POLYBE
L'Armée autrichienne à Paris. — « Depuis quelque temps, il est trop visible qu'on fait campagne à Paris en faveur des Autrichiens. Qui ? se demande M. Frédéric Masson, de l'Académie française, dans les Annales politiques et littéraires du 9 juillet, et il répond: (( Des Français qui ne veulent pas ou ne savent pas voir ; qui pleins de bonnes intentions peut-être, n'ont pas saisi le but essentiel de cette guerre libératrice ; ou bien des Français, mus par quelque intérêt de commerce ou de société, qui se trouvent consciemment ou non, agir pour l'étranger ; ou bien encore des pseudo-Français ou des pseudo-Polonais, en réalité excellents sujets de sa majesté Apostolique et serviteurs dévoués de certains archiducs que leurs biens et leurs alliancesapprochent davantage des magnats polonais».
« Ils viennent dire qu'il faut ménager à la monarchie dualiste, nécessaire à l'équilibreeuropéen, quelques moyens de sortir de l'alliance allemande ; que, si l'Autriche doit
La iSATION ICHKUUK
être privée de certains des éléments qui la constituent, elle ne doit pas disparaître et qu'il est utile et nécessaire de maintenir, en présence de l'Allemagne luthérienne, une Allemagne catholique qu'il serait impossible de trouver si l'Autriche était démembrée ».
Mais si l'on doit ménager l'Autriche pour les 25 millions de catholiques qu'elle renferme, pourquoi pas l'Allemagne qui en compte un nombre à peu près égal ?
" L'argument tombe, si imposant qu'il puisse paraître d'abord, continue l'éminent académicien. Sur ce côtécomme sur tous les autres, l'empire austro-hongrois n'a qu'une façade. De toutes parts, il se délite et les races qui le composent aspirent à reprendre leur action et à exercer leurs droits nationaux. Bohémiens, Moraves, Slovaques, Ruthènes. Croates, Serbes, Slovènes, Roumains, Raliens, Bosniaques et Herzégoviniens ont assez souffert de la domination des Allemands et des Hongrois pour aspirer à leur indépendance ou à leur réunion aux groupements déjà formés d'individus de leurs races.
« Ces groupements ne sont point, qu'on sache, areligieux; où qu'aillent ces races délivrées, qu'elles demeurent libres, ou qu'elles s'agglomèrent selon leur origine ethnique, elles formeront toujours des masses identiques au point de vue cultuel et l'Église romaine gagnera à la disparition de la Confédération autrichienne, de se trouver soustraite à des influences qui ont trop souvent pris le caractère d'oppression. »
Et M. Frédéric Masson, dont les protestations énergiques contre les menées austrophiles en France sont un appui très précieux pour notre action, conclut en ces termes :
« Dans cette campagne en faveur de l'empire austrohongrois, dans cette préférence qu'on semble lui donner sur son allié et ami, l'Empire allemand, on met vraiment un peu trop en oubli que ce sont les ambitions de l'archiduchéritier qui ont préparé cette guerre; que le gouvernement austro-hongrois en a volontairement déclanché les ressorts ; que, vis-à-vis de la Serbie, qu'elle croyait sans défense et dont elle imaginait avoir raison au premier coup, l'armée austro-hongroise a employé les mêmes procédés atroces que l'armée allemande vis à-vis de la Belgique, et ne sontils pas nos ennemis, au même titre que les Allemands, ceux qui ont prêté leurs canons et leurs artilleurs pour anéantir Liège et Anvers ; ceux dont les soldats assaillent nos alliés et nous-mêmes avec une farouche énergie; ceux qui, en Belgique, dans les combats contre nous, ont laissé jusqu'ici tout près de 13.000 des leurs; ceux qui, à présent, sur l'ordre de l'Empereur, se préparent à exploiter les
ruines des villes brûlées et détruites de la Belgique et de notre Flandre? »
Le sort de l'Autriche. — Tout récemment, dans VEcho de Paris, le Journal et V Action française, quelques écrivains ont exposé leurs souhaits que la monarchie des Habsbourgs fût sauvée. Leur intervention en faveur de l'Autriche- Hongrie a soulevé, aussi bien dans la presse parisienne que dans les grands régionaux, une discussion au cours de laquelle des publicistes dont l'influence est considérable sur le sentiment public, démontrent la nécessité de la dissolution de la monarchie dualiste.
Nous citons plus haut l'admirable article de Polybe ; mentionnons encore l'article de M. Gabriel Marsac, publié dans l'Evénement du 22 juillet. M. Marsac qui, dans ses articles, soutient vigoureusertient notre cause, ne cesse de réclamer « un débat sur la plus grave et la plus urgente des questions qui doit être résolue définitivement sans retouches, au lendemain de la victoire, la question de l'Autriche Hongrie. Contrairement à M. Milhaud, directeur du Rappel, il estime qu'il n'appartient pas au Parlement de l'aborder. Il lui paraît nécessaire d'instituer le contrôle des mouvements d'opinion déjà suscités qu'il importe de surveiller.
