FÉVRIER I
La Bohême, la France
et rAlsace=Lorraine
Notre campagne pour éclairer l 'opinion française sur les Pays-Tchèques commence à donner des résultats et les sympathies entre la France et notre nation deviennent de plus en plus vives et de plus en plus profondes. Une sorte d'instinct poussait déjà les deux peuples l'un vers l'autre depuis longtemps, quand la guerre actuelle est venue encore renforcer leur amitié.
Généralement, quand on parle des relations francotchèques, on évoque surtout le souvenir du dévouement du roi Jean de Bohême à Grécy, l'influence de la réforme religieuse des Hussites sur la philosophie individualiste, source de l'esprit révolutionnaire du XVlll" siècle, le rôle qu'ont joué dans la résurrection nationale de la Bohême le démocratisme et les idées de liberté issus de la Révolution française.
Mais un fait plus récent et qui louche plus directement les Français d'aujourd'hui, c'est la protestation que seuls dans l'Europe entière les Tchèques eurent le courage de faire officiellement contre l'annexion de l'Alsace-Lorraine par l'Allemagne. Ils comprenaient déjà que toute diminution de la puissance de la France est une menace pour euxmômes. C'est pourquoi, le 8 décembre 1870, les députés tchèques de la Diète de Prague envoyèrent au chancelier d'Autriche, Beust, un mémoire sur la politique éti'angère de la monarchie pour être présenté à l'Empereur François Joseph. Ce document historique témoigne de la lucidité de vue des hommes politiques tchèques, et reste d'une actualité saisissante. Nous donnons ci-dessous le texte exact des passages les plus importants de ce document si souvent cité: