‹ La Nation tchèque (volume 3)Chapitre 44 sur 100 · I :•■ .^ toujours, j>ar traditi<<n. j^ar légende atissi · texte numérisé non relu

I :•■ .^ toujours, j>ar traditi<<n. j^ar légende atissi

:iii n est que la cristallisation de Ihistoire et qui nous dit que notre patron scolaire. Saint Sava lui-même, est le fils d'une fran<:aise; la France, qui malgré toutes les distances.

a toujours été pour nous une amie sûre et dévouée et qui, aujourd'hui même, nous reçoit dans ses bras avec un attendrissement sans pareil ; la France, qui nous donne la plus noble preuve de sa grande bonté par cette manifestation et le plus bel exemple de patriotisme et de civisme par la présence à cette table des hommes qui ont donné tout à leur Patrie, et qui ne cessent de se dépenser toujours plus pour les autres, en ce moment-ci, tout particulièrement pour nous.

Non, mes frères serbes, grands et i^etit^, avec de tels amis, notre Patrie ne périra («s. Elle renaîtra bientôt, de nouveau prospère et grande. Et nous y retournervms, heureux de sa résurrection, heureux aussi de j>ouvoir dire à nos compatriotes, restés dans l'esclavage provisoire, aux veuves de nos héros et à leurs orphelins, à nos frères et sœurs en deuil, combien tous nos alliés, ont été bons pour nous, combien à tous nous devons une éternelle reconnaissance, surtout à l'immortelle France.

Vers la paix future

Nous ne nous rendons {>eut-êlre pas suGBsamment compte aujourd'hui de l'importance du moment historique actuel. La vie de l'Europe s'établit sur de nouvelles bases qui, dans une certaine mesure, influenceront l'évolution du monde entier ; on peut espérer qu'elles dureront des siècles, car la paix future devra créer des fondements solides à la nouvelle culture européenne qui s'e(vanouira apK's cette guerre mondiale. Elle soulève un grand nombre de questions et de problèmes de première im(x>rtance qui demandent à être examinés attentivement, avec lar^reitr d'esprit, en ne se bornant pas à tenir compte des intérêts particuliers. Jamais pourparlers de paix ne présentèrent un as{iect aussi complexe que ceux qui termineront cette guerre. C'est la première fois qu'un conflit aboutira au remaniement complet des conditions d'existence du monde entier.

Malheureusement, on ne se rend généralement (>as assez compte de celte vérité évidente, surtout dans les milieux dont ce serait le lievoir d'y prêter toute leur attention. Les problèmes à résoudre n'ont pourtant rien d'obscur. II n'y a qu'à veiller à ne pas répéter sur l'échiquier diplomatique les erreurs que la Quadruple- Entente a commises dans le domaine stratégique.

Dès le début de la guerre, l'Autriche Hongrie et l'Aile* magne ont eu nettement conscience de l'énorme im{>ortance de l'entreprise où elles se lançaient et qui mettait en jeu l'avenir du monde entier. Leurs plans *' colossaux " furent discutés et dres^és d'avance : l'Allemagne visait la ligne Berlin-Bagdad, l'Autriche se contentait de Belgrade- Salonique et de l'asservissement complet des peuples slaves de son empire. Les moindres détails de ce projet étaient aussi minutieusement étudiés que leurs ^vréparatifs militaires.

Us ont compris à temps l'importance du concours de la Turquie et ils ont su gagner la Bulgarie en même tem(^ qu'ils afiermissaient leur main-mise sur l'Autriche. La

Triple-Entente, au contraire, s'est non seulement laissé surprendre, mais elles commis fautes sur fautes, stratégiques et politiques: elle n'a pas su attaquer à temps la Turquie et enlever ainsi une base d'opération excellente à l'Allemagne ; elle n'a réalisé toute l'importance des Balkans qu'au moment où les Allemands les ont occupés.

On commence aujourd'hui à comprendre qu'une autre lourde faute des Alliés a été de ne pas percevoir que l'Autriche constituait le point faible du bloc austro-allemand. C'est là qu'il fallait porter immédiatement un coup décisif. Kn décembre 1914, il était possible daballre l'Autriche et d>: la mettre hors de cause. Les Russes au lieu d'envahir la Hongrie, se sont jetés sur la Prusse orientale, d'où ils furent bientôt chassés; et quand, en mars, ils i éprirent leurs marche sur la Hongrie, il était trop tard. L'Autriche échappa au désastre et put encore fournir à l'Allemagne cinq millions de soldats et un matériel important.

L'erreur principale des Alliés consista dans une fausse conception de la situation : abattre les Allemands d'Empire, les Prussiens en particulier, et marcher sur Berlin fut le but qu'on se fixa.

Lourde faute au point de vue stratégique; il semble malheureusement qu'on s'apprête à la renouveler sur le terrain diplomatique. De même qu'au début de la guerre on n'a voulu voir qu'un seul ennemi à écraser directement pour mettre fin aux hostilités, de même aujourd'hui, certains politiciens myopes n'aperçoivent que l'Allemagne et n'ont qu'un but : faire la paix contre l'Allemagne, seulement contre l'Allemagne, s'imaginant qu'une telle paix porterait le coup le plus terrible à l'Allemagne et la mettrait à jamais hors d'état de nuire. Ces politiciens rétrécissent singulièrement l'ampleur de ces graves problèmes, etlepoint de vue sous lequel ils les considèrent, pourrait leur apporter bien des déceptions.

Les questions à résoudre sont beaucoup plus complexes et beaucoup plus graves qu'ils ne se l'imaginent. Beaucoup de diplomates et d'hommes politiques se représentent la paix future sous les traits généraux suivants :

a) L'unité de l'Allemagne sous l'hégémonie de la Prusse sera abolie. Les divers États de l'Empire et leurs dynasties recouvrerontleur ancienne souveraineté. On tâchera surtout de réaliser la scission entre l'Allemagne du Nord et celle du Sud. L'empire disparaîtra probablement.

b) D'autres songent à ressusciter l'ancienne jalousie entre les Hohenzollerns et les llabsbourgs, et à équilibrer Berlin parvienne. Ils proposent de détacher de la Prusse l'Alsace- Lorraine, les territoires danois et polonais pour affaiblir l'Allemagne.

c) Pour éviter une Autriche trop puissante, on donnerait la Galicie et la Bukovine à la Russie, la Transylvanie à la Roumanie, les pays yougoslaves à la Serbie. L'Autriche resterait formée des pays allemands, magyars et tchèques.

d) On compte aussi sur l'ellicacité de l'isolement de l'Aile magne et de l'Autriche dans les transactions économiques futures, sur le boycottage acharné de leurs produits et sur indemnité de guerre dont le payement rendrait pour longtemps impossible toute politique basée sur les forces militaires.

e) On propose encore la résurrection de l'ancien État hanovrien sous une nouvelle dynastie.

La paix conclue dans ces conditions, serait-elle durable? Ne renfermerait-elle pas en elle-même les germes de nouvelles guerres, ne créerait-elle pas une situa. ion extrêmement grave dans l'Europe, un danger latent de conflits encore plus terribles, parce qu'elle ne remédierait à rien et laisserait aussi instable l'équilibre des Puissances?

Nous trouvons à ces solutions trois défauts essentiels :

a) On s'illusionne sur l'efficacité du partage théorique de l'Allemagne, sans tenir compte de l'évolution du sentiment national que cette guerre a encore ralïermi ; et c'est une folie que d'espérer rompre l'unité allemande.

h) On no tient pas compte des responsabilitésdel'Autriche- Hongrie dans les manœuvres diplomatiques qui ont amené la guerre et on se fuit les idées les plus fausses sur l'attitude du nouvel Empire danubien et ses relations avec l'Allemagne.

c) Cette solution est injuste envers les Tchéco Slovaques qu'on condamne ainsi à rester sous le joug autrichien. Passons successivement en revue chacune de ces questions.

