III. — La Liberté des peuples en Autriche
Après avoir exposé l'attitude du gouvernement et de la municipalité de Vienne vis-à-vis des Tchèques résidant dans la capitale, je voudrais montrer au lecteur comment la population allemande traite ses concitoyens slaves. Pour
cela, je n'énumérerai pas tous les griefs que les Tchèques ont à reprocher aux Allemands de Vienne, je me contenterai de rapporter quelques incidents auxquels j'ai été personnellement mêlé comme représentant du peuple.
Au commencement de l'été 1909, au moment où le Parlement terminait ses travaux et allait entrer en vacances, lesTchèquesde Vienne demandèrent aux députés tchèques de ne pas les abandonner pendant les vacances parlementaires; ils savaient que les Allemands avaient l'intention de se livrer à cette époque à de violentes agressions contre les Tchèques et leurs écoles. L'information était exacte; les sociétés pangermaniques (Ostmark, Sûdmark etc.) projetaient des manifestatioqs antislaves. Les députés tchèques décidèrent alors de se tenir à tour de rôle à la disposition de leurs compatriotes et de monter une sorte de « garde du Danube ». Dès les premiers jours démon tour de faction (c'était un dimanche matin), j'assistai à un cortège des sociétés pangermaniques et anti-tchèques qui circulait sur le boulevard principal de la ville (Ringstrasse) dans le but de démontrer le « caractère allemand » de Vienne. Mais la maigreur des effectifs des manifestants était peu probante à ce point de vue, dans une ville de deux millions d'habitants. Les réunions que la population tchèque tint, l'après-midi, dans le dixième arrondissement, eurent un caractère autrement imposant.
Le matin, j'avais entendu les pangermanistes crier, en se séparant devant le parlement : « Cette après-midi, au dixième 1 » mot d'ordre d'une agression contre les Tchèques. Ces derniers, au courant des projets de leurs ennemis, s'attendaient à cette visite peu amicale et avaient pris leurs dispositions en conséquence. Quand, vers 4 heures, les Allemands se rendirent au lieu de leur rendez-vous, aux « Salles des Roses », la population tchèque formant une foule immense était là, les attendant pour saluer leur arrivée. Aussi, les Allemands se bornèrent à prononcer de nombreux discours, lançant contre les Tchèques les invectives les plus véhémentes, qui d'ailleurs ne parvenaient pas même aux oreilles de leurs adversaires. L'excitation de la population tchèque était intense. « Pourquoi viennent-ils nous insulter et nous provoquer dans notre quartier entièrement tchèque? Ils n'ont rien à faire ici! Qu'ils nous laissent tranquilles, comme nous les laissons en paix chez eux ». Tels étaient les cris qui retentissaient autour de moi parmi la foule de femmes et d'hommes que j'essayais de calmer. Ces protestations durèrent toute l'après-midi, jusqu'au moment où les Allemands se retirèrent. Cette fameuse journée, qui devait mettre en lumière le caractère allemand de Vienne, avait au contraire démontré l'importance de l'élément tchèque.
Les craintes des Tchèques viennois relatives aux intentions belliqueuses des Allemands pendant les vacances étaient fondées. Ceux-ci firent de nombreuses incursions, surtout les dimanches, dans le quartier tchèque. Une des plus grandes manifestations se déroula devant l'école tchèque du dixième arrondissement. Mais là aussi, les Allemands furent réduits à se réfugier dans un restaurant voisin, tandis que la population tchèque tenait tous les alentours de l'école. Toute la longue et large rue Quellenstrasse était remplie de citoyens tchèques, dont le nombre s'élevait, certainement à plus de dix mille personnes. Pen-
dant que les Allemands restaient cloîtrés dans leur local, les Tchèques circulaient dans la rue, accueillis par les cris' et les huées que les Allemands leur lançaient à travers le cordon d'agents de police qui les protégeait. Les Tchèques, malgré ces provocations, gardèrent une attitude pleine de dignité. Cette démonstration se prolongea jusqu'à minuit. La foule me demanda de prononcer un discours, ce qui était assez délicat, car il s'agissait de ne pas étoufler le magnifique entrain patriotique de tous les assistants, tout en ne laissant pas échapper une parole susceptible d'agir ci)inme une étincelle sur un baril de poudre, tellement c-.iit grande l'excitation causée par l'insolence des Allemands. C'était là, en effet, l'espoir des provocateurs — amener les Tchèques à des actes de violence et faire re tomber sur eux toute la rigueur de la justice viennoise. Notre tâche, à nous, représentants du peuple, était de décevoir ces espérances de nos ennemis. Nous y réussîmes, grâce au bon sens de la population tchèque et à sa discipline admirable. J'ai eu personnellement la satisfaction de recevoir les remerciements du chef même de la police, dans les termes suivants que je rapporte comme un témoignage des autorités elles-mêmes sur les attitudes si différentes des hommes politiques tchèques et allemands : (( Je vous fais mon compliment. Monsieur le député, de la manière dont vous tenez vos compatriotes entre vos mains; c'est ce que les députés allemands ne réussiraient jamais à faire. »
Ces incursions à date fixe n'ayant aucun succès, les agitateurs pangermaniques changèrent de tactique, et se livrèrent à des attaques par surprise Lorsqu'ils apprenaient la réunion dans un lieu quelconque, dans un restaurant par exemple, d'une société tchèque, ils se livraient immédiatement à l'assaut de l'établissement où se tenait la réunion. Ils purent, à plusieurs reprises, se vanter de brillants exploits, comme de frapper et de terrasser des hommes âgés et des femmes, de briser des verres ainsi que le matériel et le mobilier.
Les Tchèques eurent à subir de véritables sièges de la part des Allemands. Je n'en citerai qu'un exemple. Un dimanche après-midi, une société tchèque était en excursion à Atrgersdorf, village près de Vienne. Installés dans un restaurant d'été tchèque, nos compatriotes causaient ou jouaient, tandis que les jeunes gens s'amusaient à danser dans la salle. Tout d'un coup, on annonça l'assaut des Allemands, qui, ayant eu vent de l'excursion, étaient arrivés en foule pour semer le désordre. Ils tentèrent de pénétrer à l'intérieur du restaurant, mais ils ne réussirent qu'à occuper la véranda. A leur tête se trouvait un député allemand qui demanda à entamer des pourparlers avec moi. On l'introduisit, et je le priai de s'adresser aux organisateurs de l'excursion. Il leur proposa de quitter le restaurant et le village et de rentrer à Vienne, promettant d'assurer leur sécurité, s'ils y consentaient. Les organisateurs refusèrent cette proposition, soutenant avec raison qu'ils étaient libres de faire ce que bon leur semblait et qu'ils ne partiraient qu'à l'heure qui avait été fixée d'avance. Entre temps, une immense foule s'était assemblée devant le restaurant, sur la grande route. Un détachement de gendarmerie accompagné d'un commissaire de la sous préfecture se rendit sur place, pour veiller au maintien de l'ordre. Les Allemands, de plus en plus furieux, criblèrent de pierres
les vitres de la salle de danse. Les jeunes gens ne s'en émurent pas, et comme je félicitais de son sang froid une jeune danseuse qui avait failli être gravement atteinte, elle me répondit : " Bah! nous y sommes habitués. »
De van t l'augmentation constante du nombre desAllemands et l'apathie de la police, je crus devoir engager le commissaire à réclamer l'appui de la police à cheval. Cent-vingt cavaliers furent envoyés. A la tombée de la nuit, j'organisai le cortège de manière à protéger le plus efficacement possible mes compatriotes contre la brutalité tudesque.
Les excursionistes occupaient le milieu de la route, flanqués des deux côtés par la police, avec une avant-garde et une arrière-garde. Ils passèrent au milieu des huées des Allemands sans perdre leur sang froid, plaisantant, disant qu'ils se croyaient à une fête nationale en Bohême, le rôle de Sokols à cheval étant rempli par la police.
La police viennoise, il faut l'avouer, fit son devoir; le sous-préfet à qui j'eus à faire se conforma à toutes mes demandes. J'eus avec lui, en le quittant, une conversation caractéristique. Gomme je prenais congé de lui, il me dit: « Monsieur le député, moi aussi, mon service finit aujourd'hui, je prends demain mon congé d'été. Nous avons eu tous deux des journées difficiles, et je suis bien aise d'être remplacé par M. le préfet. Maissavez-vouscombiennousont coûté les mesures pour proléger vos compatriotes '.'' Plus de 200.000 couronnes, car nous aTons eu à payer de nombreux suppléments à nos hommes! » Je lui ripostai qu'on aurait pu ménager cet argent en prenant des mesures préventives contre les agressions allemandes. Il haussa les épaules et dit: « Ce n'est pas delà compétence de la police, c'est du ressort politique, et il faut s'adresser au gouvernement. » C'était vrai. Mais le gouvernement, à qui j'avais adressé cette observation au début des troubles, n'avait pas voulu y prêter attention.
Les autorités ne voulaient pas protéger les Tchèques viennois d'une manière efficace, elles ne voulaient qu'avoir l'excuse de dire que la police avait fait son devoir.
On désirait, en haut lieu, que les Allemands parvinssent à rendre impossible aux Tchèques toute espèce de vie publique, que ceux-ci fussent réduits par la terreur à ne plus donner signe de vie dans Vienne. La presse viennoise avait ordre de passer sous silence ces exploits éclatants, dont les héros étaient payés à raison de cinq couronnes par tête; et les correspondants des journaux étrangers étaient priés de ne pas les mentionner. A l'endroit des Tchèques viennois la politique de l'Autriche est une véritable politique — d'autruche. Elle veut les ignorer et l'étranger ne doit pas savoir qu'il en existe à Vienne.
Et lorsqu'on demande aux Viennois pourquoi ils ne veulent pas laisser les Tchèques exercer librement leurs droits civiques et pourquoi ils s'opposent si tyranniquement au développement de leurs écoles, ils vous répondent: « Si nous les laissions faire, dans cinquante ans Vienne serait tchèque. » Cette exagération même témoigne de la force et de l'importance de l'élément tchèque à Vienne. Et l'objection qu'il s'agit d'un élément d'immigration, instable et non autochtone, peut être appliqué avec autant de raison à la population allemande, ainsi qu'à celle de toutes les grandes villes qui, nulle part, ne peuvent subsister par elles-mêmes et s'alimentent de l'immigration de province.
Une manifestation intéressante de ce phénomène s'est produite il y a quelque 20 ans. Une « société des Viennois autochtones » ( Urwiener Verein) n'a pu subsister faute de membres.
Que les lecteurs ne croient pas que j'aie exagéré les faits. Au contraire, ce que je viens de rapporter n'est pas même le dixième de tout ce que j'ai vu pendant ces quelques jours derétél909. Et lesquelques exemples que j'ai exposés des procédés des Allemands vis à vis des l'chèques ne donnent encore qu'une faible idée de la brutalité et de l'arbitraire du régime germanique en Autriche.
J. DûRICH, député tchèque au Parlement de Vienne
Le procès Kramar, commencé le 6 décembre 1915, auquel s'ajoutèrept plus tard les procès du docteur Aiois Rasin, député au Reichsrat et directeur des Narodni Listij, du .«ecrétaire de la rédaction, M. Cervinka et du comptable Zamazai.s'estterminé le 3 juin par la condamnalion à mort par pendaison des quatre accusés. La sentence contient la décision que le secrétaire Cervinka doit être exécuté le premier, puis le comptable Zamazal, après lui le député Rasin et en6n le docteur Kramâf qui sera obligé, comme principal coupable et instigateur, d'assister à la pendaison de ses complices. Kramâf et Rasin ont été destitués de leur grade de docteur. Tous deux sont restés impassibles et même souriants quand la sentence leur a été lue. La sentence n'a été proclamée qu'après deux jours de délibération. Les plaidoyers, commencés le 15, ont été terminés le 31 mai. Le docteur Kramar lui-môme a parlé presque trois jours; le courage avec lequel il a expliqué devant ses juges toute sa doctrine politique, eu ne reniant rien de ce qu'il avait défendu avant la guerre, a stupéfié tous les assistants. Le plaidoyer du défenseur du docteur Kramâf, M. Kœrner.aduré six jours. Les défenseursdetous les condamnés ont annoncé le recours contre la sentence. Il est caractéristique quela presse n'a pas été autoriséeà faire la moindre mention du résultat du procès. Malgré cela la nouvelle de la condamnation s'est répandue comme une traînée de poudre dans toute la monarchie, en provoquant une énorme sensation.
La situation en Bohême. (Extrême gravité de la situation. — Après Kramâf, Rasin et Cervinka, les radicaux seront jugés avec Klofàc à leur tête. — Procès Machar). — Le 3 juin 1916, le tribunal militaire de Vienne a prononcé la condamnation à mort du docteur Karel Kramâf et de ses trois collaborateurs ; cette date figurera comme une date décisive dans l'histoire de l'Autriche-Hongrie. Lorsque cette nouvelle est parvenue à Paris le 7 juin, personne n'a douté de la gravité de la situation en Bohême. Dans la personne du docteur Kramâf, les juges de François-Joseph ont frappé un homme d'État qui, tout en étant un patriote tchèque, slave fervent et intrépide, n'en a pas moins combattu pendant du longues années les radicaux tchèques
auxquels on reprochait une politique nettement antiautrichienne et ouvertement russopliile ; en le condamnant à mort, sans la moindre preuve d'un délit quelconque commis en temps de guerre, eten motivant cette sentence inique par l'hypothèse laborieusement construite d'une connexité entre les révoltes des soldats tchèques et son œuvre politique en temps de paix, on a jugé et condamné la nation tchèque toute entière, on a manifesté la décision d'écraser la résistance de la Bohême par la force brutale impitoyable, d'en finir enfin avec tous les scrupules et toutes les tentatives de réconciliation.
C'est une cruelle ironie que Kramâf, le grand opportuniste, l'adversaire convaincu du radicalisme, doive le premier monter sur l'échafaud. Peut-être s'était-on rendu compte que sa modération d'avant la guerre constituait un argument puissant contre la possibilité d'une Autriche équitable et pacifique. Mais ce n'est pas une raison pour que l'on ait oublié les autres. La justice criminelle et sanglante du vieux Habsbourg ne pouvait s'arrêter là. Nous l'avions prévu et les événements nous ont donné raison. Nous apprenons en effet qu'une terreur générale bat son plein en Bohême. On nous informe que le gouvernement se prépare à perpétrer d'autres crimes encore ; tout une série d'autres procès de haute trahison est inlenlée en Bi)liênie et avant tout contre les radicaux, avec M. Klofâc à leur tète. On se souvient qu'au commencement de la guerre on a ein|)risonné le chef du parti national socialiste, M. "Vâclav Klofac, sous l'inculpatiDn de haute trahison. Comme à M. Kramar on lui a reproché ses voyages en Russie, le rôle ([u'il a joue au congrès de Prague en 1908 et à celui de Solia, son voyage en Serbie pendant la guerre balkanique; on a même ra[)pelé S(jii voyiige en Mandchourie en liJOô et on a dressé contre lui un immense réquisitoire appuyé sur ses innombrables discours et les études diverses qu'il a publiées avant la guerre. On a pu prouver que les principales pièces à conviction étaient truquées exactement comme au moment du fameux procès de Zagreb. Les révélations publiées sur le rôle d'un agent provocateur nommé Ort qui a écrit à Klofâc des lettres compromettantes a provoqué une énorme sensation. On a été obligé de suspendre le procès, mais l'inculpé a été gardé en prison comme otage : il ne fallait pas lâcher la victime. On prétend à présent avoir trouvé de nouveaux documents établissant que Klofâc et ses quatre collègues les députés Choc, Vojna, Burival et Netolicky avaient ourdi, en automne 1914, une conspiration pour le moment où les Russes arriveraient. Tous les cinq sont actuellement en prison, menacés de la peine de mort.
On est allé plus loin encore ; on a voulu frapper non seulement les chefs politiques de la nation mais aussi ses chefs intellectuels, ses écrivains, ses poètes. On a commencé par Machar qui est le plus connu, le plus célèbre. On a trouvé dans les papiers saisis chez Kramâf une lettre de Machar, écrite il y a plus de dix ans, dans laquelle l'empereur aurait été grossièrement offensé. L'instruction judiciaire pour le crime de haute trahison a été aussitôt ouverte. On a commencé à étudier les livres de Machar et les juges ont été effrayés par la tendance extrêmement subversive de tous ses écrits, publiés et vendus librement avant la guerre. La plupart d'entre eux ont été interdits, on
La Nation Tchéqub
a ordonné d'enlever les portraits du poète de tous les lieux publics et les municipalités ont reçu l'ordre de changer immédiatement la dénomination des rues qui portaient le nom de Machar. On a constaté au surplus qu'en Amérique un journal tchèque a reproduit un poème signé par Mnchar, ayant une tendance antiautrichienne C'étaient quelques vers pris dans un livre dont la publicité avait été autorisée avant la fjuerre ; leur nouvelle publication en Amérique a été pourtant qualifiée de crime et a servi de prétexte pour jeter Machar en prison.
Tout cela prouve sans contestation possible que le gouvernement de 'Vienne et celui de Bénin préparent un coup terrible contre la Bohème. Après 30U ans on médite une nouvelle Montagne Blanche; on veut décapiter la nation, assassiner ses chefs, parce qu'ils n'ont pas renié les désirs et les espérances de leur peuple qui, sans aucune préparation, sans aucun complot et spontanément, a manifesté ses sentiments et fait d'immenses sacrifices à sa foi nationale. Nous savons que tous les gouvernements punissent de mort les chefs de rebelles et qu'u n peuple qui se décide à une lutte ouverte contre son gouvernement doit se rési gner à en porter les consi^quences. Mais n'est-ce pas une barbarie sans exemple dans les annales du monde que de vouloir assassiner des hommes auxquels on ne peut reprocher qu'un seul crime, celui d'avoir dit depuis longtemps au gouvernement qu'on ne doit pas exiger de leur peuple, conscient et civilisé, de combattre ses frères de race et ses amis traditionnels. Le gouvernement de 'Vienne sait mieux que personne que les chefs politiques tchèques, trop confiants, trop naïfs et trop optimistes, n ont préparé aucune rébellion, n'ont ourdi aucune conspiration, qu'ils se combattaient les uns les autres jusque dans les derniers mois qui ont précédé la guerre et qu'ils ne pensaient nullement à la conflagration universelle qu'ont déchaînée les Habs bourgs et les Hohenzollern et qui les surprit plus que personne. L« gouvernement le sait. m»is il sait aussi que le peuple tchèque, menacé brusquement d'anéantissement, s'est uni et renfermé dans le ^ilence profond de l'attente et de l'espérance. S^uls les soldats tchèques, disposant librement de leur vie, ont parlé et agi au nom de la nation jugulée. Le gouvernement voit que les Russes approchent de nouveau et que les espérances du peuple tchèque pour raient être réalisées. C'est là i'explicaiion de sa fureur. La population civile se tait et elle ne peut rien faire de mieux sous la menace formidable de la soldatesque gernjanomagyare. Les partis politiques se taisent et aucune parole, aucune déclaration ne pourrait être plus éloquente. Mais — et c'est ce qui nous préoccupe et nous inquiète, — combien de temps le peuple gardera- t-il encore le sangfroid nécessaire à cette attitude prudente et réservée? Nous nous posons cette question avec angoisse. Mais nous connaissons la force morale du peuple tchèque et nous pensons qu'il saura une fois de plus déjouer la sinistre manœuvre de Vienne et de Berlin.
Le ministère austro-hongrois des affaires étrangères
commence à s'émouvoir de plus en plus de l'action du Conseil national tchécoslovaque à l'étranger et des succès |
de notre propagande. On s'aperçoit à 'Vienne que la question tchèque, qui comporte nécessairement la liquidation de l'empire austro-hongrois, conquiert peu à peu la place qui lui revient parmi les autres problèmes internationaux qui doivent être réglés par le prochain congrès de la paix. Il est naturel qu'on cherche au Ballplatz le moyen de paralyser nos succès et de désorienter l'opinion des nations a'iliées. Nous avons devant nous un document vraiment caractéristique de cet effort. La légation impérialeroyale de Berne a daigné nous envoyer, aussi bien qu'aux rédactions des principaux journaux parisiens, une publication commémorative, en langue tchèque, éditée à l'occasion du congrès extraordinaire des représentants des districts et des villes tchèques du Royaume de Bohême. Ce congrès s'est réuni à Prague, le 2 décembre 1915, pour le soixanteseptième anniversaire de l'avènement de François-Joseph. La légation a ajouté à son envoi la note explicative que voici : « Cette manifestation (de fidélité à l'empereur des villes tchèques) est une réponse éclatante à la campagne entreprise par une partie de la presse de l'Entente pour faire douter de la fidélité et du loyalisme [sic) du peuple tchèque. Après les innombrables témoignages de distinction et les éloges décernés par Sa Majesté à des officiers et à des soldats austro-hongrois de nationalité tchèque, ellecorrobore lefait patent aux yeux de tous ceux qui connaissentle peuple tchèque et son histoire, que, comme les autres nationalités de la monarchie, il est fidèlement attaché à la dynastie et qu'il place toutes ses espérances dans la force (sic) et la prospérité de l'empire qu'il a aidé à fonder. »
Reconnaissons tout d'abord que le moment était bien choisi pour cette tentative de peser sur l'opinion française. 11 y a quelques jours on a appris à Paris l'abominable et inique condamnation à mort du docteur Kramâf et de ses collaborateurs, MM. Rasln et Cervinka, ce qui prouve que même les hommes qui, pendant de longues années, ont combattu le radicalisme russophile en Bohème, sont considérés désormais comme traîtres à la monarchie. Il s'agit de prouver à présent que le reste de la nation désapprouve non seulement ses chefs condamnés, mais aussi notre propagande à l'étranger. Cependant la brochure que nous venons de recevoir en même temps que les principales rédactions parisiennes ne saurait tromper personne et il est même permis de supposer que la légation austro-hongroise de Berne n'eût pas envoyé à Paris ce document si, plus consciencieuse qu'elle ne l'est, elle avait pris le soin de le lire et de se mieux renseigner sur les circonstances dans lesquelles la manifestation des villes tchèques a eu lieu.
