du gouvernement de Budapest. C'est le fameux faux du paragraphe 66 de la convention croatomagyare, appelle "l'accord du chiffon", et qui a donné aux Magyars l'accès de l'Adriatique à travers 300 kilomètres de territoires purement serbo-croates.
Les Magyars se sont servis de cette autonomie fictive pour dénationaliser Riéka. L'administration de la ville a été remise aux mains d'une oligarchie antislave qui a adopté la langue italienne comme langue officielle. Les, serbo-croates sont soigneusement tenus à l'écart des affaires publiques; tout ce qui présente le caractère slave est considéré comme suspect, et l'accroissement de la population magyare est encouragé et favorisé de toutes les manières possibles. Les Magyars qui n'étaient que 379 en 1880, sont maintenant 6493. Le recensement officiel de 1910 donne à côté de ces 6.493 Magyars, 24.212 Italiens et 17.687 Serbo-Croates. Ce chiffre de 24.212 Italieus, fourni par le gouvernement magyar, est sujet à caution, car les habitants qu'il compte comme tels, ne manifestent guère leur désir d'être rattachés à leur mère-patrie. En dehors de la haine qu'ils professent contre les Slaves pour plaire à des autorités toutes puissantes, ils bornent leur programme politique à la lutte en faveur de l'autonomie de Riéka. L'action môme de leur société " La jeune Fiume " s'est limitée à quelques bruyantes et enfantines manifestations, comme la destruction d'enseignes serbo-croates et des cris hostiles sur le passage des Sokols à Riéka. Le seul propagandiste effectif de l'irrédentisme italien que nous connaissions, est l'avocat Icilio Baccich, ancien conseiller municipal, (et non ancien maire, comme il lui plaît de s'intituler). Il réside depuis cinq ans en Italie, et il s'y est fait naturaliser, mais sa famille est d'origine croate et l'un de ses parents est maire de la ville croate Souchak, l'un des faubourgs de Riéka — ab unodisce oranes. D'ailleursla déclaration de guerre de l'Italie à l'Autriche n'a aucune ment modifié la situation à Riéka, l'attitude des Magyars vis-à-vis des Italiens reste la même, et le gouvernement de Budapest continue à entretenir très habilement, par la flatterie et par la pression administrative leur hostilité contre les Serbo-Croates.
C'est ainsi que le 21 et le 29 mai dernier, les recrues croates de Cerkvenitza, qui traversaient Riéka avec un drapeau croate, furent assaillies par la police municipale qui leur arracha leur étendard, en blessa plusieurs et en emprisonna un certain nombre. L'opinion publique croate s'étant émue de cet attentat, le ban de Croatie, le baron Skerlecz, demanda au comte Tisza de faire cesser ces violences. Réclamations superflues : le président de la municipalité, M. Corossacz, fut autorisé à déclarer que les emblèmes croates étaient interdits à Riéka.
L'appui ainsi donné à la Municipalité de Riéka dans ses tracasseries vis à vis des Croates, est caractéristique des manœuvres magyar(s pour semer la discorde entre les habitants des bords de l'Adriatique. Ces intrigues viennent encore de se manifester très ouvertement dans les élections municipales qui ont eu lieu dernièrement, en dépit de l'état de guerre.