Chez tous les belligérants cette guerre est considérée comma uneguerre nationale. Peut-être l'histoire la considérera t elle comme le point culminant de l'évolution du nationalisme moderne.

Les Alliés poursuivent la satisfaction des aspirations légitimes des petites nationalités opprimées et la destruction du chauvinisme exaspéré, criminel et barbare, des Allemands : le pangermanisme. La révolution française, en proclamant les droits de l'homme et du citoyen, avait affirmé également les droits de chaque nationalité à la libre existence : elle donna une base solide au démocratisme moderne qui est étroitement uni à l'évolution du sentiment national. La lutte d'aujourd'hui a un aspect multiple : c'est une lutte économique, une lutte d'impérialisme, la lutte des petits peuples pour leur existence, la lutte contre le militarisme. C'estla démocratie qui se dresse contre l'absolutisme, contre l'aristocratie et contre le militarisme; car en se défendant elles-mêmes, la France, l'Angleterre, le peuple russe, la démocratie roumaine et grecque, les petites nationalités d'Autriche et de Hongrie opprimées se battent, ou tout au moins manifestent, contre Guillaume, François- Joseph, Ferdinand de Cobourg, Constantin, contre la soldatesque prussienne, contre la bureaucratie autrichienne, contre l'aristocratie et les boyars roumains. Les droits de tous les opprimés, de toutes les nationalités opprimées sont en cause dans ce confliit.

Mais la guerre d'aujourd'hui marque l'aboutissement de l'évolution du sentiment national encore pour d'autres raisons.

La philosophie individualiste de la révolution française et du démocratisme contemporain a appris au monde l'estime et la vénération de l'individualité humaine. C'est le milieu, surtout le milieu national : la tradition, la langue, les arts, la manière de vivre, etc., en un mot tout ce que nous appelons la culture nationale, qui forme cette individualité.

Le démocratisme rend l'homme de plus en plus conscient de sa propre valeur, il estime de plus en plus son « moi » et par conséquent, il respecte de plus en plus ce qui le forme; il reconnaît que la culture nationale est unique, qu'elle a quelque chose d'inimitable, et elle a pour lui une valeur inestimable. Il voit que les plus grands biens

humains, comme la science et les arts, la littérature, la musique, les mœurs et les habitudes, les fêtes et la mode, l'éducation et les manifestations de l'amour et d'autres sentiments, que tout cela dans cliHque peuple r son caractère spécial. Les sentiments humains les plus délicats, émanent de ce que les Français appellent « le génie national », se forment par lui, vivent par lui. Il s'ensuit que la civilisation ne peut être que nationale. Détruire un groupe national, c'est détruire une chose précieuse, grande, unique. Détruire quelque chose de semblable, c'est commettre le plus grand crime contre l'humanité !

Mais cette culture nationale ne peut se développer q.ue dans un certain milieu et dans de certaines conditions dont un petit peuple est privé.

Plus nombreuses et diJférenles sont les tendances et les intérêts des classes qui se rencontrent et se heurtent, plus grande est la densité de la population et plus développé est le sens de solidarité et d'association, plus pleine aussi, plus différenciée et artistiquement plus riche est la cie de tel ou tel groupe ethnique.

Nous voilà arrivés à une question qui éclaircira un des problèmes de 1? guerre d'aujourd'hui : l'ourquoi les petits peuples s'etïorcent-ils si énergiquement de réaliser leur union nationale? Ce n'est pas le désir d'agrandir leur territoire. Les raisons en sont beaucoup plus profondes. Chaque citoyen d'un petit peuple connaît les difficultés qui entravent les progrès de sa nation. Un savant ne jteut librement travailler, car il n'a pas les livres dont il aurait besoin ; il ne peut pas en écrire parce qu'il no peut en publier, faute de subsides nécessaires ; il ne peut se développer qu'avec l'appui de la culture étrangère. Un artiste, un virtuose, un homme de lettres y vivent péniblement, parce qu'ils ne trouvent pas un public assez étendu qui s'intéresse à leurs œuvres. Et si encore ce petit peuple est partagé en deux ou trois États (jui entravent mutuellement leur évolution nationale, il est naturel qu'il se considère comme voué à la mort et que son unique i'iée, d'ailleurs très juste, soit de réaliser son unité pour assurer ainsi, au milieu des autres nations, le libre développement de sa culture nationale.

Il y a des cas où des groupes séparés d'un peuple ne ressentent pas, pour ainsi dire, leur séparation : les Français de Belgique, les Allemands d'Autriche, ou les Français et les Allemands de Suisse. Mais cet exemple démontre justement la nécessité de l'union des autres peuples. Ici, il s'agit d'abord de deux grands peuples, dont la principale branche travaille librement à sa culture nationale et qui est assez forte pour se suffire à elle-même. Leurs minorités en profitent et, maîtresses des pays où elles se trouvent, peuvent tranquillement vivre et rester en relations avec leur mère-patrie.

Mais quelle est au contraire la situation des Serbes, qui, tout récemment encore, se trouvaient disséminés dans cinq États différenls, dont au moins trois les opprimaient le plus possible, ou des Tchéco-Slovaques qui sont partagés entre deux États (l'Autriche et la Hongrie), des Roumains ou des Polonais qui appartenaient à trois Etats? Ceux-ci considèrent l'union de leurs groupes ethniques comme l'unique condition de la sauvegarde de leur culture intellectuelle et matérielle et de leur existence même. Cette

tendance naturelle est d'autant plus compréhensible que nous la rencontrons aussi chez les grands peuples, dont une petite partie, ne pouvant vivre librement et en étri)ite liaison avec sa mère-patrie, se trouve dans une situation analogue. Ils revendiquent la libération et la réintégration du territoire qui leur fut arraché : La France et l'Alsace- Lorraine, l'Italie et le Trentin eu sont des exemples.

(A suivre)

De quelques romans allemands

Nous parlions récemment du livre remarquable de M. Maurice Muret sur l'orgueil allemand. M. Muret a réuni dans son volume quelques-unsdes spécimens les plus remarquables de cette prédication mégalomane qui a fini par détraquer l'esprit de nos voisins. A ces ouvrages de caractère didactique, il ne serait pas inutile d'ajouter une autre catégorie de volumes, qui sont plutôt des œuvres d'imagination, mais dont l'influence sur l'évolution des esprits n'a peut-être pas été moindie. Les théoriciens et les philosophes ne pénètrent guère jiisqu'^ la mas-e que [lar l'inlermédiaiie d'interprètes qui monnayent leurs doctrines et, sous forme de romans, do contes, do nouvelles, les répandent dans la foule. Les diverses études publiées par M.deWyzewa prouvent déj?i les précieux résultats que donnerait un« analyse méthûdii|ue de la littérature d'imagination. Il n'est pas sur C|ue Dennery ou Decourcello ne contribuent pas plus à former 1 ème d'un peuple que Bergson ou Boutroux. Les journalistes nous racontent qu'un des livres qu'on trouve le plus souvent dans les tranchées, c'est: Ainsi parla Zarathoustra. Ces affirmations nie laissent sceptique et j'attends pour les accepter que l'on me présente des statistiques précises ; à condition encore qu'elles ne soient pas authenti(|uôespar les seuls 93 intellectuels de marque qui ont affirmé au monde étonné que Louvain n'avait pas été incendié et que l'Empereur d'Allemagne espérait obtenir de la Société des Architectes français sa grande médaille d'or pour la restauration des monuments anciens. Jusque-là, je continuerai à penser que Nietzche n'est que le fournisseur très indirect des lecteurs allemands.

Certains romans, plus ou moins grossièrement inspirés de Wells, nous donnent une idée assez, curieuse de la tendance générale des esprits chez nos adversaires.

