‹ La Nation tchèque (volume 3)Chapitre 69 sur 100 · fr · texte numérisé non relu

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A TRAVERS LA PRESSE

U Everyman du 15 septembre nous donne d'intéressants détails sur la politique magyare.

La domination allemande était sérieusement ébranlée en Cisleithanie par les progrès des Tchèques. Guillaume II, — comme déjà Bismarck, — cherchait donc son appui en Hongrie et, grâce à la connivence de la Cour, presque tous les postes diplomatiques importants étaient entre les mains des Magyars. Au début de la guerre, en dehors du comte Tisza, qui, de Budapest, inspirait la politique générale, le chancelier, le comte Berchtold, était étroitement apparenté avec la noblesse magyare; le baron Burian, slovaque d'origine et magyarisé, dirigeait le Ministère commun des Finances; aux Affaires étrangères, le véritable directeur de la politique était le comte Forgach, qui, jadis, ministre à Belgrade, avait joué le principal rôle dans la préparation des fameux procès de Zagreb; les ambassades les plus importantes étaient occupées par des Magyars. Il est par conséquent indiscutable que, dans ce déclanchement de guerre, un rôle prépondérant appartient à la Hongrie. Les Magyars avaient besoin de la guerre pour assurer leur domination dans le royaume et pour étendre leur hégémonie sur la péninsule des Balkans. Pour y réussir, ils n'hésitaient même pas à accepter la domination de Berlin.

Nous avons sur ce point les aveux les plus formels. Le 15 mai 1916, à Salzbourg, dans l'Association du « 'Volksbund », qui a pour objet de servir les intérêts allemands et magyars, l'ancien secrétaire d'État, Joseph Szterényi, constateque la politique magyare doit avoir pour base la solidarité avec l'Allemagne. — « Cette conviction émane de l'instinct de conservation bien inspiré )) ; en efïet, la défaite de l'Allemagne entraînerait le triomphe en Autriche de l'élément slave, et cette Autriche slave soutiendrait les Slaves de Hongrie. Il est d'autre part dans l'intérêt de l'Allemagne d'appuyer l'élément magyar. L'alliance politique doit être fécondée par l'alliance économique. « Nous désirons renforcer notre alliance par une entente économique (Dasjunf/e Europa, 1915).

C'est de même l'opinion du comte Jules Andrassy : (( U n'y a pas deux peuples en Europe dont les intérêts soient aussi visiblement solidaires que ceux des Allemands et des Magyars » (Réunion publique, Munich, 16 mai 1916).

Les quelques hésitations qui subsistaient encore au début, disparaissent définitivement quand Mackensen force la Russie à abandonner les Karpates et qu'il conquiert la Serbie. L'Autriche s'est décidément montrée incapable de protéger la Hongrie; l'Allemagne seule est une alliée sûre contre les Slaves. Au mois de mai 1916, la Société d'Histoire de Budapest élit parmi ses membres Guillaume II, et son président, Csanky, membre du Conseil de l'Empire, prononce à cette occasion un discours retentissant.

Les Magyars ont admis dès lors le projet d'une Europe centrale, sous la tutelle germanique. Dans celte pensée, alors qu'ils ne signaient auparavant l'union douanière avec l'Autriche que pour une période de dix ans, ils l'acceptent pour une durée de vingt-cinq ans; c'est-à dire que, grisés par l'espoir de l'appui financier de l'Allemagne, ils renoncent, pour être sûrs de l'obtenir, à cette indépendance

économique qu'ils n'ont cessé de réclamer bruyamment. La Chambre de Commerce de Budapest, qui est un des centres les plus tumultueux du chauvinisme magyar, dans sa résolution du 29 janvier 1916, abandonne formellement ses anciennes déclarations et demande une union douanière avec l'Allemagne; son président, Lanczy, déclare qu'il est convaincu que les Magyars doivent entretenir les relations les plus étroites avec les Allemands.

Quelques protestations s'élèvent. — Elles sont de plus en plus rares et timides. Oscar Jaszy, économiste connu, politique influent, un des chefs intellectuels de l'opposition, combat les objections que soulève l'union douanière avec l'Allemagne ( Wirtschafhzeitung der Zentralniàchte, mai 1916); toute autre solution serait dangereuse.

D'ailleurs, la Hongrie ne peut plus exister en dehors de l'Allemagne. Le comte Tivadar Batthany a exposé à la Diète (10 août) que la fortune publique en Hongrie représentait de 40 à 50 milliards; les dépenses de la guerre atteignent déjà au moins 20 milliards; elles s'adjoindraient aux 6 milliards de dettes antérieures; le budget d'avant la guerre s'élevait à 2.264 millions de couronnes; le pays serait manifestement hors d'état de supporter les charges qui résulteront des événements.

Les Magyars espéraient bien du moins imposer aux Allemands leurs conditions, et, dans cette pensée, ils ont, à plusieurs reprises, fait mine de rechercher une paix séparée avec les Alliés : d'abord au printemps de 1915, quand les Russes s'avançaient dans les Balkans, et tout récemment encore, quand le comte Michel Karolyi a repris bruyamment son opposition. — La mèche est éventée, et le jeu des Magyars n'a pas plus de succès à Berlin qu'à Londres et à Paris. Guillaume 1 1 les a ménagés tant qu'ils lui servaient pour entraîner Vienne. Actuellement, ils sont sous sa coupe, leur soumission est complète, et il est inutile de leur montrer des égards particuliers. Les Magyars ont déjà eu l'occasion de se rendre compte des agréments que leur réserve leur nouveau maître.

Lors de la déclaration de guerre de la Roumanie, la presse allemande a été otBciellement avertie dans la nuit du dimanche au lundi, à 1 heure du matin; la presse magyare à 10 heures. Les journaux magyars se sont indignés de cette singulière négligence. — Comment! Ils'agitde notre guerre, d'une guerre qui nous vise directement, qui va avoir notre sol pour théâtre, et quand notre territoire est envahi, on oublie de nous avertir. — Ils en verront bien d'autres et ils feront bien, s'ils doivent vivre sous l'hégémonie allemande, de se mettre à l'école de l'humilité.

Le Morning Post, du 22 août, avait parlé d'une paix séparée avec la Hongrie ; il s'est attiré une virulente réponse de M. F. Gribble dansVEcening Standard du 24 août. <( Conclure avec les Magyars une paix qui assurerait l'intégrité de la Hongrie, écrit M. F. Gribble, serait leur permettre de continuer leur politique d'oppression... Nous ne pouvons songer, pour attirer les Magyars dans notre camp, à leur abandonner les peuples qu'ils tenaient sous leur domination. Cela reviendrait à laisser irrésolu un des plus importants problèmes des nationalités et à préparer de nouveaux conflits pour l'avenir. »

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Deuxième année.

I" Octobre 1916

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