« Aucune pression, aucun préjugé, dit-il, ne saurait trouver place dans la discussion qui ne saurait plus être évitée. Lorsque l'indépendance de tous les peuples soumis au joug des Habsbourgs sera réalisée, je ne vois, pour ma part, que des avantages à la constitution d'une Autriche formée des provinces héréditaires et des États du Sud de l'Allemagne qui par leurs tendances, leurs mœurs, leur religion, se rattachent infiniment plus à Vienne qu'à Berlin. Ai-je besoin de dire que cette Autriche ne saurait comprendre la Bohême qui, dans le voisinage d'une grande Slavie, peut et doit trouver des garanties de sécurité? Ainsi seraient réalisées politiquement les deux Allemagnes! Nulle solution ne serait plus conforme à la logique et à l'équité, nulle solution ne serait plus conforme au sentiment profond des peuples, nulle solution n'assurerait mieux l'équilibre et la paix de l'Europe. Cette paix que nous voulons pour des générations, cette paix que nous voulons éternelle, elle sera plus pleine encore de promesses si les dynasties d'oppression, de violences et de meurtres sont emportées dans la défaite. » ^^_____
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LA NATION TCHÈQUE paraît le l*"- et le 15 de chaque mois Rédaction et Administration : 18, rue Bonaparte, PARIS.
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2" Année. — N» 7. / 15 Août 1916.
^EVUE BI-MENSUELLB
Directeur : Ernest DENIS, Professeur à la Sorbonne
SOMMAIRE
Le Plan Pangermaniste.
Bibliographie.
A propos de la question du Rhin.
Echos et Nouvelles.
Le Monde Slave.
Faits et Informations.
PARIS
18, rue Bonaparte, 18
te N» 35 Centimes
A TRAVERS LA PRESSE
Ce qu'on dit de l'Autriche-Hongrie
La décomposition complète et irréparable des armées austro-hongroises qui, après les grandes victoires russes et les brillants succès italiens, devientde plus en plus évidente, a très heureusement éclaire! la situation internationale, non seulement au point de vue militaire, mais aussi au point de vue diplomatique. Ce sont désormais les événements eux-mêmes qui imposent la liquidation de la monarchie dualiste comme la seule solution possible du problème de l'Europe centrale. Personne ne demandera plus, nous l'espérons, pourquoi l'Autriche Hongrie continue encore la guerre sans se soucier des conseils charitables de ceux qui voudraient en faire une grande monarchie conservatrice opposée à la Prusse. L'Autriche-Hongrie n'a pas plus de volonté propre que d'arméepropre. Hindenburg seul commande l'armée unique de l'Europe centrale germanique à laquelle les débris de l'armée autrichienne viennent d'être incorporés. Nous sommes heureux de pouvoir enregistrer de nombreux témoignages des voix les
f)lus compétentes qui constatent que cette situation ne aisse qu'une seule issue, juste et raisonnable : la constitution en états indépendants des peuples opprimés par les Allemands et les Magyars.
Il importe surtout de signaler de nombreuses manifestations de l'opinion italienne en faveur de la suppression de l'Autriche-Hongrie.
« La liquidation — avons-nous lu tout récemment dans la Persflreransa — du non-sens politique et sodal que constitue la réunion de tant de races sous une dynastie, est la principale de nos aspirations. Elle nous délivrerait seule d'un ennemi implacable, dont la rancune nous obligerait à rester perpétuellement en armes pour défendre nos intérêts vitaux ».
« Pour tenter son coup contre l'Europe — écrit M. Albertini, dans le Carrière delta Serra — l'Allemagne avait besoin de com plices : elle les a trouvés dans les deux États sioaires, l'Autriche et la Turquie. Ou bien on supprimera l'Autriche et la Turquie, ou bien la paix de l'Europe restera en proie à leur criminalité native ».
Le Temps, en commentant le 10 août les victoires des Nations disait :
Pour nous, les buts de la guerre se ramènent à un seul, qui est d'interdire à l'Allemagne le renouvellement de son agression. C'est simple et c'est clair. Reste à fixer les moyens : c'est l'œuvre de demain. Tout ce qu'on peut dire aujourd'hui, c'est que l'hypothèse d'une Autriche détachée de l'Allemagne et acquise à la cause de la paix ne figure pas parmi ces moyens. Une expérience de près de quarante ans a prononcé. Ne retombons pas dans les cliimères que la réalité a dissipées.