Toutd'abord, un extrême pessimisme qui parait s'accorder assez difficilement avec l'orgueil germanique, qui est cependant un trait fréquent chez nos voisins et qu'il n'est pas, je crois, impossible d'expliquer. Les vaniteux sont toujours timides, parce qu'ils sont extrêmement préoccupés de l'opinion. Les Allemands manquent de simplicité à un degré éminent; ils unissent la morgue la plus maussade à une peur maladive de la raillerie. Hautains parce qu ils ne sont pas sûrs de soutenir avec dignité le rang auquel les a portés une trop brusque fortune, ils redoutent qu'un coup du hasard ne les rejette dans l'abîme de médiocrité où ils ont longtemps végété. Leur insolence n'est que le

masque dont ils voilent leur pleutrerie. — A quoi riment ces paniques, disait Bûlow dans un discours célèbre, le 14 novembre 1906, et ces mines allongées ! Tout n'est peutêtre pas parfait cbez nous ; mais croyez-vous qu'au dehors il ne se produit jamais ni fautes ni erreurs? S'épouvanter au moindre froncement de sourcils de l'étranger, ce n'est pas une attitude digne d'un grand peuple, et nous voulons, nous devons être un grand peuple. — Voilà justement le point délicat ; la marque de la vraie grandeur, n'est-ce pas précisément de ne rien affecter. Vouloir être un grand peuple, c'est la preuve qu'une nation se cherche, sans s'être encore trouvée.

Les Allemands sont hantés de la pensée d'une décadence imminente.

M. Andler, dans ses documents sur le Pangermanisme, a fait avec raison une assez lage place à un polygraphe agité et tumultueux, qui jouit parmi ses compatriotes de quelque renommée, Albert Wirth. Il n'a jamais cessé de réclamer pour sa race le commandement de l'univers: ((Nous espérons et nous croyons que la domination du monde de l'avenir appartient aux Allemands. » Il gourmande sévèrement la timidité les hommes d'État et leur prêciio de plus audacieuses résolutions. — Par jvidités et par ambition? — Sans doute, mais surtout parce qu'il ne faut pas laisser passer le moment très court où l'Allemagne n'a pas encore perdu toute vigueur. D'après lui, l'Empire marche rapidement à sa ruine: déjà les quatre cinquièmes de la population sont employés dans l'induslrio, qui ruine les corps et affaiblit les âmes; en Poméramie, tous les conscrits sont bons pour le service, à Berlin on en réforme la moitié et ce qui reste ne vaut pas beaucoup mieux. Les grandes villes tarissent la fécondité de la race; en 1875, il y avait 42 naissances pour 1.000 femmes; en 1910, il n'y en a que 29. (( L'attrait maladif qu'exercent les villes et l'abandon des campagnes, produits nécessaires des progrès de l'industrie, sont plus funestes que dix guerres malheureuses, »

Les terreurs des sociologues sont partagées par les romanciers. Un roman de Louis Rosegger, Le Guif'-stream, s'ouvre par le récit d'une guerre entre l'Allemagne et les Etats-Unis. Les Allemands sont écrasés à cause de la nervosité del'Etat-major et des équipages. — Hélas! écrit l'amiral dans son rapporta l'Empereur, nous n'étions plus, comme nos ancêtres, des hommes de fer; la passion du luxe et notre existence contraire à la nature avaient détruit en nous la force et l'énergie. En vain, quelques patriotes avisés avaient essayé de retenir leurs compatriotes sur la pente où ils glissaient; en vain, Guillaume II avait élevé la voix et averti son peuple, lui avait prêché la simplicité des mœurs et la maîtrise de soi mônie; on avait raillé ces défenseurs attardés d'un idéal vieilli. Partout les usines s'étaient multipliées, la vie se déroulait facile et brillante; dnns toutes les classes les besoins grandissaient, entraînant avec eux la démoralisation et la veulerie. — Aussi, au premier choc, tout ce vaste édifice que ne supportent plus des épaules viriles s'écroule en poussière.

Dans (( Coup d'œlL en avant », l'Allemagne attaquée par la Russie en 2006, est incapable de soutenir le choc. — Dans« La mobilisation de 19... », l'Allemagne succombe à

une attaque combinée de la Russie et de la France. — (( Le patii-é de notre avenir » nous raconte la guerre de 1974 où l'Allemagne combat la France unie à l'Angleterre : — Ce n'étaient plus les mômes soldats, ni surtout les mômes officiers qu'en 1870. Jadis nos hommes soutenaient sans faiblir les privations et les fatigues de la guerre. En 1974, une grande partie de l'armée tomba malade dès le début de la campagne. Tous soulïraientde neurasthénie, d'insomnie, de névralgies, de douleurs de tête terribles.

Conclusion. — Hâtons-nous de faire la guerre et écrasons nos adversaires, avant que sonne l'heure prochaine et inévitable de la débâcle. — Au fond de l'insolence agressive et brutale de l'Allemagne, on rencontre souvent une indicible amertume et l'épouvante de l'écrasement prochain.

Un des traits les plus remarquables de l'homme, c'est l'extrême faiblesse de son imagination. Il nous est infiniment difficile de nous figurer que l'ordre social et politique contemporain subira des transformations radicales; il nous est impossible de nous représenter le monde nouveau qui naîtra des ruines de celui au milieu duquel nous avons grandi. Les visionnaires ou les utopistes sont moins des inventeurs que des caricaturistes, je veux dire qu'ils marquent d'un trait incisif les caractères saillants du modèle qu'ils ont sous les yeux; leur don d'invention se borne à exagérer certains phénomènes de la réalité.

A ce point de vue, il est permis de prétendre qu'ils sont les fidèles traducteurs de la pensée de leurs compatriotes, parce qu'ils en accentuent les traits fondamentaux et qu'ils dédaignent toutes les hésitationsetles réservesquilesobscurcissent et les atténuent d'habitude. Une société n'a jamais que les voyants et les rêveurs qu'elle mérite. Bayle accable de ses sarcasmes Coménius le visionnaire, que sa crédulité livrait aux faux prophètes et aux charlatans, et il est vrai qu'une étrange crédulité paraissait nécessaire pour parler (lu triomphe de la tolérance et de la réconciliation des peuples pendant que la guerre de trente ans désolait le monde. Il n'était guère moins étrangeque,pendantquelesTaborites promenaient l'incendie et le pillage de la Baltique au Danube, Chelèicky contestât la légitimité de la guerre et refusât le titre de fidèle du Christ à quinconque versait le sang. Ces utopistes tchèques n'en tiaduisaient pas moins une des aspirations permanentes de l'âme slave, qui éprouve une horreur instinctive de la violence et qui voit clans le sacrifice la mission suprême d'un peuple.

Ridicules et dangereuses chimères, répondent les utopistes allemands; une nation n'est gratide que par sa force militaire et sa civilisation se marque par le nombredes obus que ses manufactures sont en mesure de fournir à ses canons. Tout ce qui tend à affaiblir l'instinct de violence et la passion de domination, est à leuis yeux une cause de décadence. D'après Melchers, la France est devenue une quantité négligeable au point de vue militaire, parce qu'elle a poursuivi la domination dans le monde des arts. Les Allemands se sont laissé d'abord gagner par cette folie et ils l'ont expiée par de pénibles épreuves. Heuieusement, ils en ont tiré les leçons naturelles et ils sont revenus à la vie simple : — m Si nous voulons goûter des jouissances esthétiques, nous nous

adressons à la nature; pour nous, chaque arbre, chaque insecte, chaque fleur est une œuvre d'art. Nous n'éprouvons qu'un sentiment de pitié pour l'insensé qui s'avise de peindre la nature et de sculpter une statue; car, comment reproduirait-il la magnificence de la réalité? Ce serait un travail inutile, et rien n'est plus méprisable qu'an travail inutile)). — Entendons-nous bien: est inutile tout travail qui n'a pas pour but et pour elïet d'exterminer les ennemis de l'Allemagne!