Il n'est pas difficile, en effet, de prouver que la publication qui nous a été transmise et la manifestation à laquelle elle se rattache prouvent justement le contraire de ce qu'on prétend démontrer. D'après nos informations, qui sont très sûres, le gouvernement de Vienne s'est efforcé l'hiver passé pHr tous les moyens d'extorquer aux partis politiques tchèques une déclaration de fidélité à l'empereur et à la monarchie, à l'occasion du soixante-septième anniversaire de François-Joseph. Cet efïort ayant complètement échoué, on a ordonné finalement au comte Schoenborn, président de la commission administrative qui remplace le gouvernement autonome de la Bohême supprimé depuis le 26 juillet 1913, d'organiser au moins une manifestation de
La Nation Tcièoub
fidélité des représentants des municipalités qui lui sont subordonnées. C'est ainsi qu'a eu lieu le fameux congrès des villes et des districts tchèques, le 2 décembre 1915, quatre jours avant le commencement du procès Kramâf. De longs commentaires ont été envoyés immédiatement en Allemagne et dans les pays neutres, avec l'adresse de fidélité envoyée à l'empereur; la publication commémorative éditée ô cette occasion doit à présent servir à paralyser notre action. Cependant, en la lisant, — plus attentivement que ne l'ont fait les agents du Ballplatz — on y trouve de précieuses indications qui confirment nos informations sur l'attitude actuelle de la Bohème. Le comte Schoenborn luimôme, en inaugurant la manifestation « spontanée » de ses subordonnés, a avoué qu'il s'agissait de détruire l'impression provoquée par les tristes événements qui se sont produits en Bohême : « il est vrai, a-t il dit, que la supériorité de l'ennemi a empêché au commencement que le succès de nos armes fût aussi complet que l'empereur l'aurait souhaité et, d'autre part, quelques faits, ici même, chez nous, ont très douloureusement atteint le cœur de Sa Maie:ité. Dans le royaume, nous avons éié douloureusement éprouvés par des événements extrêmement tristes et des actes mériiant les punitions les plus sévères; Sa Majesté en a été profondément afïïiKée... »
Rien ne souligne mieux le vrai caractère de la manifestation que ces paroles du représentant du gouvernement. La lecture de la brochure est plus instructive encore. L'adresse de fidélité est rédigée en termes extrêmement banals; elle ne porte d'autres signature que « La Fédération des villes tchèques ». On avait choisi, pour proposer l'adresse, MNL Gros et Stych, le maire et le premier conseiller de la municipalité de Prague. Ces messieurs ont été, jusqu'à présent, maintenus en fonctions parce qu'ils n'ont rien à refuser au gouvernement, depuis qu'en 1913, ils ont été convaincus de diverses malhonnêtetés et de nombreuses fraudes dans l'administration de la ville même. Cependant ces individus louches et généralement délestés n'ont pas même signé l'adresse de leurs noms en leurs qualités de président et vice-président du Congrès.
La brochure mentionne encore un discours soletmel de M. Goll, de l'Université de Prague, qui avait été obligée de déléguer son représentant à cetie fête. Eh bien, ce discours de M. Goll, qui est un des historiens les plus connus de la Bohême, n'est d'un bout à l'autre qu'un terrible réquisitoire contre le gouvernement de Vienne. Nous n'avons pas assez de place pour reproduire le récit qu'il trace de nos combats politiques dans les dernières 60 années, detoutes les déceptions du peu pie tchèque après les promesses de 1848 et après le fameux diplôme irrévocable et jamais réalisé de 1860', dans lequel François-Joseph nous avait promis l'autonomie. Souhaitons que 1 honorHble légation de l'Autriche prenne le soin elle-même de faiie encore traduire et répandre ce di>cours commémoratif où M. Goll résume les grands progrès accomplis par la nation tchèque « sous le règne du vénéré empereur » mais par nos propres efforts, par notre propre travail, malgré toutes les entraves qui nous ont toujours été opposées de Vienne, ainsi que le conférencier l'a répété à plusieurs reprises. Avec la modération et la réserve imposées par les circonstances, après avoir dit expressément que, « tandis que les autres peuples
proclament leurs programmes, les Tchèques ne doivent pas parler inopportunément », M. Goll a trouvé pourtant le courage de protester contre le plan d'hégémonie politique élaboré aujourd'hui parles Allemands d'accord avec les Magyars; parlant des désirs et des revendications tchèques, il a dit entre autres choses : « Le compromis austro-hongrois était dans le passé le problème le plus grave et le plus important de la politique intérieure de la monarchie. C'est à présent la question tchèque qui tient sa place et la tiendra dans l'avenir. »
Nous n'avons vraiment rien à dire si ces Messieurs du Ballplatz trouvent opportun de se servir de tels discours dans leur propngande; nous espérons seulement que le gouvernement devienne, après nous avoir lu, n'accusera pas M. Goll de haute trahison pour le môme discours dont il essaye de se servir pour prouver l'enthousiasme dynastique des "Tchèques.
Le quatrième emprunt de guerre autrichien. — La
presse austro-hongroise a fait récemment un grand bruit autour du « succès magnifique » du quatrième emprunt de guerre qui a donné en tout à peu près 6 milliards dont 4 milliards 300 millions en Autriche, le reste en Hongrie. Pour apprécier à sa juste valeur ce succès, il faut se rendre compte de trois circonstances caractéristiques : La pression énorme et scMndaleuse qui a été exercée sur la population pour l'amener à souscrire l'emprunt ; le taux extraordinairement élevé de la rémunération promise aux souscripteurs et enfin le fwit essentiel que le montant de l'emprunt indiqué dans les journaux n'a été obtenu que grâce au concours considérable du capital allemand qui est apparu dans les derniers jours de la souscription. La pression qu'on a exercée cette fois-ci, surtout en Bohême, peut être véritablement qualifiée de terreur. La Statthalterei a faitf(mder des sociétés spéciales pour la propagande en faveur de l'emprunlqui agissaient systématiquement sur les habitants par quartiers et qui menaçaient de- punitions sévères ceux qui hésitaient. La presse toute entière a été réquisitionnée pour les besoins du bureau d'émission et les économistes et chefs politiques les plus en vue ont été invités par la Statthalterei à écriie des ai ticles en faveur de l'emprunt. Cette manœuvre dissimulait la menace dir'gée comre ceux qui auraient refusé de contribuer au succès de l'emprunt; elle a eu pour le gouvernement un résultat plutôt négatif. La plupart des économi-tes tchèques se sont bornés à déclarer qu'un emprunt réussi est un siun^ de la force intérieure de l'État et augmente son prestige à l'extérieur. La réserve de la population tchèque n'en est devenue que plus significative.
On a essayé d'autre part de leurrer les gens par les promesses d un gain exhorbitHnt. Et, en effet, on pouvait calculer facilement que 1 État girantissait le taux énorme de 10,6% au lieu de 4 °/o otiert par les banques et les caisses d'épaigne. Le cours d'émission étant fixé à 92. ■'iO et la Banque d'Étnt garantissant à chaque souscripteur le prêt immédiat de 75 couronnes contre la déposition d'une obligation de 100 couronnes, il ne fallnit que 17.-0 pour se procurer une obligation rapportant 5.50 d'intéiôts; comme la Banque d'État ne perçoit que 3.75 d'intérêt pour les
75 couronnes prêtées, les 17.50 couronnes du capital rapportant effectivement 1.75 c'est-à-dire 10 "/o ; on obtient le chiffre de 10.6 »/o si l'on compte encore le gain net en capital résultant du fait que l'État garantit le remboursement des obligations au cours nominal. Les proclamations officielles faisant appel au patriotisme et en même temps à l'avarice des citoyens étaient vraiment amusantes. On expliquait par exemple qu'en souscrivant à l'emprunt on gagnait en 10 ans 280/0 de plus, en 40 ans 54 "/o de plus que l'on ne gagnerait en déposant l'argent dans une banque. Il e.st évident que des procédés semblablesnesontpas seulement déshonorants pour l'État qui s'en sert, mais qu'ils sont en même temps le symptôme d'une banqueroute prochaine d'autant plus que, malgré tous ces efforts, on n'a obtenu les six milliards dont on avait à tout prix besoin, qu'en recourant au capital aile mand dont le secours a été franchement avoué par la presse de Vienne.
Nouvelles de l'armée. — ( La rébellion du 17« chasseurs. Le traitement des soldats tchèques. — Un grand scandnle de réformes frauduleuses.) — Au mois de mai, plusieurs officiers du 17'* régiment de chasseurs à pied, qui est tchèque, accusés de rébellion, ont été traduits devant le tribunal de guerre de Vienne. Ce régiment se serait engagé sur le front, en bataille rangée, contre deux autres régiments autrichiens, et aurait été presque entièrement anéanti. A la suite de ce nouvel incident, les persécutions des Tchèques dans l'armée ont redoublé. Les livrets militaires des territoriaux tchèques qui, dans la vie civile, étaient suspects aux autorités sont marqués « p. v. » c'est à dire polizeiUch verdaechtig, ce qui les livre aux pires tracasseries. On emploie dans une large mesure des peines corporelles dont quelques-unes ne le cèdent en rien aux tortures du moyen âge. On attache par exemple des délinquants, les membres étendus, sur une grande poutre, ce qui rappelle les anciens procédés de crucifixion. Rien d'étonnant à ce que les suicides des soldats deviennent de plus en plus nombreux. D'aulre part, les Allemands et les Magyars jouissent d'un régime de protection scandaleux. Les officiers allemands et magyars surtout obtiennentde longs congésetles services les plus durs incombent généralement aux Slaves. Les réformes frauduleuses sont pratiquées en grand dans les villes allemandes. Tout récemment M. Braun, professeur à la faculté de médecine de Vienne, et 153 autres personnes ont été arrêtés pour des fraudes de ce genre. Le procès-monstre qui leur a été intenté provoque une grande sen.-ation.
— (La peur de l'invasion russe.) A plusieurs endroits en Bohême, même dans les environs immédiats de Prague, à Rostoky et ailleurj, on procède ces derniers temps à l'élargissement des routes. Les arbres qui les bordent sont abattus, les fossés comblés et la culture des champs est supprimée sur une largeur d'à peu près un mètre de chaque côté des routes. On a ordonné cette mesure dès le commencement du mois de mai, ce qui veut dire qu'à ce moment-là on prévoyait déjà l'offensive des Russes et qu'on admet aussi, dès à présent, la possibilité que la Bohême devienne le théâtre de la guerre.
— (Les difficultés de l'équipement.) La pénurie de la laine et du cuir nécessaires à l'équipement de l'armée devient de
plus en plus sensible. Les troupes d'arrière sont habillées généralement d'uniformes en coton; et l'on emploie de plus en plus fréquemment des chaussures à semelle de bois. Les prisonniers sont pour la plupart dépouillés immédiatement de leurs capotes et ne gardent que les vêtements strictement nécessaires.
MEMOIRES et DOCUMENTS
LE CAS DE Mlle MASARYK
L'affaire de MH» Alice Masaryk est un précieux exemple des procédés barbares du gouvernement autrichien. Professeur d'histoire dans un lycée de jeunes filles à Prague, M"" Masaryk ne s'est jamais occupée de politique, se vouant entièrement à l'œuvre de l'éducation et de la bienfaisance. Mais elle a eu le tort d'être la fille du professeur T. G. Masaryk, chef de l'action tchèque à l'étranger. Aussi a-t-on procédé, dès le mois d'octobre 1915 peu après la publication du manifeste du Conseil National Tchèque à l'étranger, signé du professeur Masaryk, à son arreslation. En jelant en prison la fille, on voulait avoir un moyen d'action sur le père. M"" Masaryk vivait en famille avec son père avant son départ ; plus tard, elle est entrée comme inlirmière dans un hôpital militaire. Quoi de plus facile pour 1h justice autrichienne que de construire une hypothèse des relations de la fille avec le père, et même une accusation d'espionnage? Il fallait à tout prix un prétexte, on l'a trouvé. On a intenté un grand procès. Le bruit a couru à Vienne que M"= Masaryk devait être condamnée à mort. L'opinion américaine, très sensible au sort de la fille d'une citoyenne américaine, a protesté. La nouvelle de la condamnation à mort de M'''- Masaryk ne s'est pas confirmée. Mais l'ambassadeur américain qui est intervenu à Vienne pour se renseigner sur son sort, a reçu la réponse significative que le dossier était immense et que l'instruction ne serait pas close de sitôt. Le professeur de l'Université de Harvard, M. Munsterberg, qui s'était adressé pour des renseignements à la légation autrichienne à Washington, a reçu uns réponse semblable. D'après nos informations, M"*^ Masaryk est toujours retenue en prison, à Vienne, avec quinze autres femmes, (( délinquantes » politiques et, dans les milieux officiels, on ne fait aucun secret du fait qu'elle est emprisonnée comme otage et que son accusation de complicité avec le professeur Masaryk n'a pas le moindre fondement. Nous apprenons, d'autre part, que M'"" Masaryk, elle aussi, est étroitement surveillée et ne peut pas quitter Prague.