L'inconsistance de la majorité, qui empêchait toute décision, servit de prétexte à ces élections. Il s'agissait, prétendait on, de remédier à une obstruction qu'on a prise, dans la presse étrangère, pour une manifestation de politique irrédentiste, mais qui, en réalité, n'était qu'une protestation contre les procédés arbitraires du bourgmestre, M. Carossasz, dans l'administration municipale. Ce furent d'ailleurs, en grande partie, les mêmes conseillers qui furent élus ; le maire échoua, et le nouveau conseil choisit pour le remplacer le D' Antonio Vio, officier de réserve de l'armée austro-hongroise, alors pourvu d'un poste militaire. Le vrai but du gouvernement hongrois, en faisant ces élections, était d'obtenir une assemblée plus docile comprenant une proportion suffisante de Magyars. Il réussit en effet à faire entrer sept magyars dans le nouveau conseil, tandis que les Serbo Croates n'y ont pas un seul représentant. Les tendances de la nouvelle assemblée sont clairement exprimées dans la déclarationsuivantedu maire, le D"' A. Vio, au rédacteur du journal Az Ujsag : « Les citoyens de la ville de Riéka ont exprimé récemment à plusieurs reprises leur désir de rester sujets magyars, et le comte Tisza a déjà eu la preuve de leur loyalisme. D'ailleurs la ville devient de plus en plus magyare et elle le sera un jour entièrement. Mais cela doit se produire par la voie normale. Les habitants de Riéka se rendent de plus en plus compte que la connaissance de la langue magyare !eur est indispensable. Les jeunes générations po.ssédent déjà bien cette langue, et bientôt les Magyars n'auront plus besoin de constituer un parti à part dans nos assemblées communales, car leurs intérêts ne diffèrent pas de ceux des sujets italiens. »
En même temps qu'il confectionnait un conseil municipal prêt à souscrire à toutes ses volontés, le gouvernement hongrois remplaçait à Riéka le régiment de Yélatich, composé exclusivement de Serbes et de Croates, par un régiment magyar. Riéka est, en effet, d'une importance capitale pour la Hongrie, qui cherche à se garantir politiquement et militairement de ce côté. ■
Plusieurs procès ont été intentés à la jeunesse des écoles de Bosnie-Herzégovine pour haute trahison ou pour attentats à l'ordre public. Un premier procès fut intenté le
3 mars 1915 à Bagna-Louka contre 35 élèves et 4 professeurs des écoles réaies. Un deuxième a eu lieu à Sarajevo, le 12 mai dernier, dans lequel 10 élèves de l'école deMostar étaient impliqués. Un troisième, en date du ISjuillet, visait 65 élèves des écoles de Sarajevo et de Trébigné. Le 13 septembre 1915, un quatrième procès s'est déroulé devant le tribunal de Bihatch contre 41 élèves du gymnase de Touzla. Dans la guerre implacable que le gouvernement austrohongrois mène contre ses propres sujets, il ne fait aucune distinction de religion et jette impartialement dans les cachots, catholiques, orthodoxes et mahométans, reconnaissant ainsi qu'une môme antipathie unit les citoyens des différentes croyances contre la monarchie des Hasbourgs. Les actes d'accusation produits au cours de ces différents procès sont tous basés sur la haute trahison, les attentats contre l'ordre public, réunions secrètes, etc. On y reproche aux accusés, dont la plupart n'ont pas même 15 ans, de faire partie de sociétés nationalistes, de publier des journaux en faveur de l'indépendance de leur pays et de la constitution d'un grand État yougoslave. Leur propagande patriotique en faveur de l'unification a valu à ces jeunes idéalistes plusieurs années de prison.
En Bosnie Herzégovine, on prépare de nouveau un grand procès de haute trahison. Il y aurait une centaine d'accusés, déjà incarcérés, dont une dizaine verraient requérir contre eux la peine de mort. Ce sont les citoyens serbes les plus distingués de la Bosnie-Herzégovine, des députés, des professeurs, des présidents de sociétés de gymnastiques (les Sokols). Parmi eux, se trouvent Vassilic Grdjitch, Savo Lioubibratilch, Atanacie, Sois Simitch, députés, le directeur du musée national, l'écrivain D^ Vladimir Tchorovitch, les professeurs Glouchaz et Popovitch, les présidents de Sokols, D' Risto Yeremitch, D^ Y. Bessarovitch, Bogounovitch et Tchédo Militch. Les accusations portées contre Tchorovitch, Militch et Simitch seraient d'ordre militaire.