Le travail vraiment fécond, c'est celui d'un ingénieur qui a trouvé dans le Lunebourg un minerai dont il extrait un ga/ six fois plus léger que les gaz les plus légers connus. Naturellement, le gouvernement achète aussitôt ces mines et il arme une flotte de Zeppelins, dont chacun porte 700 hommes et 2 canons lourds. Un autre chimiste a inventé un explosif non moins merveilleux, et Londres est facilement réduit en cendres (Die Vergangenheit unserer Zukunft.). — Quelques esthètes déplorèrent les œuvres d'art qui avaient ainsi disparu; leurs plaintes saugrenues n'émurent personne, parce (]ue même les enfants savaient que l'art n'est qu'une cause et un symptôme de dégénérescence. Merveilleux idéal que nous présentent les utopistes d'outre-Rhin !

Il parait d'ailleurs, si nous en croyons Louis Rosegger, que les Allemands sont enchantés de ce régime (Der Golfstrom).

Pendant un moment, ils avaient été séduits par la richesse et le luxe; aussi, avaient-ils été incapables de se défendre contre les Etats-Unis. Pour établir définilivement leur domination, les Américains détournent le gulf siream et une nouvelle époque glaciaire coinmence pour l'Europe. Les villes perdent leur richesse. Pour arracher à la terre ingrate les moyens de protéger son existence, la masse de la population retourne à l'agriculture ; elle revient aux mœurs simples et frugales, les courages s'afïermissent. Bientôt l'Europe, qui a accepté la direction de l'Allemagne, est assez forte pour reprendre le combat contre les Etats Unis et un député du parlement européen demande qu'on les somme de rendre !e gulf-stream qu'ils ont détourné pour leur usage personnel et qui, d'ailleurs, leur a rendu de fort mauvais services, puisqu'il les a efléminés.

Le chancelier de l'Empire germanique s'oppose à cette imprudente proposition : — « La vieille Europe avait asservi l'homme par une chaîne de fer ; l'industrie avait fait de nous des esclaves, le luxe nous rongeait et la fumée des fabriques nous cachait l'azur du ciel. Partout des mécontents ou des blasés. Aujourd'hui, nous vivons satisfaits des conditions modestes de notre existence; nos jours s'écoulent, harmoniques et sensés. Avec le bien-être le passé reviendra. Regardez l'Amérique; voyez le tableau qu'elle nous offre ». Le parlement, convaincu par cette éloquence simple, décide qu'on laissera le gulf-stream aux Américains, ce qui ne l'empêche pas de leur déclarer la guerre. — La bataille pour la bataille reste l'idéal des Germains.

11 se trouve, — les romanciers ne respectent pas toujours la vaisemblance, — que la nouvelle Allemagne, agricole et naïve, n'en est pas moins demeurée une nation de métallurgistes et de chimistes. Elle a construit une admirable flotte mue par des machines électriques; à la première rencontre, la flotte des Etats Unis est détruite et l'amiral

vainqueur envoie à l'Empereur de la fédération allemandeeuropéenne un télégramme triomphant. — « L'avenir appartient aux meilleurs et aux plus forts. Et qu'y a-t-il de supérieure ce que nous avons fait?. Nous avons renoncé au périlleux bonheur d'avoir un climat plus doux pour rendre notre peuple invincible. »

A chacun sa chimère! Le rêve que poursuit l'Allemagne, tel que nous le décrivent ses utopistes, est il fait pour convaincre et pour séduire beaucoup de prosélytes?

Dans une séance solennelle de l'Université de Berlin, en 2006, un des professeurs jette un regard rétrospectif sur les imbéciles, qui, au xx" siècle, ont cru qu'il était possible de fonder un ordre nouveau sur l'idée d'humanité; leurs elTorts n'ont abouti qu'à une lamentable banqueroute: «Au contraire, toutes les fois qu'on s'est adressé à l'égoïsme, au sentiment de conservation personnelle, ou est arrivé aux résultats les plus brillants. Nous avons donc établi pour base de notre système, qui a pour but le bien et le triomphe de la nation germanique, le sentiment de l'égo'isme. »

Les professeurs de Berlin, en 2006, ne sont pas beaucoup plus originaux que leurs aîrtés de 1914 et tout l'effort de leur cerveau se hausse à seriner à leurs élèves quelques vieilles bribes des doctrines plus au moins bien comprises de Darwin.

A défaut d'invention, peut-être pourraient-ils avoir du moins quelque prudence et s'aviser qu'ils jouent un jeu singulièrement dangereux. — On prétend que 'Veuillot, défendant contre les libéraux la doctrine de l'Eglise romaine, disiiit à ses adversaires : «Au nomde vos principes je réclame la liberté pour nous et, au nom des miens, je vous la refuse.» — Les Allemands donnent libre carrière à la férocité de leur nature et ils comptent, en cas de revers, qu'ils seront protégés contre de justes représailles par la générosité de nos principes. C'est un calcul imprudent. Il pourrait arriver que leurs armées fussent vaincues et leurs idées victorieuses. Puisqu'ils ne conçoivent d'autre bonheur que l'hégémonie brulale de la Germanie, ils auront tort de s'étonner si les peuples qui ne veulent pas de cette hégémonie, s'arrangent pour les mettre décidément hors d'état de nuire. — Patere legem quant fecisti.

BIBLIOGRAPHIE

E. BiELSKY : Le socialisme autrichien et la guerre. — Les socialistes tchécoslovaques et le démembrement de l'Autriche- Hongrie. — Paris, 1915.

La brochure que M. Bielsky vient de publier sous ce titre, au nom et avec l'tstampille du groupe socialiste tchèque de Paris, !'« Egalité», est d'un très haut intérêt. Elle apporte une sérieuse contribution à la fois à l'histoire de l'Autriche et à l'histoire du socialisme, durant la guerre actuelle.

Dans une première section, l'auteur étudie la responsabilité des socialistes allemands de l'Empire danubien. Cette responsabilité, nous la connaissions déjà; nous savions que le 29 juillet 1914, à la réunion du bureau socialiste inter-

national à Bruxelles, Adler, l'un des leaders les plus respectés de la Social-Démocratie Gisleithane, avait tenu des propos inquiétants et qui avaient irrité jusqu'aux délégués de la Social- Démocratie allemande. M. Bielsky se montre fort dur pour le parti socialiste aulrichien-allemand qui avait versé dans un parlementarisme stérilisant et qui, en somme, n'avait point réalisé entre les diverses fractions socialistes nationales : allemande, tchèque, italienne, Slovène, polonaise, — l'équilibre et l'égalité de droits qu'on devait souhaiter. Il analyse aussi la psychologie des militants du parti et les évolutions intellectuelle et morale qu'ils ont subies depuis le mois de juillet 1914. Je ne puis que souscrire, au moins dans la mesure des informations que je possède, aux appréciations de l'auteur. Le socialisme autrichien-allemand n'a pas accompli son devoir. Il est certain que s'il avait entrepris une action contre la guerre à la Serbie, cette action ne fût point demeurée inaperçue. Il a préféré s'abstenir.

Chemin faisant, M. Bielsky examine les diverses conceptions qui se sont fait jour dans le parti, socialiste d'Autriche au sujet de l'État autrichien lui-même. Cette partie de l'exposé mérite une lecture attentive. Certains militants en vue, après avoir appelé de tous leurs vœux, jadis, la mort de cet État, en sont venus ù démontrer la nécessité de son maintien. Ce n'est pas là une des moindres transformations de conscience que la crise européenne a engendrées.

