‹ La Nation tchèque (volume 3)Chapitre 56 sur 100 · I. — Les mensonges des statistiques autrichiennes · texte numérisé non relu

I. — Les mensonges des statistiques autrichiennes

Lorsqu'on ariive d'Autriche à Pari' on ne peut s'empêcher de comparer la liberté dont les Tchèques jouissent ici pendant la guerre, les égards que les autorités françaises montrent pour eux, au régime de tracasseries auquel ils

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étaient soumis, même en temps de paix, dans l'empire de François-Joseph dont ils étaient les sujets. En les voyant, sur le sol français, en pleine guerre de l'Autriche contre la France, procéder librement à leur organisation nationale, exercer les droits reconnus aux ressortissants d'une nation ndépendante, ma pensée se reporte involontairement vers es pénibles conditions d'existence qui, sous le régime autrichien, nous ont été faites, à nous autres Tchèques, dans nos iropres pays, et surtout vers la minorité tchèque de Vienne dont, pendant de longues années, j'ai eu l'occasion de suivre les luttes et de défendre les droits.

Vienne, comme capitale de l'Autriche-Hongrie, a la prétention d'être admirée et aimée, ainsi que le serait la capitale de leur vraie patrie, par toutes les nationalités qui composent l'empire des Habsbourgs. Mais les moyens mis en œuvre pour arriver à ce résultat sont bien étranges, quand il s'agit des Slaves, en particulier des Tchèques.

Vienne passe à l'étranger pour une ville essentiellement allemande. Elle l'est par son aspect extérieur, par son administration, car la volonté impériale et les lois électorales iniques de la monarchie excluent impitoyablement les Tchèques viennois de l'Hôtel de-Ville, de la diète de Basse- Autriche et du Parlement central. Cependant, c'est un homme politique allemand qui a lancé la phrase bien connue et si souvent répétée : « Vienne est la plus grande des villes tchèques, sans en excepter Prague ». El c'est exact. Sur ses deux millions d'habitants. Vienne compte 400.000 Tchèques en chiffres ronds, c'est-à-dire plus qu'aucune autre ville tchèque.

Vienne n'est donc pas une ville purement allemande; c'est une ville de population mixte, — zweisprachig — comme on dit en Autriche, une ville de deux langues, de deux nationalités. Un cinquième de sa population est tchèque. Il est vrai que ce chiffre n'est pas confirmé par les statistiques officielles suivant lesquelles, d'après le dernier recensement de 1910, Vienne compterait à peine 97.000 Tchèques. Mais ces statistiques officielles sont sciemment falsiliées dans un but politique, et ne méritent aucune confiance. Nous allons montrer comment elles sont fabriquées.

Il y a déjà longtemps que le gouvernement autrichien s'est rendu compte de l'intérêt qu'il avait à maquiller les chiffres du recensement au point de vue des nationalités, et qu'il manœuvre dans ce but. Aux.conférences internationales de Pétrograd, où il s'agissait de fixer un procédé uniforme dans tous les États pour le recensement, il réussit à faire admettre que, pour déterminer la nationalité d'un individu, il suffirait de constater sur les listes, non sa nationalité purement et simplement, ni même sa langue maternelle, mais la langue parlée. L'Autriche rallia les délégués des autres puissances à ses vues, parce que ceuxri n'attribuaient aucune importance à ce distinguo qui leur paraissait purement théorique. En France, par exemple, la langue parlée et la langue maternelle ne font qu'un, c'est toujours le français, l'une et l'autre caractérisent également la nationalité française au sens ethnographique. Les délégués suppo.sèrent qu'il en était de môme ailleurs, sans s'apercevoir que partout, même dans les pays dj langue unique, cette méthode est inapplicable à toute une parlie de la population, aux enfants en bas âge, dont on peut constater la nationalité, à la rigueur la langue luuiernelle, uiuis

pas la langue parlée. L'Autriche, en préconisant cette base de détermination des nationalités, avait un but que les délégués des autres puissances ne soupçonnaient pas.

L'Autriche Hongrie est composée de plusieurs nationalités, et naturellement, certaines d'entre elles forment des minorités en face d'éléments nationaux adverses plus puissants numériquement. C'est le cas des Tchèques dans les villes allemandes, principalement à l'ouest et au nord de la Bohême, dans quelques régions de la Moravie et de la Silésie, et enfin à Vienne. Il s'agissait, pour favoriser la germanisation complète de l'empire, de dissimuler aux yeux de l'étranger ces minorités tchèques dans les listes de recensement, ou tout au moins, de les réduire à un chifïre infime. Le gouvernement tenait à présenter au monde l'Autriche comme un pays de caractère essentiellement allemand, à faire croire que certaines régions ne contenaient aucun Tchèque, ou que ceux-ci n'y formaient qu'une minorité insignifiante, et par conséquent négligeable; qu'on était donc fondé à n'y admettre l'usage du tchèque ni dans les administrations officielles, ni devant les tribunaux, ni dans les écoles. La substitution de la rubrique langue parlée à la rubrique logique de nationalité fut le subterfuge qui servit au gouvernement pour rétrécir artificiellement le chiffre de la population tchèque, en même temps qu'il gonflait celui de la population allemande sur les listes de recensement.

(< Vous êtes ici dans une ville allemande, disait on aux Slaves établis à Vienne; dans toutes vos relations sociales, vous faites usage de l'allemand; c'est donc votre langue parlée et non le tchèque, et nous vous inscrivons avec l'allemand comme langue parlée ». Sans doute les Tchèques objectaient que ce n'était là qu'une manœuvre politique, que cette statistique serait faussement interprétée, qu'on confondrait les chiffres de la langue parlée-avec ceux de la nationalité, qu'il ne pouvait loyalement s'agir que de la langue parlée dans la /amille et non de celle employée en dehors du foyer. Mais les commissaires allemands de recensement repoussaient systématiquement les réclama tions des pères de famille tchèques. Quelquefois, lorsque le Tchèque était un homme de caractère énergique et de situation indépendante, il tenait bon, et réussissait à empêcher cette falsification des statistiques au profit des Allemands. Mais, le plus souvent, il dépendait directement ou indirectement de la commune, d'un patron ou île clients allemands, et, pour ne pas perdre ses moyens d'existence, il devait se laisser classer sur la liste ennemie. Si les menaces n'avaient pas d'effet, l'administration recourait alors à la falsification malérielle sur les registn's communaux, en changeant, à l'insu des citoyens trop indépendants, les déclarations qu'ils avaient faites. Les Tchèques vérifiaient bien les listes, et, à l'époque du recensement, leurs députés parcouraient toules les communes pour soutenir leurs réclamations devant l'administration; mais il était impossible de faire rectifier tous les faux des agents gouvernementaux.