En Bosnie Herzégovine, on a fait évacuer de nombreuses villes, en particulier, Biletch, Mostar, Sarajevo, Trébigné, Touzla, etc. U parait môme qu'on va faire venir à Mostar des officiers et des soldats allemands. A Sarajevo, on a dissous l'assemblée municipale ; ses fonctionssont remplies par le commissariat du gouvernement. La population des localités évacuées a été disséminée à l'est de la Bosnie et partiellement en Croatie. A Bagna-Louka on a préparé depuis longtemps des locaux pour le gouvernement spécial, et les familles des fonctionnaires sont déjà arrivées.
Le leader du parti démocratique croate en Dalmatie, le grand apôtre de l'unité yougoslave, le député D'^ Joseph Smodiaka, interné dès le début de la guerre, a été envoyé à l'armée comme simple soldat à titre de punition.
REVUES ET JOURNAUX
Quillaume II et la Conférence de La Haye
Maintenant encore, quelque invraisemblable que cela paraisse, tout le monde n'est pas d'accord au sujet des responsabilités qui incombent à chaque peuple dans la
guerre actuelle. Les Allemands soutiennent qu'elle leur a été imposée, qu'ils sont et ont toujours été les plus pacifistes des hommes, que leurs efforts désespérés pour maintenir la paix se sont brisés contre le mauvais vouloir des autres peuples, acharnés à leur perte ; quelques neutres, mal renseignés ou peu scrupuleux, leur prêtent une oreille complaisante.
Est-il vrai que l'Allemagne soit une nation pacifique, et qu'elle se soit toujours efforcée de protéger la paix contre les folles tentatives des autres peuples ?
Le Messager historique (Istoritcheski Viestnik) de Pélrograd publie à ce propos, dans son numéro de juin 1915, quelques renseignements qui ne manquent pas d'inlérôt.
Le 24 aoat 1898, l'empereur Nicolas 1 1 , lançait une circulaire où il proclamait que « le maintien de la paix universelle et la diminution des armements qui écrasent toutes les nations, est un idéal vers lequel doivent tendre les efforts de tous les gouvernements. » Elle terminait en priant les gouvernements de se réunir en un congrès oij l'on chercherait le meilleur moyen d'assurer, une paix durable.
Le 30 décembre, une seconde circulaire fixait le programme de la Conférence ; on y discuterait la possibilité d'un arbitrage facultatif entre les nations, et les divers moyens d'action pour éviter de nouveaux conflits.
Cette Conférence se tint du 8 mai au 29 juin 1899, et, malgré toutes les oppositions, elle aboutit à la fondation d'un tribunal d'arbitrage permanent, auquel 25 états prirent part, l'Autriche et l'Allemagne entre autres.
Les souvenirs du principal délégué des États-Unis, Andrew D. White, donnent une idée très nette de l'attitude que l'Allemagne conserva pendant toute la durée du congrès. Ces souvenirs sont d'autant plus caractéristiques que A. D. White avait été longtemps ambassadeur des États-Unis à la cour de Berlin, qu'il avait toujours été en excellents rapports avec les cercles dirigeants, en particulier avec les trois empereurs, de môme qu'avec les chanceliers Bismarck et Holienlohe. C'était certainement un ami de l'Allemagne, en même temps qu'un savant remarquable et un fin diplomate.