Dans une seconde section, M. Bielsky s'attache à la vie du parti socialiste tchèque d'Autriche. Ce parti qui était puissant, au moins par le nombre, n'a pas donné l'efïort indispensable. A quelle cause attribuer cette inertie relative? A la crainte d'une persécution méthodique contre les socialistes? l'eut être. Nul n'ignore que l'Empire danubien n'est clément ni pour les idées, ni pour les hommes qui s'en portent les champions. Ainsi, tandis que le parti socialiste autrichien allemand avouait son impuissance, les leaders socialistes tchèques, révolutionnaires pourtant en principe, se réfugiaient dans une abstention calculée. Ne jetons pas trop facilement la pierre à des mililanls qui connaissaient la brutalité traditionnelle du pouvoir, mais disons cependant que la victoire du socialisme, à part d'exceptionnelles circonstances, ne saurait intervenir sans luttes pénibles.

M. Bielsky conclut en exposant les revendications des socialistes tchèques, telles qu'elles ont été formulées dans un récent manifeste adressé à l'Internationale : elles comportent en première ligne la création d'un u État » — disons la reconnaissance d'une Nation tchèque indépendante. Rien ne saurait être plus conforme au programme de l'Internationale, tel qu'il a été rédigé aux congrès de Londres (1896) et de Bâie (1912). Nous ne sauiions souffrir qu'une nationalité restât violentée, privée de ses libertés les plus essentielles et en particulier de la libre disposition d'elle-même.

Tous les socialistes Français, tous les hommes qui admettent le droit des nationalités, et qui veulent asseoir demain sur ce droit l'Europe noucelle de paix et de fraternité humaine, applaudiront aux revendications des Tchèques.

Il y a quelques semaines, délégué par le parti socialiste français aux côtes de M. Bielsky pour faire une conférence

au groupe 1' <( Égalité», j'ai montré que les ouvriers de France souhaitaient ardemment l'émancipation politique et sociale des Tchèco Slaves. Je suis heureux de dire ici quel intérêt j'ai pris à lire la brochure substantielle, claire et méthodique de notre ami.

P.\UL Louis.

ECHOS ET NOUVELLES

Les Tchèques et la Russie. — Un événement de première importance pour notre action politique vient de se passer en France sur le front. Le 17 janvier, le général Gilinski, délégué du grand état-major russe auprès du grand quartier général des armées françaises, accompagné du colonel Krivenko, du capitaine en premier Pentchoulizeff, du capitaine Sassenof, et du lieutenant Iswolsky, s'est rendu sur le front pour remettre, au nom de S. M. le Tsar, des décorations aux soldats tchèques, engagés volontaires dans l'armée française, qui ont accompli des actions d'éclat au cours de la bataille de Champagne.

Après avoir passé en revue les troupes de la légion étrangère, il a épingle sur la poitrine de dix-huit soldats tchèques les croix et les médailles de S'-Georges. Puis, dans une courte allocution, il a exprimé sa satisfaction d'avoir été désigné par l'Empereur, chef suprême des armées russes, pour remettre aux volontaires tchèques ces distinctions qu'ils ont méritées par leur bravoure. Il a rappelé à nos volontaires qu'en combattant pour la France, ils combattaient pour les droits les plus sacrés de l'humanité, pour la cause slave liée étroitement à celle des Alliés, enfin pour leur patrie, pour la Bohème elle-même.

Cette belle cérémonie s'est terminée par le défilé des troupes de la légion au milieu desquelles se dressait leur drapeau décoré de la légion d'honneur et de la croix de guerre.

Cette reconnaissance officielle, par S. M. le Tsar, des sacrifices faits par les Tchèques pour la victoire des Alliés, a rempli d'une juste fierté nos volontaires. Cette affirmation solennelle de la solidarité de la cause tchèque avec celle des Alliés a la plus grande portée politiqueaupointdevuede l'indépendance du royaume de Bohême ; elle produira l'impression la plus favorable chez nos amis du monde entier et apportera un puissant réconfort, de nouveaux motifs d'espérance, à nos compatriotes qui souffrent encore sous le joug autrichien.

Nouvelles arrestations de députés tchèques. —

L'Arbeilev Zeliung de Vienne publie dans son numéro du 23 janvier sous le litre : (( Séjour permanent à \'ienne », la nouvelle suivante : « Dans les huit derniers jours, quelques députés tchèques appartenant au groupe des socialistes nationaux, MM. Choc, Burival et Vojna, qui demeuraient jusqu'à présenta Prague, ont établi leur résidence à Vienne, et, à l'exemple d'autresdéputés tchèques qui s'y sont installés depuis un certain temps, ont choisi la capitale pour lieu de séjour permanent. Le bruit que l'un de ces trois députés a interrompu son séjour permanent n'est pas confirmé. »

Cette information ne peut signifier autre chose qu'une nouvelle arrestation de députés tchèques. Les journaux de Vienne, ayant reçu la consigne de ne rien publier sur les persécutions contre les Tchèques, ont recours à des allusions. C'est dans ces termes qu'ils ont parlé de l'arrestation du docteur Kramûf qui, lui aussi, «avait choisi Vienne pour lieu de séjour permanent » ou du dé[)art du docteur Scheiner quand celui-ci fut mis en liberté.

Nous avons tout lieu de croire que YArbeiter Zeitung enregistre ainsi l'arrestation de trois députés tchèques de l'opposition. Nous attendons encore la confirmation de notre correspondant de Vienne.

C'est par la même voie et sous la même forme que nous avons appris, quelques jours plus tard, l'arrestation d'un quatrième député du même parti politique, le D' Charles Baxa, vice- président du Conseil national Tchèque de Prague.

La censure autrichienne en Bohême. — Le gouvernement a interdit la publication do la revue hebdomadaire Nocina, publiée sous la direction du D^ J. Herben, ancien directeur du quotidien Cas, trouvant « inadmissible la manière dont le journal était écrit ».

Il a confisqué la traduction tchèque de r.^/8te're de la Commune par Lissagaray, publiée en 1900, à Prague, et la brochure Le Congrès socialiste de Bàle contre la guerre, publiée en 1912.

Les recueils de chansons inquiètent particulièrement la censure. Elle a encore confisqué dernièrement un de ces recueils contenant, entre autres, les hymmes slaves et deux chansons populaires patriotiques, dont la publication constituait, paraît-il, «un crime d'attentat à l'ordre public, d'après l'article 56 a du code pénal ».

Après avoir supprimé toutce qui lui paraissait susceptible d'encourager la résistance tchèque, après avoir interdit la vente et la distribution des ouvrages i.istoriques et politiques publiés même, longtemps avant la guerre, la censure s'est trouvée bien embarrassée; elle ne découvrait plus rien sur quoi exercer son autorité tracassière. Elle se rabattit sur quelques cartes postales jugées séditieuses et de tendances séparatrices. Elle a ainsi fait confisquer les cartes postales publiées, il y a plusieurs années, en souvenir des attaques organisées par la municipalité contre les écoles tchèques privées de Vienne. La censure veille surtout à ce qu'aucune des publications de la colonie tchèque d'Amérique ne pénètre en Bohême. Ainsi elle a interdit l'introduction d'almanachs pour 1916, édités à Chicago.

Le gouvernement autrichien persiste à germaniser la Bohême. — Vers le 15 janvier, le gouverneur de Bohême a envoyé aux préfectures, aux administrations politiques et au service de la sûreté, une circulaire portant que : (( La langue officielle des administrations politiques et du service de la sûreté générale est la langue allemande, aussi bien pour le service intérieur que dans leurs relations avec les autres administrations et bureaux de l'État ». Les nécessités de l'élat de guerre invoquées par le gouvernement en justification de son décret instituant l'allemand seule langue officielle du royaume, ne sont qu'un subterfuge pour précipiter la germanisation des Pays-Tchèques et en préparer l'absorption complète par l'Autriche allemande. Sachant d'avance qu'il se heurterait à la résistance passive des fonctionnaires tchèques, le gouverneur de Bohême a cru nécessaire, pour assurer le succès de cette manœuvre pangermaniste, de prévenir les chefs de service qu'il les rendait personnellement responsables de la stricte exécution de ses prescriptions, et d'inviter les inspecteurs à veiller avec une attention toute particulière à l'observation du décret relatif à l'usage des langues.