Les députés slaves ont énergiquement réclamé une modification delà loi sur le recensement Non seulement les députés des partis allemands s'y sont toujours opposés, mais le gouvernement s'est prononcé pour le ntatu quo. Il déclarait hypocritement qu'il ne pouvait être tenu pour

responsable des imperfections de la loi, qu'elle était fondée sur le traité international du recensement qui ne pouvait être changé unilatéralement, par une mesure législative nationale, sans l'assentiment de tous les contractants.

Sur ce point. Vienne s'est particulièrement dévoilée comme la capitale — non de l'empire — mais du germanisme. Nulle part ailleurs, la politique anti-tchèque n'a été pratiquée avec autant de cynisme. Ce furent les maîtres d'école qui jouèrent le rôle de commissaires du recensement. Quand ils trouvaient sur les listes le tchèque comme langue parléCj ils rayaient sans scrupule l'indication fournie par l'intéressé, et remplaçaient purement et simplement le tchèque par l'allemand. Les réclamations innombrables qui furent faites ne reçurent aucune satisfaction. Le zèle germanisaleur des commissaires avait été tel, lors du dernier recensement, que le résultat dépassa les désirs des pangermanistes les plus enragés. On arriva à un chiffre de Tchèques inférieur à celui du dernier recensement (97.000 au lieu de 103.000). Celait inadmisiible, la fraude était patente. Il était de notoriété publique que la population avait augmenté dans l'ensemble de la ville et dans chaque quartier en particulier, comme le prouvait d'ailleurs le recensement; d'autre part, il était indiscutable que l'avance tchèque était au moins égale à l'avance allemande. Et les chiffres officiels constataient que le nombre des Tchèques avait diminué! Les autorités se trouvaient fort embarrassées. Elles avaient voulu montrer que la population tchèque ne progressait pas aussi rapidement que la population allemande, qu'elle avait augmenté sans doute, mais pas dans les mêmes proportions; et voici qu'on arrivait à un résultat impossible, qui prouvait, urbi et orbi, que le recense ment avait été falsifié! La surprise était désagréable, mais on ne pouvait nier la cause du phénomène; il- ne restait qu'à l'avouer et -à reconnaître publiquement : « Oui, notre système de recensement ne vaut rien. »

Mais il y a des gens qui, obligés d'avouer une action, honteuse, s'efforcent de cacher leur humiliation à force de cynisme et d'impudence. Ce fut le cas des Allemands de Vienne. Lorsque les députés tchèques protestèrent contre l'attitude et les procédés du Ratliaus de "Vienne, réclamèrent 1 application des articles du code pénal relatifs à la falsification des documents publics et rappelèrent les articles de loi qui frappaient de peines très sévères les fraudes dans les opérations de recensement, le gouvernement garda le silence et déclara laisser à la municipalité de Vienne le soin de répondre. La réponse fut telle (|ue les Tchèques, d'après une vieille expérience, pouvaient l'attendre de la mentalité germanique. En séance plénière du Rathaus, le bourgmestre loua l'aititule des instituteurs, les Jclicitn d'rtvoir falsifié les listes de recensement : ils avaient agi en vrais Allemands pour conserver à la ville de Vienne Son carnctère aliemand. Ainsi, au litu d'une sanction pénale poiii' s'être livrés U des oporati^ns condamnées par deux lois, les coii[)ables reçurent des louanges publiques et solennelles. Ce qui constituait une troisième infraction à la loi, qui interdit d'approuver les actes cri minels!

II faudra t écrire un gros volume pour mettre en évidence toutes les illég.ilitos, toutes les infractions aux lois couimises dans ce domaine par les Allemands d'Autriche.

On l'a fait en Bohême; mais ici, et dans les circonstances actuelles, il n'y faut pas songer. J'espère cependant que les faits que je viens de rapporter font déjà sufïisament connaître comment sont fabriquées, en Autriche, les statistiques des nationalités, et la foi qu'il y a lieu de leur accorder.

J. DiiRiCH député tchèque au Parlement de Vienne.

BIBLIOGRAPHIE

La Pologne Immortelle. — La revue l'Art et les Artistes a consacré à la Pologne sa deuxième série de guerre. MM. Louis Réau, Danilowicz et Jean Styka y étudient l'art polonais depuis les origines jusqu'à nos jours et ils se sont proposé de nous donner une idée complète de son évolution dans ses formes diverses.

Ambition généreuse, mais non sans péril. Il arrive trop souvent que des études de ce genre, fragmentaires et brèves par définition, fatiguent le lecteur plus qu'elles ne l'instruisent. Leurs auteurs, gênés par l'ignorance qu'ils attribuent à leurs lecteurs, — non sans raison, — se bornent à nous donner une liste monotone et sèche de noms plus ou moins illustres. M. Réau a très habilement évité ce défaut et il s'est attaché à nous donner une idée générale de l'histoire artistique de la Pologne. Les influences germaniques y ont été d'abord prépondérantes et c'est à des artistes allemands qu'elle doit ses anciens monuments gothiques, l'église royale du Wawel à Cracovie, les magnifiques sculptures sur bois de Wit Stvi^osz, etc. Au xvi" siècle, le mariage de Sigismond I«' avec Bona Sforza (1518) ouvre la porte aux Italiens. Ce sont les influences italiennes que l'on trouve dans la Halle aux Draps de Cracovie, ou dans les délicieux châteaux de Wilanow ou de Lazienki.

Il peut paraître étrange que l'art en Pologne ne prenne guère qu'après les partages un caractère national. Ce phénomène s'explique en partie par l'éveil du sentiment patriotique, que l'oppression étrangère n'a pas étouffé, mais surexcité, et aussi par la transformation sociale du pays, où les classes populaires .jouent un rôle de plus en plus actif.