La veille de son départ pour La Haye, l'empereur Guillaume II le fit appeler chez lui, pour lui parler de la Conférence à laquelle il se rendait. (( Il est encore trop tôt pour publier cette conversation en détail, dit M. White. Mais il ressortait des paroles de l'empereur, qu'il était nettement hostile à l'idée du congrès. Ce qui est le plus nécessaire, à ce congrès, disait-il, c'est le bon sens. J'ai donc envoyé à La Haye mon ambassadeur à Paris, le comte de Munster, qui en possède une provision considérable. »
Le 2« délégué allemand, le professeur Stengel, M. White nous dit de lui qu'il a été choisi par un étrange caprice du sort. Caprice du sort ou choix mûrement réfléchi? Il est difficile de le dire. Le 11 mai 1899, les Lustige Blœtter publiaient un dessin sous ce titre : " Un homme vraiment à sa place (le professeur Stengel, le fanatique partisan de la guerre, délégué à la Conférence de la paix). » Le chancelier Bulow fait entrer un bouc qui ressemble au professeur Stengel dans un jardin orné de magnifiques tulipes, et dit :
« Les Hollandais seront heureux de recevoir ce savant jardinier pour soigner leurs jeunes plantations. »
Dès le début de juin, le comte de Munster laisse percer sa mauvaise humeur. Un tribunal d'arbitrage, dit-il, ce n'est qu'un tissu de balivernes (humbug). Il ne dissimule pas que, selon lui, « le tribunal d'arbitrage est nuisible à l'Allemagne. L'Allemagne est plus prête à la guerre qu'aucun autre État. Elle peut effectuer sa mobilisation en dix jours, ce dont n'est capable aucune autre puissance. L'arbitrage donnerait à chaque État le temps de se préparer à la guerre, et ne pourrait, par conséquent, que nuire à l'Allemagne. »
Le 11 juin, M. White écrit: « Munster s'oppose plus que jamais à l'idée du tribunal d'arbitrage. Il déclare que nous n'avons pas été chargés de régler cette question. Il m'a parlé d'une manière très pessimiste des résultats possibles de nos séances et m'a demandé à plusieurs reprises quand tout cela serait terminé. »
Le 15 juin, Munster appelle la conférence « une ruse politique, la ruse la plus vile à laquelle on ait jamais eu recours. »
Le 19 juin, le D' Holls, représentant des États-Unis à la commission du tribunal d'arbitrage, dit à M. White que l'empereur d'Allemagne a évidemment décidé de s'opposer pour le moment de toutes ses forces au projet ; il ne veut entendre parler d'un tribunal perpétuel, ni suivant le système anglais, ni suivant le système américain.
Cette opinion sur les tendances du Kaiser est partagée par plusieurs des membres de la Commission et confirmée par le fait qu'un des représentants allemands, le professeur Zorn de Kœnigsberg, qui jusqu'alors avait défendu très énergiquement le projet, déclare maintenant qu'il ne pourra plus lui donner sa voix. D'ailleurs, l'empereur d'Allemagne, autant qu'on peut en juger, s'efforce d'agir sur ses alliées, l'Autriche, l'Italie, la Roumanie et la Turquie.
Le fondé de pouvoirs anglais, de même que M. White, parle ce jour-là à son gouvernement « du désir évident de l'empereur Guillaume d'exercer une pression sur les gouvernements des États qui lui sont alliés. »
Le 13 juin, M. White remarque: «Reçu de nouveau ce matin des nouvelles peu rassurantes d'Allemagne. Il n'y a plus de doute, l'empereur est hostile, non seulement au projet d'un tribunal d'arbitrage, mais, en général, k tout notre Congrès, et il exige de ses principaux alliés, l'Autriche et l'Italie, une attitude semblable. Le comte Nigra qui vote pour l'arbitrage, l'a dit lui-même au D' IIolls. Les délégués allemands qui s'étaient ralliés au projet... avouent maintenant qu'ils seront obligés de renoncer à leurs espérances. » M. White dit alors à un autre diplomate : (( Les délégués de l'empereur devraient se rendre compte qu'en s'opposant à la fondation d'un tribunal d'arbitrage, ils susciteront contre eux un mécontentement que l'on n'oubliera jamais.» « — Vous avez raison, lui répondit le diplomate; —mais il n'y a pas de ministres en Allemagne qui osent s'opposer à la volonté de leur empereur. »
Le 15 juin, Munster affirme que l'idée d'un tribunal d'arbitrage est une idée fausse, et que les gouvernements
ne s'y soumettront jamais. M. White discute avec lui, et lui fait remarquer que si les délégués allemands font avorter le Congrès, l'humanité entière ne le leur pardonnera jamais : a Votre Empereur sera l'objet des accusations les plus lourdes et même de toutes les calomnies. »
Cette conversation eut une influence sur Munster. Ayant reçu le lendemain l'ordre formel de se prononcer contre le tribunal d'arbitrage, il réussit à faire remettre à plus tard la dernière séance du Congrès, et, dans l'intervalle, les délégués américains arrachèrent à Guillaume II les concessions nécessaires. Le tribunal d'arbitrage put être constitué.