L'archevêque de Prague, le comte Skrbensky a été nommé archevêque d'Olomouc (Moravie). Il n'a consenti à cette permutation que sous la pression gouvernementale. L'archevêque Skrbensky est d'origine tchèque. Il sera remplacé, à Prague, par un prélat allemand, M. Huyn, évêque de Brno (Moravie).

C'est également une nouvelle étape de la germanisation de la Bohême par le gouvernement de Vienne. Mais celui-ci croit-il vraiment que le clergé catholique de Bohême jouera volontiers le rôle d'apôtre du germanisme et reniera complètement la part glorieuse qu'eut le clergé d'autrefois dans la renaissance du peuple tchèque ?

Dans une circulaire en date du 22 janvier, le directeur des chemins de fer de l'État pour le district de Plzeri (Bohême), Je Df Strzizek, rappelle à ses subordonnés le décret ministériel récemment publié, relatif à l'emploi exclusif de l'allemanddanstouslesservicesde chemins de ferdel'État. Après avoir e.ssayé de justifier la nécessité de cette unification dans l'emploi des langues aussi bien pendant la guerre qu'en temps de paix, il exige sous peine des plus sévères punitions que les employés se servent uniquement de l'allemand môme dans leurs conversations particulières tant qu'ils sont de service, et il charge les contrôleurs officiels permanents et les contrôleurs spéciaux de réprimer très rigoureusement les infractions à ces prescriptions.

Le chevalier Speil d'Ostheim, un Allemand, vient d'être nommé directeur de la compagnie des chemins de fer de

l'État à Prague.

Les persécutions magyares contre les Slovaques. —

Dès le début de la guerre, les Magyars réussirent à paralyser toutes les tentatives d'émancipation des Slovaques,

par une série de mesures des plus tyranniques. Ils sont en train de se surpasser eux mêmes dans l'art de la persécution. Ils avaient commencé, il y a un an, par se débarrasser du politicien slovaque le plus influent. Milan Hodza, en le mobilisant. On l'envoya-dans une station de chemin de fer du Sud de la Hongrie, où l'on pouvait le surveiller facilement. On s'attaqua ensuite aux intellectuels, aux directeurs et aux fonctionnaires des banques et des caisses d'épargne, qui jouent d'ans la lutte des Slovaques contre les Magyars un rôle très important. On emprisonna le Dr Ivan Turzo et Milan Kulisek de Baiïskà Bystrica. Dans la môme ville, les autorités magyares poussèrent les populations magyare et allemande à des manifestations violentes contre le Dr Vesel, qui fai'lit être jeté dans la rivière et ne fut sauvé des plus grands dangers que grâce au secours d'une dame slovaque.

A Zvolen, il fut défendu de parler slovaque dans les rues, et des dames slovaques qui passèrent outre à cette prohibition, eurent à subir d'indignes violences de la part des Magyars. La banque populaire de Zvolen, qui fournissait au peuple slovaque les moyens de s'émanciper du joug économique magyar, fut attaquée, ses fenêtres brisées, son mobilier saccagé et l'immeuble gravement endommagé. On procéda, systématiquement, à l'assaut de tous les établissements financiers slovaques, afin de terrifier les dépositaires et de les amener à retirer leurs capitaux. Les Magyars cherchaientainsi à ruinercomplètement l'épargne slovaque, facteur très puissant de la lutte en faveur de l'indépendance nationale. A Delva, un fonctionnaire de la banque populaire, M. J. Laciak, fut arrêté et emprisonné. De même, le caissier de cette banque, un septuagénaire, fut mis sous les verrous, quoique complètement étranger aux luttes politiques.

Dans le comitat de Nitra, la conduite des Magyars fut analogue. Le directeur de la banque populaire de Nove- Mesto, M. Cablk, fut condamné à de longues années de prison parce qu'on l'accusait d'avoir manifesté sa satisfaction de l'attentat de Sarajevo. Le comptable d'une autre banque populaire, h 'Vrbovà, M. Milos Fiala, fit également connaissance avec les cachots hongrois et on lui interdit, à jamais, le séjour de "Vrbovâ. Madame 'Vydarena, de la même ville, fut incarcérée sous les mêmes préle.xtes que M. Cablk.

On surveille particulièrement les personnes susceptibles de jouer un certain rôle politique. Ainsi, le Dr Rudo Markovic, avocat à NoveMesto et gendre du célèbre poète sJovaque, M. Hurban "Vajansky, est, pour ainsi dire, aux arrêts dans sa maison, sous la surveillance de la police secrète. Il n'a même pas pu obtenir la permission d'aller voir, dans une autre ville, sa fille gravement malade. Les soldats et surtout les officiers slovaques blessés sont rarement autorisés à venir se soigner dans leurs villes natales. Et si, par hasard, on le permet à l'un d'entre eux, il est attentivement surveillé, et sa convalescence se termine généralement par l'emprisonnement ou l'envoi immédiat au front avant sa guérison complète, comme ce fut le cas pour l'officier Milos Gavora à Brezova. On l'avait dénoncé comme préconisant des représailles contre les Magyars lors du retour des Russes en Slovaquie et comme hostile à la guerre.

Mme Jurenkova, à Myjava, et le Dr Milos Krno, à Novy Sad, durent expier dans les cellules des prisons de Szegedin leurs prétendus crimes contre l'État magyar. Le Dr Jean Jesensky, de Bânovice, l'écrivain bien connu, fut aussi soumis pendant un certain temps aux persécutions des autorités, puis finalement envoyé au front où il fut tué. C'est le procédé favori des Magyars pour se débarasser de leurs adversaires. Le poète HurbanVajansky, lui même, est continuellement menacé de subir le même sort.

Les villes et les campagnes slovaques semblent des pays morts. Lesjournauxet toutes les publications dans la langue nationale sont supprimés. Les Magyars se chargent seuls d'apprendre à la population ce qu'elle doit connaître des péripéties de la guerre. Avec l'argent volé aux sociétés d'éducation slovaques, lors de leur suppression, on publie des livres et des brochures où sont narrés les exploits de l'héro'ique armée austro-magyare. L'or slovaque sert ainsi à épouvanter cette douce et simple population slave et à la détourner de la révolte.

Les Tchèques à Vienne. — Le nouveau statthalter de la Basse-Autriche, le baron Bleyleben, qui s'est précédemment distingué en Moravie par l'exécution de nombreux Tchèques, a assisté, le 10 janvier, à la séance du conseil général de l'enseignement primaire. Après que le statthalter eutexposéson programme, le DrGessmann, ancien ministre, l'interpella et lui rappela qu'il était de son devoir de s'opposer énergiquement aux efïorts des Tchèques pour obtenir des écoles à Vienne et dans les régions tchèques de la Basse-Autriche.

Le Dr Gessmann, l'un des membres les plus importants du parti des chrétiens sociaux, déclara catégoriquement, que la brutale politique de germanisation menée contre les 400.000 Tchèques de Vienne auxquels le gouvernement conteste le droit d'avoir une seule école tchèque, doit être poursuivie avec ténacité.

Pour répondre à ces menaces de nouvelles persécutions contre leurs compatriotes, les socialistes tchèques de Basse- Autriclie ont envoyé un mémorandum au statthalter où ils s'efforcent de défendre les droits des minorités tchèques contre des menées contraires aux droits les plus élémentaires reconnus dans tout le monde civilisé.