MM. Danilowicz et Jean Styka étudient cet art national, spontané chez les paysans, plus réfléchi dans les classes supérieures. Ainsi que le constate avec beaucoup de justesse M. Danilovi'icz à propos de l'art rustique, chaque village représente comme une école particulière où les goûts des habitants trouvent leur expression spéciale, en s'adaplant aux conditions climatériques et géographiques. — De là l'infinie variété et le charme singulier d'une production qui sort de l'âme même du peuple et nous séduit par sa franchise et sa sincérité; comme presque tous les Slaves, les Polonais ont l'instinct de l'élégance, le sens des proportions, le goût des arrangements délicats, et ces précieuses qualités se manifestent jusque dans les moindres détails de la vie ([uotidienne.

Les admirateurs de l'art polonais contemporain — ils sont nombreux — jugeront sans doute un peu sommaire l'article de M, Jean Styka. Comment résumer en quelques

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pages l'effort d'une école où les talents sont si nombreux et si divers? Après tout, la meilleure manière de parler des peintres, est de nous montrer leurs tableaux, et les reproductions que nous donne la revue de quelques œuvres de Grotlger, Matejko, Wyspianski, Weysenhof et Malczewski, sont vraiment fort belles. Qu'il nous soit permis seulement de regretter que, sans doute par une discrétion excessive, l'on ne nous ait pas donné quelques reproductions des oeuvres les plus célèbres des Styka. Nous aurions été heureux, par exemple, de retrouver, dans une publication consacrée à la gloire de la Pologne, l'admirable Golgotha, une des œuvres les plus poignantes qu'ait jamais inspirées le patriotisme à un grand artiste.

Tel qu'il est d'ailleurs, le numéro qu'a publié la revue L'Art et les Artistes, servira très heureusement la cause polonaise. Les photographies y sont nombreuses, variées, intéressantes : monuments, paysages, costumes ; à côté de l'admirable portrait de Chopin par Delacroix, des vues de Cracovie ou des sites pittoresques. On sent qu'on se trouve vraiment en présence d'un grand pays dont le passé fut illustre et dont l'avenir doit être glorieux. Le monde slave serait mutilé si la Pologne n'y reprenait pas le rang que lui assignent son histoire héroïque et le génie de ses enfants.

Grammaires serbe et russe. — Un des signes les plus heureux de l'intérêt de plus en plus grand que le public français prend aux questions slaves, c'est l'apparition de nombre de lexiques, grammaires ou dialogues destinés à faciliter l'étude du russe et du serbe. Naturellement, tous ces travaux ne sont pas d'égale valeur ; presque tous du moins seront utiles. Nous signalons aujourd'hui la Grammaire élémentaire de la lanf/ue serbe (Librairie Delagrave), par Henri de Lanux et Augustin Ouvévitcu;

— C'est un livre commode et clair, qui rendra de bons services et il se recommande d'une préface de M. Vesnjtch.

— Signalons en même temps les volumes parus à la Librairie russe et française, et en particulier la Première lecture russe (texte accentué) par Pierre Mikhaïlov, professeur de littérature russe aux écoles de Petrograd. Le volume de M. Mikhaïlov a été préparé avec beaucoup de soin et les étudiants y trouveront prolit et agi'ément.

ECHOS ET NOUVELLES

Les rapports italo-serbes. — M. Pachitch a fait, à Petrograd, à des représentants de la presse russe, des déclarations importantes dont on n'a guère reproduit chez nous que la partie concernant la Bulgarie et la Macédoine. Les journaux italiens ont insisté, comme il était naturel, sur celle qui visait les rapports italo-serbes. Nous reprodui sons cette partie des déclarations de M. Pachitch, d'après le texte envové de Petrograd au Carrière délia Sera (9 Mai) :

(< Dans la presse, à plusieurs reprises, on a fait allusion à l'existence de malentendus entre la Serbie et l'Italie.

J'ai la possibilité de démentir ces bruits et de déclarer catégoriquement qu'il n'existe aucun sujet de dissentiment sérieux entre les deux pays. S'il y a encore matière à des échanges de vue entre l'Italie et la Serbie, les divergences ne sont pas de nature à pouvoir susciter, en ce qui concerne leurs rapports, aucune appréhension.

(( Nous autre.-î Serbes, nous ne pouvons pas ne pas reconnaître le droit incontestable de l'Italie à l'hégémonie sur la mer Adriatique. Nous aussi, nous aspirons à la mer; mais nous ne recherchons en aucune façon des ports militaires et le droit d'y entretenir une flotte de guerre. Nous voulons simplement obtenir notre indépendance économique. L'Italie n'élève aucune objection à ce sujet ; s'il est donc possible de parler de controverses et de vues divergentes, elles existent seulement sur la question du nombre des points d'appui nécessaires à l'Italie pour la défense de sa puissance militaire dans l'Adriatique. Une telle discussion n'offre aucun caractère de gravité. La Serbie et l'Italie ont trop d'intérêts généraux communs pour que la solution de problèmes de ce genre soulève jamais de sérieuses difficultés.

« Les puissances de l'Entente, de leur côté, sont d'accord pour que ces questions, non encore résolues, le soient à la satisfaction commune des deux parties, de manière à assurer une longue amitié italo-serbe dans l'avenir. Mais maintenant, dans le présent, nous ne touchons à aucun détail et nous différons les solutions de toutes les questions controversées, jusqu'à la liquidation complète de toutes les conséquences de la guerre mondiale. »

Le premier ministre serbe a ajoute que sur la question macédonienne, la Russie, la P'rance, l'Angleterre et l'Italie étaient déjà d'accord.

Les déclarations de M. Pachitch ont rencontré en Italie un accueil très favorable. La presse les a commentées en termes chaleureux pour la SerlDie, aimables pour le chef de son gouvernement. On a remarqué au'^si l'attitude bienveillante de la presse russe et la cordialité d'un grand diner diplomatique offert par l'ambassadeur d'Italie à Petrograd en l'honneur de M Pachitch, la veille même de son départ.