Le parti féministe de la paix des États-Unis a entrepris une action en faveur de M"«^ Masaryk. Voici la note passée à ce sujet à la presse américaine, le 9 mai.
Des amis de M""^ Alice Masaryk se sont inquiétés des bruits sinistres qui couraient sur son compte. M. Hugo Munsterberg, professeur à l'Université de Harvard, qui s'est intéressé à son sort, nous apporte à son sujet un témoignage autorisé. Le parti féministe de la paix lui ayant demandé d'intervenir, il a répondu et permis de publier
que l'ambassade d'Autriche avait reçu de Vienne en réponse à son interrogation un télégramme sans fil ainsi conçu : « Procès préliminaire contre Alice Masaryk se poursuit. Tous autres bruits sans fondement. » M. Munsterberg ajoute que l'ambassade d'Autriche lui a confié, à titre de renseignement personnel, que, suivant la procédure autrichienne, un procès préliminaire n'a qu'un caractère d'investigation. « Il est donc possible, ajoute-til, que la faute qu'on lui impute ne soit pas exceptionnellement grave ».
Pour prouver que la cause sera jugée par le gouvernement autrichien d'une manière objective et juste, M. Munsterberg affirme que M"« Masaryk a reçu de l'avancement dans l'école où elle profe.sse, depuis que son père a quitté l'Autriche et a a passé chez les ennemis de l'Autriche pour y travailler sans répit à séparer la Bohême de l'Autriche et à la soumettre au joug russe. M. Masaryk a agi vis-à-vis de l'Autriche comme Casement vis-à-vis de l'Angleterre, et cependant, après qu'il se fut enfui en Angleterre, le gouvernement autrichien a, malgré tout, donné de l'avancement à sa fille... »
Il convient de faire remarquer que l'adversaire le plus partial de l'impérialisme anglais ne reproche pas à l'Angleterre, aux prises avec la révolte d'Irlande, d'avoir pris des otages ou arrêté des femmes pour frapper ceux de ses ennemis qu'elle ne pouvait pas atteindre. C'est précisément ce que l'on reproche aujourd'hui au gouvernement autrichien. Il agit de même envers une autre femme. M™" Edouard Benes, dont le mari, autrefois professeur à l'Université de Prague, fait maintenant des conférences à la Sorbonne, à Paris. Elle a été arrêtée en même temps que M"*" Masaryk et sur une accusation semblable. Les amis de M"*' Masaryk et de M""^ Benes sauraient gré à M. Munsterberg, s'il pou vait démentir cette accusation portée contre le gouverne ment autrichien et publier d'une manière précise les crimes que l'on reproche à ces deux femmes et pour lesquels on les retient en prison. Son témoignage pourrait avoir une importance internationale considérable.
Lettre adressée par M. T. G. Masaryk au rédacteur du Times.
Monsieur,
J'apprends aujourd'hui seulement qu'un article à propos de ma fille a paru le G courant dans la première édition du Times. Je cois que M. Munsterberg, Professeur à l'Université de Harcard, a essayé d'excuser le goucernement autrichien, en affirmant que ma fille est simplement en prison préventive. En fait, ma fille a été emprisonnée le 5 novembre de sorte quelle est en prison depuis sept mois sans avoir été jugée. Ceci montre clairement que le gouvernement de Vienne n'a aucun recours légal contre elle. On garde ma fille en prison pour persuader le public autrichien quelle était en relations politiques constantes avec moi. Mais cela n'est pas vrai. J'ai toujours veillé soigneusement à ne pas donner de part dans mon travail à ma famille, le goucernement n'a absolument pas le droit d'emprisonner les femmes à titre d'otages.
L'Ambassade d'Autriche prétend, par l'intermédiaire de M. Munsterberg, que le gouvernement autrichien a même
(( donné de l'avancement » à ma fille depuis mon départ d'A utriche. Cette affirmation ne peut pas être exacte ni véridique. Ma fille était professeur dans un lycée de la ville; elle ne pouvait donc recevoir de l'avancement que du goucernement local de la Ville de Prague. La question n'est pas de savoir si j'ai quitté l'Autriche et pourquoi, mais si le gouvernement acait le droit de mettre ma fille en prison, et, puisqu'elle y a été mise, pourquoi l'instruction a été retardée si longtemps.
La réponse à cette question est simple. Ma fille a été mise en prison, comme l'ont été d'autres Tchèques, hommes et femmes, pour terroriser notre nation. De même, tout récemment, un de nos plus grands poètes contemporains, Machar, a été jeté en prison sous prétexte qu'il avait publié un poème anti-autrichien en Amérique. Or, ce poème a été édité en Amérique, sans son assentissement ; il faisait partie d'une collection de ses œuvres publiées en Bohème avec l'autorisation de la censure autrichienne plusieurs années avant la guerre.
Londres, H juin. T. G. Masaryk.
REVUES ET JOURNAUX
La condamnation du docteur Kramar et la presse française. — Tous les journaux français ont consacré une attention toute spéciale à la condamnation de M. Kramâf. Nous croyons utile de ciler au moins trois articles qui. par leurs auteurs, nous paraissent avoir une importance toute particulière et démontrent clairement quelle indignation la condamnation a soulevée dans les milieux les plus compétents français.
Dans le Journal des Débats du 11 juin, qui, le jour suivant, a publié une excellente analyse de l'œuvre du docteur Kramâf, M. Auguste Gauvain écrit dans son article « Les Spasmes de l'Autriche » :
« Dès les premiers jours de la grande crise européenne, les autorités impériales et royales avaient emprisonné ou interné toutes les personnes qu'elles soupçonnaient de nourrir d'activés sympathies pour les Alliés. C'était bien le signe qu'en déchaînant la conflagration générale, François- Joseph savait d'avance qu'il allait à l'encontre de la volonté et des intérêts d'une partie des peuples soumis aux Habsbourg. La guerre était dirigée non seulement contre les Serbes et les Russes, mais contre tous les Slaves de l'intérieur. Jamais on ne vit d'entreprise de domination plus caractérisée. A mesure que les événements se déroulèrent, la colère des Slaves de la monarchie s'accrut. Quoiqu'elle se contînt dans les limites de la légalité, elle éclatait de toutes parts. Le gouvernement de 'Vienne s'exaspéra en proportion. Impuissant à relever des faits tombant sous le coup de la loi, il incrimina les intentions. Il fit arrêter et emprisonner les Yougoslaves, les Slovènes et les Tchèques passant pour les plus influents. Sans preuves, il fit condamner à mort ou aux travaux forcés 98 Yougoslaves par le tribunal de Banjaluka. Il procéda de même contre les étudiants Slovènes. Il continue contre les Tchèques. Dans sa rage de faire des exemples, il s'acharne contre les hommes les plus remarquables de la monarchie, dont le seul
La Nation Tchëoub
crime consistait à vouloir désolidariser l'Autriche- Hongrie de l'Allemagne. Il cherche à la fois des victimes et des otages. 11 se venge de ses propres fautes contre ceux qui s'efforçaient de les prévenir. En somme, François-Joseph I' consacre les dernières heures de sa triste vie à consommer la ruine de l'Étal dont il aurait pu faire le gardien de l'équilibre et de la paix de l'Europe.
Quoi qu'il arrive maintenant, les Tchèques, les Slovaques et les Yougoslaves ne pardonneront pas aux Habsbourgs. Ils sont résolus aux dernières extrémités. Ils poursuivront jusqu'à la mort leur tâche d'affranchissement. Il faudrait détruire la race tout entière pour soumettre leur pays. Mais que serait la monarchie austro hongroise avec une Bohème, une Slovaquie, une Slovénie, une Dalmatie et une Croatie anéanties? Même portée è un plus haut degré, la fureur homicide des gens de Vienne n'atteindra pas ces résul tats là ; elle se noiera dans le sang, mais elle se noiera. Elle commence déjà à produire ses efïets inévitables. Les armées impériales et royales, qui, malirré tout, se composent en grande partie de Slaves, sont minées par la rébellion et la désertion. Les ministres de Sa Majesté apostolique ont beau prodiguer publiquement les éloges aux troupes nonallemandes. Celles-ci n'en sont pas plus sûres. Précisément, il vient de s'ouvrir à Vienne un procès contre un grand nombre d'officiers tchèques du 17^ régiment de ch-sseurs à pied accusés d'avoir provoqué ou toléré sur le front du Trentin une mutinerie des soldats tchèques. Quand les soldats tchèques apprendront que M. Karel Kramâi' et deux autres des hommes politiques tchèques les plus considérés de Bohème ont été condamnés à la pendaison pour des discours publics tenus ou des lettres de fnmille écrites plusieurs années avant la guerre, cela ne renforcera point leur dévouement à la Mxison régnante. Si le général Brous^ilof ramasse depnis quelques jours les prisonniers par liizaines de mille en Galicie, il n'est pas défendu de croire que ces redditions multipliées sont dues à la profonde désaffection des troupes slaves pour h's Habsbourgs.
D'après nos dei'nieis renseignements, les persécutions ont pris dernièrement en Bohème des proportions insoupçonnées jusqu'ii-i... Mais nous devons dire, dès aujourd'hui, que si François Joseph laisse exécuter de pareilles sentences il y aura plus tard d'autres potences dressées à la Hofburg. »
Avec son admirable élan, M. Paul Adam proleste contre le « Crime nouceau des barbares n dans son article de fond de Vln/ormation du 12 juin.
« Un crime nouveau, écrit- il, fait tressaillir d'horreur les élites de l'Occident civilisé. Le docteur Kramôf. député du parti jeune-tchèque, est condamné à mort parce qu'il a critiqué l'absolutisme du gouvernement autrichien, son arbitraire, ses injustices, selon les sentiments que mon trèrent franchement et toujours. Tchèques de Prague, de B.iliême. de Russie. Le docteur est voué àla peinecapitale pour délit d'opinion ainsi que MM. Rasfn, Cerviiika et Zariiaral, ses amispolitiques. Afin de ies confondre, la police de la Cour martiitle avait tout d abord falsifié une lettre du docteur Kramâf. Le procédé révolta les ennemis mêmes des Tchèques. Il fallut recommencer l'instruction et se
borner à mettre en cause tels discours, tels articles du temps de paix, discours, articles véhéments, comme il était légitime d'en faire avant les hostilités, pour des Slaves que l'Autriôhe inexorable persécute au bénéfice des Allemands.
Il ne faut pas que le docteur Kramôi* ni ses amis soient exécutés. Le hasard des batailles a permis aux Alliés la capture de grands personnages et de chefs importants. Ce sont des otages. Leur vie peut durer exactement ce que dureront les vies du docteur et de ses amis.
Cette attitude convient à notre sens historique de la justice. Nous obtiendrons en l'adoptant la reconnaissance des Slaves pour l'indépendance desquels nous nous ballons du reste depuis deux ans, pour l'indépendance desquels, devant Verdun, nous tenons tète à la plus grandiose expansion de forces guerrières, mécaniques et chimiques, étant prêts nousmêmes à tout y déployer de nos régiments, à tout y dépenser de nos ressources, si l'ennemi s'obstine, insensé, à vouloir périr sur les Hauts de Meuse ou les conquérir. Cent cinquante millions de Serbes, Tchèques, Polonais, Croates, Russes nous dédieront leur gratitude dès que nous aurons ainsi menacé de représailles, avec eux, le despotisme autrichien sous lequel pâtissent quatre nations slaves au supplice.»