Union politique des Allemands en Bohême. — Les

représentants politiques des Allemands habitant la Bohême ont tenu à Prague, le 23 janvier, une assemblée au cours de laquelle ils ont décidé de créer un comité exécutif, composé de 24 membres, dont la moilié sont des députés allemands à la diète de Bohême, et les 12 autres des représentants des chambres de commerce, des hautes écoles et des associations de propagande nationale. Ce comité a pour but de coordonner l'action des Allemands en Bohême avec celle de l'État, c'est-à-dire de créer un nouvel organe chargé de seconder les efforts du gouvernement dans la germanisation des Pays-Tchèques.

La situation économique. — Les autorités de la ville de Vienne ont publié récemment les prix officiels des vivres d"après les tarifs fixés par le gouvernement, en mettant en regard les prix h la môme époque, il y a un an. Cette comparaison donne une idée approximative de l'évolution de la situation économique de la monarchie austro-hongroise dans les douze derniers mois.

Le Kilog.

Décembre 1914

Décembre 1915

Brpuf 2.» couronnes 4.60 couronnes

l'orc 2.50 — 5.20 —

Porc jeane 2.40 — 5.66 —

Viande de cheval 1.04 — 3.40 —

Oignon )).42 — )).76 —

Pain )).49 — ».56 —

Haricots blancs «.76 — 1.25 —

Choucroute «.24 — )).50 —

Petits pois )).87 — 1.78 —

Riz )).81 — 3.30 —

Saindoux 2.33 — 7.55 —

Beurre (de cuisine) 3.25 — 6.60 —

Beurre (qualité sup").. 4.20 — 7.60

Œuf (l'unité) «.17 — «.25 —

Lait (le litre) )).3l — ».45 —

On voit que certains prix ont doublé ; à l'exception du pain, les aliments les plus nécessaires ont atteint des prix inabordables pour les classes populaires.

Le ravitaillement de l'Autriche par la Hongrie

devient de plus en plus illusoire, et les populations de la Cisleilhanie, moins riches que leurs voisins en blé et en farine, soumises à un rationnement du pain beaucoup plus S'ivère, commencent à s'inquiéter el à s'irriter contre les Magyars. Le gouvernement de Budapest avait promis de livrer à l'Autriche 10 millions de quintaux de farine et de blé, mais, jusqu'à présent, il n'en a fourni que 2 millions et demi. Il avait été convenu qu'il livrerait 3 millions de quintaux de maïs au mois d'août 1915, dernier délai, mais il n'en a envoyé que 1 million et demi.

La presse viennoise attaque violemment le gouvernement de Budapest et propose de recourir à des représailles économiques à l'égard de la Hongrie. «L'Autriche fournit à la Hongrie, écrit le Deutches Volkshlatt de Vienne, 11 millions de quintaux de houille et plus de fi millions de quintaux de coke par an. L'industrie hongroise est donc dépendante de l'Autriche pour la houille au même degré que l'Autriche est dépendante de la Hongrie pour son approvisionnement en blé. Si l'on prétend, dans les milieux gouvernementaux de Budapest, que l'exportation du blé hongrois en Autriche n'est pas compris dans les obligations dualistes, le même raisonnement doit s'appliquer à l'importation de houille en Hongrie. Si nous demandons à la Hongrie de nous fournir du blé, nous sommes loin de tramer une « intrigue centraliste » comme le comte Tisza semble le penser. Finalement, nous nous verrons forcés de nous placer au point de vue qu'ont adopté les hommes poli-

tiques de Budapest, et de leur dire que notre propre consommation de houille nous oblige à en suspendre l'importation en Hongrie et à n'en livrer, à l'avenir, aux Magyars qu'une quantité proportionnelle à l'importation de blé hongrois en Autriche ». Cette protestation du Deutches Volkshlatt montre que la presse viennoise a complètement changé de ton depuis les premiers mois de la guerre et que des réflexions pessimistes et acerbes remplacent son enthousiasme du début.

Nouvelles de l'armée. — D'après les statistiques officielles du mois de novembre dernier, les pertes de l'armée austrohongroise peuvent s'évaluer à 200.000 hommes par mois, en y comprenant les prisonniers, les morts, les soldats grièvement blessés et les invalides. On arrive ainsi au chiffre de '3 millions 1/2 d'hommes hors de combat depuis le commencement de la guerre. Le gouvernement militaire doit donc trouver chaque mois 200.000 remplaçants. Mais toutes les réserves d'hommes sont presque totalement épuisées, et le gouvernement ne pourra continuer à remplir les vides des effectifs que pendant deux mois au plus et avec les plus grandes difficultés.

Il espère que la nouvelle révision des classes les plus âgées et des jeunes gens de 17 ans qui, suivant le décret impérial du 4 mai 1915, doivent se présenter devant les commissions, fournira quelques centaines de mille hommes.

Dans toutes les administrations, on remplace les hommes par des femmes. Tous ceux qui avaient obtenu des dispenses pour cause d'utilité publique sont appelés, aujourd'hui, sous les drapeaux, au risque de bouleverser la vie économique et industrielle du pays. Le ministère de la guerrea ordonné tout récemment aux fabricants de se préparer k remplacer les hommes du landsturm des classes 1878-1877 par des femmes, par des hommes reconnus incapables au service ' militaire et par des jeunes garçons, principalement par des élèves des écoles industrielles. On va créer des écoles spéciales, provisoires et des cours pratiques pour fournir des ouvriers aux entreprises industrielles. Les fabriques seront obligées d'installer des crèches pour les enfants des femmes mariées.

Le 17 janvier, les soldats du landsturm âgés de 45 et 46 ans ont été appelés soUs les drapeaux, et le 21 janvier, les soldats âgés de 49, 50 et 51 ans. En même temps, on a publié les listes des jeunes gens de 17 ans (la classe 1898) qui devront se présenter devant les commissions de contrôle.

Tuutes ces mesures produisent une impression désastreuse sur la population qui les considère comme conduisant à une extermination complète de l'élément masculin. Tous s'indignent de voir conduire à une mort certaine, pour une cause définitivement perdue, ces vieillards et ces enfants incapables de résister aux fatigues de la guerre.

Mais c'est surtout la nouvelle de l'adoption par l'Angleterre du service obligatoire qui a contribué à la démoralisation du peuple. On a compris alors dans toutes les classes de la population que les victoires des Balkans, bien que la presse officielle en décuple l'importance, ne sauraient empêcher la défaite finale des empires centraux.

Cette vague de pessimisme qui passe sur l'Autriche a la plus grande importance au point de vue de l'attitude des Pays-Tchèques, au moment où le gouvernement fait tous ses efforts pour gagner les Tchèques. Leur résistance et leur détermination de s'affranchir du joug autrichien ne peuvent que s'affermir en voyant s'accentuer les inquiétudes et le désarroi de leurs oppresseurs.

REVUES ET JOURNAUX

La presse française a longtemps montré une certaine hésitation à se prononcer franchement et ouvertement en faveur de l'indépendance des peuples slaves englobés, jusqu'à maintenant, dans l'Autriche-Hongrie, et de la dissolution de l'empire des Habsbourgs. Aussi, est-ce avec plaisir que nous constatons, aujourd'hui, que les publicistes et hommes politiques français se font des idées de plus en plus nettes de l'importance de celte question et qu'aucun doute ne peut subsister sur la direction de leurs sympathies. Notre action développée avec une parfaite loyauté, en accord avec les intérêts français, commence ainsi à faire sentir ses effets dans la presse parisienne et provinciale, qui.lui réservent souvent une attention flatteuse.

Nous signalerons, en particulier, le très intéressant article que M. Pierre de Quirielle a publié dans la Revue hebdomadaire du 25 décembre 1915 et qu'il a fait suivre du manifeste de notre comité. L'auteur, très au courant des affaires austro-hongroises, y témoigne le plus grand intérêt pour le mouvement tchèque.

Dans VExcelsior du 19 décembre, M. Henri Lorin, professeur k l'Université de Bordeaux, dont on connait les sympathies pour les Slaves, vient de publier un article (( La fin de l'Autriche, » dans lequel il se range au nombre de ceux qui considèrent la disparition de la monarchie des Habsbourgs comme inévitable.

Dans le Radical du 17 Janvier 1916, M. Louis Lefranc expose très clairement le rôle de la question tchèque dans la poli tique internationale, explique les liens qui la rattachent aux affaires d'Orient, et insiste sur la nécessité de créer un État tchèque indépendant.

De son côté, dans Paris-Midi, M. Adrien Bertrand a attiré, à diverses reprises, l'attention de ses lecteurs sur la justice de notre cause et l'intérêt qu'elle présente pour la stabilité de la paix future.

Dans VÉcho de Paris, M. Jean Herbette, continue la série de ses remarquables articles sur la prise de possession de l'Autriche-Hongrie par l'Allemagne, et, dans le numéro du 31 janvier, il dénonce « le scandale » des dernières ordonnances du gouverneur do Bohème, imposant l'allemand comme seule langue officielle à toutes les administrations publiques.

Le Chicago Daily News publie dans son numéro du 11 décembre un long article de son correspondant parisien M. René Arcos, sur les Tchèques, leurs revendications et leur avenir. M. Arcos compte, depuis de longues années,

parmi les amis les plus dévoués de la Bohême; il connaît particulièrement bien l'évolution de la nation tchèque dans les temps modernes et il a retracé à ses lecteurs, sous une forme des plus heureuses, les points essentiels de la question tchécoslovaque telle qu'elle se présente aujourd'hui. Son article est un éloquent plaidoyer pour la cause tchèque. Nous sommes d'autant plus heureux des sympathies que nous témoigne M. Arcos, que c'est un des correspondants parisiens les plus estimés aux États-Unis.

LES COLONIES TCHÈQUES

Conférence sur les Sokols. — Pour répondre aux mesures arbitraires prises par le gouvernement viennois contre les Sokols, l'Association des Sociétés de gymnastique de la Seine et le «Sokol)) de Paris organisent une conférence où M. J.Sansbœuf, ancien président de l'Association des Sociétés de gymnastique de la Seine et de l'Union des Sociétés de gymnastique de France, prendra la parole sur Les Sokols et le rôle de l'éducation physique dans la défense nationale. La conférence, avec projections, aura lieu sous la présidence de M. Adrien Mithouard, président du conseil municipal de Paris et avec le concours gracieux de M"" Bozena Kacerovskâ, du Théâtre national de Prague, le dimanche 6 février 1916, à 2 heures et demie, dans la Salle des Fêtes de la Mairie du IV« arrondissement, place Baudoyer, Paris.

Les Tchèques de l'Amérique du Sud. — La colonie tchèque de Buenos Ayres s'est associée dès le début à l'action pour l'indépendance de la Bohême. Au début de la guerre, elle a organisé une réunion de protestation contre la politiqueaustro-hongroiseet publié un manifeste Pro^es^acon^rp el Gobierno Austro-Hungaro pour faire connaître au public argentin les véritables sentiments du peuple tchèque. A la suite du passage à Buenos-Ayres du délégué du comité yougoslave de Londres, le Dr Micic,lesTchèques ont travaillé de concert avec l'union yougoslave Jadren et participé à la publication du journal qu'elle vient de créer et qui paraîtra avec un supplément tchèque. Naturellement, l'association des Sokols est à la tète de ce mouvement de propagande pour l'indépendance nationale.

FAITS ù INFORMATIONS

Dans la série des conférences organisées par la revue Foi et Vie à la Salle de l'Horticulture, 84, rue de Grenelle, et où une large place est réservée aux questions slaves, M. Louis EisENMANN, profosseur à la Sorbonne, parlera, le 13 février, sur la Maison d'Autriche et les Nationalités.

Le Gérant : L. Mathibu,

Imp. des Beauz-Arta. (A. Mullbk), 79, rue Dareaa, Paria

l*"^» Année. — N° 20.

15 Février 1916.

I^EVVE BI-MENSUBLLE

Directeur : Ernest DENIS, Professeur à la Sorbonne

La Bohême, la France

et l'Alsace-Lorraine.

Les Tchèques en Russie.

Vers la paix future.

Echos et Nouvelles.

Le Monde Slave.

Revues et Journaux.

Les Colonies Tchèques.

Faits et Informations.

PARIS 23, rue Boissonade, 23

Le No 25 Centimes

PRAGUE

$ A ce nom seul, l'àme du Slave tressaille d'amour patriotiijue et de fierté nationale, tel rilalien qui entend nommer Naples ou le Fran(;ais à qui l'on parle de Paris. $ C'est que Prague est le bijou de la belle Bohême qui formait, à son tour, le plus précieux joyau de la couronne impériale d'Autriche. Assise sur les pentes de riants coteaux, baignée par une large rivière, la belle Vltava, celte capitale idéale joint encore au charme de sa situation pittoresque l'attrait d'une histoire fort ancienne, intéressante et glorieuse. Depuis l'époque lointaine de sa légendaire origine jusqu'à nos jours, Prague a vu dans ses murs les chevaliers du moyen âge, les soldats désordonnés des guerres de religion. Ses murs ont frémi sous les détonations des canons, ses portes se sont ouvertes aux envahisseurs et aux signataires -des traij,és. —

$ Et cette histoire variée se trouve inscrite à jamais sur les pages de ce grand livre du genre humain, comme Victor Hugo appelle l'architecture. ■

j> A chaque pas le visiteur rencontre un de ces monuments, évocateurs du passé, relateurs de temps à jamais écoulés. Ici, c'est l'art gothique avec ses flèches aiguës et ses ogives; plus loin, on voit le plein cintre de l'art roman, les formes variées de la Renaissance et l'exubérance du style baroque. Plus de 70 églises et couvents, une centaine de palais aristocratiques, l'immense château des Rois de Bohême, le Belvédère, l'Hôtel de ville, de nombreux musées, et d'admirables galeries artistiques ont valu à cette

ville le nom de «cité d'or des Slaves». •

d> Quand, des hauteurs des Hradcany, le regard du spectateur embrasse ces innombrables tours et tourelles qui laissent entrevoir le ciel à travers leur cône de dentelle, quand la vue se perd dans ce labyrinthe de monuments où tout rappelle la beauté et l'art, alors on conçoit que celte cité magique ait provoqué l'admiration des Chateaubriand, Gœthe, A. Humboldt, A. Rodin, Léger, Denis, Prévost, etc. $ Au même titre que Florence, Nuremberg, Venise, etc., Prague est un véritable musée du moyen âge, une ville qu'on ne peut visiter sans en emporter les ^^

meilleurs souvenirs et la ferme résolution d'y retourner. îS^^^^I^^^SïZI^^^^Z H| ^| H|

LA NATION TCHÈQUE paraît le F"- et le 15 de chaque mois

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Tous les envois concernant la Rédaction doivent être adressés à M. Rodolphe Kepl, Secrétaire général,

La Rédaction est à la disposition des Abonnés et des Lecteurs de LA nation TCHÈQUE pour tous les renseignements sur les Pays Tchèques.

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RUSSIE

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GRANDE-BRETAGNE

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Tchèques à l'Étranger :

ÉTATS-UNIS

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SUISSE

Union des Associations Tchèques de Suisse 6, Hochfarbstrasse, Zurich.

ROUMANIE

Société Tchèque " Beseda " Nemanina, Bucarest.

li^EVUB BI-MENSUELLE

Première année.

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