La Trilmna a semblé voir dans les déclarations de M. Pachitch une sorte de désavœu ou l'atténuiition de celles qu'il avait faites à Londriis le mois précédent. Il n'y a pour nous aucune contradiction entre les déclarations de Londres et celles de Petrograd. A Londres, M. Pachitch avait affirmé nettement le principe de l'unité yougoslave en ayant soin déjà d'ajouter que les aspirations serbes et yougoslaves ne s'opposaient pas aux revendications légitimes de l'Italie. C'est ce dernier point de vue que M. Pachitch a voulu accentuer à Petrograd; en reconnais<ant explicitement (( le droit incontestable de l'Italie à l'hégémonie dans la mer Adriatique », en déclarant qu'il valait mieux ne pas ir sister aujourd'hui — sans aucune utilité présente — sur les questions qui peuvent encore soulever quelques controverses dont la solution selon lui ne doit pas et ne peut pas mettre en péril ramitiô ilalo serbe. Ainsi entendues et rapprochées les unes des autres, les déclarations de Londres et celles de Petrograd, également importantes, bien loin de se contredire, se complètent et s'expliquent mutuellement.

L'Italie et la question tchèque. — Nous sommes heureux de constater que notre action pour l'indépendance tchèque a trouvé, depuis le début, un accueil favorable et des appuis précieux dans les milieux politiques et dans la presse italienne. Très souvent, les grands quotidiens italiens ont été les premiers à dénoncer les odieuses mesures par lesquelles le gouvernement austro-hongrois s'efforce de mater les Tchèques ; ils ont profité de chaque occasion pour exposer à leurs lecteurs notre cause et nos revendications. Il suffît de citer les articles du Corrieve délia Serra, du Popolo, de la Tribana (l'article de M. Vincenzo Menghi du 23 avril), de Vldea Nationale (l'article de M. Frederigo Giolli du 25 mars), de la Stampa et de tant d'autres, pour mettre en lumière les sympathies dont nous jouissons en Italie.

Dans le monde parlementaire, la question de l'indépendance tchèque est l'objet d'une attention toute spéciale. La séance de la Chambre italienne du 14 avril en a donné une preuve éclatante. Après avoir analysé dans un discours remarquable la situation internationale, le député DiGesaro a dit en parlant de l'Europe future :

(( L'Europe derra être réorganisée sur la base des nationalités; permettez-moi donc d'envoyer un salut à la Pologne, à la Belgique, à la Serbie, au peuple tchèque que je souhaite voir indépendant et libre. La politique de l'égoïsme sacré ne peut aboutir, parce que la guerre d'aujourd'hui est une croisade pour la défense des droits des gens. » (Approbations très vives).

L'Europe centrale et la Hongrie. — Le sociologue hongrois bien connu, M. Oskar Jaszi, un des chefs de l'opposition magyare, a publié, dfins le dernier numéro de la Gazette économique des empires centraux, un article sur l'avenir de la Hongrie dans l'Europe centrale qui devrait retenir l'attention de certains milieux de l'Entente qui ne peuvent s'habituer à la pensôequelespoliticienshongrois, non seulement ceux des partis gouvernementaux mais aussi ceux de l'opposition, comptent parmi les partisans les pliis fervents de l'union économique et politique des empires centraux. Réfutant très énergiquement les arguments des adversaires de l'union douanière avec l'Allemagne, M. Jaszi formule les principes du rapprochement prochain de la Hongrie avec l'Allemagne qui lui apparaît comme nécessaire à la prospérité de son pays. (( La discussion sur l'union douanière, dit il, ne forme qu'une partie d'un problème beaucoup plus vaste et beaucoup plus important qui consiste à transformer l'alliance diplomatique et militaire des principaux États de l'Europe centrale en une unité politique, solide et organique. » Il n'y a, d'après lui, pour la Hongrie <|ue deux solutions des problèmes posés par la situation internationale : ou l'union douanière avec les garanties nécessaires pour la période transitoire, ou l'indépendance douanière sur la base d'un colbertisme à outrance. Cette dernière solution apparaît à M. Jaszi non seulement comme impossible, mais aussi comme nuisible au point de vue de la politique intérieure de la Hongrie ; elle détruirait l'unique base réelle sur laquelle pourrait

s'appuyer une politique raisonnable d'encouragement à l'industrie nationale. D'un autre côté, la Hongrie n'a rien à craindre de l'union douanière avec l'Allemagne, de la puissance de son capital, de son esprit d'organisation ; au contraire, la Hongrie doit souhaiter cette union de toute la force de sa volonté parce qu'elle serait favorable au progrès de son industrie, à son développement économique. La crainte de la germanisation n'est qu'une naïveté ; l'Allemagne n'a pas réussi à germaniser trois millions de Polonais, deux cent mille (!) Français, cent soixante mille Danois, elle ne germanisera pas plus les dix millions de Magyars, « Naturellement, dit l'auteur, nous ne pouvons nier que l'Allemagne, avec sa grande supériorité économique et sa puissante organisation, exercera dans cette union une certaine hégémonie; mais cette hégémonie constituera moins pour les Magyars une oppression qu'un soutien et une aide... Les inquiétudes et les appréhensions de dix millions de Magyars vis à vis du même nombre de non magyars qui, nécessairement et malgré eux, se sentaient attirés par leur conationaux de l'autre côté de la frontière, n'étaient que trop compréhensibles. Si actuellement les soixante millions d'Allemands unis économiquement etpolitiquement se chargent de veillera la tranquillité du développement économique et intellectuel de cent vingt millions d'hommes, il est facile de comprendre qu'on parviendra à briser la dent envenimée des haines nationales. »

Cette philosophie de M. Jaszi est admirablement claire et confirme d'une façon irréfutable ce que nous disons depuis longtemps : Les Magyars sont les meilleurs amis de l'Allemagne, parceque seule l'Allemagne peut les aider à briser la résistance de dix millions de Slaves et de Latins en Hongrie. Mais il y a mieux encore. Les Magyars ne se contenteront pas de ce secours allemand contre leur ennemi intérieur, ils demanderont encore qu'on les rende assez puissants pour le brider facilement dans l'intérêt commun de l'hégémonie allemande et magyare. Ils demandent l'hégémonie dans les Balkans. M. Oskar Jaszi le dit à la fin de son article sans aucune réticence, avec une franchise vraiment remarquable : « La Hongrie riche et bien organisée sera pour l'Europe centrale le chemin le plus sûr vers les Balkans... L'Europe centrale sous l'hégémonie allemande, les Balkans sous l'égide de la Hongrie, telle est la perspective de l'ère nouvelle qui s'approche. » Nous sommes vraiment reconnaissants à M. Jaszi de cette formule. Elle contribuera peut-être à faire mieux connaître le véritable rôle de la Hongrie dans la guerre actuelle et ses plans d'avenir.

Le partage allemand de l'Autriche-Hongrie. — Les

programmes politiques élaborés au cours des manifestations de plus en plus fréquentes des diverses associations impérialistes allemandes précisent peu à peu l'aspect que cellesci veulent donner à la future Europe centrale (nous ne disons plus l'Autriche Hongrie). Il est désormais évident que, même si l'Allemagne était victorieuse, l'Autriche-Hongrie ne subsisterait plus sous sa forme actuelle. Les questions polonaise et yougoslave exigent des solutions définitives de la part des gouvernements des empires cen-

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traux, et il en résulterait, même dans ce cas, un démembrement qui serait effectué de manière à fournir les plus sûres garanties pour les plans de domination universelle des politicienr. allemands. Le Club allemand de Vienne, dont les membres se recrutent dans les milieux universitaires, a élaboré récemment un accord avec le parti allemand radical, comportant un programme «pour la réorganisation de l'Autriche après la guerre », qui expose ouvertement les bases de ce partage de l'Autriche. Seuls, les pays allemands des Alpes et les pays tchécoslovaques seraient encore représentés au Reichsrat de Vienne; ils formeraient ensemble un État uni et centralisé, avec l'allemand comme langue ofli- (•ielle ; les écoles de la minorité tchèque seraient supprimées et les enfants obligés d'apprendre l'allemand qui, à partir de la troisième classe, servirait de langue d'enseignement. La Galicie serait partagée; sa partie occidentale, agrandie de la majeure partie du royaume de Pologne, formerait une nouvelle province soumise à l'Autriche, comme la Croatie le serait à la Hongrie. La partie orientale, avec la Bukovine, formerait une nouvelle province ruthène. De même, la Dalmatie serait éliminée du Reichsrat de Vienne et réunie à la Croatie restée sous la domination magyare. De cette façon, les Tchèques et les Slovènes seraient entièrement isolés des autres Slaves et facilement écrasés.

Les détails du plan pangermanique. — A Salzbourg, dans les premiers jours du mois de mai, une importante réunion à été tenue par les parlementaires allemands et autrichiens qui ont présenté un mémoire aux gouvernements de Vienne, de Budapest et de Berlin, sur la constitution de la future union austro-allemande . Il est intéressant de remarquer que cette pétition ne réclame plus seulement une alliance d'ordre international, mais une union réelle beaucoup plus étroite sur certains points que celle qui existe entre l'Autriche et la Hongrie. Ce mémoire, dont les points essentiels ont été publiés par le Prager Tagblçtt, réclame une étroite union politique, militaire et économique de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie, union qui serait réalisée par la création d'organes communs administratifs et législatifs. 1" L'entente durable en matière de politique étrangère serait assurée par des réunions régulières des hommes d'État des deux empires et de délégués de leurs assemblées législatives. 2» On signerait une convention militaire à longue échéance qui établirait un régime identique de service militaire dans les deux empires ainsi que l'unification des règlements sur l'instruction des recrues, sur l'armement, l'organisation et le commandement des troupes, sur les mesures de mobilisation, de construction de voies stratégiques, d'approvisionnement, etc. Des manœuvres en commun seraientexécutées; on échangerait des officiers et on créerait des écoles militaires communes. 3" En ce qui concerne l'union économique, les deux États représenteraient vis à vis de l'étranger une unité, tout en conservant, au début, des tarifs intérieurs d'ordre transitoire. On unifierait la législation commerciale, ainsi que les lois concernant l'assistance publique, etc. On procéderait de même pour les impôts ; dans ce but les représentants des milieux intéressés se

réuniraient régulièrement en congrès spéciaux. Un compromis à longue échéance avec la Hongrie est considéré comme une mesure indispensable et déjà décidée. Un fait très caractéristique des tendances dans les milieux dirigeants en Autriche, c'est que la censure, qui, il y a quelque temps encore, se montrait très sévère pour les compte-rendus de manifestations de cet ordre, a laissé passer dans les journaux allemands de longs commentaires sur ce curieux document. Mais dans la presse tchèque, tous les commentaires ont été impitoyablement supprimés.

Le procès de Banyalouka. — Après 175 jours de débats, s'est enfin terminé, le 22 Avril, à Banyalouka (Bosnie), le grand procès intenté à 156 personnes pour haute trahison. Sur les 156 accusés, trois sont morts pendant les débats ! deux autres seront jugés à part; 16 ont été condamnés à mort, 82 à des peines variant entre 2 et 20 ans de prison, 53 ont été acquittés. La plupart des condamnés sont des intellectuels, des députés, des prêtres, des instituteurs, des médecins et des étudiants. Le montant des amendes prononcées contre eux s'élève à 14 millions de couronnes.

Le procès de Banyalouka n'est qu'une répétition des fameux procès de Zagreb (Agram) et de Friedjung, avec le même but et les mêmes procédés. Il est dirigé contre le mouvement unioniste serbo-croate et vise à prouver que la Serbie était le foyer d'une agitation anti-autrichienne dangereuse pour la tranquillité de la monarchie. L'accusation, pour arriver à ses fins, a eu recours aux manoeuvres habituelles à la police politique austro-hongroise, violences, dénonciations d'agents secrets interlopes, achat et terrorisation des témoins, etc.

Le procès tout entier était fondé sur un carnet que la police prétendait avoir trouvé, lors de la première invasion autrichienne en Serbie, dans les vêtements d'un capitaine serbe, Kosta Todorovitch, tué à Loznica, ville frontière. Ce carnet contenait, paraît-il, les noms d'un certain nombre d'habitants de Bosnie, et comme le capitaine aurait fait partie de la société patriotique serbe " NarodnaOdbrana " où la police autrichienne se plaît à voir une association révolutionnaire, le tribunal en a déduit que ces Bosniaques étaient affiliés plus ou moins directement à cette société. Comme, d'autre part, les accusés étaient membres de diverses associations éducatives, sportives, moralisatrices de Bosnie, l'accusation déclarait ces sociétés criminelles et leurs membres coupables de haute trahison. Le malheur, c'est que le capitaine Kosta Todorovitch n'avait jamais fait partie de la Narodna Odbrana. Mais les juges autrichiens ne s'embarrassent pas pour si peu. Ils découvrirent un certain nombre de témoins qui, lors de l'instruction du procès, fournirent toutes les confirmations qu'on réclamait d'eux. Pendant les débats, quelques-uns d'entre eux se rétractèrent, affirmèrent que leurs déclarations leur avaient été arrachées par les menaces ; ils furent immédiatement arrêtés comme faux témoins. Les autres, fonctionnaires ou agents secrets, déposèrent suivant le désir des autorités et permirent aux juges d'accumuler contre les accusés bon nombre de griefs du genre de ceux qu'on voit revenir sans cesse dans les procès de haute trahison en

Autriche-Hongrie : distribution de livres et de brochures nationalistes, conférences patriotiques. Aucun fait coupable ne fut mis en lumière contre les accusés.