Et il conclut après avoir rappelé les liens d'amitié qui unissent la Bohême à la Francs :
« Non, le docteur Kramâf ni ses amis, ni la pensée tchèque, ne doivent être frappés par les bourreaux de leur tyr-an; ou bien les otages que nous gardons. Italiens, Russes et Français, payeront de leur vie ce crime nouveau des Barbares. ))
Enfin, nous ne pouvons que citer in extenxo l'article que M. Stephen Pichon, sénateur et ancien ministre des affaires étrangères, a publié dans le Petit Journal du 13 juin, sous le titre « L'Autriche xe venge » :
Déçue par la longueur et les complications de la guerre, mécontente des prétentions dominatrices de l'Allemagne, é[)uisée par les partes énormes qu'elle a subies, ne sachant comment pourvoir à son ravitaillement, menacée par la marche triomphale des armées russes, l'Autriche se venge de ses misères et de ses déboires sur les populations slaves de son empire. Les condamnations qu'elle vient de faire prononcer par les pourvoyeurs de ses échafauds contre les plus nobles serviteurs de la nation tchèque sont une honte de plus pour la dynastie des Habsbourg-Lorraine, dont naguère M. Salandra parla dans des termes si méprisants du haut du Capitole de Rome.
De tout temps il y eut, dans la monarchie de François- Joseph, des juges infâmes pour fr-apper les hommes contre lesquels on ne pouvait relever d'autre crime que celui du patriotisme et du courage. Sans remonter jusqu'aux sombres jours de la domination lombarde et vénitienne, jusqu'aux atrocités des Radetsky et des llaynau, dont l'empereur osa se glorifier l'année dernière en recevant la déclaration de guerre de l'Italie, personne n'a oublié les scandaleux procès intentes, après l'annexion de la Bosnie-Herzégovine, aux Serbes et aux Croates susperts de manquer de tendresse pour les Allemands et les ."Magyars. Les noms de l'espion Naslilch, du juge Taraboccliia, auxquels il faut ajouter ceux du professeur Friedjung et du comte Forgach, sont
La Natiom TcHèoei
marqués du sceau de férocité et d'imposture, comme le fut au xvii« siècle en Angleterre celui du chancelier Jeffreys, qui finit si tristement ses jours après la révolution vengeresse de 1688.
Ce que les tribunaux autrichiens ont fait alors, à l'indignation générale de l'Europe civilisée, ils le refont aujourd'hui, avec cette aggravation qu'ils profitent de la situation créée par la catastrophe dont leur pays à fourni le prétexte, pour se soustraire par la complicité de leur presse silencieuse à la responsabilité de leurs attentats.
Mais le mutisme de leurs journaux, l'implacable rigueur de leur censure et la dépravation générale de l'opinion sur la connivence de laquelle ils spéculent ne suffisent pas à jeter sur leur turpitude un voile qui leur permette de l'ensevelir dans le mystère de leurs prétoires et de leurs cachots. En dépit de toutes les précautions qu'ils ont prises pour assurer le secret de leurs machinations judiciaires, on sait que, depuis le mois d'août 1914, ils ont multiplié les arrestations et les emprisonnements arbitraires, les condamnations à mort et aux travaux forcés sans preuves, les persécutions et les meurtres contre les innocents dont ils ont juré la perte pur la seule raison qu'ils les soupçonnent de penser autrement qu'eux sur les droits des Slaves dans la monarchie.
Les derniers en date des forfaits commis à la demande de l'état-major, qui reçoit pour l'instant une si magislrale tripotée des troupes du général Broussiiof, paraissent être la condamnation à mort du chef du parti jeune tchèque, le docteur Kramâf, et de plusieurs de ses amis politiques, parmi lesquels le député Rasln, rédacteur en chef dn journal nationaliste de Prague, Narodni Listy. Une annôn de prison préventive, des vexations et des iniquités inqualifiables, des accusations reposant sur le mensonge et sur des pièces tronquées ou falsifiées, une instruction conduite par le chantage et par la fraude, un système de terreur, organisé pour faire taire toute proti station, le témoignage du président du Conseil lui-même tenu pour nul parce qu'il avait eu la dignité de plaider l'innocence et de s'élever contre l'arrestalion, et pour conclure un jugement de pendaison contre les représentants les plus honorés de la Bohême, voilà ce qu'on enregistre avec stupeur partout où il reste un sentiment de justice et d'humanité.
Le docteur Kramâf siège depuis plus de vingt-cinq ans au Reichsrath de Vienne; il en a été le vice-président ; il a été l'ami des premiers ministres de l'empire ; il n'a cessé de professer des idées de modération et d'entente, qui l'ont fait parfois signaler par ses compatriotes (chèques comme trop autrichien : mais son malheur est d'être ami de la France, de l'avoir toujours été, de ne l'avoir jamais caché, et d'avoir toujours eu pour la Russie des sentiments d afïection. Voilà son crime inexpiable ; il n'en a pas d'autre à se reprocher. Et ses amis sont dans le môme cas. Cela suffit. On a fouillé dans leurs discours, leurs livres, leurs brochures, leurs écrits, leurs conversations, leurs relations. On en a extrait tout ce qui pouvait les représenter comme dépourvus d'admiration pour l'Allemagne et pour les Allemands d'Autriche. Et, d'un trait de plume, on les expédie au gibet.
Laisserons-nous ce crime s'accomplir sans rien tenter pour l'empêcher ? Nous avons, les Russes et nous, dans
nos camps de concentration des compatriotes des magistrats prévaricateurs qui endossent impudemment cette ignominie. Ne nous fourniront-ils pas un juste moyen d'intervention ?
Déjà le roi Alphonse XIII, toujours prêt aux actes d'équité et de noblesse, a fait une démarche personnelle auprès du chef de la dynastie autrichienne en faveur des condumnéSf qui ont accepté leur sentence le sourire aux lèvres, et qui bravent la mort avec la sérénité d'une conscience sûre de l'avenir. 11 faut remercier profondément le roi d'Espagne de cette preuve nouvelle de ses sentiments magnanimes.
Mais nous, à notre tour, laisserons -nous égorger des patriotes qui ont toujours aimé notre pays ?
Une accusation écrasante. — Il y a quelque temps, le bureau de presse du gouvernement autrichien a fait publier, sous ce titre, dans les principaux journaux de la monarchie, y compris les journaux tchèques qui reçurent l'ordre de l'insérer dans leurs colonnes, un article renfermant de gi-aves accusations contre la Serbie et visa it à lui aliéner les sympathies dont elle jouit parmi les Slaves d'Autriche Hongrie. De p' étendus témoins oculaires y racontent la manière inhumaine avec laquelle les prisonniers de guerre furent traités pendant leur captivité en Serbie, comment ils furent internés dans des conditions si peu hygiéniques que les épidémies les décimèrent.
Ulndéiicnfiancc TchécoslovaQue rectifie duns son numéro du 22 mai celte « accusation écrasante », et la réponse qu'elle donne à l'article du bureau de presse autrichien a d'autant plus de poids que son auteur, médecin lui même, a servi pendant plusieurs mois de guerre dans l'armée autrichienne de sorte qu'il connaît parfaitement l'i rganisntion du service sanitaire austro-hongrois, et qu'il a ensuite collaboré lui-même en Serbie à la lutte contre l'épidémie. Personne ne pouvait être mieux qualifié pour se prononcer sur ce sujet.
Il est certain qu'aucune autre armée parmi les belligérantsBctuels n'avait un service sanitaire aussi mal organisé et aussi défectueux que l'armée austro hongroise. C'est dans les rangs de cette armée que trois «rendes épidémies, la dysenterie, le choléra et la fièvre typhoïde, ont pris naissance et se sont répandues dans l'armée serbe et russe quand les austro-hongrois, pendant leurs déroutes, abandonnaient à l'ennemi des hôpitaux regorgeant de malades contagieux sans le moindre avertissement et sans médecins, dans un état terrible.
Pendant les grandes batailles en Galicie, les majors austro hongrois s'abritaient lôchement à des dizaines de kilomètres du front et abandonnaient les blessés aux soins des infirmiers qui, au lieu de les soigner, les dépouillaient. Les médecins viennois ne travaillaient que de i) heures à midi et de 4 heures à 6 heures et refusaient de se déranger même lorsqu'arrivaient les convois de blessés dont les blessures mal pansées s'envenimaient rapidement. En Serbie, les prisonniers de guerre slaves de l'armée austro-hongroise atteints de la fièvre typhoïde étaient
La Nation Tchèqub
sévèrement punis par les majors allemands et magyars qui les soignaient, quand, avec 40 degrés de fièvre et déjà agonisants, ils salissaient leurs lits. On les forçait alors à coucher sur des planches sans matelas avec deux ou trois bûches pour oreillers. En Serbie, on a même constaté des cas où les médecins austro-hongrois, qui se plaisaient à déclarer cyniquement que le meilleur médicament est la cravache, en donnaient à leurs malades des doses assez fortes pour s'en débarrasser le plus vite possible.
Le gouvernement austro-hongrois ose reprocher aux Serbes que ses soldats malades ont été maltraités par le personnel serbe. C'est le contraire qui est vrai. Ce sont les infirmiers austro-hongrois eux-mêmes qui maltraitaient leurs propres camarades, injuriaient et brutalisaient les malades dont l'agonie se prolongeait en leur criant : « Dépèche-toi donc, il y en a d'autres qui réclament ta place! »
Evidemment, le petit État serbe ne pouvait satisfaire immédiatement aux besoins de 70.000 prisonniers, et il fut matériellement incapable de maîtriser rapidement les terribles épidémies que les soldats austro hongrois avaient apportées avec eux en captivité. Non-seulement beaucoup de ceux-ci étaient déjà malades, mais les bien portants se trouvaient dans un tel épuisement physique que les épidémies se propageaient dans leurs rangs avec une terrible rapidité. Mais, dès les premiers jours, le gouvernement serbe, aidé par les missions étrangères, surtout les missions françaises, anglaises et américaines, a fait des efforts surhumains, et dans quelques mois a réussi à localiser les épidémies et à organiser un bon service sanitaire.
Même débordé, par les besoins de tant de prisonniers, le gouvernement serbe a toujours cherchée satisfaire à toutes les exigences de leur santé avec le plus grand dévouement et avec une parfaite loyauté. Mais, il dut quelquefois répondre aux allures et aux exigeances provocantes des prisonniers allemands et magyars par des mesures appropriées. D'ailleurs, rien ne prouve mieux que toutes les légendes des mauvais traitements des prisonniers de guerre austro-hongrois en Serbie ne sont que des mensonges audacieux des gouvernements de Vienne et de Budapest, que le fait suivant : les prisonniers austro-hongrois préféraient fuir avec les Serbes devant l'envahisseur et périr dans les montagnes de l'Albanie, que de retourner en Autriche-Hongrie.
FAITS ù INFORMATIONS
La Colonie Tchèque de France. — Le groupe socialiste tchèque Égalité de Paris a donné, le 14 mai, à la salle Hoche, une matinée très réussie au profit des volontaires tchèques. Le programme était des plus brillants. A côté des artistes slaves parmi lesquels nous citerons particulièrement M">« Savadskaïa, M^ne Cwiklinska-Amadeï et M"** Kacerovska, des artistes français, anglais et italiens des grands théâtres de Paris sont venus manifester, une fois de plus, la solidarité des alliés et les sympathies qu'ils professent pour le peuple tchèque. La salle comble, où nous avons eu le plaisir de revoir tous nos amis français, ainsi que des délégations des colonies russe, polonaise et yougoslave, a salué tous les numéros du programme d'applaudissements enthousiastes.
La matinée a débuté par une conférence de M. Georges BiENAiMÉsur « les espérances de la nation tchécoslovaque. » M. G. Bienaimé, un des défenseurs les plus dévoués de la cause slave en France, a chaleureusement plaidé notre cause et exposé nos aspirations dans un discours plein de feu qui fut vivement applaudi. M""" Maria Vérone, avocate la Cour d'Appel, qui avait bien voulu accepter la présidence de la conférence comme représentant de la Ligue des Droits de l'homme sous le patronage de laquelle la fête était organisée, a rappelé dans une allocution très éloquente les raisons pour lesquelles l'action en faveur de l'indépendance tchèque doit trouver un appui dans tous les milieux où l'on réclame le respect du droit des gens et des peuples.