N'oublions pas, d'autre part, que nous luttons pour la liberté des peuples et que l'Autriche a toujours vécu de leur servitude. N'oulilions pas que la conciliation nécessaire des intérêts latins et slaves dans l'Adriatique et dans les Balkans sera d'autant moins difficile que l'Autriche sera plus battue. N'oublions pas qu'en politique internationale — comme en politique intérieure — les faibles seuls sacrifient les aspirations de leurs amis aux exigences de leurs adversaires. Ce n'est pas pour d'aussi médiocres combinaisons que le sang de nos soldats coule depuis deux ans.
Le Matin, dans son article de fond, le H août, développe avec plus de précision encore la même pensée :
Il y a eu en France, dit-il, et il y a encore aujourd'hui trop de condescendance pour la dynastie d'assassins et d'oiseaux de
proie qui depuis des siècles fait le malheur de l'Autriche Hongrie. Egaux aux HohenzoUern par le cynisme, mais inférieurs de beaucoup par l'intelligence, les Habsbourgs ont marqué chaque page de leur domination par des forfaits que l'histoire n'a pas oubliés.
Une guerre de libération et de justice qui respecterait les Habsbourgs serait une comédie. Italiens, Slaves et Roumains, jusqu'ici gémissant sous le joug, aspirent a suivre les vœux de leur cœur et de leur conscience nationale. Il ne doit restar de l'Autriche-Hongrie d'aujourd'liui que ces deux petits groupes d'Allemands et de Magyars dont personne ne voudrait et qu'une nouvelle organisation de l'Europe mettra dans l'impuissance de nous nuire.
Ce sont là, semble-t-il, des vérités de bon sens; mais il n'est pas inutile de les répéter aujourd'hui, au moment même où le double assaut de nos vaillants alliés contre la monarchie de François-Joseph vient d'enregistrer d'éclatantes victoires.
Il y a beaucoup de comptes à régler avec les Habsbourgs. Nous, Français, qui avons connu, dans les jours inoubliables d'août 1914, jusqu'où peut aller la duplicité austro-hongroise, nous sommes — et il faut que nous le disions bien haut — entièrement aux côtés de nos alliés présents ou futurs, quand ils porteront la torche vengeresse dans les solives vermoulues de cet édifice qui n'a plus sa place dans l'humanité future.
M. Auguste Gauvain, entrant dans les détails du problème, prévoit déjà dans la Reoue Hebdomadaire, les rapports futurs des anciennes provinces héréditaires des Habsbourgs avec les ^tats qui surgiront après le démembrement de l'Autriche :
• La « redistribution » des « Etats et pays » de la monarchie austro-hongroise, écrit-il, est un gros prol)lème. Toutefois elle n'est pas de nature à brouiller les Alliés. Ils devront seulement se rappeler l'histoire et constater la volonté des populations. 11 existait un royaume de Bohême et un royaume de Hongrie indépendants avant qu'il y eût une Autriche-Hongrie, élevés conditionnellement sur plusieurs trônes, les Habsbourg ont trahi tous les serments solennellement prêtés par eux envers les peuples qui leur avaient volontairement conféré la couronne. Leur souveraineté est devenue une usurpation.
Sous aucun prétexte, on ne devra les laisser s'agréger à une nouvelle Allemagne. Far contre, il leur sera loisible de se lier pardes conventions économiques avec les Etats issus du démembrement de leur monarchie hétérogène Avant la guerre, la justice et la prudence leur commandaient de transformer le système dualiste de 1867, artificiel et inique, en une fédération où ils eussent gardé leurs droits souverains. Puisqu'ils se sont décidés pour l'oppression, ils devront s'estimer heureux de continuer de régner, dans une situation de second rang, sur leurs anciennes provinces héréditaires.
Nous pourrions citer encore toute uue série d'articles parus dans les grands journaux de province consacrés au même problème et arrivant aux mêmes conclusions. N'estil pas manifeste que l'heure du châtiment des Habsbourgs approche?
Le grand représentant de la pensée et des lettres belges, M. Jules Destrée, qui, depuis la guerre, rend, comme publicists, d'éminents services à la cause des Alliés, n'a pas hésité à se faire un ardent défenseur de notre peuple. Dans le Petit Parisien (du 24 juillet et du 6 août), il a publié deux excellents articles sur la nécessité de la dissolution de l'Autriche-Hongrie, sur le rôle des Tchèques dans cette guerre et sur leur avenir.
« Les Alliés ont éveillé là-bas d'immenses espoirs, écrit-il; ils ont proclamé le droit des peuples; ces espoirs ne peuvent être réalisés, ce droit ne peut être reconnu que si l'empire d'Autriche disparait. »
^EVUB BI'MENSUELLE
Deuxième année.