C'est ainsi qu'une fois de plus, des sujets de François- Joseph contre lesquels on n'a pu apporter aucune preuve de culpabilité vont payer de leur vie le crime de désirer leur patrie plus libre et leur peuple plus heureux. On les condamne, non pour des actes, mais pour des tendances, des aspirations que partagent tous les peuples slaves de la monarchie. Il n'y a là qu'une simple parodie de justice, pour se débarrasser des gens qu'on veut faire disparaître à tout prix.

Une confiscation sensationnelle. — Une des dernières interdictions de la censure autrichienne a eu, dans les pays tchèques, un énorme retentissement. On a mis à l'index un livre très répandu du célèbre journaliste liarel Havlicek, qui aprôsavoir été à la tête du mouvement national révolutionnaire tchèque en 1848, sous le gouvernement de Bach, resta plusieurs années en prison àBrixen, dans le Tyrol, mourut prématurément à Prague en 1856, et devint l'objet de la vénération des générations suivantes comme un héros national. Un recueil d'articles de la Gazette nationale q\i'i\ avait publiés en 1851, sous le titre Z)ttcA Nurodnich Nocin (l'Esprit de la Gazette Nationale), circulait librement en Bohême depuis soixante cinq ans. Aujourd'hui seulement, la censure s'est aperçue que deux de ces articles cons tiluaient des crimes d'offense à la maison impériale et une atteinte à l'ordre public, selon les paragraphes 64 et 302 du code pénal. Dans l'un dos articles incriminés, intitulé Les Polonais et le gouoernement, Havlicek donne le compte rendu de son voyage à Cracovie où il était allé, en mai 18 i8, inviter les Polonais à participer au congrès de Prague et tenter de les gagner à l'idée de l'entente polono-tchécoyougoslave qu'il considérait comme nécessaire, en présence de la dissolution imminente de l'Autriche Hongrie. L'autre article, intitulé Schicarz-roth-gold (noir-rouge jaune) est une analyse mordante du pangermanisme autrichien, représenté alors par toute une série de journaux viennois qui prêchaient la germanisation des Slaves d'Autriche, l'alliance de l'Allemagne avec les Magyars elles Roumains, et l'extension de la puissance allemande jusqu'à l'Adriatique et la Mer Noire. Cette interdiction significative est interprétée par l'opinion publique comme un symptôme de l'inquiétude croissante du gouvernement de Vienne, qui craint que les Tchèques, les Polonais et les Yougoslaves ne réussissent aujourd'hui à réaliser la fédération slave de l'Europe cen traie, projetée dès l'année 1848 par Havlicek, Safafik, Palackv et leurs collaborateurs.

Suspension de jouniaux tchèques. — Le gouvorneiiient de \'ienné a ordonné récemment la suspension de toute une série de journaux tchèques de-province pour refus d'in.-érer les articles transmis par le bureau de presse de Vienne. Le fait qu'il ne s'agit pas seuleni;mt des journaux radicaux, progressistes et socialistes, mais aussi^des journaux catholiques, est caractéristique. Aucun parti en Bohême n'est à l'abri de la persécution. Parmi les journaux

frappés d'une suspension pour toute la durée de la guerre, mentionnons: Le journal du parti progressiste «Ratibor», paraissant à Hradec Kràlové (Koeniggraetz), dont le rédacteur, M. Pefina,a été emprisonné; l'hebdomadaire du même parti <( Nezâvislost » paraissant à Podébrady ; le journal libéral « Zdàr'>) de Rokycany ; le journal socialiste-chrétien (catholique) <( Prâvo » de Kladno ; le journal protestant (( Kostnické Jiskry » de Prague, qui défendait les idées de Jean Hus, et dont le rédacteur, M. Stépânek, ayant déserté au front, est mort récemment comme prisonnier de guerre en Russie. La même mesure a été également prise contre le journal pour les enfants « Sokolské Besedy » édité par l'organisation des sokols.

La crise économique en Autriche. — Au Sud de la Bohême, dans le district .de Pisek, les boulangers ont été obligés de suspendre entièrement la fabrication du pain, leurs provisions de farine étant complètement épuisées. Celte crise dure depuis plusieurs semaines, et les autorités se montrent absolument impuissantes à y remédier. De même, le bétail devient extrêmement rare. Au marché de Plzeri, on a vendu, le l»' mai, une paire de bœufs 10.000 couronnes. Le.s œufs sont devenus une marchandise de luxe. Les journaux de Moravie annoncent que, depuis quelques semaines, pas un seul œuf n'a été apporté aux marchés de Brno, de Olomouc, de Prostéjov et d'autres grandes villes du pays. Dans plusieurs districts de Moravie, la viande a entièrement disparu du marché depuis de longs moi?. A Moravskâ Ostrava, dans les jours qui précédèrent les fêtes de Pâques, une oie se vendait 45 couronnes, une poule 30 couronnes. La farine devient de plus en plus rare ; dans certaines régions, le kilo de farine se vend 1 couronne 60 béliers.

Nouvelles de l'armée. — Les jeunes territoriaux de la classe 1898, reconnus aptes pour le service au cours des révisions récentes, ont été invités à rejoindre leurs régiments le 11 mai, en Autriche, le 29 mai, en Hongrie. Dans les villes de Bohême, des affiches officielles ont invité, dans les premiers jours du mois de mai, les jeunes gens de 14 à 16 ans à se présenter aux autorités en vue de la préparation militaire.

Le tribunal d'appel de Chrudim, en Bohême, a interdit dernièrement la vente et la distribution d'un livre de chansons militaires tchèques dont la plupart ont paru aux juges séditieuses et antimilitaristes.

L'Académie tchécoslovaque de commerce à Prague a été transformée, par ordre ministériel, en institut de préparation militaire. Les professeurs sont obligés de diriger les exercices de leurs élèves. Le 11 mai, un défilé de 400 élèves de cette école, conduits par leurs professeurs, a eu lieu à Prague, devant le général Max baron Sahlèque.