Le 21 mai, le Sokol de Paris a participé à l'inspection annuelle des Sociétés de gymnastique et de préparation militaire. Présenté aux membres du comité d'honneur, le petit peloton de Tchèques sous la conduite de son moniteur M. Chalupa (la plupart des Soholn de Paris servent comme volontaires sur le front) a été l'objet d'un accueil des plus sympathiques. Placés, pendant le défilé, en tête de l'Association des Sociétés de gymnastique de la Seine, les Tchèques, dans leur tenue de Sokolis, ont été vivement acclamés par un public nombreux et salués par de chaleureux (( Nazdar».
L* Gérant : L. Mathibo.
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LA NATION TCHÈQUE paraît le l^»- et le 15 de chaque mois
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2» Année. — N» 5.
1" Juillet 1916.
%EVUE BI-MENSUELLB
Directeur : Ernest DENIS, Professeur à la Sorbonne
SOMMAIRE
L'Autriche-Hongrie et la Guerre.
Les Magyars et la Hongrie.
Après vingt mois de Guerre.
Bibliographie.
Echos et Nouvelles.
Mémoires et Documents.
Revues et Journaux.
Faits et Informations.
PARIS 18, rue Bonaparte, 18
Le NO 35 Centimes
Dm
^EVUB BI-MENSUELLE
Deuxième année.
I" Juillet 1916
L'Aulriche=Hongrie et la Guerre
Dans une guerre qui prend une telle extension, la grande difficulté est de voir les événements dans leur véritable perspective et de se faire une idée exacte de l'importance relative des questions internationales en jeu. Le grand danger vient de l'emploi, bon ou mauvais, de certains mots comn)odes, qui n'expliquent qu'un aspect de la guerre, et nous cachent le caractère complexe de la réalité. L'écrasement du « militarisme prussien » est une de ces expressions courantes qui nous induisent en erreur. Il est vrai, sans doute, que cette gueire est une guerre prussienne, mais il est bien plus vrai encore que c'est une guerre autrichienne. Il est vrai que le militarisme prussien est un péril sinistre; mais, comme Gladstone le proclamait il y a trente ans, le césarisme des Habsbourgs n'est pas un péril moindre. Il est vrai que le Prussien descend du Hun, mais le lieu d'origine d'Attila, le véritable Etzelland, est le pays des Magyars. Il est vrai que nous luttons contre le spectre de Frédéric le Grand et de Bismarck, mais nous exorcisons aussi le mauvais esprit de Charles V et de Metternich. Il est vrai que nous combattons pour la libération de la Belgique, mais nous luttons également pour la libération de la Serbie, de la Pologne et de la Bohême, et pour le démembrement de la monarchie austro-hongroise.
C'est un lieu commun de l'histoire que Bismarck est l'exécuteur testamentaire de Frédéric-le Grand. Et les publicistes ont insisté tant et plus sur la solidité imposante de son œuvre politique. J'avoue que je suis plus impressionné encore par son caractère éphémère. Les mômes publicistes ont l'habitude de louer l'unité et la continuité de sa politique. J'avoue que je suis plus frappé encore par son incohérence. Je n'y vois pas une phase unique, j'en vois deux ou même trois, bien distinctes, dont je ne peux concilier les aspirations opposées.
Dans la première phase, il n'est pas douteux qu'il reste fidèle à l'esprit de despotisme éclairé, et aux traditions de l'État national militaire des HohenzoUern. II défend les prérogatives de la couronne, contre les empiétements du parlement. Il soutient les revendications du protestantisme contre les résistances de Rome. En adhérant à l'alliance russe, en se montrant hostile à l'Autriche, il maintient la continuité de la politique extérieure de la Prusse.
La secoado phase bismarckieone, qui commence par la
victoire de Sadowa et aboutit au traité de Francfort, peu
encore être envisagée comme la continuation de la première. On peut considérer que la formation d'un empire allemand sous la suprématie de la Prusse était le résultat nécessaire de la politique des HohenzoUern. Tenir l'Autriche à l'écart de la fédération allemande, c'était suivre la même ligne historique, et l'invasion de la Bohême n'est que la répétition de l'invasion de la Silésie.
Mais au traité de Francfort, et à la conclusion de l'alliance avec l'Autriche-Hongrie, commence une troisième phase de la politique de Bismarck, phase entièrement nouvelle, qui ne complète pas, mais détruit l'œuvre de Frédéric le-Grand. Il serait facile de montrer que chacun des actes politiques de Bismark après 1870, est la négation de sa politique primitive, et qu'alors se trouvent déchaînées des forces morales et politiques sur lesquelles il n'a aucun contrôle. Avant 1870, l'alliance russe avait été pendant cent ans la pierre augulaire de la politique prussienne. Après 1870, la coopération de Bismarck avec le Magyar Andrassy pousse la Russie à l'alliance française. Jusqu'en 1870, le dualisme de l'Autriche et de la Prusse avait été, comme le savent tous ceux qui ont lu Treitschke, le « Leit motiv )) de la politique prussienne. Après 1870, l'Autriche et la Prusse sont soudées ensemble en un bloc solide. Jusqu'en 1870, l'Allemagne s'est montrée le champion de la religion protestante, et Sedan, tout comme Sadowa, avait été considéré comme la victoire de Luther sur Loyola. Après 1870, Bismarck va à Canossa. Le « Centre » commence à avoir le dessus au Reichstag, et le peuple allemand devient si évidemment la force dirigeante catholique ou plutôt cléricale de l'Europe, qu'aujourd'hui le Vatican et l'Espagne sont forcés d'être germanophiles. Sans aller plus loin que 1878. Bismarck proclamait au Reichstag que les intérêts allemands dans les Balkans ne valaient pas les os d'un grenadier poméranien. Cependant, au Congrès de Berlin, Bismarck se voit obligé d'aborder la politique orientale, ce qui mêlait la Prusse à toutes les intrigues et à toutes les ambitions de l'Autriche dans les pays voisins de l'est.
Plus on analyse les résultats de cette politique de Bismarck, plus on est à même d'en réaliser les contradictions et ses inconséquences. Bien avant son renvoi, son œuvre était condamnée. La maison des HohenzoUern avait été construite sur les sables de Poméranie. L'état national prussien créé par le génie de Frédéric-le Grand avait cessé d'exister. La Prusse avait été absorbée par l'Allemagne, et l'Allemagne avait été conquise par le Pangermanisme. Sous le jour des événements plus récents, nous pouvons voir clairement maintenant que bien avant la mort de Bismarck, le centre de la politique extérieure germanique avait passé
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de Berlin à Vienne, et de Vienne à Budapest. L'Autriche et la Hongrie et non pas la Prusse, Jules AnJrassy et non pas Bismarck dirigeaient la politique prussienne.
On ne peut douter qu'aux yeux de Bismarck, l'alliance autrichienne dut être lœuvre culminante et décisive de sa carrière. Déjà en 1866, après l'écrasante victoire de Sadowa, en prévision de cette alliance inévitable, il rendit tous les territoires conquis. H suivit de dures inimitiés. Il joua son existence politique. Il va jusqu'à nous dire dans ses <( Pensées et souvenirs » qu'il était décidé à se suicider si sa politique pro-autricliienne échouait.
Pour comprendre celte alliance austro-allemande qui devait finalement aboutir non seulement à la destruction de la Prusse, mais à la destruction de la vieille Europe, il nous faut pénétrer les motifs politiques qui inspirèrent le Chancelier de fer. Lorsque Bismarck signa son entente fatale avec l'Autriche, il admit qu'il pourrait employer l'Autriche à ses fins comme il l'avait déjà fait lors de la question du Schleswig-Ilolstein ; il admit qu'une Autriche- Hongrie vaincue ne pourrait être qu'un instrument faible, une barrière commode, un moyen de tenir en échec l'Allemagne catholique, et que, quelles que fussent les circonstances, la Prusse garderait la direction. Conçue par lui, l'alliance austro-allemande ne devait pas être une alliance de deux États égaux, mais devait être la subordination d'un vieil État croulant à un Étal jeune et vigoureux. Bismarck comptait si peu sur l'Autriche comme sur une alliée efficace qu'il continua à s'appuyer sur l'alliance russe, et qu'avec la duplicité qui le caractérisait il conclut, à l'insu même de l'Autriche, son fameux « traité de Réassurance » avec Pétersbourg.
Il est facile aujourd'hui de condamner la politique à courte vue et l'erreur fatale de Bismarck, mais rappelonsnous qu'il n'était pas seul à admettre que l'Autriche était un État faible et vieilli, c'était là l'opinion générale des hommes d'État de l'Europe. En réalité, en Angleterre, on crut à la faiblesse de l'Autriche jusqu'au début de la guerre. Une expression courante représentait l'existence de l'Autriche-Hongrie ne tenant plus qu'à un fil, à la vie d'un souverain caduc, in.sinuant que vraisemblablement la monarchie des Ilabsbourgs ne survivrait pas à François-Joseph. L'histoire des deux derniers siècles aurait pu servir d'avertissement aux hommes d'État européens; elle aurait pu les éclairer sur la vitalité mystérieuse et apparemment inépuisable de la monarchie des Habsbourgs. Il est vrai que l'Autriche, sans prn.sque aucune exception, encourut des désastres sur les champs de bataille. Mais les hommes d'État européens auraient pu essayer d'expliquer le paradoxe étrange par lequel l'État môme qui était toujours vaincu semblait tirer de ses désastres plus d'avantages que les autres puissances de leurs victoires. L'Auiriche avait été battue pendant vingt ans à toute occasion par les armées de Napoléon; et pourtant, lors des traités de la fin de l'Empire, Metternich fut maître de la politique européenne. De nouveau cinquante ans plus tard, tandis que la Russie livrait victorieusement bataille sur bataille pour établir sa domination dans les États balkaniques, l'Autriche
n'osait pas hasarder un seul coup. Et pourtant, sans ayqir pris part à un seul combat, sans avoir fait aucun sacrifice, l'Autriche, au traité de Berlin, obtint des résultats bien plus importants que la Russie.
L'erreur de Bismarck sur la force de l'Autriche provient dé ce que, comme la majorité des hommes d'État européens, il confondit la puissance militaire avec la puissance politique. Au point de vue militaire, l'Autriche peut bien être faible et impuissante, mais au point de vue politique, elle est extraordinairement forte, plus forte peut-être que la l^russe. Sa force ne tient pris seulement à sa position géographique, à ses ressources économiques et à sa population, elle tient surtout aux ressources politiques, morales et spirituelles de l'État. Les diverses nationalités peuvent être en conflits perpétuels, l'Empire peut sembler toujours à la veille de se morceler. Mais ces nationalités en conflit sont soudées par la bureaucratie la plus tyrannique d'Europe, par l'organisation policière la mieux établie, par une diplomatie aussi astucieuse que celle de Venise jadis, par une aristocratie plus riche que l'aristocratie anglaise, et surtout par une église catholique romaine qui depuis cinq cents ans a maintenu une alliance offensive et défensive avec le Saint empire autrichien. Admettre que la Monarchie austro-hongroise n'est maintenue en vie que par l'influence personnelle de ceux qui la gouvernent, esta peu près aussi sensé que de prétendre que la puissance de la papauté ne dépendait que des qualités individuelles du pape, ou du maintien du pouvoir temporel. Derrière la personnalité de certaines dynasties et derrière la faiblesse apparente de Vienne et de Rome, il y a une organisation formidable; il y a les traditions politiques et diplomatiques, morales et religieuses, datant de mille ans.