Mais ces concessions tardives ne nous feront pas oublier l'attitude de l'Allemagne et de son Empereur à la Conférence de La Haye. Dès cette époque, il ne lui suffisait pas d'être l'égale des autres nations, elle voulait pouvoir à son gré les opprimer et les détruire. Qu'elle ne nous dise plus qu'elle n'a pas cherché la guerre. Depuis 15 ans, c'est elle-même qui l'a dit « elle était plus prête à la guerre qu'aucune autre puissance, et, par conséquent, un arbitrage pacifique ne pouvait que lui être nuisible. »
LES COLONIES TCHÈQUES
En France. — Le Comité de la Colonie et des Volontaires tchèques a répondu avec empressement aux vœux émis dans la résolution votée à l'Assemblée générale des Tchèques de Paris du 5 septembre et réclamant la convocation de l'Assemblée générale de la colonie. Deux réunions ont été organisées, les 3 et 10 octobre, au cours desquelles les assistants, après avoir pris connaissance des rapports annuels sur la gestion et sur la situation financière de la colonie tchèque de France, ont délibéré sur la proposition de la branche française de l'Alliance Nationale tchèque qui avait été préparée d'avance et votée à l'unanimité par la commission de toutes les associations tchèques de Paris. Cette proposition qui comportait une réorganisation définittive de la colonie tchèque en France, a été acceptée par l'Assemblée.
Le Comité de la Colonie et des Volontaires tchèques et l'Alliance Nationale tchèque de France vont fusionner en une seule société dont le comité constituera l'organe représentatif central de tous les Tchèques résidant en France. Il comprendra deux sections, consulaire et politique, chargées de défendre les intérêts de la colonie et de mener en accord avec toutes les autres colonies tchèques à l'étranger l'action de propagande.
On a ensuite procédé à l'élection du comité, dont les membres ont été choisis parmi les Tchèques de la colonie que leur patriotisme, leur compétence et leur valeur personnelle recommandaient à la confiance de leurs concitoyens. M. François Kupka, artiste peintre et membre de l'Académie des sciences, des arts et des lettres de Prague, a été élu président.
Le Gérant : L. Mathieu.
Imp. dea Beaux-Arts. (A.Mullbr), 79, rue Doreau, Paria
!*'• Année.
l*-- Novembre 1915.
^EVUB BI'MBNSUELLE
Directeur : Ernest DENIS, Professeur à la Sorbonne
SOMMAIRE
Ouverture de l'Institut Slave :
à l'Université de Londres.
Problème des petites nations dans la crise européenne actuelle.
Lettre de M. Ivan Mechtrovitch.
Bibliographie.
Echos et Nouvelles.
Revues et Journaux.
Les Colonies Tchèques.
Faits et Infornnations.
PARIS 23, rue Boissonade, 23
cfD
Le N" 25 Centimes
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( caris bad)
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Deisin delà I/16UE FRfttlCQ-TCHèQUE
LA NATION TCHÈQUE paraît le P»- et le 15 de chaque mois
Rédaction et Administration : 23, rue Boissonade, PARIS (14").
Tous les envois concernant la Rédaction doivent être adressés à M. Rodolphe Kepl, Secrétaire général.
La Rédaction est à la disposition des Abonnés et des Lecteurs de LA natïO» tchèque pour tous les renseignements sur les Pays Tchèques.
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Uù an .
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Les Organisations Tchèques à l'Étranger :
FRANCE
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Ligue Franco- Tchèque, 106, Rue Richelieu, Paris.
RUSSIE
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Comité Tchèque de Moscou
16, Kousnetzski Moste, Moscou.
GRANDE-BRETAGNE
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ÉTATS-UNIS
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Slooak's League, Pittsburgh, Pens.
SUISSE
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ROUMANIE
Société Tchèque " Beseda " Nemanina, Bucarest.
^EVUE BI-MENSUELLE
Première année.
I" Novembre 1915
No 13.