Les journaux publient quotidiennement de longues listes de confiscation par décret des biens appartenant aux déserteurs. On remarquait sur les dernières listes les noms de plusieurs sous officiers de la 2" compagnie du 11"° régiment originaire de Pisek.

REVUES ET JOURNAUX

Etienne Fournol, De la succession d'Autriche (Mercure de France, i" mai, 1916).

Les journaux et les revues se montrent de plus en plus préoccupés de la question d'Autriche. L'article que publie le Mercure de France mérite de retenir l'intérêt, parce qu'il est Tceuvre d'un homme qui a étudié le sujet de longue date. M. Fournol a voyagé; il est entr^ en relation avec les principaux hommes politiques ; il s'est intéressé depuis longtemps à l'avenir des Slaves, et le volume qu'il a publié avant la guerre, les Marches de la Germanie, prouve que son attention avait été attirée sur la nécessité de chercher vers l'Orient des alliances nécessaires pour arrêter les ambitions allemandes.

Comme beaucoup de politiques français, M. Fournol avait quelque peine à admettre que lesHabsbourgs dussent se contenter à la longue du rôle de complaisants des Hohenzollern, et il est certain que certaines erreurs ou certaines servilités dépassent les bornes de l'imagination. Aujourd'hui encore, il paraît hésiter devant les solutions radicales et son imagination s'eiïraye de la constitution de nouveaux États indépendants. Son travail ne nous en paraît que plus intéressant et, j'ajoute, plus utile à notre cause.

Nous avons en effet ici le témoignage d'un écrivain peu suspect, que n'anime aucune hostilité ancienne contre la dynastie des Habsbourgs. Le tableau qu'il nous trace de la décrépitude de la monarchie autrichienne en est d'autant plus probant. — (( En Autriche, écrit M. Fournol, tout était faiblesse et désordre : une Cour infatuée et vieillotte, un parlement plein de tumultes et fécond en compromis, agité, impuissant et peut-être corrompu,... une machine administrative compliquée, nombreuse, inerte ; un gouvernement appliqué à favoriser les 'privilèges de naissance et de race, à tenir certaines nationalités dans l'enfance pour assurer la domination des autres ». — L'Empire n'était maintenu que par la police, dont la presse était un des bureaux, par la hiérarchie catholique et parles institutions militaires qui tendaient d'ailleurs à se désorganiser sous la pression des passions séparadsles. 11 n'est pas douteux que le désir d'écraser les éléments non allemands a été un des principaux motifs de la coterie aristocratique, militaire et catholique, qui a déclanché la guerre actuelle.

Comme le reconnaît M. Fournol lui- même, la guerre ne pouvait « qu'aggraver les difficultés intérieures qui déchirent la monarchie : le manteau impérial du vieillard de Schœnbrunn n'étouffe pas les haines (ju'il recouvre ». — Quels sont les palliatifs assez puissants pour apaiser ces conflits et quel avenir prépareraient à l'Europe les diplo-

mates timides qui entreprendraient de retenir sous le même joug des peuples que tout divise et qui ne sauraient oublier les terribles expériences de ces derniers mois ! Laissons chacune de ces nations reprendre son existence indépendante et libre. Il eût peut-être mieux valu que François-Joseph fût un souverain intelligent et juste! — Ce n'est pas notre faute s'il n'a pas su se dégager des lourdes traditions qu'il avait héritées des Ferdinand etdesLéopold.

Le Mercure de France du 16 mars 1916 a publié un intéressant article de notre ami, M. Jules Chopin (J. Pichon), sur VAulriche « brillant second ». L'auteur proteste, avec raison, contre le rôle effacé qu'on attribue à la diplomatie viennoise dans les intrigues qui ont déchaîné la guerre actuelle. Il montre que c'est au contraire le gouvernement de François-Joseph qui a sciemment préparé et dr-clanché le conflit pour se tirer d'une situation intérieure difficile et même désespérée. Les hommes d'État germanisants ou magyarisants d'Aulriche-IIongrie voyaient avec terreur les peuples slaves et latins de l'Empire se dégager peu à peu du joug germano-magyar qui avait entravé si longtemps leur <;volution nationale et réclamer dans l'administration de la monarchie la ])lace et l'influence auxquelles leur donnait droit leur énorme supériorité numérique. Seule, une guerre victorieuse pouvait, selon l'opinion des cercles influents de Vienne, mettre un terme à l'agitation tchécoslovaque, roumaine, croate et serbe.

Une autre raison, plus puissante encore, poussait l'Autriche-Hongrie à la guerre. Son gouvernement était à bout d'expédients pour remplir le trésor public et continuer à faire face aux formidables d^'penses qu'exigeait l'alliance avec l'Allemagne. Les nouveaux impôts, les combinaisons étranges auxquelles se livrait le Ministre des Finances dans la transformation de la valeur relative du florJTi et de la couronne ne suffisaient pas à combler le déficit toujours croissant du budget. On ne trouvait plus d'autre moyen pour se remettre à Hot qu'une large indemnité de guerre obtenue, avec le concours de la toute puissante Allemagne, à la suite d'un conflit européen.

A ces deux bonnes raisons, ((u'on ajoute les ambitions de l'archiduc François-Ferdinand et de sa femme, la comtesse Chotek, et on comprendra ijue loin de jouer le rôle de frein vis-à-vis de l'Allemagne sur la pente qui menait les deux emjjjres réactionnaires centraux vers la guerro, le gouvernement austro- hongrois a ét('^ au contraire un agent de trouble et de provocation ijui a encouragé Guillaume II à ris(iuer l'avenir de son peuple et de sa couronne dans une aventure aussi aléatoire. La crainte des Slaves et des Latins de l'Empire, décidés à ne plus se laisser opprimer par une minorité malfaisante, la [)eur d'une banqueroute formidable rendaient un bouleversement mondial plus utile à Vienne iju'à Berlin ; et il ne faudra pas oublier au jour du règlement des comptes, que la responsabilité principale et non secondaire des malheurs actuels doit retomber sur le « brillant second )> de Guillaume II.