Dans l'alliance entre l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie, l'Autriche ne représente pas seulement un facteur politique beaucoup plus important qu'on ne l'admet en général, elle représente quelque chose de plus néfaste, de plus essentiellement mauvais que son alliée du nord. S'il est vrai que nous luttons pour défendre les petites nationalités, l'Autriche est de beaucoup l'ennemie la plus dangereuse. Car on peut presque dire que l'Autriche n'a pas d'autre but que d'écraser les petites nationalités. Elle a toujours eu pour devise <x Divide et Impera». Elle s'est servie des Allemands pour subjuguer les Tchèques, des Magyars pour asservir les Roumains et les Croates, des Polonais pour opprimer les Ruthènes, des Italiens pour dominer les Serbes et les Dalmates. L'atmosphère politique de la Monarchie dualiste est si fatale aux petites nationalités que les peuples libérés eux mêmes, ont invariablement employé leur liberté nouvellement acquise, à empiéter sur la liberté de leurs frères plus faibles. Jules Andrassy, qui en 1849, avait été comdamné à mort et exécuté en effigie pour la part qu'il avait prise dans la rébellion hongroise, devint, vingt ans plus tard, l'oppresseur des Slaves. De même le fils du libérateur révolutionnaire, Kossuth, devint l'avocat d'une
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politique de répression à outrance. C'est ainsi que les Polonais de Galicie oppriment les Ruthènes, et que les Juifs sont devenus les dociles serviteurs des Austro-allemands et des Magyars.
D'autre part, s'il est vrai que nous luttons pour la liberté et la démocratie, c'est encore l'Autriche (jui est l'ennemie la plus dangereuse. Car toute la politique de l'État autrichien s'oppose à un sain développement de la démocratie. La réaction, l'obscurantisme, l'oppression, sont les mots d'ordre de la diplomatie austro-hongroise, que nous considérions l'oppression administrative de la police et d'une bureaucratie qui est devenue la risée de l'Europe, ou l'oppression économique des capitalistes et des Juifs qui ont monopolisé la presse et (^ui exploitent leur monopole en faveur de la couronne, ou l'oppression sociale des magnais féodaux qui maintiennent l'esclavage des paysans, ou l'oppression ecclésiastique du cléricalisme, qui tient le peuple dans une ignorance servile. Comparé à Vienne, Berlin môme est une ville pleine do charme et de lumière. A part l'éclat et la gaité de la capitale autrichienne, ses splendides boulevards, sa somptueuse rivière, ses parcs magnifiques, à part Mozart, Beethoven et Strauss, Vienne apparaîtra ce qu'elle est en réalité : une ville miasialique. Essayez de vous figurer les réalités politiques, et les forces industrielles qui dirigent l'Empire d'Autriche: les résidences royales, les palais de l'aristocratie, les couvents des Jéspiles, et les bâtiments du gouvernement vous apparaîtront comme autant de forteresses où persiste un régime désespérément corrompu, systématiquement réactionnaire, qui n'a rien d'une politique civilisée, un état policier semibarbare, espèce de Turquie catholique.
C'c,->t non seulement dans .sa politique intérieure que l'Autriche est le plus intolérant, le plus oppresseur des États européens; elle est aussi dans sa politique extérieure, le plus agressif et le moins scrupuleux. Nous pouvons nous représenter la Prusse reprenant la maîtrise d'elle même -■■'is une nouvelle constitution, parce qu'elle a une popula- I homogène et, â beaucoup d'égards, un gouvernement progressif.
Au contraire, nous ne pouvons nous figurer l'Autriche- Hongric renonçant à ses méthodes, parce que, si elle le faisait, elle cesserait d'être la Monarchie des Habsbourg». Elle est ayrensice par tradition. Elle est encore hantée par la A-ision d'un Saint Empire Romain : c'est la mission de l'Autriche de gouverner lo monde, n Austria est Iinperare orhl l'nirersn ». L'Auslro-Allemand regarde toujours vers lèriord; le Magyar toujours vers le sud et lest. Si la minorité allemande cessait de nourrir des ambitions de domination, elle ne serait plus qu'une quantité, négligeable, eWe deviendrait simplement autant de matière ethnographique qui serait éventuellement absorljée par les communautés slaves et magyares. .V l'Austro-Allemand, l'ofïensive se trouve imposée par la loi do préservation, l'ourse défendre contre la majorité slave, il faut qu il demande du soutien de l'autre côté de la frontière. Il faut qu'il cherche à s'unir à l'Empiré allemand. Voilà pourquoi le rôve de la « Grande Afremagne » a 'été un révè autiicliien avant d'ètie un rêve prussien. Comme botis Pavons indique, Bisrtiarck resta
toujours «petit allemand». Le Pangermanisme est un phénomène autrichien, non pas prussien. En Prusse son développement est comparativement récent; en Autriche il est aussi vieux que la monarchie des Habsbourgs elle-même. De même, la lutte des Teutons contre les Slaves est le leit motic de l'histoire d'Autriche et de Hongrie, plus encore que de l'histoire de la Prusse. L'agression des Teutons commença avec Gharlemagne, quand le grand empereur envoya ses missionnaires allemands pour propager la loi teutonne. La lutte pour la défense des .Slaves commença il y a plus de mille ans, lorsqu'un prince de Moravie judicieux, refusa d'accepter la domination teutonne que cachait le Christianisme, et envoya ses messagers h l'empereur byzantin, et lorsque Saint Cyril et Méthode, dont les vies donnèrent tant de belles pages à l'histoire, introduisirent les Évangiles et la liturgie slaves en Bohême el en Moravie.
Il est nécessaire d'avoir présenta l'esprit ces traits essentiels de la Monarchie des Habsbourgs pour comprendre toute la responsabilité de l'Autriche et la part respective de chacune des puissances centrales dans la guerre mondiale. La Prusse a donné sa force militaire et politique. Mais l'Autriche a donné ses aspirations et ses ambitions, ses méthodes -cachées, ses intrigues et ses conspirations, sa police, sa bureaucratie, sa diplomatie. C'est l'alliée dn sud qui a attiré l'alliée du. nord. C'est le conflit austro-serbe qui a allumé l'incendie, et ce conflit avait commencé il va quarante ans. Avant que les hostilités eussent éclaté, Berlin nous disait que la querelle serbe n'était qu'une querelle aulrichienne. L'affirmation allemande contenait un mensonge évident, mais elle contenait une vérité importante. La politique balkanique était essentiellement une politique autrichienne, et, n'eût été la lutte perpétuelle des Austro- Allemands et des Magyars contre les Slaves, la guerre n'aurait pas éclaté.
Il n'est pas moins nécessaire de saisir les traits caractéristiques de l'Autriche pour comprendre les seules conditions qui puissent assurer une paix durable. Ne craignons pas de proclamer la nécessité d'écraser le militarisme prussien, mais rappelons nous qu'il est encore plus nécessaire de détruire le césarisme autrichien. C'est plus nécessaire, c'est aussi plus difbcile. La destruction du militarisme prussien peut se faire en Allemagne par une réforme politique intérieure, et le peuple allemand peut finalement opérer lui-même sa transformation. Au contraire, la destruction du césarisme autrichien ne peut se faire que par le démembrement de la Monarchie des Habsbourgs.
Charles Sarole.v
Les Magyars et la Hongrie
Si l'Allemagne est la principale instigatrice de la guerre, l'Autriche Hongrie s'est prêtée si docilement à ses manœuvres diplomatiques pour rendre le conflit inévitabley' elle lui a apporté un appui si spontané et si persistant.'^tie^ pas lin homme sensé ne nie aujourd'hui la nécéssil&tlë^ remanier entièrement la monarchie danutelenno, svîêgfta
La Nation TcMiouB
veut obtenir une paix durable. Les opinions ne diffèrent que sur les modalités de ce remaniement; et les solutions proposées vont du renforcement de l'empire de François- Joseph, pour lui permettre de tenir tête aux HohenzoUern, jusqu'au démembrement complet de sa monarchie, et à la libération intégrale des différentes nationalités qui la composent. Cette dernière solution est évidemment la seule équitable, la seule qui, par les bienfaits qu'elle apportera à des millions d'hommes jusqu'alors atrocement persécutés, semble digne des immenses sacrifices consentis au nom de la liberté des peuples. Mais trop de nos compatriotes, partisans en principe de toutes les mesures destinées à assurer l'indépendance aux nations opprimées, paraissent considérer la monarchie austro-hongroise comme composée essentiellement de deux parties, l'une, l'Autriche, dominée par une oligarchie allemande à laquelle il est juste d'arracher les peuples slaves ou latins dont elle entrave depuis si longtemps l'évolution nationale, l'autre, la Hongrie, nation toute libérale, qui cherche depuis des siècles à échapper à l'emprise de Vienne, et dont il sera habile d'oublier les erreurs presque involontaires et de fortifier la position au centre de l'Europe, à la fois contre le pangermanisme et contre le panslavisme. Cette théorie est surtout en honneur en Angleterre et en Italie, mais elle possède aussi quelques adeptes en France. Quelques-uns de nos compatriotes n'ont point été insensibles à l'accueil empressé que les grands seigneurs magyars réservaient aux parlementaires de la nation qui passait pour (( le banquier du monde » ; flattés d'avoir été traités sur le pied d'égalité par ces magnats aux noms historiques, pourvus de galeries d'ancêtres aux costumes si pompeux, ils continuent, en pleine guerre, à nous vanter avec attendrissement le caractère chevaleresque des Magyars, le libéralisme de leur politique intérieure, leur allection pour la France. Il serait dangereux de laisser s'acclimater dans notre pays ces idées erronées sur une nation qui n'a droit ni à notre estime pour la politique q'Q'elle pratique depuis un demi-siècle, ni à notre reconnaissance pour des sympathies qu'elle a surtout prodiguées à nos ennemis. Ceux qui exaltent l'amour que professait pour la France une Hongrie momentanément empêchée de manifester ses affections naturelles par des chefs qu'aveugle l'ambition personnelle, oublient qu'au début de la guerre de 1870, le comte Andrassy déclarait à M. de Gazeaux, notre chargé d'affaires, que la Hongrie s'opposerait à toute action de V Autriche en faveur de la France; ils oublient qu'en 1889, Coloman Tisza, alors premier ministre, dissuadait les négociants hongrois de prendre part à l'exposition de Paris où, prétendait-il, le drapeau de la Hongrie et les biens de ses citoyens n'étaient pas sûrs d'être respectés. Ceux qui nous parlent de la préférence que montrent les Magyars pour la culture française, ignorent sans doute cette déclaration que faisait, en 1908, le comte Apponyi, comme ministre de l'Instruction publique : « Le génie allemand est le plus universel de tous les génies qui aient été donnés aux peuples. Si un jour un homme tombait de Mars et me demandait quelle langue il devrait étudier pour saisir la vie intellectuelle de l'humanité, je lui conseillerais absolument l'étude de la langue allemande. Seule, la possession de cette langue pourrait lui assurer la connais-
sance de la culture universelle, de la culture de tous les peuples vivants. » Quelques années plus twrd, en 1911, la langue allemande devenait la seule langue étrangère obligatoire dans les écoles normales d'instituteurs. Les thuriféraires des Magyars ne nous accuseront pas de choisir perfidement une période passagère de l'histoire de la Hongrie, les opinions d'un parti sans influence, les déclarations d'hommes politiques de second ordre; Andrassy, Tisza, Apponyi, voilà, il nous semble, des noms qu'on peut invoquer pour établir que l'attitude actuelle du peuple magyar n'est pas la conséquence d'une crise momentanée de mégalomanie, mais qu'elle concorde au contraire parfaitement avec son état d'esprit antprieur.
Ne parlons donc pas de ses sympathies pour la France, ne nous laissons plus prendre aux élans d'une sentimentalité qui n'est pas de mise au milieu des terribles réalités présentes, ne nous laissons pas influencer par les souvenirs classiques des magnats hongrois se déclarant théâtralement prêts à mourir pour leur reine Marie-Thérèse, ni par les vieux échos de l'enthousiasme romantique pour la révolution hongroise de 1848. Rappelons-nous, à côté de ces sursauts héro'iques, qui d'ailleurs ne dépassent pas en beauté ceux qu'on trouve dans l'histoire de tous les peuples, l'abandon moins glorieux par les Magyars des Francs venus à leur secours au sièg,e de Nicopolis, et les nombreux gibets que les compagnons de Kossuth dressèrent sur les places des villages slovaques, en les appelant par dérision « les arbres de la liberté slovaque ». Ce n'est pas sur l'histoire plus ou moins idéalisée des siècles passés qu'il nous faut juger les responsabilités des peuples dans le conflit européen, estimer la place qui leur revient équitablement dans l'Europe de demain en vertu de leurs droits naturels, et mesurer la confiance qu'on peut leur accorder comme futurs artisans d'une humanité plus libre et plus heureuse. Examinons froidement, sans idées préconçues, sans parti pris de sympathie ou d'aversion, la situation actuelle du royaume de Hongrie, sa constitution ethnique, le régime auquel sont soumises ses difïérentes populations, et nous pourrons alors émettre en toute impartialité notre opinion sur les mesures susceptibles d'assurer la stabilité de la paix future de l'Europe par le respect des droits des peuples et le développement des principes démocratiques.
Le régime auquel sont soumis les territoires qu'on désigne aujourd'hui sous le nom de royaume de Hongrie date de 1867. Il est issu du compromis austro-hongrois (Ausgleich) que François-Joseph crut devoir accepter après le désastre de Sadowa, pour écarter, par une nouvelle capitulation, toute crainte d'une révolte magyaie.
Cet accord élaboré par M. de Beust, le singulier ministre des affaires étrangères que l'empereur d'Autriche était allé chercher en Saxe, instituait le régime dualiste, c'est-à-dire la scission de la monarchie en deux États : le royaume de Hongrie, et, suivant la formule officielle, « les royaumes et pays représentés au Reichsrat ou les autres pays de Sa Majesté », ou plus brièvement : la Cisleithanie et la Transleithanie, termes de la langue politique tirés du petit affluent du Danube qui forme une partie de la frontière des deux groupes d'États. Ce n'est pas en effet deux États distincts et unifiés que constituait l' Ausgleich ; il instituait au contraire deux groupes de nationalités dans cha-
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cun desquels les petits peuples slaves ou latins qui réunis formaient la majorité de la population, étaient asservis à deux races dominantes, . allemande et magyare, au mépris de tous les droits naturels et historiques. Considérons en effet le dénombrement ethnique des ressortissants du royaume de Hongrie ; nous trouvons d'après les statistiques officielles magyares de 1910, sur une population totale de 20.886.487 habitants :
Magyars 10.050.575 — 48.1 %
Allemand.s 2.037.435 - 9.8 %
Slovaques 1.967.970 — 9.4 %
Roumains 2.949.032 — 14.1 %
Ruthène.s 472.587 — 2.3 %
Croates 1.833.162— 8.8%
Serbes 1.106.471 - 5.3 %
DiSérentes nationalités 469.255— 2.2%
D'après cette statistique basée sur la langue maternelle, les Magyars reconnaissent déjà qu'ils ne forment même pas la moitié de la population du royaume. Mais la situation réelle leur est encore plus défavorable, ces chiffres ont été établis par des fonctionnaires magyars, et nous montrerons plus loin comment ceux ci savent truquer les documents et magyarisersans vergogne les localités où on ne parle pas un mot de magyar et les citoyens les plus authenliquement slaves ou roumains. Ceux-ci constituent indiscutablement une majorité dans le royaume de Hongrie.
Par le Compromis de 1867, François-Joseph livrait au bon plaisir de la minorité magyare ses sujets slaves et latins de Transleilhanie ; avec l'ingratitude si tristement célèbre des Habsbourgs, il oubliait la fidélité que ces derniers lui avaient niontrc-e lors de la révolution hongroise de 1848, et il les abandonnait aux représailles de leurs ennemis, sans introduire dans l'accord austro-hongrois aucune clause préservant leurs droits et leur nationalité. Seule la Croatie, en vertu de traités passés, conservait un semblant d'autonomie dont les Magyars allaient habilement éluder la plupart des garanties.
M' de Beust n'avait d'ailleurs pas caché que si l'Ausgleich lui semblait une mesure excellente pour enlever aux Magyars tout désir de s'émanciper complètement de la couronne des Habsbourgs, cette combinaison était, essentiellement et avant tout, une machine de guerre contre les Slaves et les Roumains : « Gardez vos hordes, nous nous chargeons de garder les nôtres » aurait-il dit à un homme politique hongrois, faisant allusion d'une paît aux Slovaques, Serbo-croates et Roumains de Hongrie, d'autre part aux Tchèques, Slovènes, Dalniates, Polonais et Rulhènes d'Autriche.
Les Magyars n'ont que trop consciencieusement rempli le rôle que leu*r attribuait le ministre allemand de François- Joseph. Ils n'avaient pas besoin d'être encouragés; leur nationalisme intransigeant et étroit, leur tempérament asiatique les portaient naturellement à opprimer sans scrupules les fragments de peuples qu'on leur livrait.
L'Europe avait salué avec sympathie l'émancipation d'une nation dont le libéralisme lui semblait devoir êfre une conséquence obligatoire des persécutions subies à la' suite dé la révolution avortée de 1848. Les hommes politiques magyars comprirent l'intérêt qu'ils avaient à
conserver cette réputation de champions de la liberté, et ils inaugurèrent le nouveau régime par le vote d'une « loi des nationalités » donnant en apparence une assez large satisfaction aux revendications des différents peuples de la Transleilhanie.
Quelques députés magyars, subissant l'influence de deux hommes d'État d'esprit vraiment libéral, Eotvos et Deak, l'habile négociateur de l'Ausgleich, agirent certainement de bonne foi en accordant aux nationalités roumaines et slaves de Hongrie des garanties susceptibles de réconcilier tous les peuples du royaume avec le régime magyar ; mais, si la majorité de l'assemblée législative de Budapest se montra relativement généreuse envers les peuples non magyars de Transleilhanie, cefut uniquement parce qu'elle considérait la (( loi des nationalités » comme une manifestation sans conséquence, destinée à éblouir les nations occidentales et dont les clauses ne seraient jamais appliquées qu'autant qu'elles seraient favorables à l'hégémonie magyare. C'est en effet ce qui se produisit.
La loi des nationalités de 1868 proclame le magyar langue officielle de l'État, du parlement, du gouvernement, de l'administration centrale, des assemblées régionales, des cours de justice, de l'université. Cette clause naturellement a été striclement observée. (La loi ne s'applique pas à la Croatie qui constitue un (( territoire spécial. ») Mais tous les tempéraments apportés à cet article d'ordre général, comme le compte-rendu des assemblées provinciales dans une seconde langue dès qu'un cinquième des membres en exprime le désir, comme le devoir pour les fonctionnaires de connaître l'idiome de la région qu'ils administrent, comme le droit de tout citoyen de présenter des pétitions, d'introduire une action devant les tribunaux de district, d'y plaider, d'entendre prononcer le jugement dans sa langue maternelle, sont restés lettre morte.
C'est dans le domaine de l'instruction publique que l'esprit et le texte de la loi ont été le plus impudemment violés. Après avoir décidé que dans toutes les écoles la langue d'enseignement serait prescrite par le ministre de l'instruction publique, la loi ajoutait: « Mais ce dernier est tenu d'assurer à tous les citoyens, de quelque nationalité qu'ils soient et formant un groupe suffisamment nombreux, la possibilité de trouver dans le voisinage de leurs demeures les moyens de s'instruire dans leur langue naturelle jusqu'au degré où commence l'éducation académique supérieure. » Or 90,6% des écoles primaires officielles de Hongrie sont exclusivement magyares, dans 9,3 "/o une langue supplémentaire est tolérée, et il n'existe qu'une seule école primaire où la langue d'enseignement soit autre que le magyar; 92,9 "/o des écoles secondaires sont purement magyares. Et cependant, d'après les statisques officielles elles-mêmes, déjà abominablement truquées, la proportion des écoles magyares ne devrait pas dépasser 48 %• Bien plus, de nombreuses mesures ont été prises depuis cinquante ans pour entraver le fonctionnement des écoles privées, instituées à l'aide des contributions volontaires des populations non magyares.
Les clauses de la loi des nationalités garantissant les liberté de la presse, de réunion, d'association n'ont pas été mieux respectées. Le régime électoral était à ce point faussé par un savant découpage des circonscriptions, par une
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habile sélection des capacités électorales, par le tripotage des listes, par la pression officielle, par la violence même, qu'une partie de la population n'était pas représentée au parlement du royaume et restait incapable de faire valoir ses revendications, ou d'exposer ses doléances. C'est ainsi que les non-magyars qui régulièrement auraient droit à 198 députés n'ont jamais pu en avoir plus de 25.
Aux élections de 1910, la pression du gouvernement a été telle que ce nombre est tombé à 8. Les magyars, maîtres absolus de la machine politique, s'en sont servis avec une telle brutalité pour broyer les Slaves et les Roumains de Hongrie, que ceux-ci en sont arrivés à envier le sort des Slaves d'Autriche !
Nous nous proposons d'étudier successivement dans les numéros suivants de notre revue, les persécutions auxquelles furent soumis, de la part des Magyars, les différents peuples du royaume de Hongrie, les Tchécoslovaques, les Yougoslaves, les Roumains de Transylvanie. Nous sommes certains que les faits que nous exposerons ne laisseront aucun doute dans l'esprit du lecteur sur le caractère de la domination magyare et sur la valeur de ses prétentions à se poser comme race civilisatrice, digne du rôle que lui a confié François Joseph en la chargeant d'éclairer les nationalités soi-disant arriérées d'une moitié de son empire.
Ils reconnaîtront que cette race magyare n'a aucun tilre à entreprendre une si délicate et si haute mission, ni par le développement de sa civilisation propre qui atteint à peine celle des nationalités dont elle prétend faire l'éducation; ni par la diffusion de sa langue de caractère essentiellement asiatique qui ne donne accès à aucune des grandes littératures universelles et ne fournit qu'un instrument des plus primitifs pour les recherches scientifiques, ni surtout par les méthodes barbares de sa politique d'hier. Ils concluront avec nous que si la rtation magyare a le droit de vivre indépendante, de développer librement ses qualités nationeles, au même degré que toutes les autres nations, rien ne la qualifie pour occuper une place privilégiée, pour exercer une hégémonie dont elle ne s'est servie jusqu'ici que pour martyriser des peuples plus faibles d'une culture au moins égale à la sienne.
Si, comme le prétendent les magyarophiles, les faits odieux que nous exposerons, si la politique extérieure du gouvernement magyar, son hoslililô contre les puissances de l'Entente ne sont imputables qu'à une minorité de poli ticiens qui trahissent les véritables aspirations du peuple, la solution est bien simple. Que le peuple magyar jette dehors ce gouvernement de trahison, qu'il prenne la direction de la politique de son pays, qu'il rompe avec les empires centraux et libère les nationalités opprimées de Hongrie. Alors toute l'Europe sera d'accord pour rendre justice au libéralisme des Magyars, pour leur assurer la place qui leur appartiendra dans l'Europe régénérée et libre, à côté des Tchécoslovaques, des Yougoslaves, des Roumains unifiés et indépendants. S'ils sont tels que leurs amis nous les représentent, ils devront se tenir pour satisfaits d'unesolutioD si équitable. Mais ces Magyars-làexistent-ils? Si oui, qu'ils prouvent leur existence.
P. Rague
Après vingt mois de guerre