Les Volontaires Tchèques. — La Colonie tchèque de France a commémoré, le 9 mai, l'anniversaire de la hataille de Carency, la première à laquelle les volontaires tchèques ont participé, l'année dernière, et où ils ont montré dans l'assaut des positions allemandes une bravoure qui leur a valu l'admiration unanime de leurs chefs. La séance était présidée par M. Ernest Denis, professeur à la Sorbonne qui a rappelé la part glorieuse que les volontaires tchèques ont prise aux luttes sur le front occidental et a rendu hommage à ceux qui sont tbmbés en se dévouant pour la cause de la France et de l'humanité.

M. F. KuPKA, président de la Colonie tchèque, a fait l'historique de la légion des volontaires tchèques. 11 a rappelé les élogieuses appréciations que les ministres de la guerre français ont données de la conduite héroïque des soldats tchèques. Il a cité les paroles que M. Millerand avait prononcées à la tribune du Sénat, le 3 juin 1915, « en s'associanl à l'hommage éloquent que M. Louis Martin a rendu aux volontaires tchèques et polonais qui ont si vaillamment et si héroïquement versé leur sang et donné leur vie pour la France » ; et il a lu la lettre adressée par le général Roques, ministre de la guerre, au Comité de la Colonie tchèque, lettre dont nous sommes heureux de reproduire au moins le passage essentiel :

« A M cours de la lutte quelle soutient, depuis bientôt deux ans, pour le triomphe du droit et de la justice, la France n'oublie pas qu'à côté de ses enfants, sont venus -combattre les soldats héroïques que lui offrait la colonie tchèque de France.

« Le sang ainsi versé pour elle par les meilleurs de vos fils a cimenté à jamais l'union fraternelle des deux peuples qui auront lutté côte à côte jusqu'à la victoire, désormais prochaine, d'où sortira une vie nouvelle pour l'humanité tout entière ».

La séance s'est terminée par un discours vibrant de M . Louis Martin, sénateur du Var, qui, après avoir remercié au nom de la France les volontaires et les patriotes tchèques, a exposé en paroles éloquentes l'avenir qui, suivant notre espoir à tous, attend les Pays Tchèques.

La Suisse et la Nation Tchèque. — L'interdiction de notre revue en Suisse et les poursuites dirigées contre nos compatriotes résidant dans la République helvétique ont provoqué des protestations énergiques de la part de nombreux patriotes suisses. Tout récemment M. E. Cha- PU18AT, député au Grand-Conseil de Genève, a interpellé le Conseil d'État au sujet de l'interdiction de La Nation Tchèque, des confiscations arbitraires de notre journal tchèque, L'Indépendance Tchécoslovaque ainsi que de l'arrestationet del'expulsion de son rédacteur, M. L. Sychrava. Ilademandéquele Conseil d'Étatrassurôt l'opinion publique qui a fait un rapprochement entre cette arrestation et les persécutions des Tchèques en Autriche-Hongrie.

Le discours de M. Chapuisat a été applaudi sur tous les bancs.

La dernière séance de la Société de sociologie a été l'une des plus animées de cette année. Comme les précédentes, elle était consacrée à la question d'Autriche-Hongrie et plus spécialement au problème tchèque. M. E. Benes, privat-docent de l'Université de Prague, a exposé l'histoire du peuple tchèque, ses qualités morales et intellectuelles, ses richesses matérielles, ses revendications pour l'avenir. Après avoir rappelé que la France a le devoir. d'appuyer l'action en faveur de l'indépendance du peuple qui, dans les périodes les plus critiques, a été pour elle un ami d'une fidé lité inébranlable, le président, M. Rabany, a donné la parole à M. Ghéradame.

M. Chéradame a traité la question de la dissolution de l'Autriche-Hongrie, condition principale de la création d'un État tchèque; il a retracé les grandes lignes du plan pangermaniste qui devait aboutir à la domination du monde par l'Allemagne, et il a montré que la base essentielle de ce plan était la création d'un organisme économique colossal appuyé par une armée capable de briser toutes les résistances. « Donnez la liberté aux peuples austrohongrois et -VOUS saperez le plan pangermanique. La dissolution de l'Autriche-Hongrie est la clef de voûte du problème mondial, or la Bohême est la clef de voûte de l'Autriche-Hongrie par sa situation stratégique et l'énergie de la race qui l'habite. »

M. Rabany répondit à une question sur ce que deviendraient les Allemands d'Autriche, au cas de son démembrement, en exposant que : u Si l'on procède à la dissolution de l'Autriche-Hongrie et que l'on donne six à huit millions d'Allemands à l'Allemagne, on l'affaiblit en comparaison du surcroît de puissance que serait pour elle une Autriche- Hongriequi restera toujours sa vassale et qui, lecaséchéant, appuierait ses ambitions avec une armée de six à huit millions de soldats. »

A nos lecteurs.

La Nation Tchèque a commencé, avec le numéro du 1^* mai 1916, sa deuxième année d'existence. Son administration serait reconnaissante aux abonnés de vouloir bien renouveler dès maintenant leur abonnement qui, en raison de la crise actuelle du papier, sera porté à 8 francs par an pour la France et à 10 francs pour l'étranger. Elle rappelle en même temps à ceux qui n'ont pas encore envoyé le montant de l'abonnement pour 1915-1916, que l'administration peut, s'ils le désirent, en faire le recouvrement à domicile, par la poste.

Il nous reste quelques séries complètes des numéros de notre première année que nous tenons à la disposition de nos amis au prix de 12 francs les 24 numéros. Nous disposons, en outre, d'un certain nombre de numéros isolés (excepté les numéros 1 et 2 épuisés). Les personnes qui désirent compléter leur collection, n'ont qu'à s'adresser à l'administration enjoignant à leur lettre le montant du prix représenté par les numéros demandés.

L* Gérant : L. Mathiiu.

Imp dei Beaoz-Arti. (A. MullikI, 78. rue Daresa. Parti

2* Année. — N» 3. 1» Juin 1916.

n^EVUE BI-MENSUELLB

Directeur : Ernest DENIS, Professeur à la Sorbonne

SOMMAIRE

Les Soldats Tchécoslovaques.

Les Tchèques de Vienne. Bibliographie,

Le Monde Slave.

Echos et Nouvelles.

Faits et Informations.

PARIS 18, rue Bonaparte, 18

Le No 35 Centimes

%EVUB BI-MEMSUELLE

Deuxième année.

I»' Juin 1916

No 3.

Après vingt mois de guerre

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